Chronique

Un forum quand le Québec pète sa coche

CHRONIQUE / La ministre de la Santé, Danielle McCann, dit travailler afin de «redonner à la santé mentale la place importante qui lui revient dans l’offre de soins et de services». Redonner? La santé mentale a-t-elle déjà eu au Québec la place qu’elle méritait et qu’exigeaient les immenses besoins des grands anxieux, des TDAH, des dépressifs, des bipolaires, des schizophrènes et leurs proches?

Mme McCann et son gouvernement ont opté pour un forum de consultation sur les jeunes et la santé mentale, plutôt que sur une commission parlementaire itinérante et transpartisane comme le proposaient depuis décembre la députée libérale Hélène David et 1700 individus et groupes.

Parmi eux, le Mouvement jeunes et santé mentale qui réclame depuis 2016 une telle commission inspirée de celle portant sur les soins de fin de vie et mourir dans la dignité.

La ministre veut des «résultats concrets, rapides et réalistes». 

Les malades et leurs proches, ainsi que tous les acteurs qui gravitent autour d’eux, formulent le même souhait. 

Et ce, année après année depuis trop longtemps. La santé mentale accapare moins de 5 % du budget de la santé et des services sociaux.

Et ce aussi, à bout de souffle, à bout de patience, les malades étant trop souvent obligés d’avaler leur pilule faute de soutien et de psychothérapie qu’ils n’ont pas les moyens de se payer.

À bout de larmes également.

Même en l’absence du malade, parce que celui-ci n’est plus de ce monde ayant conclu que seul le suicide pouvait mettre fin à ses souffrances, des proches revendiquent toujours. Pour ceux qui restent, la douleur et l’impuissance ne disparaissent pas après le départ brutal de l’être cher. 

La ministre McCann veut combler «le vide en santé mentale».

Une tâche qui ne peut se limiter à revenir à ce qui prévalait avant les années de minceur budgétaire du gouvernement libéral.

Si tel est le seul objectif, le Québec ne sera guère plus avancé et des familles, les plus riches comme les plus pauvres, continueront de souffrir.

Si on se contente de tout mettre dans le curatif et dans la médicalisation, si on néglige de regarder en amont et d’examiner les conditions de vie qui altèrent la santé mentale, si on délaisse la prévention, si on ne finance pas adéquatement les centres de crise et les organismes communautaires qui peuvent apporter du soutien en divers domaines, la détresse gagnera du terrain.

Avant même la tenue du forum ce printemps, la présentation du premier budget caquiste révélera la hauteur des ambitions du gouvernement Legault en matière de santé mentale.

«C’est le fléau du siècle», affirmait mardi à l’Assemblée nationale la députée Hélène David, psychologue de formation. 

«Le Québec est en train de péter sa coche partout», ajoutait le député de Québec solidaire Sol Zanetti, voyant divers signaux d’alarme dans les taux de suicide, l’épuisement des médecins, des infirmières et l’anxiété des étudiants. 

D’où l’importance, soutient-il avec raison, de s’attarder aussi aux déterminants sociaux de la santé mentale.

Trop patients

Les expériences douloureuses vécues par nombre de familles québécoises et les statistiques montrent l’ampleur du travail à accomplir, notamment chez les jeunes Québécois.

La maladie mentale frappe un jeune sur cinq. Chez 75 % des personnes touchées, les premiers signes apparaissent avant l’âge de 25 ans, dont 50 % avant l’âge de 14 ans.

Nous avons été collectivement trop patients en matière de santé mentale. Jamais nous ne serions aussi patients et aussi tolérants à une insuffisance de soins et de services pour les personnes atteintes de cancer, de troubles cardiaques, pulmonaires ou toutes autres maladies physiques.

Il est plus que temps que ça change.

La ministre McCann et son collègue Lionel Carmant, ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, se montrent à l’écoute - du moins le temps d’un forum- et manifestent une volonté d’agir.

L’ampleur et la complexité du dossier, ainsi que la vulnérabilité des personnes concernées, exigent cependant plus que de regrouper une journée 300 personnes dans une salle d’hôtel et de recueillir leur témoignage de 10 minutes, comme l’a bien illustré la députée David.

Un forum peut être un premier exercice, mais la consultation et une large discussion doivent se poursuivre. Il n’y a pas que les jeunes qui souffrent de troubles mentaux. C’est notamment chez les hommes de 50 à 64 ans que le taux de suicide le plus élevé a été observé en 2016.

Il y a aussi un plan d’action en santé mentale à mettre à jour pour 2020-2025.

Il serait facile de s’éparpiller et de ne pas livrer la marchandise, a dit la ministre McCann. 

Pour livrer la bonne marchandise, il faut aussi prendre tous les moyens pour bien saisir la diversité des besoins.

Chronique

La fin du carcan médical?

CHRONIQUE / Ça semble trop beau pour être vrai. Les médecins seraient prêts, du moins selon la ministre de la Santé Danielle McCann, à faire plus de place aux infirmières praticiennes spécialisées (IPS). Attendons de voir quelle est cette place avant de crier enfin et bravo.

Les pourparlers et les négociations sont toujours très longs et très ardus lorsqu’il est question de revoir qui fait et qui pourrait dorénavant faire quoi dans le réseau de la santé. 

C’est vrai entre les médecins et les infirmières praticiennes spécialisées et pour toutes les autres professions. Les médecins veillent sur leur champ de pratique et résistent si les pharmaciens en veulent une partie. Les infirmières protègent leur territoire si les infirmières auxiliaires veulent s’y aventurer.

