La tenue de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, présidée par Régine Laurent, permettra de faire le point et d’apporter les correctifs nécessaires en ce qui concerne la protection de la jeunesse.

À l’abri de la maltraitance

CHRONIQUE / Les enfants québécois ne sont pas à l’abri de la maltraitance parce que les directions de la protection de la jeunesse ont réussi à réduire leur liste d’attente avec les fonds investis récemment par le gouvernement. Ne perdons jamais de vue que pour protéger les enfants, il est aussi nécessaire d’intervenir sur différents fronts et bien avant un signalement à la DPJ.

«La maltraitance exige une intervention soutenue, spécialisée et collective, tant en matière de prévention que d’intervention», indiquent les directeurs de la protection de la jeunesse dans le bilan 2019, rendu public hier et faisant état pour une autre année d’une hausse des signalements — un total de 105 644 l’an dernier. 

Une formule pour diminuer la pression qui pèse sur eux depuis les tristes événements de Granby et autres ratés des dernières années, ou un rappel à tous de leurs responsabilités? 

C’est pratique de taper sur la tête des DPJ et de les accuser d’en faire trop ou pas assez. Cela évite de porter un regard plus large et plus global sur ce que l’on réalise individuellement et collectivement pour assurer un milieu de vie sain, sécuritaire et aimant aux enfants. 

La maltraitance est un problème majeur de santé publique, affirmait en mai au Soleil le Dr Jean Labbé, pédiatre consultant en protection de l’enfance pendant 37 ans et cofondateur de la première clinique de protection des enfants au CHUL de Québec, en 1976. 

Selon M. Labbé, il faudrait accepter collectivement d’investir suffisamment dans la protection de l’enfance, comme on le ferait pour un virus. «Si un nouveau virus apparaissait et causait autant de décès, de blessures et de conséquences physiques et psychologiques que la maltraitance, les gens réagiraient pour faire des recherches, pour essayer de trouver des façons de régler le problème, pour trouver un remède, un vaccin. On se dirait : “Tabarnouche, ça n’a pas de sens.”»

La directrice de la protection de la jeunesse au CIUSSS Mont­réal-Centre-Sud a tenu mercredi des propos similaires à La Presse. «Quand on cible une maladie comme un problème de société, on la gère comme tel et on investit en conséquence. C’est cela que je souhaite avec la maltraitance, la négligence, qu’on traite cela comme un problème de société. On n’en veut plus, d’enfants maltraités», a affirmé Assunta Gallo. 

Notre intolérance à la violence s’est accrue grandement au fil des années et c’est tant mieux. Mais est-on prêt à faire davantage pour diminuer les risques de maltraitance? 

On fait quoi pour briser l’isolement social, pour contrer la pauvreté, deux facteurs importants de risque de maltraitance?

Quelle est l’accessibilité des services dont disposent les parents «inadéquats» et les enfants vulnérables et en difficulté? Quelle est leur qualité? Que fait-on pour outiller les parents à bien jouer leur rôle auprès de leurs enfants? Quel est le soutien que peuvent apporter le milieu scolaire, les services de garde et la première ligne du réseau de la santé pour éviter qu’un enfant soit victime de négligence, d’abus ou de maltraitance?

Tous ceux qui gravitent autour des parents et des enfants à risque sont-ils bien formés, bien soutenus et bien au fait des dernières connaissances scientifiques et des meilleures pratiques d’intervention auprès des familles vulnérables? 

La tenue de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, présidée par Régine Laurent, permettra de faire le point et d’apporter les correctifs nécessaires. Mme Laurent veillera, a-t-elle dit, à ce que son rapport ne soit pas tabletté.

Son mandat ne porte pas seulement sur les DPJ, mais aussi sur les services offerts en amont aux parents et aux enfants. Mettre les jeunes à l’abri de la maltraitance est une responsabilité partagée.