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Une saisie et un gin

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Une saisie et un gin

CHRONIQUE / Une distillerie dans un paisible rang de Chaudière-Appalaches. L’histoire se répète au 1377, rang Saint-Philippe, à Saint-Anselme. 

Avec leur gin artisanal infusé de camerises, Denis Carrier et Nancy Jacques ne risquent toutefois pas de voir arriver la Gendarmerie royale du Canada comme en 1938. Leur production se fait au grand jour, en toute légalité et à plus petite échelle que celle des contrebandiers pincés par la police il y a 82 ans.

Dans la nuit du 30 août 1938, des agents de la GRC démantelaient une distillerie clandestine dans le rang longeant la rivière Etchemin. La «plus importante jamais découverte dans le district», rapportait à l’époque Le Soleil

D’où l’inspiration et le nom retenu par le couple de Bellechasse pour désigner le nouveau produit développé par Camerises Saint-Philippe, le gin Saisie 38 dont la vente débute aujourd’hui au 1377, rang Saint-Philippe, propriété de la famille Carrier depuis 1945. 

Denis Carrier est producteur laitier. Nancy Jacques, copropriétaire d’une entreprise de monuments funéraires. L’alambic et le gin, c’est leur désir d’avoir une entreprise commune. 

Ils ont suivi toutes les étapes, rempli toute la paperasse et répondu aux multiples exigences de la Régie des alcools, des courses et des jeux afin de produire et de vendre un gin artisanal fruité, de couleur rose violacé. 

Le couple souhaite offrir plus qu’un nouveau produit à leurs clients. Il vise aussi à faire connaître un petit bout d’histoire et un fait divers méconnu des habitants de Saint-Anselme et de Chaudière-Appalaches. 

«Mon père, mort l’an dernier à 96 ans, m’en parlait. Mais, quand j’essayais d’en savoir davantage auprès des gens du coin, personne n’était au courant de ce qui s’était passé dans le rang en 1938», raconte Denis Carrier.

Opération majeure

Même Marianne, une centenaire à la mémoire encore vive qui habite dans le rang Saint-Philippe et près des Carrier depuis plus de 80 ans, n’a pu lui fournir des détails sur la saisie de 1938.

«Mystérieusement, à cette époque, personne n’achetait de l’alcool de contrebande, mais il s’en produisait et s’en vendait», ironise le producteur.

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Secteur public: ça vient l’oxygène?

Chronique

Secteur public: ça vient l’oxygène?

CHRONIQUE / Le niveau d’alerte doit passer à l’orange, voire au rouge au bureau de la présidente du Conseil du Trésor, Sonia Lebel. Pénurie de personnel, nombreuses absences pour maladies, démissions, départs à la retraite anticipés dans les réseaux de la santé, des services sociaux et de l’éducation. Il presse d’envoyer le signal au personnel du secteur public que les choses vont changer, que leurs conditions de travail vont s’améliorer.

Les employés des écoles, des hôpitaux, des CHSLD et des services sociaux doivent avoir l’espoir et l’assurance que de l’oxygène s’en vient et qu’ils pourront reprendre leur souffle. 

Et ce, sans devoir prendre des congés de maladie longue durée, sans démissionner, sans opter plus tôt pour la retraite, sans aller dans le secteur privé et sans devoir changer de carrière. 

La ministre Lebel a hérité à la fin de juin de la négociation du renouvellement des conventions collectives des milliers d’employés de l’État, échues depuis la fin de mars.

«Au Trésor, mon trésor», a dit le premier ministre François Legault lors du remaniement ministériel où il a confié la présidence du Conseil du Trésor à Mme Lebel, et nommé l’ancien président, Christian Dubé, au ministère de la Santé et des Services sociaux. 

Le changement de ministre signifie-t-il un changement de mandat et d’approche dans la présente ronde de négociations?

Dans les rangs syndicaux, les personnes interrogées ne notent pas encore une différence.

Le temps pour la ministre de s’approprier les nouveaux dossiers et d’établir de nouveaux contacts, le temps des vacances estivales. Cela se comprend. Mais cela ne peut s’éterniser.

Même le dossier des préposés aux bénéficiaires, pourtant une priorité du gouvernement caquiste, n’est pas encore réglé. Les recrues ignorent encore si elles toucheront bel et bien 26 $ l’heure comme le promet M. Legault. Une telle offre n’a pas encore été déposée à la table de négociation. 

Lorsque les médias étalent le fragile état des troupes, le manque d’effectifs, l’épuisement de ceux qui restent et la charge de travail qui attend le personnel des établissements de santé, de services sociaux et d’éducation au cours des prochains mois, on réalise qu’il doit se passer quelque chose. Rapidement.

D’abord, parce que le Québec doit être prêt à passer à travers une possible deuxième vague de la pandémie, ainsi qu’à rattraper les milliers d’examens et de chirurgies retardés depuis le printemps. 

Québec doit aussi pouvoir garantir l’accès et la qualité des services publics lorsque la crise sanitaire sera derrière nous. L’équipe caquiste devra démontrer qu’elle a colmaté les failles, certes visibles depuis des années, mais dont la pandémie a révélé l’ampleur et les graves conséquences à la fois pour le personnel et la population. 

Au cabinet de Sonia Lebel, son attaché de presse indique qu’il n’y a rien de nouveau pour le moment. Les tables de négociations sont actives, les mandats sont les mêmes et Québec tient toujours à son modèle d’offres salariales différenciées qui prévoit de meilleures augmentations pour les préposées aux bénéficiaires et les enseignants aux premiers échelons.

La ministre n’accorde pas d’entrevue sur les pourparlers avec les représentants syndicaux et sur ses orientations.

Nancy Bédard, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé, attend sous peu un signe des ministres Lebel et Dubé. «Il faut colmater l’hémorragie. Donner de l’espoir aux employés». Les beaux discours doivent faire place à l’action et aux solutions durables. 

Impossible, selon elle, d’attendre un dénouement en décembre. «Le personnel ne tiendra pas le coup».

Impossible aussi de miser uniquement sur les préposés aux bénéficiaires pour régler les maux du système de santé. «Ça prend une équipe complète de soins». Les conditions de travail des infirmières, des infirmières auxiliaires, des inhalothérapeutes ont besoin d’un rehaussement.

Mme Bédard signale que la partie patronale a posé beaucoup de questions sur les ratios infirmière/patients que la FIQ réclame pour assurer la qualité et la sécurité des soins. La dirigeante syndicale interprète cela positivement. 

Si le gouvernement a été capable de lancer une campagne de recrutement et de formation de 10 000 préposés aux bénéficiaires, elle estime qu’il peut déployer un plan ambitieux pour les infirmières.

À la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), la présidente Sonia Éthier soutient que le gouvernement aurait intérêt à faire avancer les négociations au lieu de faire des campagnes de publicité.

«Le gouvernement ne prend pas la pleine mesure de l’impact de la non-amélioration des conditions de travail et de salaires». Mme Éthier rappelle que les absences pour cause de maladies ou blessures pèsent lourd sur le budget du Québec. Une telle dépense de 500 millions $ par an, ce sont 10 000 postes à temps plein, avance la CSQ.

Daniel Boyer, le président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), signale que des primes versées à des corps d’emploi en pénurie de main-d’oeuvre viendront à nouveau à échéance le 30 septembre. Elles ont été renouvelées au printemps. Des psychologues, des préposés aux bénéficiaires et des ouvriers spécialisés touchent de telles primes.

«S’il y a encore une différence de 8 $ l’heure entre le plombier et l’électricien du secteur public et ceux qui travaillent dans la construction, la pénurie d’ouvriers spécialisés ne se résorbera pas de sitôt dans les hôpitaux et les écoles».

Personnel et expertise recherchés

Le manque de main-d’oeuvre dans les réseaux de la santé et de l’éducation ne doivent pas par ailleurs faire oublier que d’autres ministères et d’autres organismes gouvernementaux peinent à recruter et à retenir des employés.

Le ministère des Transports manque encore d’ingénieurs d’expérience. Ceux-ci sont mieux traités au privé. Le ministre François Bonnardel disait récemment rêver d’augmenter l’expertise au MTQ. La situation inquiète la Vérificatrice générale du Québec.

Revenu Québec participera pour sa part en octobre à une mission virtuelle de recrutement international afin de combler ses besoins dans le secteur des technologies de l’information où la concurrence entre les employeurs est forte.

Line Lamarre, la présidente du Syndicat des professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec, constate aussi que les arpenteurs, les évaluateurs et les vétérinaires n’accourent pas pour pourvoir des postes au gouvernement. 

Une entente a d’ailleurs été conclue pour réussir à attirer des vétérinaires. Dès leur arrivée, ces derniers ont droit au salaire prévu au milieu de l’échelle salariale. 

Mme Lamarre observe aussi que les organismes publics se cannibalisent. Les municipalités, les universités et le gouvernement fédéral paient mieux leurs employés que le gouvernement du Québec.

La présidente Sonia Lebel doit composer avec cette réalité et convenir de solutions avec les différents syndicats. 

Dans un autre dossier piloté par son prédécesseur avant la pandémie, le très contesté projet de loi 61 sur la relance économique du Québec, Mme Lebel  a admis que certains éléments devaient être revus, notamment l’article 50. Elle présentera une nouvelle mouture du projet de loi à la reprise des travaux parlementaires. 

Souhaitons aussi que Sonia Lebel donne un nouveau souffle aux négociations avec les représentants des employés de l’État.

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Développer le goût du Québec

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Développer le goût du Québec

CHRONIQUE / Avez-vous pris le goût de voyager au Québec cet été et de vous éloigner des grandes villes? Si Charlevoix et la Gaspésie sont devenues les destinations refuges durant l’été «covidien», rien n’assure que les touristes québécois y reviendront nombreux l’année prochaine.


C’est du moins l’avis de Paul Arseneault, titulaire de la Chaire de tourisme Transat et directeur du Réseau veille en tourisme. 

En ce domaine, rien n’est acquis. L’offre de services et d’expériences doit être sans cesse renouvelée.

Faute de pouvoir s’envoler vers le Sud, les États-Unis, l’Europe ou l’Asie, faute de pouvoir se rendre à Montréal ou à Québec pour profiter des festivals et des grands évènements, les Québécois ont séjourné plus longtemps cette année dans certains coins de la province. 

«La Gaspésie et Charlevoix sont devenues des destinations refuges pour les Québécois, comme l’ont été la Bretagne et le Pays basque pour les Français. C’est un retour vers les valeurs sûres.» 

Selon M. Arseneault, cela ne veut pas dire pour autant que la Gaspésie est dorénavant une destination à la mode. Elle devra encore faire la démonstration qu’elle a beaucoup à offrir aux touristes et qu’elle peut répondre à leurs besoins. 

«Après les attentats de 2001 aux États-Unis, le Canada et le Québec sont devenus des destinations refuges, des prix de consolation pour les Américains», relate M. Arseneault qui est également professeur de marketing à l’UQAM. «Après 2004 et jusqu’en 2016, ils ont décroché.»

Notamment, explique-t-il, parce qu’on a trop misé sur les «têtes blanches» américaines et négligé les produits et le marketing qui auraient permis d’attirer les jeunes Américains. «Le Château Frontenac et les peaux d’ours devant un foyer dans un chalet, cela a ses limites.»

M. Arseneault invite à la même prudence en prévision de la prochaine saison estivale et des vacances. Ceux qui ont réussi à faire de bonnes affaires durant la pandémie ne sont pas assurés de la même affluence l’an prochain.

Alexander Reford, directeur des Jardins de Métis, à Grand-Métis, sait déjà très bien qu’il ne faut pas se reposer sur ses lauriers et qu’il est important d’innover et de joindre aussi une jeune clientèle.

Il maîtrise déjà la leçon du professeur de l’Université du Québec à Montréal. 

«L’innovation, on la cultive», indique-t-on d’ailleurs sur le site des Jardins de Métis.

Malgré la pandémie et malgré le fait que ses jardins ont été ouverts au public trois semaines plus tard cette année, la saison n’a pas été la catastrophe appréhendée. Bien au contraire.

En juillet, les Jardins de Métis ont connu une fréquentation similaire à celle de l’an dernier. «En août, elle a été est supérieure de 10 % à celle d’août 2019 grâce à notre meilleure partenaire, la météo.» Il admet aussi que la situation des Jardins, sur la route menant à la Gaspésie, destination chouchou de l’été, a aidé.

Jusqu’à la fermeture, le 4 octobre, les affaires se présentent aussi très bien avec l’ajout d’expositions et de concerts.

M. Reford constate de plus la diversité et le rajeunissement de la clientèle que les Jardins souhaitaient. On ne va pas aux Jardins de Métis seulement pour admirer le pavot bleu. «Les jardins contemporains, conçus par des jeunes, ont un côté ludique et énergisant. Cela attire d’autres visiteurs.»

Le directeur des Jardins croit que les Québécois ont pris le goût de voyager à l’étranger, mais qu’ils ont aussi le goût de voyager au Québec. «Il faut donc demeurer actif, innover et développer pour les attirer.»

On fait quoi durant les prochaines vacances, on va où? La question reviendra dans les foyers québécois l’an prochain. 

Si la pandémie a signifié des pertes d’emploi pour certains, pour d’autres, le télétravail et le confinement ont gonflé leurs épargnes. «Et qui dit épargne, dit voyage», observe M. Arseneault. «Qui, pour une enveloppe donnée, m’en donne pour mon argent?»

Il déplore que des gens disent que c’est cher de voyager au Québec, que le «package vers le Sud» est plus intéressant. «C’est pas ici que ça coûte cher. C’est là-bas que c’est pas cher parce que le coût de la vie est bas et que le personnel est moins bien payé.»

Il est tentant ici de faire une comparaison avec l’achat d’aliments du Québec. On prône l’achat local, encore davantage depuis le début de la pandémie, mais à l’épicerie, le prix guide encore le choix d’une majorité de consommateurs. 

Les voyageurs recherchent aussi la sécurité. Lorsqu’il y a un risque sanitaire, les gens sont sur leur garde. «Ça effraie plus que le terrorisme, et de loin. Le SRAS a tué l’économie de Toronto en 2003. Il y avait eu une quarantaine de morts», rappelle M. Arseneault.

Le nombre de victimes de la COVID-19 est pas mal plus imposant. Difficile donc de prévoir ce que sera le tourisme ­post-pandémie et quelles destinations sauront mieux que d’autres tirer leur épingle du jeu.

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La lune de miel du télétravail

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La lune de miel du télétravail

CHRONIQUE / Nous sommes encore dans la période lune de miel du télétravail. L’engouement risque de s’estomper quelque peu le jour où votre patron tentera d’empiéter sur votre vie privée, qu’un de vos employés s’estimera accidenté du travail parce qu’il a chuté dans son escalier à minuit, ou que trois assureurs s’obstineront sur la facture de remplacement de l’ordinateur abîmé à cause d’une fuite d’eau chez le voisin d’en haut. D’où l’importance de mettre les choses au clair dès maintenant.

«En l’absence de cadre, ça va débouler à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST)», prévient Martin Dumas, avocat et professeur au département de relations industrielles de l’Université Laval, ainsi que codirecteur du Laboratoire interdisciplinaire de la responsabilité sociale des entreprises. 

Il y a nécessité d’éclairer les zones grises et de combler les lacunes des lois du travail et des conventions collectives non adaptées, ou si peu, au travail à distance. 

«Il y a des bases légales à respecter, mais elles sont vagues et non spécifiques au télétravail. Cela donne lieu à de nombreuses questions et interprétations». La jurisprudence déterminera la voie. 

Les chartes des droits et libertés doivent aussi être respectées. Le droit à la vie privée de l’employé doit par exemple être concilié avec le besoin de l’employeur de contrôler la quantité et la qualité du travail, de même que l’obligation d’assurer la confidentialité des données traitées par ses salariés à leur résidence. 

«Si un cousin fait une visite surprise à la maison, il ne faut pas que des données confidentielles soient exposées sur l’ordinateur de l’employé». M. Dumas explique aussi qu’un patron ne peut installer une caméra sans d’abord avoir démontré la nécessité et le caractère raisonnable d’un recours à celle-ci.

Que prévoit le gouvernement Legault pour répondre à ce changement précipité par la pandémie dans l’organisation et les relations de travail? Le déplacement du bureau à la maison s’est développé jusqu’à maintenant de manière bien informelle.

J’ai voulu savoir si Jean Boulet, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité, comptait moderniser le code du travail, la loi sur les normes et celle sur la santé et la sécurité du travail afin de les adapter à la réalité du télétravail, devenu forcément la norme pour plusieurs entreprises et des travailleurs depuis mars dernier. Certains  souhaitent d’ailleurs fortement que le télétravail puisse se poursuivre  après la crise sanitaire.

Le Québec pourrait-il se doter d’une politique-cadre en la matière?  Fixer des balises et en resserrer d’autres pour s’assurer que personne ne soit lésé si le lieu de travail se déplace du bureau à la maison, période de pandémie ou non?

La demande d’entrevue a été refusée car M. Boulet doit faire sous peu une annonce au sujet du télétravail. C’est à suivre.