La ministre se donne un an pour que le cadre permettant aux IPS de poser des diagnostics soit en place.

Si elle y parvient, on pourra parler d’un miracle.

De nouveaux règlements et de nouvelles directives de pratique pour les IPS sont en place depuis seulement l’an dernier et découlent d’un accord, après de longues discussions, entre le Collège des médecins et l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec. 

Et là, seulement parce qu’elle leur demande gentiment, la nouvelle ministre de la Santé obtiendrait le consentement des médecins qui ne verraient plus d’obstacles à ce que les IPS posent des diagnostics sans devoir nécessairement se référer à eux? 

Le fruit de l’interdisciplinarité attendu depuis des décennies au Québec serait enfin mûr et Danielle McCann n’aurait qu’à le cueillir. 

Nouveau gouvernement, nouvelle ministre de la Santé, nouveau président au Collège des médecins, nouveau président à l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, et hop, toutes les résistances tombent.

Ce qui était impossible il y a moins de deux ans le devient.

Les patients pourraient plus rapidement avoir accès à certains soins avec une «super infirmière» sans attendre d’obtenir un rendez-vous avec un médecin.

Le système de la santé qui accapare environ 50 % du budget de la province pourrait ainsi freiner un peu la croissance de ses dépenses puisque la formation de l’IPS est moins onéreuse que celle du médecin, et que ce dernier gagne plus cher. 

À écouter lundi les propos des présidents du Collège des médecins et de la Fédération des omnipraticiens du Québec (FMOQ), il apparaît évident toutefois que les ficelles du projet de Mme McCann ne sont pas toutes attachées. 

Il ne suffit pas de formuler un vœu pour qu’il se réalise et que le Québec compte enfin lui aussi sur l’apport des IPS comme le font d’autres provinces au Canada.

Les médecins ne ferment pas la porte mais ne l’ouvrent pas non plus toute grande en disant «Bienvenue les IPS, il y a des malades et de l’ouvrage pour tout le monde».

Le Collège des médecins se dit prêt à collaborer, à développer un partenariat, à faire des avancées. Mais, son président Mauril Gaudreault affirme du même souffle que son rôle est de protéger le public et que les médecins sont encore les seuls qui ont la formation nécessaire pour poser un diagnostic dans une autonomie complète. 

Louis Godin, à la tête de la FMOQ, se dit aussi convaincu que «le diagnostic est quelque chose de médical et c’est quelque chose qui appartient vraiment aux médecins». 

La ministre McCann n’exclut pas de recourir à un projet de loi pour modifier la loi médicale. Vraiment?

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement caquiste durcit le ton devant les médecins, estimant que les libéraux ont été beaucoup trop généreux à leur égard.

Les troupes de François Legault voulaient revoir l’entente avec les médecins spécialistes et récupérer 1 milliard $.

La ministre souhaitait également que la Régie de l’assurance maladie du Québec soit plus sévère et divulgue le nom des médecins qui lui réclament des sommes en trop.

Tant Mme McCann que ses collègues du conseil des ministres ont reculé et changé de ton. Le même scénario va-t-il se répéter une autre fois?

Si Québec veut davantage que les divers professionnels de la santé travaillent en interdisciplinarité, le mode de rémunération des médecins doit être revu et prévoir une mixité de modalités (à l’acte, capitation, salariat) recommandait le Commissaire à la santé et au bien-être, en 2009. 

Faudra-t-il compter un an ou encore 10 ans pour y parvenir?

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Attendre quatre ans, c'est long

CHRONIQUE / Si le premier ministre François Legault tient tant à l’implantation de maternelles quatre ans partout au Québec, c’est peut-être parce qu’il craint que son programme de dépistage précoce chez les tout-petits connaisse des ratés et ne remplisse pas ses promesses.

C’est peut-être également parce que le rehaussement de la qualité dans tous les types de services de garde est loin dans la liste de priorités et de dépenses de son gouvernement. 

Les maternelles quatre ans, qui devront être offertes dans toutes les écoles d’ici 2023 parce que M. Legault et son parti en ont fait une promesse électorale, seront un moyen pour rattraper le temps perdu et les occasions d’intervention non saisies qui auraient pu faire la différence dans la vie des enfants de zéro à quatre ans et celle de leurs parents.

Agir tôt. Ce sont les mots-clés pour limiter le nombre d’enfants qui font leur entrée à l’école avec un retard dans une ou plusieurs sphères de leur développement. C’est le cas de plus d’un enfant sur quatre (27 %) qui arrive à la maternelle. 

Tous s’entendent au Québec sur la nécessité d’intervenir tôt afin de faciliter le parcours scolaire de tous les jeunes, leur permettre de réussir et d’exploiter leur plein potentiel.

Il semble peu ambitieux d’attendre que l’enfant fête ses quatre ans pour s’y mettre sérieusement.

Est-il nécessaire de mettre «un nouveau service sur le marché», comme le dit le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge?

Sommes-nous devenus si riches au Québec pour pouvoir multiplier les services offerts aux enfants de moins de cinq ans et à leurs parents? 

Les besoins sont-ils à ce point comblés en éducation (de la petite école à l’université), en santé, en environnement et en transports notamment, pour se permettre d’introduire «le droit» à la maternelle quatre ans et l’obligation d’implanter de telles classes partout et à tout prix? 

D’autant plus qu’il est difficile de prévoir combien de parents décideront d’y envoyer leur rejeton.

Papa et maman vont-ils préférer qu’Alice passe sa quatrième année avec son groupe de neuf petits copains au CPE (centre de la petite enfance) ou qu’elle entre dans une classe de 17 enfants dans une école de plus de 300 élèves de 5 à 12 ans? 

Certes l’école est gratuite, mais les parents d’Alice devront prévoir son dîner, les frais de garde après les cinq heures de classe, lors des journées pédagogiques et des longues vacances d’été. Un CPE est ouvert 261 jours par année. L’école, 182.

Si la petite Alice a besoin d’un suivi professionnel, elle n’en aura pas davantage de la fin juin au début septembre si elle fréquente la maternelle.

Pragmatisme 

Québec consacre plus de 2 milliards $ par an aux garderies privées subventionnées et aux CPE, en plus d’accorder plus de 600 millions $ de crédits d’impôt aux parents qui n’ont pas accès à une garderie subventionnée. 

Le gouvernement Legault a aussi annoncé en janvier des mesures de détection et de prise en charge précoces des retards de développement chez les enfants. Ce programme nécessite des investissements entre 70 et 90 millions $ et l’ajout de 800 ressources professionnelles et agents administratifs.

Il serait sage, d’autant plus que les locaux et le personnel enseignant manquent pour mettre en place rapidement des maternelles quatre ans, de consolider ce qui existe déjà et dans lequel le Québec a déjà beaucoup investi.

Il presse de relever la qualité dans les services de garde en misant davantage sur les CPE au lieu de suivre bêtement ce que fait le voisin ontarien ou de rappeler que le rapport Parent prévoyait des maternelles quatre ans. Les mamans de jeunes enfants n’étaient pas massivement sur le marché du travail dans les années 60 et les CPE n’existaient pas.

Il faut également s’assurer que le programme de détection précoce du ministre Lionel Carmant se déploie de façon efficace partout au Québec.

Normalement, si ce programme tient ses promesses, si la prise en charge et les services sociaux et de santé suivent après le dépistage, les parents ne devraient pas devoir attendre que leur enfant en difficulté entre à la maternelle à quatre ans pour profiter du soutien d’un orthophoniste, d’un ergothérapeute ou d’un psychologue. 

Ce n’est pas un manque d’ambition ni une résistance au changement de ne pas souhaiter un déploiement des maternelles quatre ans partout et non prioritairement dans les milieux défavorisés. C’est un souci d’efficacité, de non-gaspillage, de non-dédoublement, de réalisme.

C’est aussi considérer que les 400 à 700 millions $ par année que le gouvernement est prêt à mettre dans ce projet, en plus des investissements en immobilisation pour ajouter 5000 classes, peuvent servir à de meilleures fins aux jeunes Québécois ou à d’autres missions de l’État. 

Les gens ont voté pour nous et pour ça, diront les élus caquistes et leurs partisans. 

Ils auraient intérêt à regarder une étude menée par la chercheuse Claire Durand dont Le Devoir faisait état vendredi. Selon celle-ci, les Québécois ont voté surtout pour le changement et non pour les politiques proposées par la Coalition avenir Québec.

Un premier ministre qui s’entête, qui demeure sourd aux mises en garde des gens sur le terrain et qui est prêt à dépenser des millions de dollars pour pouvoir dire qu’il tient parole, n’incarne pas vraiment le changement.

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Deux récréations, c’est pas l’Everest

CHRONIQUE / Le ministre de l’Éducation ne demande pas aux écoles primaires et aux enseignants de gravir l’Everest avec leurs élèves. Simplement de prévoir deux récréations de 20 minutes par jour afin que les écoliers bougent, s’aèrent l’esprit et socialisent. Est-ce si difficile, si inaccessible?

Les ministres Jean-François Roberge et Isabelle Charest ont annoncé une bonne nouvelle mardi. 

Pour une trop rare fois, les caquistes et un ministre de l’Éducation s’inspirent de la science et des directions de santé publique pour prendre une décision. 

Celle du ministre Roberge qui rend obligatoire deux récréations de 20 minutes chaque jour a cependant été suivie — cela était prévisible, car c’est toujours ainsi dans le réseau de l’éducation — de «mais» et de nombreuses questions sur la faisabilité de cette nouvelle obligation. 

Logistique, horaire du personnel et des autobus, régime pédagogique et temps prescrit par matière, autonomie professionnelle, habillement des petits, cours glacées, température. Tout y passe.  

Qui fera la surveillance durant les récréations? Si la tâche revient aux enseignants qui se disent déjà débordés, où ceux-ci devront-ils couper pour accomplir tout leur boulot? Dans l’enseignement, la récupération ou l’encadrement des élèves? Faut-il confier la surveillance aux éducatrices des services de garde?

Est-il nécessaire d’allonger le temps passé à l’école, de couper dans le temps consacré à d’autres matières, de limiter la période du dîner? Des coûts supplémentaires sont-ils à prévoir?

Les enfants vont-ils enfin avoir accès à des cours d’école attrayantes et sécuritaires puisque les récréations deviennent obligatoires? 

Et bien sûr, l’éternelle question sur les horaires des autobus jaunes dont les commissions scolaires doivent «optimiser» les circuits. 

Syndicats d’enseignants et commissions scolaires voient une montagne à gravir, un effort de 40 minutes à fournir et peut-être des coûts supplémentaires.

Le ministre, de son côté, voit une butte. Cinq minutes de plus deux fois par jour et le tour est joué. À coût nul en plus.