Rappelons que le ministre a déjà prévu déposer cet automne un projet de loi pour moderniser la loi sur la santé et la sécurité du travail. Il a donc l’occasion de préciser dès maintenant des éléments en lien avec le télétravail.

Équilibre et juste partage

Quels sont par ailleurs les droits et obligations des employeurs et des employés? Qui paie quoi? Qui fournit et entretient l’équipement? Quel employé  peut faire du télétravail et qui doit entrer au bureau de 9 à 5?

Sur cette question, on a vu cette semaine à Montréal que la popularité du télétravail a des conséquences non souhaitées par la mairesse Plante et le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain car les commerces du centre-ville souffrent de l’absence des travailleurs. 

Interrogé à ce sujet à une station radio de la Mauricie, le ministre Boulet a affirmé qu’il préconisait une formule hybride – quelques jours en télétravail et quelques jours au bureau-  afin de briser l’isolement et l’anxiété des travailleurs, et de profiter d’une interaction humaine bénéfique. 

Une formule hybride ne comble pas le besoin de précisions.

Comment sont calculées les heures de travail et la productivité? Comment s’assurer de préserver la confidentialité des données traitées au domicile de l’employé? Comment gérer, et «contrôler» le personnel à distance, évaluer son rendement? Quelles dépenses d’emploi ou de bureau sont déductibles d’impôt? Ce sont d’autres questions auxquelles il faudra répondre.

Oui, c’est agréable pour plusieurs de ne plus avoir à se déplacer pour aller travailler, de ne plus perdre des heures dans le trafic, de troquer complet et tailleur pour des vêtements mous, souliers vernis pour pantoufles, et de concilier plus facilement-du moins dans certains cas- travail et famille. 

C’est aussi réjouissant de constater que la productivité des employés n’est pas en baisse, mais bien en hausse pour certains, et que des employeurs voient maintenant enfin les avantages du télétravail.

Ses aspects très positifs ne gomment pas ceux qui peuvent poser problème.  

La FTQ (Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec) a décidé d’organiser un séminaire virtuel pour le 25 septembre afin de répondre aux nombreuses interrogations provenant de ses syndicats affiliés.

Au Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ), le télétravail s’est aussi inscrit à l’agenda.  «Au-delà de la beauté du télétravail et de la liberté qu’il apporte, des questions se posent sur la protection de la vie privée, la sécurité des données, la santé et sécurité au travail, la fiscalité, la surveillance», indique la présidente, Line Lamarre. «C’est tout un changement de culture». 

Là aussi, à la fois pour l’employé et pour l’employeur. On vante beaucoup la flexibilité du télétravail. Certains sont plus efficaces le matin, d’autres en après-midi, voire la nuit. On calcule encore les heures de travail ou on fonctionne par objectif, par projet, par échéancier? S’il y a surcharge de travail, il y a des heures supplémentaires? On vérifie «les heures»  ou le rendement?

Sonia Éthier, présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), soutient que le télétravail justifie de plus en plus une réflexion sur le droit à la déconnexion. Une frontière entre vie professionnelle et personnelle doit être établie. «Une journée de travail doit avoir un début et une fin».

Mme Éthier ne cache pas que le télétravail remet aussi en question la représentation syndicale. Si chaque employé travaille à la maison, que deviennent la cohésion entre les collègues  et les droits collectifs?

«Les gens sont encore habités par la peur de la pandémie», dit-elle. Elle explique ainsi l’engouement pour le télétravail. Elle croit toutefois qu’avec le temps et le recul, il y aura un dosage, un équilibre.

Le professeur Dumas reconnaît que le travail des syndicats ne sera pas simple. Il se préoccupe aussi des non-syndiqués. «Dans des négociations individuelles, certains s’en tirent bien et d’autres mal». 

Pour préserver un bon climat de travail, il invite les employeurs  à faire preuve d’équité car tout finit par se savoir.

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Insuffisante la formation au cégep?

Chronique

Insuffisante la formation au cégep?

CHRONIQUE / Une formation de trois ans au cégep ce n’est plus suffisant pour devenir inhalothérapeute? L’Ordre professionnel des inhalothérapeutes du Québec et le Collège des médecins en sont convaincus et demandent une fois de plus au gouvernement d’instaurer un baccalauréat en inhalothérapie, et ce, dès la rentrée de 2021.

Les deux ordres professionnels ont déposé un mémoire en ce sens à l’Office des professions du Québec au début du mois d’août.

Cette demande rappelle celle que formule depuis 40 ans l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ). 

En début d’année, l’OIIQ a  réclamé que le baccalauréat, et non plus le diplôme d’études collégiales, devienne la norme d’entrée minimale dans la profession. En cas de refus de Québec, l’ordre envisage de délivrer deux types de permis, un pour les techniciennes en soins et un pour les infirmières bachelières.

Dans un cas comme dans l’autre, l’épineux dossier du rehaussement de la formation, qui divise ordres professionnels, cégeps et syndicats d’enseignants depuis des décennies, attend une solution de la part de Québec.  

Le gouvernement caquiste de François Legault va-t-il faire comme les gouvernements précédents et renvoyer la prise de décision aux calendes grecques?

Josée Prud’Homme, directrice générale et secrétaire de l’Ordre professionnel des inhalothérapeutes du Québec (OPIQ), explique en entrevue téléphonique que son organisation ne se fera pas oublier du gouvernement Legault et de ses ministres concernés - Danielle McCann, Christian Dubé et Sonia Lebel- et l’Office des professions.

Le rehaussement de la formation initiale des inhalothérapeutes fait l’objet d’échanges depuis 20 ans. Il est même inscrit comme une priorité du ministère de la Santé et des Services sociaux depuis 2008. Douze ans, c’est beaucoup pour un dossier jugé prioritaire.

Même si une entente de principe a été convenue sous l’ancien gouvernement libéral entre le MSSS et le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, l’OPIQ a accepté de reprendre l’exercice et de se soumettre au nouveau processus d’analyse adopté en 2019.

Mme Prud’Homme croit que la pandémie qui frappe depuis des mois révèle l’importance du rôle des inhalothérapeutes auprès de patients très vulnérables. «La crise sanitaire a mis en exergue la complexité de leur rôle et du jugement clinique qu’il requiert de plus en plus», dit-elle. 

L’OPIQ fait valoir que le vieillissement de la population, l’augmentation des maladies chroniques et des troubles respiratoires, l’évolution des connaissances et des technologies médicales, le développement des soins à domicile et l’approche multidisciplinaire préconisée dans le réseau de la santé commandent une bonification de la formation.

Des arguments semblables à ceux de l’ordre des infirmières et infirmiers. L’enjeu n’a cependant pas la même ampleur. L’OIIQ compte 76 000 membres et l’OPIQ, un peu plus de 4000. La formation des inhalothérapeutes est offerte dans huit collèges, dont le cégep de Sainte-Foy, tandis que 46 cégeps sur 48 à travers le Québec donnent la technique en soins infirmiers.

La Fédération des cégeps convient que la formation doit être revue à la hausse, mais elle soutient que les sept cégeps publics peuvent parvenir à le faire sans que les étudiants passent par l’université. 

Bernard Tremblay, président de la Fédération des cégeps, croit qu’il est temps de briser le carcan de la formation collégiale de trois ans. Il souhaite un changement de paradigme. Des DEC (diplôme d’études collégiales) pourraient avoir une durée de quatre ans et des collèges pourraient aussi offrir des baccalauréats appliqués.

Selon la fédération, il serait plus facile de bonifier la formation dans les cégeps que de confier ce rôle aux universités. L’OPIQ n’est pas de cet avis. Il préconise, avec le Collège des médecins, un baccalauréat de 90 crédits, d’autant plus que des cours déjà offerts dans d’autres baccalauréats en santé pourraient l’être aussi pour les inhalothérapeutes.

Jusqu’à maintenant, seulement l’Université de Sherbrooke et l’Université de Montréal auraient manifesté un intérêt.     

Bernard Tremblay voudrait aussi que le ministère de l’Enseignement supérieur procède à une actualisation plus rapide des programmes afin que la formation soit bien en lien avec les besoins sur le marché du travail. 

DEC, DEC de quatre ans, DEC-certificat, DEC-BAC, BAC (baccalauréat)? La fédération des cégeps croit que le débat sur la durée de la formation en inhalothérapie crée de l’incertitude chez les étudiants.

Tout comme l’OPIQ, elle constate que les inscriptions dans cette discipline sont en baisse depuis les six dernières années. 

Par ailleurs, les besoins de main-d’oeuvre ne devraient pas diminuer. L’OPIQ s’inquiète d’ailleurs dans son mémoire des effectifs en inhalothérapie à court terme. Il ne partage pas les vues du ministère de la Santé et des Services sociaux sur la stabilité des effectifs.

«Le gouvernement ne semble pas considérer le nombre croissant d’inhalothérapeutes qui choisissent d’aller en pratique privée et l’effet de ce choix sur l’embauche dans le réseau de la santé. Près de 20 % des inhalothérapeutes se dirigent maintenant vers le secteur privé, contre 10 %, il y a quelques années.»

L’ordre signale aussi que de 25 à 30 % de ses membres décrochent après six ans de pratique. 

Quelle est l’explication? Les gens se sentent mal outillés pour exercer la profession, les conditions de travail ne sont pas à la hauteur ou les recrues héritent des postes et des horaires les plus difficiles? 

Il ne faudrait pas attendre une pénurie pour obtenir des réponses et corriger le tir. Les effets du manque de main-d’oeuvre dans d’autres corps d’emploi et professions incitent à être plus proactif.

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Plus que des gardiennes d’enfants

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Plus que des gardiennes d’enfants

CHRONIQUE / Au nom de l’enseignante s’ajoute celui de l’éducatrice du service de garde pour de nombreux enfants. Mme Sandra cohabite avec Mme Magalie dans son quotidien. Mais même si plus de 60 % des écoliers ont besoin de ce service avant et après les heures de cours ainsi que le midi, et même si certains y passent presque autant d’heures qu’en classe, le travail du personnel des services de garde scolaire n’est souvent pas reconnu à sa juste valeur. Cela pourrait nous jouer des tours.

«Ce ne sont pas des gardiennes d’enfants, mais bien des éducatrices. C’est un service éducatif», soutient Diane Miron, directrice générale de l’Association québécoise de la garde scolaire (AGGS). 

Qu’est-ce que les parents de jeunes enfants feraient sans les services de garde de l’école à 7h le matin, le midi, entre 15h et 18h, lors des nombreuses journées pédagogiques ou lors de la semaine de relâche? 

Les heures passées au service de garde peuvent être très agréables et stimulantes si l’équipe est compétente et dynamique. Si le personnel se contente de faire de la surveillance, les enfants risquent de trouver le temps long.

Le télétravail va peut-être inciter des parents à délaisser les services de garde scolaire. Mais pour plusieurs, ceux-ci demeureront essentiels pour concilier travail et famille. Encore faut-il que du personnel soit au poste pour assurer le service.

Là aussi, des écoles manquent de personnel. C’était le cas avant la pandémie. Dans certains établissements, le ratio d’une éducatrice pour 20 enfants ne peut pas être respecté faute de personnel. «Il grimpe à 25, à 30», rapporte Mme Miron. 

À cause de la pandémie, à cause que des éducatrices décident de faire de la suppléance dans les classes pour pallier la pénurie d’enseignants, mais aussi parce que les conditions d’exercice ne sont pas attrayantes, le manque de main-d’œuvre dans les services de garde risque de s’accentuer. 

«Horaire brisé. Semaine de travail variant entre 8 et 35 heures. Manque de reconnaissance. Pas pris au sérieux par le reste de l’équipe-école. Manque de formation et d’encadrement», résume la directrice générale qui rappelle que la situation est déplorée depuis des décennies. 

Si le personnel se fait rare, les places disponibles au service de garde des écoles pourraient donc aussi se raréfier.

Mme Miron souligne que le règlement sur les services de garde en milieu scolaire est minimaliste et qu’en plus, il date de 1998. 

Le profil de la clientèle a pourtant changé au cours des 22 dernières années. Le nombre d’enfants avec des difficultés d’apprentissage et de comportement est en hausse. Les maternelles 4 ans ont été développées. Le nombre d’immigrants a aussi augmenté dans les écoles.

Les services de garde doivent donc composer avec des enfants de 4 à 12 ans dont les besoins et les difficultés ne s’estompent pas lorsqu’ils sortent de la classe.

Mme Miron prône davantage de formation continue pour permettre aux éducatrices et aux éducateurs d’être à la fine pointe des connaissances sur le développement de l’enfant et des meilleures pratiques.

Présentement, une formation en technique d’éducation à l’enfance est exigée pour être responsable d’un service de garde. Une attestation d’études professionnelles de 350 heures de formation et de 40 heures de stage est requise pour les autres membres du personnel. 

Mme Miron ne cache pas que le niveau de formation minimale exigé peut expliquer pourquoi la collaboration entre le service de garde et l’équipe-école est parfois difficile et pas aussi étroite qu’elle le mériterait dans certains milieux.

Québec doit lancer sous peu une vaste campagne pour recruter du personnel dans le réseau scolaire. La directrice voit l’initiative d’un bon œil à condition que le ministère de l’Éducation améliore les conditions de travail et valorise le rôle joué par les éducatrices.

Elle estime que les écoles pourraient mettre davantage les éducatrices à contribution pour épauler les enseignants. 

Dans le plan de 16 pages détaillant les règles à suivre dans les écoles en temps de pandémie, le ministère n’a consacré que six paragraphes aux services de garde. 

Comme si leur apport était négligeable. Comme si le personnel et les utilisateurs de ce service pouvaient davantage prendre des risques avec leur santé et leur sécurité. Comme si l’école et le service de garde ne formaient pas un tout.

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Coins ronds et boîtes à lunch

Chronique

Coins ronds et boîtes à lunch

CHRONIQUE / Ce n’est pas uniquement parce que leurs parents sont pauvres ou peinent à boucler leur budget que des écoliers se présentent à l’école le ventre vide, la boîte à lunch dégarnie ou son contenu peu nutritif. Selon Roseline Roussel, directrice générale de l’organisme Le Pignon Bleu, à Québec, c’est aussi parce que des familles n’ont pas, ou ne prennent pas le temps de cuisiner des repas équilibrés, et tournent les coins ronds.

On parle beaucoup de sécurité en ce début d’année scolaire sous le signe de la COVID-19. Mais très peu, de la sécurité alimentaire des jeunes. 

Pourtant, «ventre affamé n’a point d’oreilles», dit le proverbe.

Le ministre de l’Éducation l’a rappelé mardi dans le communiqué annonçant qu’il ajoute 11 millions $, aux 19,3 millions $ existants, pour élargir l’accès aux services d’aide alimentaire dans les écoles préscolaires, primaires et secondaires du Québec. 

«Les bienfaits d’une saine alimentation pour la réussite scolaire n’ont plus à être démontrés. Un élève ne peut pas être attentif en classe lorsque son ventre crie. Dans le contexte actuel, une aide alimentaire accessible pour tous les élèves dans le besoin devient incontournable», fait valoir Jean-François Roberge, dans un communiqué.

Même si le ministre a annoncé cette mesure à quelques jours de la rentrée et que celle-ci s’ajoute aux nombreux autres défis que doivent relever les directions scolaires cette semaine, l’heure n’est pas à la critique. 

Québec se préoccupe de la sécurité alimentaire des enfants et c’est tant mieux. «Vaut mieux tard que jamais», dit Mme Roussel.

Les prévisions s’annoncent en effet sombres. Selon le Club des petits déjeuners, un écolier sur trois risque d’arriver à l’école sans avoir déjeuné cette année. Avant la pandémie, un enfant sur quatre vivait cette situation au Canada.

Au lieu d’être offerts seulement dans les écoles qui se retrouvent au rang décile 7 à 10 de l’indice du seuil de faible revenu, les services d’aide alimentaire pourront l’être dans toutes. 

Le ministre explique que cette façon de procéder permettra de soutenir tous les élèves ayant besoin d’aide, peu importe le milieu socio-économique de l’école qu’ils fréquentent. 

Une approche saluée par le Club des petits déjeuners. «Il est faux de penser que seuls les enfants qui fréquentent des écoles situées dans des quartiers défavorisés ont besoin de soutien. L’insécurité alimentaire n’a pas de code postal et nous saluons la proactivité du gouvernement dans ce dossier», a commenté Marie-Claude Bienvenue, vice-présidente affaires gouvernementales Québec et affaires municipales.

Critique en matière d’éducation, la députée de Québec solidaire, Christine Labrie, est aussi agréablement surprise de la décision du ministre car encore la semaine dernière, à l’étude des crédits, le ministre Roberge semblait s’accommoder du statu quo. 

L’aide alimentaire est un dossier qui refait surface fréquemment. Le ministre Roberge aurait dû faire face à un autre tollé cette année puisque des écoles de la région de Montréal avaient déjà signalé à des parents que le programme d’aide ne serait pas disponible en 2020-2021.

Le gouvernement répond à un besoin réel devenu plus élevé à cause des pertes d’emplois et de revenus liées à la pandémie. Mais pourrait-il faire encore mieux? 

La députée Labrie rêve du jour ou le Québec s’attaquera à l’enjeu de la sécurité alimentaire de façon pérenne, structurante et non stigmatisante. «En France, les enfants mangent à la cantine». Elle cite aussi l’exemple du Danemark qui utilise les services alimentaires dans les écoles comme levier à l’agriculture biologique.

Mme Labrie croit aussi que des enfants n’auraient pas besoin des déjeuners et des collations offerts à l’école par le Club des petits déjeuners ou des organismes communautaires si leurs parents n’avaient pas à composer avec un salaire minimum à 13,10 $ l’heure ou une faible prestation d’aide sociale.  

Le Club des petits déjeuners a aussi reformulé mardi le vœu que le Québec se dote d’un programme national d’alimentation scolaire universel. 

Au Pignon Bleu, Roseline Roussel préconise également des services qui permettent de rejoindre tous les jeunes et d’éviter que certains aient l’étiquette de pauvres. 

Dans cinq écoles primaires de Québec, tous les enfants, moins bien nantis ou nantis, peuvent acheter les mêmes repas chauds et nutritifs de la cantine. Les uns payeront 1$ pour le repas, les autres plus de 5$, maximum 10$. 

Avec la Cantine pour tous, l’organisme communautaire vise à encourager l’économie sociale, lutter contre la pauvreté et accroître la sécurité alimentaire des enfants. Une recette gagnante.

Brigitte Breton
Le Soleil
Brigitte Breton
Dorer la pilule

Chronique

Dorer la pilule

CHRONIQUE / Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, aura beaucoup à faire pour convaincre les Québécois que donner accès aux données de la Régie de l’assurance maladie (RAMQ) à des compagnies pharmaceutiques, c’est «winner». Il y a des conditions à réunir avant que M. et Mme Tout-le-monde s’estiment du côté des gagnants.

Ce ne sont pas que les partis d’opposition, Québec solidaire et le Parti québécois, qui soulèvent des doutes sur l’idée de M. Fitzgibbon d’attirer les «pharmas» au Québec en leur fournissant les précieuses données -anonymisées- de la RAMQ.

Ces derniers jours, sans qualifier le ministre caquiste de «businessman déconnecté» ou de «monsieur dangereux» comme l’a fait l’opposition, des chercheurs, bioéthiciens et experts en cybersécurité ont fait part de leurs craintes dans les médias, exposé certaines incohérences et signalé les lacunes à combler avant d’aller de l’avant avec un tel projet.

Les données de la RAMQ c’est une mine d’or, dit le ministre. Sur ce point, tout le monde s’entend. 

Mais à qui doit profiter cette mine d’or? Quelles sont les précautions à prendre pour éviter les dangers et les dérapages lors de «l’exploitation»? Comment s’assurer que les avantages et les bienfaits, pour les détenteurs de la carte-soleil, seront plus grands que les inconvénients?

«Les données de la RAMQ sont une mine d’or pour guérir la population du monde entier», a soutenu en commission parlementaire le ministre de l’Économie. Rien de moins. Le ministre occulte que le but des pharmaceutiques est aussi de faire de l’argent. Beaucoup d’argent.

Ironiquement, le Québec a toujours fait preuve de réticence à partager cette mine de données en santé qui permettrait à des chercheurs de faire une meilleure évaluation des pratiques médicales et des politiques gouvernementales en cette matière.

Pourtant, il vaudrait mieux assurément pouvoir se fier sur des données scientifiques probantes plutôt qu'au pif des politiciens ou l’humeur de l’électorat avant de prendre des orientations dans un domaine qui accapare 50 % du budget de l’État.

En 2015, certains chercheurs universitaires avaient déploré publiquement devoir attendre des mois pour avoir accès aux données de la RAMQ. Faute de personnel, l’organisation ne suffisait pas à la tâche.

Cinq ans plus tard, des chercheurs signalaient samedi dans La Presse devoir encore se buter à des contraintes administratives et à des délais de 12 à 24 mois. 

«Si les données deviennent accessibles aux entreprises pharmaceutiques, le moins qu’on puisse dire est qu’elles le soient aussi pour les gens qui veulent améliorer le bien-être des patients», affirmait le DOlivier Drouin, duv CHU Sainte-Justine. En effet.

L’objectif d’améliorer le bien-être des patients ou de «guérir la population du monde entier», doit aussi se faire en protégeant les données personnelles détenues par la RAMQ. Cette masse de données doit être contrôlée et protégée. Un cadre réglementaire digne de ce nom est requis.

Un resserrement est aussi exigé au sein même de la RAMQ pour mieux gérer les renseignements personnels et confidentiels. 

En juin dernier, la Vérificatrice générale du Québec notait dans un audit de performance que l’organisation accusait toujours des faiblesses dans son système informatique et que des zones à risque subsistaient malgré les efforts déployés.

Elle jugeait notamment insuffisant le contrôle des activités du personnel ayant des accès informatiques privilégiés. Il va falloir corriger cette lacune avant de prétendre, comme le fait M. Fitzgibbon, que les données de la RAMQ ne seront pas données à n’importe qui. 

Bon nombre de citoyens sont déjà inquiets à la suite de vols de données, notamment chez Desjardins et à l’Agence de revenu du Canada. Que le ministre de l’Économie songe à séduire et à attirer les pharmaceutiques avec les renseignements que possède la RAMQ ne les rassurera pas. Surtout si celui-ci ne peut mieux démontrer l’efficacité et la sécurité de l’opération.

Brigitte Breton
Le Soleil
Brigitte Breton
Jamais le samedi ni le dimanche

Brigitte Breton

Jamais le samedi ni le dimanche

CHRONIQUE / Impossible d’aller acheter croissants, pains, bretzels ou tartelettes au citron chez Jeff Le boulanger, la fin de semaine. Le commerce est fermé. Pour des raisons familiales, il ouvre seulement du mardi au vendredi. Et les clients ne manquent pas. «Mes parts de marché et mon chiffre d’affaires sont en hausse», affirme Jean-François Dinelle, le propriétaire. 

Si la pandémie a forcé des marchands à revoir les heures d’ouverture de leur commerce, le boulanger de la rue Charles-Rodrigue, à Lévis, a réglé cette question depuis cinq ans. 

C’est congé la fin de semaine pour lui et son équipe d’une vingtaine d’employés. «C’est trois jours off pour certains. Ça aide à garder le personnel.»

Évidemment, des clients souhaiteraient pouvoir se rendre à sa boulangerie le samedi et le dimanche. C’est beau prévoir des achats le vendredi, mais si des amis se pointent à la maison de façon imprévue, il serait si pratique et bon de pouvoir mettre la main sur ses challah-burgers, ses fougasses ou ses tartes chocolat et poires. 

Vaut mieux avoir un plan B car le boulanger Dinelle n’a pas l’intention de déroger à l’horaire qu’il a établi.

Il annonce d’ailleurs ses couleurs à la porte de son commerce. «Ouvert du mardi au vendredi de 7 à 18h. Samedi et dimanche fermé pour repos et temps en famille. Et ce depuis 2015. Attention : Les grincheux ne peuvent pas entrer». Il précise également qu’il prend des commandes téléphoniques et Internet dès le lundi. 

Lorsque qu’il ouvre son bureau des plaintes sur Facebook, les gens lui demandent pourquoi il ferme la fin de semaine. «Je leur explique. Je ne tiens pas à plaire à tout le monde. Je fais mon deuil de certains clients». Le boulanger lévisien ne souhaite pas non plus vendre ses produits dans d’autres commerces.

Des consommateurs lui disent qu’il pourrait embaucher du personnel pour prendre la relève la fin de semaine. «Si un employé ne rentre pas, c’est moi qui devrai entrer pour faire le travail». Le temps en famille et de repos écoperait. Il refuse de prendre ce risque.

Le commerçant n’intègre pas totalement la règle voulant que le client a toujours raison. Il dit penser d’abord à lui et aux siens.

À 23 ans, il avait déjà une boulangerie dans le Vieux-Lévis, La Bouchée de pain. «Je travaillais plus de 100 heures par semaine.» C’était intenable. 

Lorsqu’il a démarré Jeff le boulanger, il a évité de reproduire le même modèle, le même rythme. Sa blonde n’aurait pas accepté. «J’ai une fille, une blonde. Et j’ai 45 ans. La force et l’endurance physique ne sont pas les mêmes.» 

Ça ne l’empêche pas de travailler plus de 60 heures par semaine. «J’ai été mis sur la terre pour être boulanger.» 

La voie facile cet horaire de travail réduit?

Pas vraiment. «Nous sommes condamnés à l’excellence. Il faut des produits exclusifs et extraordinaires ainsi qu’un service à la clientèle exceptionnel. Il faut être sur la coche pour attirer et conserver les clients.»

Il n’y a pas de boulangeries et de pâtisseries à tous les coins de rue à Lévis. Il est ainsi sans doute plus facile pour M. Dinelle de faire accepter son horaire atypique à la clientèle. 

Il admet que la dynamique pourrait changer si La boîte à pain installait une succursale près de son commerce. La fidélité de ses clients serait alors mise à l’épreuve. 

Certains se sont adaptés et composent très bien avec les heures d’ouverture de Jeff Le boulanger et comprennent que le proprio préserve sa vie familiale et celle de ses employés. D’autres aimeraient toutefois pouvoir acheter ses produits sept jours sur sept.

Le dilemme existe dans d’autres secteurs du commerce de détail.

Au début de la pandémie, Québec a imposé la fermeture des magasins le dimanche. Cette contrainte a été levée en mai. Le Conseil québécois du commerce de détail a voulu savoir en juillet si ses membres envisageaient de fermer le dimanche. «Majoritairement, ils souhaitent garder leurs portes ouvertes cette journée-là. Dans six mois, un an, on verra», indique le directeur général du Conseil, Stéphane Drouin. 

«Pour le moment, ils tentent de rattraper les ventes perdues durant le confinement». Il note que les commerçants s’interrogent davantage sur les heures d’ouverture les lundis et les mardis. 

Selon lui, lorsque les gens sont à la maison, ils peuvent s’accommoder de la fermeture des commerces la fin de semaine. «Quand ils reprennent le travail, ils aiment cependant retrouver cette plage de magasinage». M. Drouin ajoute que la fermeture des commerces le dimanche est plus facile en région ou en l’absence de concurrents.

La pandémie bouleverse le commerce de détail et les habitudes de consommation. «Il y a beaucoup d’incertitudes. On ignore comment les choses vont se placer pour la période des Fêtes». 

Est-ce que le commerce en ligne va continuer de croître? Est-ce qu’il sera plus facile de recruter du personnel lorsque le versement de la PCU cessera? Le magasinage va-t-il devenir encore moins populaire si le les mesures sanitaires et le port du masque sont maintenus? Être dans une file d’attente est plus supportable en été, qu’en novembre sous une pluie glaciale.

L’incertitude économique est un autre élément qui tient les commerçants sur le qui-vive. Si les gens n’ont pas d’emploi ni de prestation d’urgence, ils consommeront moins. Qu’importe l’étendue des heures d’ouverture.

Brigitte Breton
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Faire rouler les têtes

Chronique

Faire rouler les têtes

CHRONIQUE / Si le Québec connaît moins de ratés lors d’une deuxième vague de COVID-19 ce ne sera pas parce que François Legault et son ministre Christian Dubé menacent de «conséquences» les patrons du réseau de la santé et des services sociaux. Mais bien, parce que le gouvernement donne enfin à ceux-ci plus de ressources humaines et matérielles pour faire une meilleure «job» et mieux soigner les malades.

«Il est excessivement difficile de rendre les gens imputables quand ils n’ont pas les ressources pour agir», indiquait mardi en conférence de presse le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé.

Il ne peut mieux dire.

Vous avez beau dire à un enfant qu’il sera privé de sortie s’il ne passe pas à travers sa liste de devoirs, si vous ne lui fournissez pas crayons, cahiers, ordinateur ou soutien, il devient délicat de lui faire subir une conséquence s’il n’y arrive pas.

À écouter le premier ministre Legault, on pourrait croire parfois que les gestionnaires du réseau ne sont pas imputables. Or, depuis vingt ans, «la machine administrative» doit aussi rendre des comptes, explique Renée Lamontagne, professeure associée à l’ÉNAP (École nationale d’administration publique).  Il n’y pas plus seulement le politique qui est imputable.

Mme Lamontagne, qui a été directrice générale dans le réseau de la santé et  sous-ministre adjointe au ministère de la Santé lorsque François Legault détenait ce portefeuille, précise qu’il ne faut pas confondre «imputabilité» et «culpabilité». «Le but de l’imputabilité n’est pas de rechercher des coupables».

L’imputabilité vient avec une responsabilité clairement et formellement définie, des moyens, une reddition de comptes et de la transparence, ajoute la professeure. 

Ceux qui pensent que le responsable d’un CHSLD ou qu’un gestionnaire va dorénavant être congédié en claquant des doigts parce qu’il y a 50 patients infectés risquent de déchanter. Certes, un patron doit répondre de ses décisions. Mais on peut facilement imaginer qu’avant de servir de bouc émissaire aux politiciens ou d’entacher sa carrière, celui-ci va argumenter. 

Mme Lamontagne se demande à qui le responsable d’un CHSLD va rendre des comptes. Au pdg du CISSS? Au ministère? Sera-t-il responsable d’un ou de plusieurs CHSLD? Sera-t-il présent encore après la pandémie?

La professeure s’étonne par ailleurs que les conseils d’administration soient si discrets depuis le début de la pandémie. «Ils doivent veiller à la qualité et à la sécurité des services. Ce n’est pas un rôle fantoche».

D’une pierre deux coups

Avec le plan d’action présenté mardi, le gouvernement Legault fait d’une pierre deux coups. 

Il se dote de moyens pour affronter de façon moins désastreuse une deuxième vague de COVID-19. Le prix politique serait lourd à porter pour les élus caquistes si les prochains mois s’avéraient aussi funestes et chaotiques que les premiers mois de pandémie. 

Formation de nouveaux employés, embauche massive, achat de matériel, désignation d’un responsable dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée.  Le «politique» s’assure de pouvoir dire qu’il a déployé tous les efforts requis et pris les bonnes décisions pour limiter la contagion et le nombre de décès. 

Par la même occasion, les élus caquistes transfèrent de la pression sur les patrons du réseau de la santé et des services sociaux. Les élus  passent la commande, les gestionnaires doivent livrer la marchandise. En cas de manquements ou de dérapages, ils pourront eux aussi être pointés du doigt. 

Carole Trempe, présidente et directrice générale de l’Association des cadres supérieurs de la santé et des services sociaux, ne craint pas l’imputabilité puisque le gouvernement fournit des outils et des moyens, au lieu de réduire les budgets et le personnel. «On va avoir ce qu’il faut pour gérer». 

Elle se réjouit que le ministre exige un responsable dans les CHSLD.  «Il aura la capacité de voir, d’agir».  Il connaîtra la clientèle, le personnel et la communauté.

Mme Trempe rappelle que l’ancien ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a éliminé des acteurs dans le réseau. Des centaines de postes de cadres ont été abolis. «On a vu durant la pandémie ce que cela a donné». Comme d’autres, son association avait fait des mises en garde avant l’application de la réforme Barrette. En vain. 

Il faut tirer des leçons de la présente crise sanitaire, dit-on souvent. Les ministres Christian Dubé, Marguerite Blais et Lionel Carmant l’ont répété mardi. 

Comme citoyens et électeurs, aussi. Avant d’applaudir et de voter pour des politiciens qui promettent de supprimer des postes, de réduire les dépenses en santé et services sociaux et de sabrer de 30% le budget de la santé publique, il faudra s’assurer qu’ils ont consulté les personnes à l’oeuvre sur le terrain et que leur plan est réaliste. 

Brigitte Breton
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Rattrapage scolaire: trop beau pour être vrai?

Chronique

Rattrapage scolaire: trop beau pour être vrai?

CHRONIQUE / Sans augmenter de façon substantielle le budget du ministère de l’Éducation, Québec vient d’ajouter 560 000 heures de services directs aux élèves des écoles primaires et secondaires. Simplement en reconduisant sans condition pour les deux prochaines années les budgets associés aux élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage. Moins de bureaucratie, plus de services. Trop beau pour être vrai?

Au lieu de passer des heures et les premiers mois de l’année scolaire à valider les codes administratifs qui permettent aux centres de services scolaires- les anciennes commissions scolaires- d’obtenir le financement du ministère de l’Éducation, les psychologues, les orthophonistes et autres professionnels des écoles évalueront les élèves en difficulté et fourniront du soutien à ceux-ci et à leur enseignant. Les services directs avant la paperasse.

Président de l’Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec, Paul-André Gallant ignore comment le ministre arrive au chiffre de 560 000 heures.

Jacques Landry, président de la Fédération des professionnelles et professionnels de l’éducation du Québec, est aussi étonné du nombre imposant d’heures avancé par le ministre.

Les deux hommes se réjouissent toutefois que Québec accepte de simplifier le processus de financement pour accélérer l’accès aux services.

Paul-André Gallant rapporte en entrevue téléphonique que certains de ses membres pouvaient passer de 10 à 50 % de leur temps à valider des codes pour le financement plutôt que d’être aux services des élèves et du personnel scolaire. Et ce, parfois jusqu’en novembre.

Qui plus est, le même scénario se répète année après année. Comme si le profil d’un élève autiste ou en difficulté peut changer du tout au tout en quelques mois.