Il laisse néanmoins entrevoir des fonds pour les cours d’école. Est-ce la fin des campagnes de vente de chocolat, de sapins de Noël et de bricolages conçus avec amour? Les parents doivent depuis des décennies participer financièrement à l’embellissement des cours d’école et à l’achat de modules de jeux. 

Si le ministre et les partenaires du réseau avaient mesuré «ensemble» la réalité et les défis, si le premier voyait les choses moins en rose et les seconds moins en noir, ça aiderait sûrement les écoliers et le Québec à bouger plus vite.

Si nous voulons favoriser la réussite éducative au Québec, si nous voulons faire reculer l’embonpoint et l’obésité chez les jeunes (1 sur 10 est obèse et le tiers des enfants de 6 à 11 ans n’atteint pas le 60 minutes d’activité physique recommandé), il faut prendre les moyens à notre disposition pour y parvenir.

Sans minimiser et sans exagérer les ajustements à faire pour atteindre nos objectifs.

Dans un document préparé en 2017, la santé publique de Montréal et la commission scolaire de Montréal relèvent que la Finlande, maintes fois citée pour ses succès en éducation, prévoit une récréation de 15 minutes à l’extérieur après chaque période de 45 minutes de cours.

Les auteurs rapportent aussi le cas d’une école primaire du Texas où les enfants bénéficient de quatre périodes de récréation par jour, pour un total d’une heure. Les enseignants, qui craignaient de prendre du retard dans leur programme, ont au contraire constaté qu’ils avançaient plus vite.

«[...] la pratique d’activités physiques ne rend pas les enfants plus intelligents, mais elle place leur cerveau dans une disposition optimale pour apprendre», écrivent Marylène Goudreault et Marie-Hélène Guimont.

Bien sûr, il faudra d’autres actions pour que les petits Québécois décrochent moins, réussissent mieux et délaissent leurs loisirs sédentaires.

Les récréations ne sont pas une panacée, mais il serait bête de ne pas profiter des bienfaits qu’elles peuvent apporter.

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Cannabis: pro-18 contre pro-21

CHRONIQUE / Les pro-18 contre les pro-21. C’est ainsi que se présente la commission parlementaire qui étudie à partir d’aujourd’hui le projet de loi 2 du ministre Lionel Carmant resserrant l’encadrement du cannabis. Un combat à coup d’arguments parfois scientifiques, parfois fondés sur la peur, où les jeunes de moins de 21 ans risquent d’être les grands perdants.

Des décennies de prohibition et de répression ont été un échec. Qu’importe pour les caquistes.

Le gouvernement Legault et son ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, persistent à croire que de maintenir la ligne dure pour les 18 à 21 ans vaut mieux que de miser sur les avantages que peuvent apporter la légalisation du cannabis et une prévention accrue. 

Selon eux, fixer à 21 ans (et non à 18 ans comme dans d’autres provinces) l’âge minimal requis pour posséder, acheter ou donner du cannabis, et ouvrir des succursales de la Société québécoise du cannabis (SQDC) bien loin des cégeps et des universités, vont mieux protéger les jeunes, décourager les ados de toucher «la» substance nocive pour leur cerveau et faire fléchir la consommation de cannabis chez les moins de 21 ans. 

Sur quoi se basent-ils pour légiférer ainsi et pour prédire que la santé des jeunes et la santé publique seront mieux préservées?

Ce n’est pas parce que le ministre Carmant est neuropédiatre qu’il possède la science infuse. Retenons toujours qu’il coiffe depuis le 1er octobre le chapeau de politicien et que son parti a promis de rehausser l’âge légal même si de nombreuses voix expriment les limites d’une telle disposition.

Vendredi dernier, une vingtaine de pédiatres spécialisés en médecine de l’adolescence ont d’ailleurs publié une lettre dans La Presse dans laquelle ils expliquent pourquoi le message du ministre Carmant est incohérent et pourquoi le gouvernement n’atteindra pas les objectifs qu’il vise.

 «[...] il n’existe aucune preuve dans la littérature démontrant que le fait de repousser l’âge légal d’accès au cannabis de 18 à 21 ans décourage l’initiation et réduit l’utilisation de cette substance chez les jeunes». 

Ils notent de plus que la hausse de l’âge légal ne fait pas partie des mesures proposées par la Société canadienne de pédiatrie pour protéger la santé des jeunes. 

Ces spécialistes rappellent également que «le cannabis n’a pas été légalisé parce que c’est une substance banale, mais bien parce que son contrôle devient possible de cette manière-là est le message qu’il faut lancer». 

Or, la position de Québec forcera les jeunes à s’approvisionner encore sur le marché clandestin et à prendre des risques sur la qualité du produit acheté. Le côté «interdit» et défi de l’autorité continuera d’attirer les jeunes. Bien difficile aussi pour eux de poser des questions ou de parler ouvertement de dépendance avec des professionnels ou des proches si le cannabis leur est défendu jusqu’à 21 ans.

L’alcool et le tabac ne sont pas banals non plus. Ils peuvent être fort néfastes pour la santé, mais le gouvernement Legault n’envisage pas pour autant de les interdire aux moins de 21 ans. 

Difficile de suivre la logique caquiste.

La semaine dernière, le député de Québec solidaire, Alexandre Leduc, en a fourni un autre bel exemple en dévoilant que les employés de la SQDC âgés entre 18 et 21 ans perdraient leur emploi lorsque le projet de loi sera adopté.