Cette façon de faire n’est pas dans l’intérêt des élèves. «Votre enfant code pas mais il coule son année».

M. Gallant juge bien sûr nécessaire une reddition de comptes. Les fonds publics destinés aux élèves handicapés ou en difficulté doivent servir à cette fin. Comme d’autres, il souhaite cependant que cette reddition soit mieux adaptée et plus efficace.

Jacques Landry doute aussi d’une reddition de comptes qui accapare autant de ressources et qui entraîne une liste d’attente pour les enfants qui ont besoin d’aide.

Le ministre de l’Éducation se donne deux ans pour apporter des changements. Il assure qu’il n’est pas question de revenir en arrière.

Dans l’opposition, le député Roberge décrivait la reddition de comptes du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur comme une «procédure monstrueuse et tentaculaire». Comme ministre, il a maintenant l’occasion de corriger les choses.

Sous le gouvernement libéral, le ministre Sébastien Proulx avait allégé la procédure en procédant par échantillonnage. Moins de travail pour le ministère, mais non pour les commissions scolaires qui continuaient de faire tout le boulot, signalent M. Gallant et M. Landry.

La pandémie force la main du gouvernement caquiste, diront certains. Des élèves ont assez pris du retard scolaire au cours des derniers mois sans que des contraintes administratives retardent indûment l’accès à des services professionnels et spécialisés.

Pandémie ou non, il demeure aberrant et inacceptable qu’une part importante du temps des professionnels, souvent trop peu nombreux dans les écoles, soit grugée par la bureaucratie et pour remplir des formulaires.

Les fameux codes de difficulté liés au financement permettent bien sûr au gouvernement de contrôler le robinet. Pas de code, pas de financement.

«Des enfants souffrent», déplore M. Gallant qui rappelle le fort taux d’analphabétisme fonctionnel et de décrochage au Québec. Le président de l’ordre professionnel est convaincu que le gouvernement sauverait de l’argent si des services professionnels étaient accordés plus tôt aux élèves.

Certes, l’allégement bureaucratique du ministre Roberge permettra de mieux répondre aux besoins des jeunes élèves handicapés ou en difficulté. Ceux-ci sont cependant de plus en plus nombreux et la crise sanitaire des derniers mois qui a privé les écoliers d’enseignement et de services professionnels a probablement accentué les difficultés de plusieurs.

L’assouplissement bureaucratique n’est pas une panacée. Il faudra plus pour attirer les professionnels du privé vers le secteur public.

Brigitte Breton
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Plus de 300 rosiers pour de la confiture

Brigitte Breton

Plus de 300 rosiers pour de la confiture

CHRONIQUE / Trois cent vingt-cinq. C’est le nombre de rosiers plantés ce printemps par René Pronovost sur sa propriété de Sainte-Famille, à l’île d’Orléans. Non, ce n’est pas une forme aiguë de fièvre du jardinage attribuable à la pandémie et au confinement. Plutôt un retour aux sources et le désir de développer un produit de niche : la confiture de cynorhodons, le faux fruit des rosiers.

René Pronovost est agronome spécialisé en horticulture ornementale. Maintenant à la retraite, il a dirigé de 2015 à 2019 le Jardin botanique de Montréal où il était auparavant chef de la division horticulture et collections. Il a également travaillé une vingtaine d’années à la Ville de Québec, notamment au projet de renaturalisation de la rivière Saint-Charles. 

Le retraité sexagénaire rencontré en début de semaine ne vient donc pas de s’improviser jardinier. Il est en terrain connu. 

Ce qui peut paraître un projet ambitieux — la plantation de plus de 300 rosiers — devient «presque» un projet modeste en comparaison de ses activités professionnelles passées. 

Même s’il est l’auteur de J’aime les rosiers, un petit ouvrage paru en 1987 dans la collection Pouce vert des Éditions de l’Homme, M. Pronovost n’a pas vu spontanément dans les rosiers la culture de niche qu’il voulait exploiter à la retraite.

«Les fraises, les bleuets et les framboises, cela ne me tentait pas. Je cherchais une culture de niche. J’ai d’abord pensé au safran». 

Brigitte Breton
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Vague de dénonciations et de malaises

Chronique

Vague de dénonciations et de malaises

CHRONIQUE / C’est le genre de rapport qu’il ne faudra pas laisser sur une tablette. Quand il recevra cet automne les recommandations du comité d’experts sur l’accompagnement des personnes victimes d’agressions sexuelles et de violence conjugale, le gouvernement Legault devra s’empresser d’y donner suite. La dernière vague de dénonciations et les malaises suscités rappellent l’urgence d’agir.

Une société de droit ne peut tolérer que les victimes de violences sexuelles n’aient pas confiance dans le système de justice ou jugent trop longues, trop lourdes ou trop pénibles les démarches policières et judiciaires.

Une société de droit ne peut tolérer par ailleurs que la présomption d’innocence soit bafouée, que les citoyens se fassent justice entre eux et que les réseaux sociaux se transforment en pseudo cour de justice où des accusations sont portées de façon anonyme.

Les cas d’abus, de harcèlement et de violence ne vont pas disparaître malheureusement. Certains voudront toujours imposer leur volonté ou leur désir à d’autres. On peut toutefois en limiter le nombre et s’assurer que ceux et celles qui enfreignent les règles subissent les conséquences de leurs gestes ou de leurs comportements abusifs et inappropriés.

Les dénonciations sur Facebook ou Instagram ne sont toutefois pas la meilleure façon d’y parvenir.

Le premier ministre a beau donner son appui au mouvement de dénonciations sur les médias sociaux, et saluer le courage de ceux qui dénoncent, ce n’est pas la voie à privilégier.

Cette façon de faire peut peut-être, comme le prétend François Legault, aider à ce que tout le monde soit plus sensible au harcèlement et à la violence. Certains y penseront en effet deux fois avant de tenir des propos libidineux ou de mordre la cuisse d’une fille dans un bar. 

La dénonciation sur les réseaux sociaux a toutefois l’énorme défaut de permettre des accusations anonymes et de condamner des individus sans procès. Certaines personnes comprendront qu’il est facile de nuire à autrui- un député, un chef de parti, un chanteur, une actrice, un beau-frère, un voisin- que les gestes reprochés soient véridiques ou non. 

La ministre de la Condition féminine, Isabelle Charest, est plus sage et plus réaliste lorsqu’elle suggère aux présumées victimes «à se tourner vers les bonnes ressources pour cheminer et avoir une certaine réparation». 

Souhaitons que l’actuel ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette et l’ancienne ministre de la Justice, Sonia Lebel, deux avocats appréciés du premier ministre, auront l’occasion d’expliquer à ce dernier certains principes de droit.

Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a pris soin mercredi d’indiquer que 50 % des dossiers judiciarisés mènent à des condamnations. Il rappelle de plus les services d’aide et d’accompagnement offerts aux victimes d’agressions sexuelles. 

Celles et ceux qui ne veulent pas emprunter le parcours criminel doivent cependant avoir et connaître les mesures alternatives (recours civils, justice réparatrice, médiation).

Le statu quo est intenable pour tout le monde.

Lorsqu’elle avait annoncé au printemps 2019 la formation du comité d’experts, Sonia Lebel avait indiqué qu’elle n’envisageait pas de réclamer à Ottawa une réforme du Code criminel pour renverser le fardeau de la preuve dans les cas d’agressions sexuelles.

Reste à voir les pistes que proposeront les experts à la suite de leurs consultations et quel traitement le gouvernement accordera à celles-ci.

Les quatre formations politiques présentes à l’Assemblée nationale ont travaillé ensemble et de façon non partisane le délicat dossier des agressions sexuelles et de la violence conjugale. Cette collaboration apparaît nécessaire pour redonner confiance aux victimes et à l’ensemble de la société.

Brigitte Breton
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Plus de jugement, moins d'excuses

Chronique

Plus de jugement, moins d'excuses

CHRONIQUE / Faute avouée est à moitié pardonnée? Peut-être, mais lorsque les erreurs de jugement se répètent, il devient difficile de passer l’éponge. D’autant plus si le fautif est premier ministre du Canada.

Justin Trudeau a finalement reconnu lundi qu’il aurait dû s’abstenir de participer aux discussions de son cabinet concernant l’octroi d’un contrat de 19,5 millions $ sans appel d’offres à l’organisme de bienfaisance UNIS (WE)

L’organisation, qui a des liens avec sa famille, mais aussi avec d’autres membres de l’équipe libérale, avait été choisie pour gérer les 900 millions $ du nouveau programme Bourse canadienne pour le bénévolat étudiant.

Le premier ministre Trudeau n’a pas réalisé spontanément que le fait que son épouse Sophie, sa mère Margaret et son frère Alexandre touchent des milliers de dollars de l’organisme de charité pour des allocutions ou des participations à des évènements peut poser problème.

Ce n’est que lundi, après des jours de controverse et la publication des cachets versés à sa mère et à son frère, qu’il a admis son erreur et qu’il s’en est excusé «profondément».

Vous êtes satisfaits et convaincus que Justin Trudeau ne recommencera plus?

Difficile de croire qu’un homme qui est en politique depuis quelques années- et qui de surcroît a eu un père premier ministre- ne maîtrise pas la délicate notion de conflit d’intérêts ou d’apparence de conflit d’intérêts qui peut miner la réputation d’un parti politique et d’un gouvernement.

Difficile aussi d’accepter qu’un premier ministre qui a traversé des tourments similaires ne développe pas de meilleurs réflexes.

Manque de jugement, je-m’en-foutisme ou sentiment que les Canadiens lui pardonneront tout?

Ce n’est pas le premier faux pas de Justin Trudeau en matière d’éthique. Il s’est mis et a mis son gouvernement dans l’embarras plus d’une fois depuis son élection en 2015.

D’abord en acceptant d’aller passer avec sa famille des vacances sur l’île privée de l’Aga Khan dont la fondation reçoit des millions $ d’Ottawa. Ensuite en intervenant dans l’affaire SNC-Lavalin auprès de la ministre de la Justice.

Deux dossiers où des écarts à la Loi sur les conflits d’intérêts ont été constatés. L’histoire semble vouloir se répéter.

Justin Trudeau fait valoir qu’il ne «voulait qu’aider les jeunes». La belle affaire.

Si un premier ministre veut apporter du soutien aux jeunes Canadiens et limiter les impacts de la crise sanitaire sur eux, il s’organise pour que le programme prévu à cet effet ne soit pas sur pause à cause d’une apparence de conflit d’intérêts.

Ottawa et UNIS ont dû annuler le contrat et des jeunes devront attendre pour recevoir une bourse pouvant atteindre 5000 $ s’ils réalisent 500 heures de bénévolat.

S’il veut aider les jeunes, un gouvernement évite aussi de remettre l’administration d’un programme à un organisme qui doit faire face à des accusations d’abus de pouvoir et de racisme de la part de certains employés.

Justin Trudeau donne aussi comme explication qu’il ne connaissait pas «en détail» l’implication des membres de sa famille dans UNIS. Si ceux-ci avaient reçu moins de 300 000 $ pour faire des discours ou participer à des rassemblements, la situation serait-elle plus acceptable à ses yeux? Aurait-il jugé nécessaire de se retirer des discussions au cabinet si la somme avait été plus élevée?

Les Canadiens ont appris la semaine dernière que le déficit fédéral atteindra 343 milliards $ en 2020-2021.

Si la majorité des citoyens reconnaît qu’Ottawa devait déployer tous les efforts possibles pour limiter les impacts de la pandémie dans la vie des ménages et des entreprises, les Canadiens souhaitent aussi que les fonds publics soient gérés avec soin, sans partisanerie ou intérêts personnels.

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Régime de retraite des employés municipaux: le combat se poursuit

Brigitte Breton

Régime de retraite des employés municipaux: le combat se poursuit

CHRONIQUE / Les syndicats d’employés municipaux n’ont pas réussi à convaincre le juge Benoit Moulin que la Loi favorisant la santé financière et la pérennité des régimes de retraite à prestations déterminées du secteur municipal viole la liberté d’association. Ils feront appel. La Cour supérieure juge toutefois institutionnels, invalides et inopérants les articles de la loi touchant les retraités et prévoyant la fin de l’indexation de leurs rentes.

La décision du juge Moulin était attendue depuis le début de l’année. Elle a été rendue jeudi sur 227 pages. L’audition de la cause avait pris fin en août dernier. Elle concerne 75 000 employés d’organismes municipaux à travers le Québec et 30 000 retraités.

La loi est venue imposer le partage 50-50 des déficits des régimes de retraite et la non-indexation des rentes des retraités.

Marc Ranger, le directeur québécois du Syndicat canadien de la fonction publique est heureux que le juge reconnaisse le principe de droits acquis pour les retraités.

Il aurait souhaité qu’il en soit de même pour les hommes et les femmes toujours à l’emploi d’organismes municipaux. «Les gens qui sont à l’emploi d’une ville depuis 10, 20 ou 30 ans ont payé pendant des années pour des avantages que finalement ils n’auront pas à leur retraite». La loi, adoptée par le gouvernement libéral en décembre 2014, a changé les règles du jeu.

Sans même avoir analysé en détail la décision de la cour, les syndicats concernés ont décidé de la porter en appel.

«On le savait dès le départ que ce serait un long combat», rappelle M. Ranger. «C’est une cause qui se rendra forcément en Cour suprême», disait-il en janvier.

Les enjeux sont en effet majeurs tant pour les villes et ses contribuables, les retraités et les participants actifs des régimes de retraite- les employés actuels- et leurs syndicats. Des milliards de dollars sont en jeu.

La loi a permis aux villes de réduire les coûts liés aux régimes de retraite des policiers, des pompiers et de tous les autres employés municipaux.

On peut toutefois difficilement accepter sans broncher qu’un gouvernement impose de changer les termes d’ententes négociées par les villes et les syndicats, et que des retraités perdent du jour au lendemain l’indexation prévue dans leur régime de retraite, et ce, sans pouvoir se prononcer.

Le juge Moulin demeure saisi du dossier pour statuer sur les demandes en réparation en faveur des retraités.

Les villes avaient-elles prévu des réserves à cette fin? Selon Marc Ranger, Québec et Montréal ne l’ont pas fait.

L’Union des municipalités du Québec (UMQ) a indiqué jeudi soir dans un communiqué qu’elle étudiera le jugement de façon plus approfondie au cours des prochaines semaines afin d’évaluer ses impacts sur ses membres. Elle avait obtenu le statut d’intervenant dans le dossier.

L’UMQ rappelle qu’elle réclamait depuis plusieurs années un outil législatif pour revoir les régimes de retraite en raison du vieillissement démographique, de l’instabilité de la situation économique mondiale et de la croissance constante des dépenses des municipalités.

C’est un dossier à suivre.

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Plus que des soins de gardiennage pour les aînés

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Plus que des soins de gardiennage pour les aînés

CHRONIQUE / Ne nous leurrons pas. Si le gouvernement s’en tient à construire des maisons des aînés et à ajouter des préposés aux bénéficiaires dans les CHSLD et à mieux les rémunérer, l’objectif d’améliorer significativement le traitement réservé aux personnes âgées hébergées dans des centres de soins de longue durée ne sera pas atteint. Il faut plus que des soins «de gardiennage» et de «jolies bâtisses».

C’est du moins l’avis de Francine Ducharme, doyenne et professeure titulaire à la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal, coauteure d’un rapport sur la COVID-19 et l’avenir des soins de longue durée commandé par la Société royale du Canada et rendu public la semaine dernière.

En entrevue téléphonique, Mme Ducharme précise que son avis est scientifique et non politique. De 2000 à 2015, elle a été titulaire de la chaire Desjardins en soins infirmiers à la personne âgée et à la famille.

La docteure en sciences infirmières dit trouver intéressant que Québec augmente le nombre de préposés aux bénéficiaires et bonifie leurs salaires. Elle estime toutefois que ce n’est qu’une partie de la solution pour offrir une meilleure qualité de soins et une meilleure qualité de vie et de fin de vie aux aînés. Cela vaut d’un océan à l’autre.

«Ça ne prend pas que des bras. Ça prend aussi des professionnels et des leaders», soutient-elle. «Il y a tellement autre chose que les bains et la bouffe». Il faudrait par exemple plus d’infirmières en prévention des infections, d’ergothérapeutes, de psychologues, de physiothérapeutes.

Si on comptait plus de médecins et d’infirmières dans les soins de longue durée, on pourrait, selon Mme Ducharme, éviter que de vieux malades soient transférés à l’hôpital pour aller mourir à l’urgence ou dans un corridor.

Dans leur rapport, elle et neuf autres chercheurs signalent que les besoins sociaux et médicaux des personnes admises dans les soins de longue durée sont plus complexes qu’il y a une dizaine d’années. Les deux tiers souffrent de démence, 87% ont un trouble cognitif et 25% éprouvent un trouble cognitif grave. Il importe donc d’aller au-delà des simples soins de base.

«Les soins donnés aux personnes avec une démence sont exigeants et spécialisés. Ils doivent être fournis par un personnel instruit et compétent. Il est absolument faux de prétendre que n’importe qui peut fournir les soins de santé et sociaux dont ont besoin les personnes atteintes de démence», écrivent les experts.