Les caquistes sont prêts à faire de la discrimination fondée sur l’âge, à exclure les moins de 21 ans de certains commerces et à les accueillir dans d’autres. Ainsi les personnes âgées entre 18 et 21 ans peuvent travailler dans une succursale de la Société des alcools ou dans des bars, des jeunes de 16 ans peuvent vendre de la bière et du vin dans un dépanneur, mais il deviendrait extrêmement dangereux pour des moins de 21 ans d’être embauchés dans une SQDC. 

Bien sûr, il ne faut pas banaliser la consommation de cannabis. Les pro-18 et les pro-21 s’entendent là-dessus. 

À trop vouloir en faire, à exagérer les dangers, M. Carmant et son gouvernement risquent davantage de nuire que d’aider les jeunes et le reste de la société.

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Plein emploi et ventres vides

CHRONIQUE / Ceux qui persistent à croire qu’il suffit de créer des emplois et de réduire le chômage pour que tout le monde mange à sa faim doivent une fois de plus se raviser. Les banques alimentaires du Québec et du Canada ne souffrent pas encore d’une pénurie d’utilisateurs.

Dans la grande région de Québec, quelque 50 500 personnes doivent chaque mois compter sur de l’aide alimentaire.

L’économie tourne rondement, le maire Labeaume et des entreprises cherchent diverses façons de combler leurs besoins en main-d’œuvre pour qu’elles roulent à plein régime, mais au même moment, des hommes, des femmes et des enfants doivent se fier aux banques alimentaires et aux dons pour combler leur appétit.

Les ventres creux ne se remplissent pas avec de belles statistiques sur le chômage et le plein-emploi.

«C’est une petite tache sur la belle image de la région de Québec», illustre Élaine Côté, directrice générale de Moisson Québec. «Des chaînes sur le frigo pour limiter l’appétit des ados, c’est plus fréquent qu’on pense.»

Des petites taches, il y en a sur tout le Québec et sur tout le Canada, révèle le Bilan-Faim 2018 de Banques alimentaires Canada dévoilé en début de semaine.

Les banques alimentaires du Québec ont enregistré l’an dernier une augmentation de 25 % des demandes d’aide. Un demi-million de Québécois ne mangent pas à leur faim. L’insécurité alimentaire est en hausse dans l’ensemble du pays.

Ces «petites taches» qui nous préoccupent davantage durant la période de réjouissances des Fêtes et nous incitent à une générosité accrue pour les atténuer ne deviennent pas plus supportables et acceptables après le 1er janvier.

D’où l’importance, selon Annie Gauvin, directrice générale des Banques alimentaires du Québec, que les décideurs aient toujours en tête l’effet de leurs décisions et de leurs politiques sur les personnes en situation de vulnérabilité.

De bonnes nouvelles pour les uns peuvent parfois s’avérer un cauchemar pour d’autres citoyens.

Mme Gauvin donne l’exemple de la pression que peut exercer une forte activité économique sur le coût des loyers.

À Val-d’Or, en Abitibi, elle a vu des personnes âgées se tourner vers les banques alimentaires, car le montant supplémentaire qu’elles doivent dorénavant consacrer à leur logement a amputé leur budget d’épicerie.

«On ne peut pas dire à une personne âgée d’augmenter ses heures de travail pour arriver.»

Des gens de plus de 65 ans obligés de faire appel aux banques alimentaires, Annie Gauvin et Élaine Côté en dénombrent de plus en plus. «On recommence à les voir», observe Mme Côté. Elle constate que les progrès réalisés dans le passé s’estompent.

L’emploi n’est pas une panacée. Ni pour eux ni pour d’autres demandeurs d’aide d’ailleurs qui vivotent avec leur maigre chèque de pension, d’invalidité ou leur petite paye.

En 2018, 11 % des utilisateurs des banques alimentaires occupaient un emploi.

Bien sûr, on pense aux travailleurs au salaire minimum ou à statut précaire, aux immigrants. Mais la directrice générale de Moisson Québec note que des travailleurs autonomes peuvent également tomber rapidement dans la pauvreté. Une maladie ou un contrat perdu peut chambouler une vie.

Les difficultés et la pauvreté des parents se répercutent évidemment sur les enfants. Trente-six pour cent des bénéficiaires de l’aide alimentaire ont moins de 18 ans.

Pour que le Québec soit véritablement le paradis des familles, il y a manifestement des ajustements à apporter. L’aide alimentaire apportée aux enfants augmente depuis 2013 au Québec, signale Mme Gauvin.

Selon Élaine Côté, il faudrait veiller à élargir aux bas revenus les mesures sociales liées aux personnes recevant des prestations d’aide sociale (soins dentaires, subventions de garde, par exemple).

«Personne ne se lève un matin en se disant : “Wow, je vais faire une demande d’aide alimentaire aujourd’hui”», dit sa collègue à l’autre bout de la 20. Pour Mme Gauvin, ceux qui pensent encore que des gens refusent d’aller travailler ou profitent du système entretiennent des préjugés.

La problématique est beaucoup plus complexe.

Il faudrait s’en souvenir à l’année, et non seulement durant le temps des Fêtes ou lorsqu’un premier ministre prétend qu’il est possible de nourrir un adulte et deux enfants avec 75 $ par semaine.

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Ça craque en éducation

CHRONIQUE / Pendant que le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, dit réparer les pots cassés par ses prédécesseurs, son collègue des Finances, Éric Girard, risque de provoquer d’autres fissures dans le réseau de l’éducation et de fragiliser son financement avec son projet de loi sur la taxation scolaire.