Mme Ducharme signale qu’il est important que tout le personnel soit formé pour savoir comment agir avec une personne avec des déficiences cognitives qui peut se montrer agressive ou passive. Le «tender loving care» a des limites.

Les auteurs relèvent aussi qu’à travers le Canada, la recherche pressante d’une réduction des coûts s’est traduite par une diminution des services réglementés même si les besoins des résidents des centres de soins de longue durée étaient en croissance.

Ne concluez pas que les experts prêchent pour leur paroisse et que leur but est de remplir les CHSLD ou les maisons des aînés d’infirmières, de médecins ou de spécialistes.

À plus d’une reprise dans leur rapport, ils soulignent la nécessité de mieux traiter les préposés aux bénéficiaires, mais aussi les employés à l’entretien ménager, aux services alimentaires et à la lessive.

Ils font ressortir que plus d’une catégorie d’employés est requise pour bien prendre soin des hommes et des femmes en soins de longue durée. Plusieurs éléments doivent être réunis pour garantir une qualité de soins et de services.

Or, jusqu’à maintenant, le gouvernement Legault semble voir dans l’ajout de préposés aux bénéficiaires et l’augmentation de leur rémunération une panacée pour guérir les maux qui affligent les CHSLD et attirer tous les types de main-d’oeuvre.

À la lecture du rapport des dix experts, le traitement proposé jusqu’à maintenant par les caquistes paraît incomplet. Il presse d’intervenir sur d’autres éléments.

Dans une lettre transmise mercredi aux médias, l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) et l’Association québécoise des infirmières et infirmiers en gérontologie rappellent aussi que la condition de santé des personnes en CHSLD exige des soins hautement spécialisés, et que le niveau de compétences et d’expertise de toute l’équipe soignante constitue un enjeu incontournable.

À LIRE AUSSI: Il faut passer à l’action!

L’OIIQ et l’association se disent très préoccupés de la réduction de la formation des préposés aux bénéficiaires.

Le gouvernement Legault ne peut rester sourd à ces appels et s’en tenir à son plan de match et à ses engagements électoraux touchant les maisons des aînés et les préposés aux bénéficiaires.

Francine Ducharme souhaiterait que les gouvernements fondent leurs décisions sur des données probantes.

Une vision qui dépasse un horizon de quatre ans serait également souhaitable. Force est de constater, et la pandémie le démontre, le Québec et le Canada ne sont pas encore prêts à faire face au vieillissement de leur population.

Le groupe de travail de la Société royale du Canada signale une autre réalité que les décideurs ne peuvent ignorer et négliger, celle des proches aidants.

Il indique que les établissements comptent de plus en plus sur les membres des familles et des amis pour fournir des soins non rémunérés aux personnes en perte d’autonomie.

Or, d’ici 2050, 30% moins de proches (époux, épouses, enfants adultes) seront disponibles pour apporter ce type de soutien à un

proche en perte d’autonomie. Les familles comptent moins d’enfants et ceux-ci vivent parfois loin de papa et maman.

«Comme pour le vieillissement de notre population et l’augmentation du nombre de cas de démence, nous pouvons prédire avec une certaine certitude que le nombre d’aidants naturels diminuera. Lorsque cela se produira, ce ne sera pas une surprise. Reste à voir si nous serons prêts», écrivent les auteurs.

Pour être prêt, il faudra éviter de ranger sur une tablette le dossier des soins de longue lorsque la pandémie sera derrière nous.

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À l’hôtel pour l’examen final

Chronique

À l’hôtel pour l’examen final

CHRONIQUE / Trois jours dans une chambre d’hôtel d’une grande ville canadienne. Ceux qui aspirent au titre de comptable professionnel agréé (CPA) ne peuvent refuser cette offre. C’est la solution retenue par CPA Canada pour l’examen final commun (EFC) de septembre prochain.

Depuis le début de la pandémie, on a souvent parlé de la créativité et des efforts déployés par les cégeps et les universités pour permettre aux étudiants de terminer leurs études et leurs stages. 

Les ordres professionnels doivent faire face au même défi et aux mêmes maux de tête pour évaluer ceux et celles qui veulent obtenir un permis et joindre leurs rangs.

CPA Canada a fait le choix de ne pas repousser l’examen de septembre et de ne pas le dispenser à distance. 

Au lieu de regrouper les candidats dans une grande salle commune comme au centre des congrès de Québec, CPA Canada les réunira dans différents hôtels où chacun sera installé dans une chambre pour répondre aux questions d’examen.

«Chaque candidat se verra assigner une chambre pour les trois jours de l’examen, où il aura accès à sa propre salle de bain et à une table de travail». Un ordinateur portable sera fourni ainsi que les logiciels nécessaires.

CPA Canada précise de plus que «toutes les portes des chambres devront rester ouvertes; les tables de travail seront placées de façon à être visibles du corridor. Seuls le candidat et, au besoin, son surveillant pourront accéder à la chambre».

L’an dernier, quelque 9000 personnes étaient inscrites à l’EFC à travers le Canada.

Ginette Bourbonnais, directrice des affaires publiques à l’Ordre des comptables professionnels agréés du Québec, signale que la situation est en constante évolution à cause de la crise sanitaire.

Les étudiants doivent espérer que CPA Canada est cette fois en contrôle et a prévu divers scénarios en cas de pépin.

La séance d’examen de l’an dernier avait connu des ratés techniques à cause de l’utilisation d’un logiciel. Une situation qui a entraîné une dose supplémentaire de stress et d’anxiété chez les aspirants. Les résultats des examens ont pu être dévoilés seulement au début de janvier plutôt qu’à la fin de novembre.

La pandémie a aussi forcé l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) à faire les choses autrement cette année. Il a dû renoncer à l’examen prévu en mars. Pour septembre, il se retrouve donc avec deux cohortes. 

«Les milieux de travail ont besoin des diplômés», signale Colette Ouellet, directrice à l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ).

Pour faire passer l’examen à 3500 personnes dans le contexte de pandémie et de distanciation physique requise, l’ordre professionnel devra donc les répartir par petits groupes sur plusieurs sites. 

Les examens se dérouleront les 12 et 19 septembre. «Le retrait d’un si grand nombre de personnes des unités de soins nous oblige à tenir l’examen sur deux journées», explique Mme Ouellet.

L’École du Barreau a dû aussi revoir ses façons de faire. En mai, elle a opté pour un examen en ligne qui a connu des difficultés, soulevé des critiques parmi les 900 étudiants et commandé une analyse externe. L’évaluation finale de reprise, prévue pour le 13 juillet, se fera cette fois en personne, dans les centres de formation.

Qu’importe la profession, les personnes qui doivent se soumettre à l’examen d’un ordre professionnel se souviennent habituellement toute leur vie du jour de l’épreuve et de celui où elles ont obtenu leurs résultats. 

Celles qui ont vécu ce passage obligé en 2020, en période de pandémie, auront un «petit plus» à raconter.

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Maraîchère sans regret

Brigitte Breton

Maraîchère sans regret

CHRONIQUE / Ses journées de travail sont longues, mais Cindy Pomerleau est persuadée plus que jamais d’avoir fait le bon choix en laissant son emploi de machiniste pour produire des légumes à Sainte-Claire de Bellechasse. La pandémie et la promotion de l’achat local lui amènent de nouveaux clients.

L’an dernier, à la même période, je vous avais raconté l’histoire de cette femme de 38 ans qui avait quitté l’usine où elle travaillait depuis 15 ans pour se lancer dans la culture maraîchère et la transformation des produits de l’érable.

Un an plus tard, elle est toujours là, aux Jardins des Abénakis et à la Cabane Comtois. La machine à commande numérique ne lui manque guère.

Les caprices de Dame Nature, les ratés dans certaines cultures, les pertes, la fatigue physique, les journées de travail qui débutent tôt et qui se terminent tard ne lui ont pas fait reconsidérer son changement de carrière. 

«Je ne regrette rien. Je n’ai jamais autant travaillé, mais je n’ai jamais été aussi heureuse.» Aucun désir de retourner à l’usine. «Je trouve une grande valorisation à nourrir les gens et à leur fournir des produits frais.»

Évidemment, l’état d’urgence sanitaire a forcé Cindy Pomerleau à revoir ses plans et son calendrier de production. Au printemps, elle a craint que les activités de la cabane à sucre qu’elle exploite avec son conjoint soient lourdement affectées. Elle était prête à faire la livraison de ses produits de l’érable à domicile si c’était l’unique façon de les écouler. 

Heureusement, en respectant les règles d’hygiène et de distanciation, le couple a pu vendre ses produits à la cabane. «Je n’ai jamais vendu autant de tire d’érable.» Faute de déguster de la tire sur la neige, les clients en achetaient des contenants pour la consommer à la maison.

Voyant un intérêt accru pour l’achat local et les produits du Québec, la jardinière a décidé de démarrer plus tôt ses cultures en serre. Elle a aussi augmenté le nombre de poules pondeuses pour répondre à la demande des consommateurs pour des œufs frais. 

Avec l’expérience et avec plus de clients, les pertes reliées aux produits invendus sont plus rares. Les affaires roulent bien. Au point que la productrice a embauché une employée — une étudiante — pour lui donner un coup de main. 

Depuis le début de son aventure, Cindy Pomerleau peut compter sur le soutien de son conjoint, mais aussi de sa mère, Carmelle. «Embaucher quelqu’un permet à ma mère d’avoir une vraie retraite.» Enfin presque. Lors de notre passage aux Jardins des Abénakis, maman Carmelle avait encore les mains dans la terre.

Mission accomplie

Je vous avais aussi parlé l’été dernier de la mobilisation de citoyens de Saint-Léon-de-Standon, une localité de quelque 1100 habitants située dans Bellechasse. 

Ces derniers voulaient s’assurer de conserver l’épicerie du village et souhaitaient rétablir la desserte en essence perdue en 2018. «Si les services essentiels commencent à partir, on va tout perdre», prévenait Jacques Roy, président du comité provisoire mis en place pour assurer la vitalité du village.

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Parcours du combattant pour des parents

Chronique

Parcours du combattant pour des parents

CHRONIQUE / Depuis qu’un anévrisme cérébral a rendu leur fils polyhandicapé à 2 mois, Esther Baillargeon et Christian Ouellet se battent pour avoir des services. Et ce n’est pas fini. Francis, qui aura 29 ans en septembre, fréquente les ateliers socioprofessionnels Les Artisans. Ceux-ci devront fermer leurs portes en juillet si le gouvernement du Québec n’accorde pas une aide de 135 000 $ à l’organisme communautaire Laura Lémerveil.

«Nous sommes dévastés. C’est l’angoisse et c’est insoutenable de penser à un bris de service. C’est encore un retour à la case départ», témoigne Mme Baillargeon qui participait lundi à Québec, à la conférence de presse de l’organisme communautaire qui vient en aide à quelque 200 familles de la région de Québec et de Chaudière-Appalaches.

Avant la pandémie, Francis se rendait quatre fois par semaine aux Artisans pour y suivre des ateliers de musique, d’arts plastiques, de jardinage. En cas de fermeture, c’est un fardeau qui s’ajoute pour Mme Baillargeon et M. Ouellet, deux retraités dans la soixantaine.

Francis dort peu- cinq heures par nuit. Ses parents avouent avoir moins d’énergie. Ils se disent épuisés. «Je suis aidante naturelle depuis 28 ans et semi-confinée à l’année», résume sa mère.

Une cinquantaine de familles de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches avec des enfants polyhandicapés sont une situation similaire à celle des parents de Francis.

La fille de Luc Lafond et de Nathalie Fontaine, Anne-Sophie, va pour sa part deux jours par semaine aux ateliers situés dans le centre-ville de Québec. «Anne-Sophie a 27 ans, mais c’est comme un bébé de six mois», affirme son père, un chauffeur d’autobus du RTC, qui a devancé sa retraite à cause de la pandémie. Sa conjointe a dû se mettre au télétravail. Ce n’est pas simple avec Anne-Sophie constamment à la maison.

Les parents de Francis et d’Anne-Sophie veulent toutefois les garder auprès d’eux le plus longtemps possible. Ils ne veulent pas les «placer» dans un centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD), surtout pas avec ce qu’ils ont vu durant la pandémie. Ils ne veulent pas non plus d’un «stationnement» pour leur enfant, mais bien d’un milieu de vie lorsque celui-ci sort du foyer familial.

Pour ce faire, ils affirment avoir besoin de services comme ceux offerts par l’équipe des Artisans. Les ateliers comblent le trou noir dans lequel se retrouvent les parents d’enfants handicapés et avec de grandes déficiences, âgés de plus de 21 ans.

«Comme parents, nous prenons nos responsabilités», dit Mme Baillargeon. Son mari et elle paient 423 $ par mois pour que Francis fréquente les Artisans. Ils jugent la qualité des services irréprochables. Privé des ateliers depuis plus de trois mois à cause de la crise sanitaire, Francis est plus anxieux, il se mutile et ses parents doivent recourir à la médication.

Si le premier ministre François Legault veut être fier et protéger les plus vulnérables, il doit aussi veiller au sort des jeunes adultes comme Francis, estime Mme Baillargeon.

Laura Lémerveil voudrait pouvoir compter sur une contribution récurrente et indexée de la part du gouvernement du Québec. La directrice générale et fondatrice, Sandra Lambert, souhaite que Québec assume 50 % des coûts des services et elle compte sur la communauté et le sociofinancement pour combler l’autre 50 %. Depuis la création des Artisans, en 2015, Mme Lambert ne sait jamais si elle aura le financement suffisant et les parents ne savent jamais si leurs enfants adultes auront leurs ateliers.

«C’est le jour de la marmotte», indique le président du conseil d’administration de Laura Lémerveil, Pascal Bergeron. «Nous finissons toujours par trouver des fonds au ministère de la Santé et des Services sociaux, au CIUSSS de la Capitale-Nationale ou au CISSS de Chaudière-Appalaches, mais tout est à recommencer chaque année».

Mme Lambert et M. Bergeron jugent qu’il est temps que le gouvernement s’adapte à la réalité des enfants «survivants».

«Les avancées médicales permettent aux enfants polyhandicapés de vivre plus longtemps. Ces enfants ne vont pas à l’école toute leur vie et il faut leur proposer des activités pour qu’ils s’épanouissent, socialisent et maintiennent leurs apprentissages», soutient Mme Lambert.

Les services de son organisme visent aussi à permettre aux parents de mener une vie professionnelle, familiale et sociale la plus normale possible. Nous ne sommes plus à l’époque où les enfants polyhandicapés vivaient en majorité hors de leur milieu familial.

Les besoins ne disparaîtront pas, ajoute la directrice qui prévoit que 70 enfants pourraient profiter des Artisans en 2029. Des parents assistaient d’ailleurs à la conférence de presse, désireux que le service existe toujours lorsque leur enfant franchira le cap des 21 ans avec ses handicaps multiples et sévères.

Selon Mme Lambert, «c’est un beau dossier à régler en début de mandat pour le nouveau ministre de la Santé».

Le placement d’un enfant coûte 85 000$ par année.

Souhaitons que Christian Dubé, comptable et nouveau ministre de la Santé et des Services sociaux, fasse le calcul et juge qu’il y a des gains sociaux et économiques à réaliser en finançant des services pour les jeunes polyhandicapés et leurs proches.

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Dépistage du cancer du sein: une priorité?

Brigitte Breton

Dépistage du cancer du sein: une priorité?

CHRONIQUE / Maintenant que les activités cliniques reprennent graduellement dans le réseau de la santé, les femmes de 50 à 69 ans doivent-elles s’empresser de prendre un rendez-vous pour une mammographie de dépistage du cancer du sein si elles n’ont aucun symptôme et aucun doute sur leur état de santé? Selon des médecins, cela ne devrait pas être une priorité. 

«[...] nous sommes d’avis que la reprise des activités de dépistage dans la population générale, en cancer du sein notamment, ne doit pas être une priorité», ont écrit lundi dans Le Devoir des membres du groupe de travail sur les meilleures pratiques et formateurs de la formation de développement professionnel continu, «Pour une pratique éclairée, une utilisation judicieuse des examens et des traitements», du Collège québécois des médecins de famille.

«Le contexte actuel doit servir à remettre en question plus largement nos choix dans l’offre de services cliniques de manière à prioriser les interventions qui ont démontré une efficacité et des bénéfices concrets pour les patients et les patientes», soutiennent Pascale Breault, Guylène Thériault, René Wittmer, Samuel Boudreault, Caroline Laberge, Hélène Landry et Geneviève Bois. 

Ces derniers font également de l’enseignement clinique dans les départements de médecine familiale et d’urgence de l’Université Laval, de l’Université de Montréal et de l’Université McGill. Mme Thériault, est membre du Groupe d’étude canadien sur les soins de santé préventifs.

Ces médecins estiment que les bénéfices associés au dépistage du cancer du sein sont surestimés et que des effets délétères bien réels sont occultés. Ils prennent cependant soin de faire une distinction entre une mammographie «à visée diagnostique» ou de suivi après un cancer, et celle de «dépistage».

Sans doute comme bien d’autres femmes du groupe des 50 à 69 ans suivant le programme de dépistage, leur position à contre-courant m’interpelle.