À part répondre à une promesse et à une surenchère électorales, le projet de loi 3 est loin d’être une si bonne affaire pour les Québécois.

Du moins, pour ceux qui regardent plus loin que le compte de taxes. Du moins, pour ceux qui ne font pas de l’abolition des commissions scolaires une obsession.

C’est alléchant une réduction de taxes de près d’un milliard $ lorsqu’on fait fi des conséquences qu’une telle décision entraîne.

Les mémoires présentés depuis mardi en commission parlementaire témoignent que le gouvernement Legault a uniformisé le taux de taxe scolaire au plus bas existant au Québec sans tenir compte de tout.

Ainsi le Québec, qui souffre déjà d’un manque d’enseignants, risque d’avoir aussi du mal à combler les postes de directeurs, car les commissions scolaires disposeront de moins de revenus pour les payer. 

Le gouvernement veut augmenter le salaire des enseignants. Qui voudra prendre un poste de directeur — entre 10 à 15 % du personnel de direction quittera sous peu pour la retraite — si la rémunération n’est pas à la hauteur de leurs responsabilités? 

Le ministre de l’Éducation risque aussi de manquer de fonds pour combler les besoins que des commissions scolaires réussissaient à remplir, notamment en milieux défavorisés, avec les revenus d’intérêts tirés des taxes scolaires. 

Bien sûr, le gouvernement soutient qu’il compensera les commissions scolaires.

Pour combien de temps et à quelle hauteur?

La croissance des dépenses doit être de plus de 4 % par an pour couvrir les coûts de système, selon la Fédération des commissions scolaires. Le ministre Girard peut tenir parole pour le prochain budget, mais rien ne garantit qu’il en sera de même dans deux ou quatre ans.

Pour un gouvernement qui dit faire de l’éducation une priorité, le financement de cette mission est soumis à l’humeur politique ou aux soubresauts économiques. 

Pourquoi soumettre le réseau à l’incertitude? 

Pour que les propriétaires d’un bungalow ou d’un immense domaine, les Québécois et les non-résidents, les commerçants, les industriels voient baisser leurs comptes de taxes scolaires?

Les Péladeau, les Desmarais, les étrangers qui investissent dans un condo à Montréal, à Québec ou dans les Laurentides, le Centre Bell, la Banque Nationale vont profiter d’une réduction de taxes, illustre la députée libérale Marwah Rizqy. 

Les locataires quant à eux risquent de ne pas en profiter du tout. La Corporation des propriétaires immobiliers du Québec ne le nie pas. Mardi, elle a donné l’exemple de Québec où la baisse de 2 $ de taxes scolaires par logement est noyée dans la hausse de taxe municipale de 5,7 %.

L’argument de la compétitivité fiscale ne tient pas non plus la route lorsqu’il s’agit des taxes scolaires.

Luc Godbout, professeur de fiscalité et titulaire de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques, a indiqué mercredi aux parlementaires que le taux de taxation scolaire du Québec était déjà beaucoup plus bas que celui de l’Ontario et d’autres provinces canadiennes. 

Au Québec, en 2017, l’impôt foncier scolaire représentait 17,8 % du budget des commissions scolaires. La proportion baissera à 8,5 % si le projet de loi est adopté. 

Les commissions scolaires deviendront donc plus dépendantes des subventions de l’État, donc moins autonomes. C’est du déjà-vu. Les politiciens jouent au yo-yo avec elles.

Référant à des travaux de l’OCDE et du Fonds monétaire international, Luc Godbout relève aussi que «le champ de l’impôt foncier apparaît comme étant l’un des modes d’imposition moins dommageables pour l’économie que ne le sont l’impôt sur le revenu des particuliers et l’impôt sur les bénéfices des sociétés». 

C’est de plus un mode de financement stable et prévisible pour l’administration publique qui a de surcroît l’avantage de ne pas laisser prise à l’évasion fiscale. 

Le projet de loi du ministre Girard est manifestement perfectible. Évitons de casser d’autres pots.

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L’erreur du grand «boss»

CHRONIQUE / Et vous, vous y croyez ou non au mea-culpa du ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, André Lamontagne? Vous croyez qu’il a utilisé les mauvais mots lorsqu’il a affirmé la semaine dernière qu’il avait «personnellement autorisé» le congédiement de l’agronome et lanceur d’alerte Louis Robert? Moi non.

Je crois que le ministre du tout nouveau gouvernement a voulu indiquer aux fonctionnaires que c’est lui «le boss» et qu’il l’a fait d’une bien piètre façon. Il tente de réparer les dégâts.

André Lamontagne a voulu signaler qu’il ne tolérerait pas que des subalternes viennent critiquer ou contester sur la place publique les façons de faire de «son» ministère.

Ceux qui le feront s’exposent à un congédiement, ou du moins à passer un bien mauvais quart d’heure, s’ils manquent de loyauté. 

Le ministre a fort mal évalué la situation et les réactions. Soit par inexpérience ministérielle, soit par excès de confiance.

Il a gaffé. Il a mis le pied sur un terrain où un ministre ne doit pas aller. Il a fait ce qui ressemble beaucoup à de l’ingérence politique. Pire, il a donné l’impression de pencher vers le lobby dénoncé. 

M. Lamontagne a soutenu lundi que dans le feu de l’action, il a été rattrapé par son passé d’entrepreneur. Il est allé au bâton pour ses employés. Ceux qui ont congédié l’agronome bavard.

L’employé Louis Robert ne méritait pas que le ministre du MAPAQ se présente au bâton pour lui? 

Des citoyens peuvent certes apprécier que des élus mettent les fonctionnaires syndiqués au pas et ne se laissent pas diriger pas la machine administrative.

Par ailleurs, bien des citoyens se méfient et ont horreur que des lobbys viennent dicter quoi faire au gouvernement et que celui-ci passe en second le bien commun. 

Si un agronome d’expérience et respecté sonne l’alarme pour dire que les choses ne tournent pas rond au Centre de recherche sur les grains (CÉROM) parce que des intérêts privés s’ingèrent dans la recherche publique sur les pesticides, le public sera enclin à l’écouter et à ne pas trop apprécier qu’il soit congédié parce qu’il a osé en parler aux médias après l’avoir fait à l’interne.

Les intérêts et la santé de la population passent avant les intérêts des Producteurs de grains du Québec. 

Lorsqu’un ministre dit avoir personnellement autorisé le congédiement d’un agronome lanceur d’alerte, c’est un bien mauvais signal qu’il envoie à la population. 

Message d’autant plus étonnant que le premier ministre François Legault et certains de ses ministres aiment répéter qu’ils ne sont pas au service des groupes de pression.

En décembre dernier, Jean-François Roberge, le ministre de l’Éducation, a même avancé qu’il souhaitait qu’une disposition soit introduite dans les conventions collectives pour garantir la liberté de parole des enseignants qui dénoncent dans les médias des problèmes vécus dans le réseau scolaire. 

André Lamontagne a beau reconnaître son erreur une semaine plus tard et demander à la Protectrice du citoyen de faire enquête sur le congédiement de Louis Robert, le ministre vient de semer un doute sur la distance que le gouvernement caquiste observe entre lui et les groupes de pression. 

Les caquistes doivent espérer que la faute avouée du ministre Lamontagne sera à demi pardonnée. 

Beaucoup d’humilité est en effet nécessaire pour faire ce que le ministre a réalisé lundi. Il approuvait le congédiement de Louis Robert la semaine dernière, et il tient maintenant à ce que toute la lumière soit faite dans le dossier. 

Elle doit l’être deux fois plutôt qu’une.

Le ministre interpelle la Protectrice du citoyen mais le Syndicat des professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec a aussi un rôle important à jouer dans cette affaire.

Elle est très récente la Loi facilitant la divulgation d’actes répréhensibles à l’égard des organismes publics (mai 2017). Les syndicats doivent assurer leurs membres qu’ils défendront farouchement ceux qui s’en prévalent et qui font face à des représailles.

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Chronique

Surdose de surplace

CHRONIQUE / Ça fait 20 ans que des voix s’élèvent, que des politiciens alertent le public et s’inquiètent de la forte consommation de médicaments comme le Ritalin, au Québec. «Sommes-nous allés trop loin?» demande cette semaine une quarantaine de pédiatres. Pourquoi rien ne change? C’est une question qu’il faudrait également poser.

La lettre des pédiatres et les réactions à celle-ci reprennent des airs connus à quelques variantes près.

«Le Ritalin est en train de remplacer les services professionnels dans les écoles.» C’est ce que des députés libéraux soutenaient à l’Assemblée nationale en 1998, constatant une hausse du nombre de prescriptions de Ritalin.

L’opposition libérale réclamait au gouvernement péquiste de réduire l’utilisation du médicament, cette «camisole de force chimique».

Aujourd’hui comme hier, l’école est montrée du doigt. Les profs — en majorité des femmes — et les directions scolaires ne tolèrent plus les petits turbulents, les élèves qui dérangent et qui les confrontent. Ils feraient pression pour que les parents consultent et obtiennent une prescription.

D’autres explications avancées par le passé reviennent.

Pour certains, le recours à la médication pour traiter un trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), c’est la loi de la facilité pour les écoles, mais aussi pour les jeunes, pour leurs parents et pour le système de santé.

Pour d’autres, c’est la faute à la société de performance qui fait que des parents mettent trop de pression pour que leur petit chéri soit le meilleur, le plus beau et le plus fin, du premier jour à la maternelle à l’obtention de son doctorat à l’université. À l’inverse, d’autres ciblent la «mollesse» des parents pour expliquer l’anxiété et les difficultés de leur progéniture. 

D’autres préfèrent accuser les médecins et les psychologues. Ils colleraient trop facilement un diagnostic de TDAH et proposeraient trop souvent la prise de médicaments plutôt que le recours à d’autres moyens trop peu accessibles. L’industrie pharmaceutique ne s’en plaindra pas.

À ce discours, des professionnels rappellent les bons côtés de la médication et signalent que la consommation de ce type de médicaments est peut-être plus grande au Québec parce que notre régime d’assurance médicaments est plus généreux qu’ailleurs au Canada.

Ces explications et ces arguments, ça fait des années qu’on les brasse au Québec.

Lueur d’espoir

Et pourtant, il y a 20 ans, des chercheurs indiquaient déjà que le recours à la médication serait moins répandu si des équipes multidisciplinaires travaillaient avec l’enfant et ses parents.

Invité en novembre dernier à commenter les dernières données de la Régie de l’assurance maladie du Québec faisant étant d’une hausse de consommation de médicaments spécifiques au TDAH, le ministre et neuropédiatre Lionel Carmant a affirmé que les médecins avaient souvent tendance à se tourner vers la médication, faute d’autres supports à leur portée.