Vaut mieux s’astreindre à cet examen de dépistage aux deux ans ou non? Y voit-on trop de vertus?

Le cancer effraie. S’il est possible dans le cadre d’un programme de dépistage de le détecter dès le début et d’éviter d’en souffrir et d’en mourir, pourquoi pas? N’est-ce pas agir de façon préventive, de limiter les dommages?

En entrevue, la médecin Pascale Breault dit souhaiter et inciter les femmes à se poser plus de questions afin de prendre une décision éclairée et en toute connaissance de cause avec leur médecin. 

Elle explique que le dépistage peut éviter des décès, mais pas autant qu’on le croit. Il peut aussi entraîner inutilement des femmes dans une cascade de diagnostics.

«Une femme sur 1000 [sur 1333 dans les faits] voit sa vie sauvée par le dépistage», indique Mme Breault. Par contre, pour chaque décès par cancer du sein évité, de trois à quatre femmes sont «surdiagnostiquées», voire traitées pour quelque chose qui ne leur aurait jamais causé de problème. 

S’ajoute aussi toute l’anxiété qu’entraînent la radiographie du sein, les tests supplémentaires parfois exigés et l’attente des résultats. Mme Breault constate les effets chez ses patientes.

La mammographie peut aussi créer une fausse sécurité. Il faut demeurer alerte si on constate des changements. Pas attendre le prochain examen dans deux ans.

Est-on bien au fait de l’ensemble du tableau lorsque nous passons une mammographie? 

Mme Breault s’étonne de la «compliance» de certaines femmes et de la culpabilité d’autres qui refusent de suivre religieusement le programme.

Il existe bien sûr un site pour expliquer les avantages, les inconvénients ainsi que les limites de la mammographie de dépistage, et ce à partir d’études du ministère de la Santé et des Services sociaux et de l’Institut national de la santé publique du Québec. On y parle aussi des possibilités de surdiagnostic et du stress causé.

Qui prend la peine de consulter le site suggéré dans la lettre de rappel (www.quebec.ca/depistage-cancer-du-sein) avant de prendre un rendez-vous et de se faire comprimer les seins en retenant sa respiration? 

«La mammographie est le seul examen de dépistage qui permet de réduire le nombre de décès attribuables au cancer du sein», y lit-on. «Le PQDCS a pour objectif de réduire d’au moins 25 % le taux de mortalité par cancer du sein chez les femmes de 50 à 69 ans. Les résultats obtenus depuis les débuts du PQDCS vont dans ce sens, ce qui appuie la poursuite des activités du programme».

Mme Breault n’est pas de cet avis. Elle juge discutable d’investir autant de ressources dans un programme qui donne de tels résultats. 

La chargée d’enseignement clinique au département de médecine familiale et de médecine d’urgence de l’Université Laval croit que ces ressources pourraient être mieux investies ailleurs. 

«C’est un choix politique». Elle préconise d’être plus judicieux avec les tests et les investigations. De choisir avec soin. 

«Ce n’est pas parce qu’un programme existe depuis longtemps qu’on ne peut pas le remettre en question», dit-elle, consciente qu’il est difficile de critiquer le «label ruban rose». 

«Si on décide qu’on maintient le programme, on a la responsabilité de s’assurer qu’aucune femme ne s’y engage sans avoir toute l’information pour prendre la décision qu’elle jugera la meilleure pour elle».

Mme Breault fait un parallèle avec le cancer de la prostate dont le dépistage systématique n’est plus recommandé depuis 2018. «Le Collège des médecins recommande qu’un homme souhaitant le test de dépistage soit clairement informé des risques et des bénéfices». La médecin Breault voudrait que la même approche s’applique au dépistage du cancer du sein. À la femme de décider avec son médecin si les avantages l’emportent sur les inconvénients.

Au cabinet de la ministre Danielle McCann, son porte-parole nous indique qu’il n’est pas question pour l’instant de mettre fin au programme de dépistage du cancer du sein instauré en 1998.

C’est l’Institut national de santé publique du Québec qui évalue la performance du programme. 

Étant donné que plusieurs activités cliniques ont été interrompues pendant des semaines à cause de la pandémie, il y a des retards dans les hôpitaux et les cliniques. Des médecins ont d’ailleurs exprimé des inquiétudes pour la santé de leurs patients. Les ressources humaines, budgétaires et les équipements sont fortement sollicités. Quel est l’ordre de priorités?

Qui et comment décide-t-on qu’une activité clinique ou un programme peut reprendre et un autre non? À cette question transmise mardi, le ministère de la Santé et des Services sociaux n’avait toujours pas fourni de réponse vendredi matin.

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La grève en temps de pandémie

Chronique

La grève en temps de pandémie

CHRONIQUE / Un avis de grève illimitée dans sept résidences du Groupe Chartwell à Québec et à Saguenay étonne. Une grève en temps de pandémie? Un stress supplémentaire pour des personnes âgées déjà éprouvées par des semaines de confinement? Coup de force d’un syndicat qui profite de l’état de crise ou entêtement d’une entreprise qui ne veut pas sacrifier de profits? Et si c’était l’heure de vérité?

Les personnes, en majorité des femmes, qui oeuvrent auprès des personnes âgées hébergées dans des résidences privées, des ressources intermédiaires ou des CHSLD sont trop souvent sous-payées.

D’où le manque de personnel qui sévit depuis des années dans ce type d’établissements et qui a de lourdes conséquences pour les aînés hébergés. La pandémie l’a révélé dramatiquement et nous en payons collectivement le prix depuis plus de trois mois.

Il faut que ça change.

Pour avoir du personnel formé, fiable et stable auprès des personnes âgées, il faudra améliorer les salaires et les conditions de travail. Les remerciements et les titres «d’essentiels» et «d’anges gardiens» sont insuffisants. La reconnaissance doit se traduire sur les chèques de paye.

Le premier ministre François Legault l’a reconnu. Il regrette de ne pas avoir haussé plus tôt le salaire des préposées aux bénéficiaires dans le secteur public. Il estime également que le secteur privé doit augmenter la rémunération de ses employés.

C’est l’objectif du Syndicat québécois des employées et employés de service (SQEES-FTQ) qui a transmis mercredi au Tribunal administratif du travail des avis de grève illimitée pour sept résidences du Groupe Chartwell si une entente pour le renouvellement des conventions collectives n’est pas conclue d’ici le 10 juillet.

À Québec, les résidences visées sont les Appartements de Bordeaux, le Domaine de Bordeaux, le Faubourg Giffard et le Manoir Archer. Environ 500 employés pourraient déclencher un arrêt de travail à Québec et à Saguenay. Ces résidences sont situées en zone froide et le syndicat assure que l’avis de grève serait retiré s’il y avait éclosion de COVID-19.

Néanmoins, le moment n’est-il pas inopportun pour menacer de recourir à la grève? Le personnel ne risque-t-il pas de se tirer dans le pied et de se faire accuser de prendre de vieilles personnes en otage alors qu’un virus qui a fait des centaines de victimes chez les aînés rôde toujours?

«Les gens sont à bout. Il faut qu’il se passe quelque chose», répond Sylvie Nelson, présidente du SQEES.

Elle explique que des conventions collectives sont échues depuis 2018, qu’il y a eu des séances de conciliation avec les représentants patronaux, que le syndicat a proposé des négociations intensives, que l’objectif du syndicat n’est pas de déclencher des grèves et que l’employeur ne propose que des miettes.

Moins de 15 $ l’heure pour donner des soins et des services aux personnes âgées des résidences privées est jugé insuffisant. «On ne demande pas la lune. On ne veut pas non plus que les résidents paient plus. Ils paient déjà assez cher».

Selon Mme Nelson, certains déboursent 2000 $ voire 5000 $ et plus par mois. «On veut seulement que Chartwell et ses actionnaires partagent les profits».

Sans nommer aucun propriétaire, François Legault a soulevé la question à sa conférence de presse du 4 juin. «Il y a des petites résidences privées qui vont peut-être avoir besoin d’aide financière, mais il faut comprendre aussi qu’il y des grandes résidences privées qui vont devoir augmenter les salaires qu’elles paient à leurs employés, là, donc, bon, mais ce sont des entreprises, là, qui sont là pour quand même, aussi, faire des profits».

Sylvie Nelson est bien d’accord pour que l’État vienne en aide aux petites résidences qui permettent de maintenir les aînés dans leur quartier ou leur village. Elle voit mal cependant, et elle n’est sûrement pas la seule, que les taxes et les impôts des Québécois supportent les actionnaires de Chartwell.

Impossible de savoir mercredi où en est le gouvernement Legault dans sa réflexion sur la pertinence ou non d’adopter un décret qui fixerait des conditions salariales minimales pour le personnel syndiqué ou non syndiqué des établissements publics et privés.

Par ailleurs, Québec n’a toujours pas annoncé non plus une entente de principe avec les syndicats du secteur public qui représentent les préposés aux bénéficiaires des CHSLD et des hôpitaux. Le montant de 26 $ l’heure mentionné par M. Legault n’est pas acquis.

Ce sont deux éléments qui teintent les pourparlers entre le SQEES et Chartwell.

Si la pandémie donne du répit et si la situation redevient peu à peu à la normale dans les milieux d’hébergement de personnes âgées, la pression risque de monter aux différentes tables de négociations.

On le voit en France. Les «héros» en blouse blanche rappellent au président français ses promesses. Après plus de trois mois de crise sanitaire, les soignants sortent dans la rue avec leurs pancartes dont l’une indiquant : «Covid passé, soignants oubliés».

«On ne veut pas de médaille ou de petite prime à la sauvette, on veut un salaire à la hauteur de ce que nos métiers apportent à la société», soutenait mardi une aide-soignante citée par l’Agence France-Presse.

Ici aussi, les «essentiels» et les «anges gardiens» vont vouloir que les messages de reconnaissance répétés durant la pandémie prennent une forme réelle, permanente et sonnante.

C’est le moment de vérité.

On accepte de hausser leur salaire ou on leur dit encore d’attendre sous prétexte de ne pas avoir les moyens de leur verser plus de 15 $ l’heure?

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Rentrée, COVID-19 et communications

Chronique

Rentrée, COVID-19 et communications

CHRONIQUE / Kévin Roy, le président de la Fédération des comités de parents du Québec, se garde bien de donner une note au ministre de l’Éducation pour le travail réalisé depuis la pandémie. Pour la rentrée de l’automne, il souhaite cependant que Jean-François Roberge et le milieu scolaire améliorent une chose : leurs communications.

Comme bien des parents, Kévin Roy, a bien hâte d’entendre ce que le ministre Roberge dira mardi matin sur la prochaine rentrée scolaire qu’il espère la plus «normale possible».

Il est aussi curieux de voir ce que le ministre aura retenu des avis formulés par les 43 000 parents qui ont participé à un sondage mené par la Fédération des comités de parents. «Il faut écouter les gens qui font l’école tous les jours, ainsi que les parents», affirme M. Roy en entrevue téléphonique. Il aurait aimé que le ministre valide son plan auprès des parents avant de faire une annonce.

La direction de la santé publique a donné un aperçu lundi de ce que devront être les mouvements d’étudiants et de personnel pour cette rentrée «covidienne». 

Mais au-delà des «bulles» et du mètre ou du deux mètres de distanciation, comment se déroulera le retour à l’école? 

L’école va-t-elle débuter plus tôt pour reprendre le temps perdu à cause de la pandémie? Sera-t-elle à temps partiel? Les élèves et les parents auront-ils plus de soutien si une deuxième vague est inévitable? Comment appliquer les règles de la santé publique dans une école de 200 enfants et une polyvalente de 1200 ados moins «dociles» que les petits de première année du primaire? Quel sera le ratio maître/élèves? Comment va-t-on fonctionner dans les laboratoires? Que va-t-on prévoir pour les élèves en difficulté?

Les parents, mais aussi le personnel des écoles, veulent des réponses. 

M. Roy déplore le manque de communications claires des derniers mois entre le ministère, les écoles, les enseignants et les parents. Il se désole des jeux de pouvoir dans ce vaste réseau, alors que l’intérêt de l’élève et des enfants devrait primer. 

Depuis le début de la pandémie, la présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement, Josée Scalabrini, constate que le gouvernement Legault a une méconnaissance de son réseau de l’éducation. Cette méconnaissance et le manque de contacts avec le milieu expliquent, selon elle, le flou, la cacophonie ou les revirements qui ont eu trop souvent cours depuis la mi-mars en éducation.

La dirigeante syndicale refuse d’évaluer le ministre Roberge. Elle préfère donner une note au gouvernement dans son ensemble. «La santé publique a fait des annonces avec une méconnaissance du milieu scolaire», soutient Mme Scalabrini. Pour cette raison, elle accorde la faible note de 58-59 % au gouvernement, 

Selon Mme Scalabrini, il faut être près du monde sur le terrain pour connaître les difficultés à appliquer les mesures préconisées par la santé publique. «L’expérience du terrain, c’est le personnel qui l’a». 

Elle espère que les gens prennent le temps de se parler. «Là où il y a de la collaboration, il y a de belles choses qui se réalisent». 

Professeure en sciences de l’éducation à l’Université Laval et responsable du réseau Périscope, Thérèse Laferrière, prône aussi une meilleure collaboration entre les différents acteurs du réseau de l’éducation. 

Le gouvernement et le ministère de l’Éducation ne peuvent tout décider. Enseignants, directions scolaires, conseils d’établissement et syndicats doivent être impliqués dans les décisions, selon Mme Laferrière. 

La professeure craint un retour scolaire risqué en août avec le déconfinement, les vacances de la construction et les nombreux déménagements de l’été. Elle estime que les enseignants ne sont pas prêts à enseigner à distance. Elle souligne par ailleurs que des jeunes trouvent une grande valorisation sociale à la réussite scolaire et que d’autres ont besoin d’une attention soutenue pour éviter le décrochage.

D’où l’importance de garder le contact entre l’école et l’élève et d’avoir un plan B si le retour en classe ne se déroule pas dans la «normalité».  

Souhaitons que des leçons soient tirées des ratés et des expériences positives des derniers mois. Crise sanitaire ou non, la prochaine année scolaire doit être plus propice aux apprentissages, à la persévérance et à la réussite. Les étudiants ne doivent pas devenir des victimes collatérales de la pandémie.

Brigitte Breton
Le Soleil
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Dénoncer sans en payer le prix

Brigitte Breton

Dénoncer sans en payer le prix

CHRONIQUE / Jusqu’où le gouvernement Legault est-il prêt à aller pour protéger les lanceurs d’alerte et briser la loi du silence? Le traitement qu’il réservera cet automne à la Loi facilitant la divulgation d’actes répréhensibles à l’égard des organismes publics en dira beaucoup sur sa volonté d’assurer une saine gestion des fonds publics et d’éviter un retour aux «contrats entre petits amis».

«Les études scientifiques internationales démontrent qu’en moyenne entre 17 % et 66 % des lanceurs d’alerte subissent une forme ou une autre de représailles liées à leur divulgation», rapporte la Protectrice du citoyen dans son bilan de la mise en œuvre de la Loi facilitant la divulgation d’actes répréhensibles à l’égard des organismes publics.

Lorsqu’on parle du sort trop souvent réservé aux lanceurs d’alerte, on pense au Québec à l’agronome Louis Robert. Employé du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), il a été congédié en 2019 — il a depuis réintégré son poste — après avoir dénoncé dans les médias l’ingérence du privé dans la recherche scientifique sur les pesticides. 

Dans l’enquête menée sur le dossier Robert-MAPAQ, la Protectrice du citoyen a relevé maints manquements dans l’application de la loi sur la divulgation d’actes répréhensibles dans ce ministère. Elle avait également souligné que les failles observées au MAPAQ existaient ailleurs.

Le rapport sur la mise en œuvre de la loi produit par le Secrétariat du Conseil du Trésor le démontre. 

Dans plusieurs organismes, ce sont les patrons eux-mêmes qui traitent les dénonciations des lanceurs d’alerte. Rien pour inciter un employé à révéler des actions ou des pratiques contraires à l’intérêt public dans son organisation. Indépendance et impartialité ne sont pas au rendez-vous.

Autre problème, des patrons responsables du suivi des divulgations délèguent à une autre personne ce suivi, risquant de compromettre le respect de la confidentialité nécessaire au processus.

Cette semaine, plusieurs personnes qui ont défilé en commission parlementaire pour le projet de loi 61 sur la relance économique ont indiqué au passage au président du Conseil du Trésor, Christian Dubé, que les lanceurs d’alerte devaient être mieux protégés au Québec et que le champ d’application de la loi devait être élargi.

Cette loi, dont le président du Conseil du Trésor a la responsabilité, est toute jeune. Elle est en vigueur depuis 2017 et a été adoptée dans la foulée de la Commission d’enquête (Charbonneau) sur l’octroi et la gestion de contrats publics dans l’industrie de la construction.

Pour reprendre un mot que M. Dubé a utilisé souvent ces derniers jours, la loi est «perfectible» dans son contenu et dans son application.

À la suite du bilan qu’elle fait de la loi en vigueur depuis trois ans, la Protectrice du citoyen soumet 21 recommandations au gouvernement.

Elle propose notamment de s’inspirer du Public Interest Disclosure Act de la Colombie-Britannique et de prévoir dans la loi québécoise que «le défaut de protéger la confidentialité de l’identité d’une personne ayant effectué une divulgation soit considéré comme une infraction pénale».

La Protectrice souhaite également que la Loi sur les normes du travail soit modifiée pour prévoir une protection générale contre les mesures de représailles.

Le président du Conseil du Trésor formule aussi des recommandations. Il voudrait confier au Protecteur du citoyen le mandat exclusif de recevoir les divulgations du personnel des organismes publics.

Il recommande aussi de créer un comité, composé du ministère du Travail, du Protecteur du citoyen et du Secrétariat du Conseil du Trésor, pour analyser le régime de protection contre les représailles et trouver des avenues pour en améliorer l’efficience.

La formation d’un tel comité ne doit pas être une tactique pour gagner du temps. 

Rappelons qu’il a fallu huit années pour aboutir à l’adoption de la loi facilitant la divulgation d’actes répréhensibles.

Il faudra aussi veiller à ce que Québec alloue les effectifs nécessaires à la Protectrice du citoyen, surtout s’il lui confie des responsabilités supplémentaires.

En cette matière aussi il est important que le gouvernement s’assure que les délais de traitement et d’enquête sont raisonnables.

Brigitte Breton
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Relance, vitesse et perte de contrôle

Chronique

Relance, vitesse et perte de contrôle

CHRONIQUE / Soit le gouvernement Legault est d’une candeur fort inquiétante et ne se méfie pas du crime organisé, des entreprises et des fonctionnaires véreux, soit il a tenté d’en passer une «petite vite» à la population et à l’opposition, soit il est brouillon. Même si le ministre Christian Dubé y apporte d’importants amendements, le projet de loi 61 sur la relance économique soulève de sérieuses questions sur la rigueur du gouvernement caquiste.

Bien sûr, il y a urgence de relancer l’économie sur pause depuis des semaines à cause de la pandémie. Faire redémarrer des chantiers, remettre des travailleurs à l’ouvrage, livrer un bout de route, une ligne de métro, un hôpital ou une école, pas mal tout le monde adhère à ça. Mais pas à n’importe quel prix. 

Pas au détriment de nos droits et de l’environnement, pas en prolongeant indûment l’état d’urgence sanitaire, pas en permettant au gouvernement de se donner des pouvoirs exorbitants et pas en risquant que l’octroi des contrats publics et leur réalisation se fassent n’importe comment et avec une facture de 10 à 35 % plus élevée.

Le Québec n’est pas devenu immunisé à jamais contre la corruption, les malversations, les projets mal évalués et les travaux bâclés et de piètre qualité avec le départ des libéraux et l’élection d’un gouvernement caquiste. 

Le premier ministre François Legault semble le croire, ou du moins tente de le faire croire à la population, et c’est très inquiétant.

Rien ne permet de douter de la droiture et de l’intégrité de M. Legault et de son équipe. 

Ce serait toutefois faire preuve d’une grande naïveté de penser que personne ne veut profiter de la manne de contrats publics que Québec veut lancer en grande vitesse pour dynamiser l’économie. 

Entendre un premier ministre dire que la commission Charbonneau est derrière nous, qu’il ne s’inquiète pas de la corruption, notamment parce qu’il compte dans son cabinet des comptables agréés et l’ex-procureure en chef de la commission Charbonneau, Sonia Lebel, n’est pas très convaincant et rassurant.  

Comme le soulignait la commission Charbonneau dans son rapport, en matière de corruption et de collusion, la créativité prévaut. «L’histoire n’est jamais la même». Mais elle se répète. La commission Charbonneau était la sixième du genre au Québec depuis 1905.

Il faut en tirer des leçons. Une pandémie ne justifie pas de baisser la garde. Et surtout pas pour que le parti au pouvoir puisse dire en 2022 qu’il a rempli toute la liste de ses engagements électoraux. 

Certes, M. Legault et le président du Trésor font amende honorable en acceptant de modifier le projet de loi 61 et en proposant de prolonger les travaux parlementaires. Ils n’avaient pas vraiment le choix.

Lorsque la Protectrice du citoyen, la Vérificatrice générale, le comité de suivi sur la commission Charbonneau, le Bureau de l’inspecteur général de la ville de Montréal, Jacques Duchesneau du Bureau de l’intégrité professionnelle et administrative de Saint-Jérôme, le Barreau et l’Autorité des marchés publics viennent exposer en commission parlementaire les dangers, les failles et les abus contenus dans le projet de loi, il serait irresponsable et téméraire, même pour un gouvernement très populaire dans les sondages, de maintenir le texte initial. 

«Alors, je pense qu’ensemble mes soustractions et mes additions vont faire un résultat incroyable pour la relance du Québec», a déclaré mercredi Christian Dubé à la période de questions à l’Assemblée nationale. Il devra accélérer les calculs, car l’opposition fait bloc contre son projet.

Malgré l’ouverture et la bonne volonté qu’expriment M. Dubé et son chef, une question demeure et la co-chef de Québec solidaire, Manon Massé, l’a formulée : «Comment se fait-il que personne à la CAQ n’avait vu ça avant?» 

Ce n’est pas parce que le ministre des Finances sort le bonbon de la baisse de la taxe scolaire le 1er juillet que la question devient impertinente. Ce n’est pas non plus parce que le premier ministre fait du chantage avec les députés de l’opposition à propos d’un tronçon de la route 132, de la route de la mort dans une circonscription péquiste ou de la ligne bleue qu’il faut cesser de s’interroger sur la première mouture du projet de loi 61.  

M. Legault se targue d’avoir dans son équipe Sonia Lebel. La députée péquiste Véronique Hivon aimerait bien savoir comment la ministre de la Justice et ex-procureure de la commission Charbonneau peut défendre un projet de loi qui bafoue son travail, son héritage, sa mission et les raisons pour lesquelles elle a dit venir en politique. Plusieurs voudraient en effet connaître la réponse. Mme Lebel n’était pas à la période des questions mercredi.

Je le répète, l’intégrité du gouvernement Legault n’est pas en cause. Mais même si personne ne souhaite le retour des «petits amis», il y a un danger et tout gouvernement doit veiller à limiter les risques.

Mme Brigitte Bishop, l’inspectrice de Montréal, a soutenu devant les parlementaires que plus on veut aller vite dans l’octroi de contrats et des travaux, plus il faut des inspecteurs sur le terrain et renforcer les remparts. 

Il existe aussi des lacunes de ce côté.

Québec souhaite accélérer des travaux d’infrastructures, mais un des donneurs d’ouvrage, le ministère des Transports, souffre toujours d’un manque d’expertise en génie, a rappelé la Vérificatrice générale. 

Cette dernière reconnaît par ailleurs qu’il y a lieu de réduire les «délais indus». Guylaine Leclerc préconise cependant une révision de la réglementation pour y parvenir, et non l’adoption d’une nouvelle loi.

Le projet de loi 61 s’éloigne selon elle des critères de saine gestion des fonds publics et elle souhaite une meilleure et une plus grande reddition de comptes dans les ministères, mais également au niveau municipal.

Si l’objectif du gouvernement était de relancer l’économie et d’accroître les liquidités des entreprises comme le recommandait la commission Charbonneau, pourquoi avoir rédigé un projet de loi qui vise si large et va si loin, et qui expose le Québec à des dérives? 

L’urgence sanitaire et le besoin de relancer rapidement l’économie ne peuvent servir d’explications. Un projet de loi bâclé, ce n’est pas le premier que le gouvernement Legault dépose.

Brigitte Breton
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Prévenir la détresse des écoliers

Chronique

Prévenir la détresse des écoliers

CHRONIQUE / Trop d’enfants ne vont pas bien au Québec, selon le Conseil supérieur de l’éducation. Lorsqu’elle voit le nombre d’enfants de moins de 17 ans prenant des antidépresseurs ou des médicaments pour le traitement du TDAH ainsi que la facture annuelle de plus de 33 millions$ qui s’y rattache, la présidente Maryse Lassonde estime qu’il est temps de se doter d’un mécanisme de prévention et de développer les compétences sociales et émotionnelles des jeunes et du personnel.

«Il y a un malaise», indique en entrevue téléphonique Mme Lassonde, neuropsychologue et professeur émérite. Son organisme présente aujourd’hui, mardi, un nouvel avis : «Le bien-être de l’enfant à l’école : faisons nos devoirs».

Certes, la majorité des enfants se portent bien. Des études indiquent toutefois que la prévalence des troubles anxieux chez les jeunes Québécois de 6 à 11 ans se situe entre 3,2 et 17,5 %, et qu’entre 0,9 % et 4,1 % présentent des symptômes dépressifs. 

La présidente trouve incroyable le nombre d’heures que des enfants de 4 à 12 ans passent dans l’autobus, au service de garde, à l’école ou à d’autres activités hors de la maison, ainsi que le nombre de personnes avec qui ils doivent interagir dans une même journée. Le Conseil signale que bon nombre d’enfants ont bien peu de moments où ils sont entièrement libres.

Mme Lassonde est persuadée que des adultes ne le supporteraient pas. 

Des enfants ne le supportent pas d’ailleurs et témoignent de détresse et d’anxiété à l’école. 

Or, si on souhaite amener un enfant à développer son plein potentiel et à assurer sa réussite éducative, il faut, selon Mme Lassonde, voir au bien-être et à la santé mentale de celui-ci.

Apprendre à lire, à compter, à écrire est plus aisé si certaines conditions sont réunies. Si un enfant manque de confiance en lui, s’il a peur, s’il est anxieux, s’il a peu d’estime de lui, s’il est incapable de reconnaître et de gérer ses émotions, ou de faire face à des situations difficiles, s’il est envahi par une anxiété de performance, s’il se juge toujours incompétent, ses apprentissages risquent d’en souffrir.

Tout ça s’enseigne et s’apprend aussi.  

Encore faut-il que le personnel des écoles, y compris celui des services de garde, soit formé aussi en cette matière. C’est une des recommandations du Conseil . 

Mme Lassonde souligne que les expériences menées ailleurs dans le monde anglophone peuvent guider le Québec.

L’avis est bien sûr adressé au ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, mais le Conseil interpelle aussi le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux ainsi que le ministre de la Famille. 

La triade Roberge-Carmant-Lacombe aurait réagi positivement, rapporte la présidente.

Après avoir consacré deux ans à parcourir la littérature et à interroger experts, parents, enfants et personnel scolaire, le Conseil en appelle à une plus grande collaboration et concertation entre les différents réseaux. «Il doit y avoir des ponts. L’enfant doit pouvoir obtenir de l’aide psychosociale au moment opportun où qu’il soit».

Il n’est pas normal, selon Mme Lassonde, que chaque école ne soit pas en contact direct avec le réseau de la santé lorsqu’un enfant ne va pas bien. 

À l’instar de certains médecins, le Conseil a jugé nécessaire de réfléchir sur la médicalisation des difficultés des enfants. Il constate que «la prise de médicaments est souvent perçue comme la première solution alors que la prévention constitue un élément clé de l’intervention».

Le Conseil préconise aussi plus de concertation et de collaboration entre les membres de l’équipe-école. La porte de la classe doit s’ouvrir au psychologue et le psy doit sortir de son bureau, illustre Mme Lassonde.

La formation et la stabilité du personnel sont aussi à privilégier pour établir des liens de confiance avec les écoliers, assurer leur bien-être et une continuité éducative.

Une règle élémentaire difficile à suivre lorsque les écoles et les services de garde éprouvent du mal à recruter du personnel.  

Le bien-être des enfants à l’école passe aussi par le bien-être du personnel scolaire, note également le Conseil supérieur de l’éducation dans son avis. Le stress et les émotions sont contagieux.

Brigitte Breton
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Manque d’intérêt pour le «vieux»

Brigitte Breton

Manque d’intérêt pour le «vieux»

CHRONIQUE / Le «vieux» n’a pas la cote. Une comparaison entre le sort réservé aux personnes âgées et celui accordé au patrimoine bâti au Québec paraîtra hasardeuse.

C’est quoi le rapport entre la situation de l’oncle Paul, né en 1924, et celle de l’église du Très-Saint-Sacrement érigée entre 1920 et 1924 à Québec?

Et pourtant, en lisant cette semaine le rapport accablant de la Vérificatrice générale du Québec sur la sauvegarde et la valorisation du patrimoine immobilier, on ne peut s’empêcher d’y voir des similitudes. 

Le traitement des «vieux» citoyens et celui des bâtiments anciens ont des points en commun. Les deux souffrent trop souvent du manque de vision et de leadership des gouvernements et du manque d’intérêt de la société. 

Le même laisser-aller, la même indifférence. 

Un attrait pour le neuf ou pour tout ce qui fait jeune et moderne. Les termes fardeau, déclin, inutilité associés aux deux.

Comme si les humains et les bâtiments qui ont du vécu ne pouvaient rien apporter et apprendre aux citoyens plus jeunes, à leur communauté.

La vérificatrice Guylaine Leclerc note que le patrimoine immobilier est «trop souvent perçu comme un fardeau lié par exemple au coût d’entretien plus important des bâtiments à protéger, à la complexité de la modification de leur vocation ou à leur limitation de la densité qu’ils engendrent en zone urbaine».

Le patrimoine n’est pas le domaine d’expertise, de Patrik Marier, professeur au département de science politique de l’Université Concordia et chercheur responsable de l’équipe VIES (Vieillissements, exclusions sociales et solidarités). 

Il connaît cependant les politiques publiques pour les personnes âgées. Et il constate que les gouvernements les négligent et ne les priorisent pas. Dans la société, la fascination est également plus grande pour la jeunesse.

«La vieillesse est considérée comme une maladie», déplore-t-il lors d’un entretien téléphonique. On marginalise les citoyens plus âgés. «Le vieillissement est ancré dans une perspective médicale, dans le curatif». 

Si la sauvegarde du patrimoine et le vieillissement de la population n’ont pas l’intérêt qu’ils méritent, ce n’est pas parce que les deux sujets n’ont pas été fouillés et documentés. 

Lorsque des cas de maltraitance ou de négligence dans un centre pour aînés font la manchette, on est bouleversé, on enquête, un rapport est rédigé et on passe à autre chose.

Lorsqu’une vieille maison et un monastère tombent sous le pic des démolisseurs parce qu’on a tardé à les préserver, c’est la même chose. On le déplore quelques jours et on attend la prochaine destruction. 

On a rappelé abondamment durant la présente pandémie tous les rapports qui ont été produits sur le vieillissement de la population et les lacunes dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) depuis plus de 30 ans.

C’est le cas aussi pour le patrimoine immobilier. Rapport Arpin en 2000, «Notre patrimoine, un présent du passé». Celui de Courchesne-Corbo, en 2016, «Le patrimoine culturel québécois : un héritage collectif à inscrire dans la modernité». Deux rapports aussi sur le développement des métiers traditionnels en 1994 et 2011, mais en vain.

Le Québec a l’état de la situation. Il a déjà en main les pistes de solutions. Mais il n’agit pas ou trop peu. 

Dans le cas des aînés, le professeur Marier rappelle que dans ses orientations, Québec préconise depuis des décennies leur maintien à domicile. «Or, 80 % des budgets des soins de longue durée vont toujours vers les CHSLD plutôt que vers les soins à domicile». Une incohérence, selon lui.

«On a aussi tendance à penser que les personnes de plus de 65 ans sont toutes dépendantes». Et inactives parce qu’elles ont quitté le marché du travail. Ce n’est pas la réalité. On l’a vu quand le gouvernement a envoyé les vieux à la maison au début de la crise sanitaire. Des organismes communautaires et des familles ont manqué de bénévoles et de soutien.

Dans le cas de la sauvegarde et de la valorisation du patrimoine immobilier, le bureau de la vérificatrice constate l’absence de vision. Il écrit que le ministère de la Culture «n’a pas établi de vision du patrimoine immobilier et ne s’est pas positionné quant aux résultats à atteindre en termes de connaissance, de protection, de mise en valeur et de transmission de ce patrimoine aux générations futures».

Pourquoi s’embarrasser du «vieux» et y consacrer des fonds publics?

Le Commissaire au développement durable, qui fait part de ses observations dans le rapport de la vérificatrice, expose que le patrimoine immobilier offre des repères. 

«Il aide les membres d’une société à se connaître en leur rappelant d’où ils viennent. Le patrimoine bâti revêt aussi une grande signification pour faire comprendre aux autres qui nous sommes».

On peut dire la même chose des personnes âgées.

Elles ont aussi beaucoup à communiquer et à nous apprendre. Elles possèdent un savoir, une expertise. Encore faut-il s’y intéresser.

Brigitte Breton
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CHSLD et recrutement: l’entonnoir

Chronique

CHSLD et recrutement: l’entonnoir

CHRONIQUE / La situation actuelle a beau être exceptionnelle et exiger une solution exceptionnelle, il y a néanmoins des précautions que le gouvernement Legault doit prendre. Comme celle de s’assurer que les personnes qui seront payées pour une formation de préposés en CHSLD restent en poste pour une période déterminée lorsqu’elles auront décroché leur attestation d’études.

«Engagez-vous», dit le premier ministre François Legault. Il est justifié de pousser la formule de l’armée canadienne jusqu’au bout.