«L’accès à l’aide psychologique pourrait éviter la surmédication», indiquait le Dr Carmant, en entrevue à La Presse.

Le Québec est-il sur le point de se rapprocher d’une solution?

Les pédiatres signataires de la lettre publiée jeudi constatent aussi que l’intervention psychosociale, le soutien aux parents et aux enseignants ne sont pas assez utilisés.

«Seuls les parents disposant d’une marge de manœuvre financière suffisante peuvent aller chercher de l’aide via les services psychothérapeutiques offerts dans les cliniques privées», écrivent-ils.

Pour les autres, c’est donc, dans certains cas, la pilule, faute de plus, faute de mieux. C’est vrai pour le jeune qui souffre d’un TDAH, comme d’ailleurs pour celui qui souffre de dépression.

Les attentes sont grandes à l’égard du ministre Carmant et du gouvernement Legault. Les caquistes misent sur le dépistage précoce des troubles de développement chez les enfants.

Très bien, encore faut-il que tous les parents, ainsi que les professionnels de la santé, des écoles et des garderies, aient accès à l’ensemble des traitements pour aider les jeunes, et non seulement à des médicaments.

Chronique

33 324 participants, et puis après?

CHRONIQUE / Exactement 33 324. C’est le nombre de participants, ou le nombre de fois, que des individus ont répondu au questionnaire en ligne du ministère de l’Éducation portant sur les frais scolaires. Bien hâte de voir ce que le ministre Jean-François Roberge en retiendra et quelles limites il imposera pour réduire la facture des parents à la prochaine rentrée.

C’est très tendance les consultations. À Ottawa, le gouvernement de Justin Trudeau a lancé plus de 380 consultations publiques depuis 2015.

Mais jusqu’à quel point ce type d’exercice est-il utile pour un gouvernement et sert-il l’intérêt de la population? 

Consulter est un moyen pour les gouvernements de prendre le pouls de l’opinion publique et d’élaborer des politiques publiques qui collent aux besoins exprimés.

C’est aussi une façon pour les politiciens de tenter de rétablir la confiance entre eux et le public, de se dire connectés et branchés sur le vrai monde.

Encore faut-il que monsieur et madame Tout-le-Monde participent aux consultations. Mais aussi, que les élus les mènent en précisant bien dès le départ les véritables enjeux, et qu’ensuite, ils interprètent correctement les résultats et en mesurent la portée. 

Revenons à la consultation du ministre Roberge. C’est peu ou c’est beaucoup 33 324 participants?

Le Québec compte quelque 920 000 enfants dans les écoles primaires et secondaires. C’est donc un potentiel de milliers de parents susceptibles de faire savoir au gouvernement ce qu’ils jugent raisonnable ou non de payer pour que leurs rejetons fréquentent l’école publique supposément gratuite.

Le bassin de répondants était cependant plus vaste. Tout le monde pouvait répondre au questionnaire. L’étudiant tout comme la personne qui n’a plus d’enfants à l’école depuis belle lurette et qui n’a aucune envie de payer davantage d’impôt ou de taxes pour l’éducation des enfants des autres. 

Une même personne pouvait aussi répondre plus d’une fois au questionnaire.

C’est considérable 33 324 participants? Tout est relatif.

Le cabinet du ministre de l’Éducation a indiqué mercredi que les résultats de la consultation qui a pris fin le 25 janvier seraient «probablement» dévoilés publiquement lors du dépôt du projet de loi.

Probablement? Cela devrait pourtant aller de soi. 

Les citoyens qui ont de l’intérêt pour cet enjeu veulent connaître les réponses des participants. 

Il est aussi essentiel que le public puisse vérifier si le ministre tient bel et bien compte des réponses formulées.

Sinon, la population conclura que le ministère n’a consulté que pour la forme, que sa démarche n’était pas sincère, qu’il voulait faire croire que l’avis des citoyens importait alors que dans les faits, le texte de loi était déjà écrit. 

Si la majorité des 33 324 participants réclament que les frais scolaires réclamés aux parents baissent considérablement et que l’État augmente son soutien pour que les enfants de milieux moins favorisés puissent s’inscrire à de coûteux programmes d’éducation internationale, de sports, d’arts ou de langues études, le ministre va-t-il agir en ce sens? 

Si la majorité dit le contraire, le ministre va-t-il faire fi du Conseil supérieur de l’éducation, fort préoccupé que le système scolaire québécois soit devenu le plus inégalitaire au Canada?

La promesse de la Coalition avenir Québec d’uniformiser le taux de taxe scolaire — au plus bas taux en vigueur — privera les commissions scolaires de près de 1 milliard $ par année, et ce, de façon récurrente.

Le ministère de l’Éducation doit normalement compenser cette perte de revenus aux commissions scolaires.

Près de 1 milliard $ en moins, cela réduit considérablement la marge de manœuvre du ministre et sa capacité de réduire la facture scolaire des parents. 

Est-il plus important et plus porteur au Québec de réduire le compte de taxes scolaires, y compris celui de propriétaires très fortunés, que d’agir pour que l’école publique assure l’égalité des chances de tous les petits Québécois, qu’importe la capacité financière de leurs parents? 

Si chaque jeune a le droit aux conditions nécessaires pour aller au bout de son potentiel, comme le répète le premier ministre Legault, il faudra plus que des investissements dans le béton et qu’une réduction de taxes scolaires pour y parvenir.