Dans les Forces armées canadiennes, lorsqu’un individu s’inscrit dans un programme d’études subventionnées, il s’engage à fournir deux mois de service pour chaque mois d’études payées. 

Les entreprises privées qui recrutent des étudiants dans les cégeps ou les universités et paient une partie de leur formation, exigent aussi en contrepartie. Les étudiants s’engagent à rester à l’emploi de l’entreprise un certain temps ou à rembourser une partie des coûts de la formation s’ils désirent quitter leur poste avant la fin de leur contrat.

C’est du donnant-donnant. 

Le gouvernement n’a pas fixé de telles conditions avant de lancer sa vaste campagne de recrutement de préposés en CHSLD. Quand l’économie reprendra et que les emplois réapparaitront dans d’autres secteurs d’activités, Québec ne doit pas revenir à la case départ, se retrouver encore en pénurie de main-d’oeuvre dans les CHSLD, et ce après avoir investi des millions de dollars de fonds publics en formation. 

Plus de 67 000 personnes se sont inscrites à quebec.ca/devenirprepose. C’est impressionnant. Mais si le «mercure grimpe», pour emprunter l’expression de la ministre Marguerite Blais, ce n’est peut-être pas uniquement parce que les Québécois se découvrent une passion pour les personnes âgées et malades dans les CHSLD et qu’ils sont animés d’humanité et de compassion. 

Heureusement, c’est le cas de certains et il faut espérer qu’avec de bonnes conditions de travail et de rémunération, ils formeront pour longtemps des équipes solides et fiables auprès des personnes hébergées.

Mais, pour d’autres, l’offre du gouvernement permet d’aller tester si la «job» de préposé leur convient, sans s’engager au-delà des trois mois de formation. C’est aussi une occasion de gagner 21 $ l’heure plutôt que de travailler ailleurs au salaire minimum ou d’être sans emploi. Après 12 semaines, on verra.

Mardi, le premier ministre reconnaissait qu’il y avait un «certain risque» à ce que des personnes suivent la formation de trois mois et partent par la suite.  

Mercredi, le discours changeait quelque peu. Québec envisageait de mettre des conditions. Pourquoi pas un engagement écrit noir sur blanc? Un engagement moral paraît insuffisant.

Une simple entrevue ne permettra pas de connaître les motivations profondes des aspirants préposés. Vous êtes prêts à travailler à temps plein, le soir et les fins de semaine? Bien sûr que oui! Après la formation de trois mois, ou quand un autre emploi moins difficile sera disponible, ça reste à voir.

Évidemment, la crise sanitaire exige beaucoup du présent gouvernement. 

Il doit trouver rapidement des solutions et prendre des décisions. La population s’attend toutefois aussi à ce qu’il évalue bien les objectifs et les conséquences des mesures qu’il met en place et qu’il fasse preuve de rigueur et de cohérence.

La semaine dernière, lorsque le gouvernement a annoncé qu’il voulait recruter 10 000 préposés aux bénéficiaires, les ressources intermédiaires d’hébergement, les entreprises d’économie sociale d’aide à domicile et les résidences privées pour aînés ont dit craindre un exode de leurs employés vers le secteur public où les salaires seront plus élevés. 

Leurs craintes se confirment. Des bris de services sont prévisibles.

Après l’implantation des maternelles 4 ans, François Legault semble vouloir que l’amélioration des conditions de vie et de travail dans les CHSLD fasse aussi partie de son legs politique. 

À la fin de son mandat, M. Legault sera peut-être le premier ministre qui aura investi le plus dans les CHSLD. L’ensemble de ses actions auprès des aînés devra cependant être évalué, et non seulement le travail réalisé dans les centres d’hébergement publics. 

Si de grands malades sont négligés dans des ressources intermédiaires d’hébergement ou si des personnes âgées manquent de soins à domicile, la note du premier ministre en souffrira.

Pour pouvoir affirmer qu’il respecte son engagement de créer partout des maternelles 4 ans, le gouvernement caquiste n’a pas toujours procédé en respectant les règles de l’art. Il avait mal évalué le besoin de personnel enseignant et de locaux. Il avait minimisé les coûts et n’avait pas une évaluation complète des impacts de sa promesse. 

Il peut y avoir un coût politique à confondre ambition et improvisation. La pandémie n’excusera pas tout. 

Brigitte Breton
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Jeunes ou vieux: le statu quo intenable

Chronique

Jeunes ou vieux: le statu quo intenable

CHRONIQUE / Ébranlée et choquée par la mort d’une fillette de 7 ans à Granby l’an dernier, la population québécoise l’est cette année par la mort de centaines de personnes âgées dans les CHSLD. Le Québec échoue à protéger adéquatement ses citoyens les plus vulnérables. Jeunes ou vieux. Les deux dossiers ne s’opposent pas. Ils ont des causes et quelques solutions communes.

Régine Laurent, présidente de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse assure que sa voix va demeurer forte pour défendre les droits des enfants.

La commission vient de terminer ses audiences publiques et ses recommandations sont attendues pour novembre. 

Certains peuvent craindre que le triste sort réservé aux personnes âgées dans les CHSLD durant la présente pandémie fasse passer au second plan celui des enfants négligés, maltraités, abusés, et que la voix de Mme Laurent se perde parmi d’autres qui réclament l’attention du gouvernement durant la crise. 

L’inverse est aussi possible.

Le statu quo est cependant intenable tant pour les enfants que pour les personnes âgées. Qu’importe que les premiers soient au début de leur vie, et les seconds, plus près de la fin. Le respect et la dignité n’ont pas d’âge.

Lorsqu’il a créé une commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse au printemps 2019, le gouvernement Legault ne prévoyait pas faire face à une crise sanitaire et à une pause économique un an plus tard.

François Legault disposait d’une marge budgétaire pour répondre aux recommandations de la commission Laurent. Il y aurait un avant et un après-Granby, disait-il.

Il doit maintenant faire face à un autre défi de taille. Celui de mettre fin à l’hécatombe dans les CHSLD et de réformer les services et les soins offerts aux personnes âgées malades et en perte d’autonomie, afin de répondre au vieillissement de la population.   

En plus du rapport Laurent, Québec devra composer cet automne avec le rapport d’étape de la Protectrice du citoyen, Marie Rinfret, qui a lancé récemment une enquête impartiale et indépendante sur ce qui s’est passé au ministère de la Santé et des Services sociaux et dans quelques CHSLD et résidences pour aînés depuis le début de la pandémie.

Difficulté supplémentaire, Québec ne dispose plus d’un portefeuille aussi bien garni pour combler les lacunes documentées dans les services aux moins de 18 ans et dans ceux offerts aux personnes âgées. 

Or, dans les deux cas, l’insuffisance des budgets accordés à ces services au fil des ans est pointée du doigt. 

Le sous-financement explique en partie pourquoi la vie d’enfants est menacée faute de soutien aux parents ou faute de suivi serré de la part de la DPJ. 

Il explique aussi en partie pourquoi des personnes âgées sont mortes dans des conditions pitoyables à cause de la COVID-19.

Il manque cruellement de personnel formé et expérimenté tant auprès des jeunes que des «vieux» vulnérables. La tâche des employés dans chacun de ces secteurs s’accroît. Comme les besoins des jeunes et des plus vieux.

Il ressort aussi que les services aux enfants vulnérables et aux aînés sont perdus dans le vaste réseau de la santé centré sur les hôpitaux et le «médical». La réforme Barrette de 2015 a empiré les choses. Les gestionnaires sont loin du terrain. 

Dans les deux cas, personne ne peut prétendre ignorer les nombreuses failles du système. Les dénonciations publiques, les rapports d’enquête – du Bureau du coroner, du Protecteur du citoyen, du Vérificateur général ou de commissions- les mises en garde des syndicats, des associations professionnelles et des chercheurs s’accumulent depuis des décennies.  

On y porte attention quelques jours et on retombe politiquement et collectivement dans l’indifférence. Un enjeu est déclassé par un autre. On privilégie un investissement dans un autre secteur. On évite d’accroître les dépenses de l’État et de devoir payer plus d’impôt.

C’est une vision à courte vue qui s’avère fort coûteuse et inhumaine. 

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Plus d’argent d’Ottawa, plus de soins aux aînés?

Brigitte Breton

Plus d’argent d’Ottawa, plus de soins aux aînés?

CHRONIQUE / Même si Québec et les autres provinces obtenaient plus d’argent d’Ottawa par le biais des transferts en santé, rien n’assure que les fonds supplémentaires serviraient à améliorer les soins de longue durée aux personnes âgées. Après la crise, lorsque nous ne compterons plus quotidiennement les victimes de la COVID-19 dans les CHSLD, les soins aux aînés vont-ils demeurer dans la liste des priorités? 

La santé est une compétence des provinces. De voir Justin Trudeau, en pleine période de pandémie, tenter d’accroître le rôle d’Ottawa en cette matière est sûrement agaçant, voire insupportable pour François Legault et d’autres premiers ministres ailleurs au pays. 

Il doit y avoir certaines tensions lors des échanges téléphoniques du jeudi soir entre M. Trudeau et les premiers ministres provinciaux. 

Le Québec et l’Ontario sont de plus dans une position inconfortable. Les deux provinces ont dû faire appel aux Forces armées canadiennes pour combler le manque de personnel et limiter les dégâts dans leurs centres d’hébergement et de soins de longue durée. M. Legault réclame même que l’armée y reste jusqu’au 15 septembre. 

«Le Québec paie sa part pour l’armée», a-t-il répondu jeudi au journaliste qu’il lui demandait s’il serait déçu d’un refus. « (…) il me semble que la priorité actuellement, je n’en vois pas de plus urgente que de s’occuper de notre monde dans nos CHSLD puis même chose dans les centres de soins de longue durée en Ontario».

À la lecture des rapports produits par les Forces armées canadiennes cette semaine, il est difficile pour Québec et l’Ontario de prétendre que les aînés et les centres de soins de longue durée étaient en tête de leur liste de priorités avant et aux premiers jours de la pandémie.

En Ontario, les coquerelles vues dans certains centres ne sont certainement pas apparues avec le coronavirus. 

Est-ce que la situation aurait été moins catastrophique si les CHSLD étaient sous l’égide de la Loi canadienne sur la santé? Justin Trudeau a évoqué cette idée en avril. 

Est-ce que le nombre de décès liés à la COVID-19 aurait été moindre dans les CHSLD du Québec si Ottawa n’avait pas réduit ses transferts en santé aux provinces au fil des décennies?

François Legault soutient que si Justin Trudeau veut aider au financement des soins de longue durée, il doit augmenter les transferts fédéraux en santé. « (…) quand on a commencé, c’était 50% du financement des coûts de la santé qui venait du fédéral. On est rendus à 23% seulement des coûts de la santé qui viennent du fédéral. Donc, c’est un fardeau très lourd sur les budgets des provinces parce que les budgets en santé ont augmenté plus rapidement que l’inflation, à peu près dans toutes les provinces, depuis les 10 dernières années», a répété mercredi le premier ministre.

Ces prédécesseurs libéraux et péquistes faisaient le même constat et exprimaient la même demande.

Ce qui n’a pas empêché le gouvernement Couillard et son ministre de la Santé, Gaétan Barrette, de consacrer une généreuse part du budget de la santé au rehaussement de la rémunération des médecins, alors qu’ils se plaignaient qu’Ottawa ne versait pas sa juste part. Un choix fort discutable qui ne contribuait pas à améliorer l’accessibilité et les soins aux malades québécois.

Un exemple qui illustre qu’une hausse des transferts en santé ne se traduirait pas automatiquement et forcément par une augmentation des investissements des provinces dans les soins à domicile ou les services aux personnes âgées malades et non autonomes. 

Un gouvernement pourrait notamment faire le choix de consacrer davantage de fonds aux soins ultra-spécialisés, à la fécondation in vitro, à la santé mentale. Le ministère de la Santé est grandement sollicité. 

Quant à la Loi canadienne sur la santé, Ottawa n’est pas toujours très prompt à la faire respecter. 

On l’a constaté avec le dossier des frais accessoires que des cliniques médicales ont exigés aux patients pendant des décennies sans qu’Ottawa et Québec interviennent pour y mettre fin.

Les principes d’accessibilité, d’universalité et d’intégralité contenus dans la loi canadienne sont bien théoriques s’il faut payer pour obtenir plus rapidement une vasectomie ou une colonoscopie.

Ce n’est qu’en 2018, face à des poursuites devant les tribunaux et la menace d’Ottawa de réduire ses transferts en santé, que la situation a été corrigée. 

Avant, tant à Ottawa qu’à Québec, les élus fermaient les yeux.

Les politiciens, de même que bon nombre de citoyens, ont aussi longtemps fermé les yeux sur les ajustements qu’exige le vieillissement de la population québécoise et canadienne. 

Le réveil est brutal et coûteux. Les citoyens veulent des solutions et non une chicane de compétences entre Ottawa et les provinces.

Brigitte Breton
Le Soleil
Brigitte Breton
Déshabiller Pierre pour habiller Paul

Chronique

Déshabiller Pierre pour habiller Paul

CHRONIQUE / Les 10 000 préposés aux bénéficiaires supplémentaires, le gouvernement Legault les trouvera en partie dans les résidences privées pour aînés, les ressources intermédiaires d’hébergement et les entreprises d’économie sociale d’aide à domicile. Sa «grosse campagne» de recrutement et de formation renflouera certes les CHSLD, mais des bras risquent de manquer auprès d’autres personnes âgées qui ont besoin de services et de soins.

Sylvie Nelson, la présidente du Syndicat québécois des employées et employés de service (SQEES-FTQ) est tentée de dire à ses membres de laisser leur emploi dans le privé à 13,50 $ l’heure, d’aller se former pendant trois mois à 21 $ l’heure, et espérer par la suite gagner 26 $ l’heure dans le secteur public.

Qui ne ferait pas le même calcul? 

Régime de retraite, avantages sociaux et sécurité d’emploi en prime.

La dirigeante syndicale craint également que des auxiliaires familiales qui donnent des services à domicile abandonnent leur poste afin d’être formées pour devenir préposées aux bénéficiaires dans le public et améliorer ainsi leur sort.

C’est évidemment bienvenu et nécessaire que le gouvernement Legault mette le paquet et les fonds pour regarnir les effectifs dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD).

Sa démarche risque cependant de porter un dur coup aux ressources intermédiaires d’hébergement et aux résidences privées qui peinent à recruter et à retenir leur main-d’oeuvre, faute de salaires compétitifs.  

Certes, des établissements privés comprendront avec l’offensive de Québec qu’il est temps de sacrifier des profits pour en remettre davantage dans les poches des salariés. Du moins, c’est à espérer. 

«Certains font de l’argent comme de l’eau en chargeant 5000$- 10 000$ par mois aux personnes âgées», affirme Mme Nelson. Que des gens disent que les frais imposés aux résidants augmenteront si les employés sont mieux payés agace la dirigeante syndicale. «Bien sûr, il faut des profits, mais il faut aussi en laisser pour les travailleurs».

Les établissements privés qui n’ont pas de marge de manœuvre devront continuer de fonctionner avec un fort roulement de main-d’oeuvre ou du personnel moins qualifié. Ce qui n’augure rien de bon pour les personnes âgées en perte d’autonomie hébergées dans ces endroits. Selon le SQEES-FTQ, le taux de roulement est de 50 % dans le privé.

Étant donné que les CHSLD manquent déjà de places pour répondre aux besoins des aînés malades, vulnérables et que les CISSS et les CIUSSS doivent acheter des places dans les ressources intermédiaires et le privé pour les combler, il devrait aller de soi que Québec s’assure que le personnel auprès de ces personnes est en nombre suffisant et bien formé.

Or, déplorait récemment Michel Clair, ancien ministre péquiste et président du conseil d’administration de l’Association des ressources intermédiaires d’hébergement, Québec achète des places d’hébergement comme s’il achetait de la «garnotte». 

Est-ce respectueux de ceux qui ont bâti le Québec?  

Le gouvernement est sollicité depuis plusieurs mois, voire des années, pour adopter un décret qui fixerait les salaires et les conditions minimales de travail pour les préposés aux bénéficiaires et les auxiliaires qui oeuvrent dans le secteur privé ou dans des entreprises d’économie sociale. 

Les ministres Jean Boulet et Marguerite Blais ont eu une rencontre téléphonique il y a deux semaines avec les syndicats FTQ, Teamsters, CSN et CSD qui font front commun dans ce dossier, puis une autre avec les représentants des employeurs.

Mardi, le cabinet du ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, a jugé qu’il était prématuré de faire le point sur ce dossier sensible qui concerne aussi le ministère de la Santé et des Services sociaux, ainsi que le Conseil du Trésor.

Sylvie Nelson estime pour sa part que la campagne de recrutement lancée par le gouvernement rend incontournable l’adoption d’un décret ou de toute autre formule qui garantira de meilleurs salaires aux préposés et aux auxiliaires, syndiqués et non syndiqués.

«Si le gouvernement a été capable d’encadrer la facturation des agences de placement de personnel dans le réseau d’hébergement aux aînés, il peut aussi encadrer le salaire que les établissements privés versent à leurs employés», ajoute Stéphane Lacroix, porte-parole des Teamsters. «C’est une question de vision et de courage politique».