Brett Nugent (à gauche), un jeune homme originaire du Pontiac, a subi une fracture du cou lors d’un match de hockey en 2013, mais cela ne l’a pas empêché de continuer à construire sa vie et d’agencer ses deux passions, soit le hockey et les affaires. Sur la photo, il est accompagné de Phil Adams, du Centre de formation hockey Next generation.

Brett Nugent s’est réinventé

CHRONIQUE / L’endroit est assez impressionnant en soi.

C’est un centre d’entraînement, spécifiquement dédié aux hockeyeurs, qui a ouvert ses portes sur le boulevard Alexandre-Taché, à Hull. Un centre à la fine pointe de la technologie, avec des appareils ultra sophistiqués pour permettre de travailler sur la précision des lancers et sur le maniement de la rondelle.

Il y a surtout cet imposant tapis roulant, sur lequel on peut patiner. Avec des vrais patins de hockey.

L’endroit est impressionnant. Le propriétaire et gérant des lieux est pas pire, lui aussi.

Brett Nugent, un jeune homme originaire du Pontiac, accueille ses clients dans son fauteuil roulant. Son ordinateur portable sur ses cuisses, il observe les vidéos qui sont tournées tandis qu’ils patinent sur le tapis. Il identifie les faiblesses, offre des conseils, corrige les postures, améliore les foulées.

J’ai passé une petite heure avec lui, plus tôt cette semaine, alors que le commerce était fermé. J’ai découvert un homme d’affaires allumé, engagé.

Un des espions qui fréquente l’endroit avec son fils me dit que ces mêmes qualités font de lui un enseignant fort habile. Il serait un bon coach.

« J’ai toujours voulu brasser des affaires et j’ai toujours rêvé de travailler dans le monde du hockey. Je suis chanceux. Ici, je peux jumeler ces deux passions », m’a-t-il dit.

Brett Nugent n’a jamais eu l’intention de laisser une blessure très sérieuse gâcher sa vie, modifier ses plans de carrière, étouffer ses ambitions.

C’est arrivé dans un match de la Ligue de hockey junior B de l’Est ontarien, à l’automne 2013.

Nugent portait les couleurs des Pontiacs de Shawville, dans un match disputé sur la patinoire des Blue Wings de Perth.

Tout s’est passé très rapidement. Il était engagé dans une course avec un adversaire, pour aller récupérer une rondelle libre, le long de la rampe. Il a réussi à le battre de vitesse, mais il a senti qu’on le poussait par derrière. Il a perdu l’équilibre, il a foncé, tête première, vers le mur.

C’est le genre d’accident que tous les joueurs de hockey redoutent. Il a subi une fracture du cou. Il a perdu l’usage de ses membres.

« J’ai passé six semaines aux soins intensifs et cinq mois et demi en réhabilitation », dit-il, de façon tout à fait naturelle.

– Ensuite ?

« J’ai appris à vivre avec ma blessure. J’ai recommencé à travailler l’été suivant. »

Nugent travaillait déjà avec Next Generation HKY, une firme qui s’occupe du développement de jeunes hockeyeurs dans Ottawa-Gatineau, avant de se blesser. Il dirigeait des séances d’entraînement, sur glace et hors glace.

Un des dirigeants de l’entreprise lui a proposé de développer le marché gatinois en y ouvrant un centre d’entraînement. Il a commencé à travailler là-dessus à l’été 2016.

– Tu n’as pas eu beaucoup de temps pour t’apitoyer sur ton sort...

« J’ai eu du soutien. Tu sais comment ça marche, dans le petit monde du hockey. On se serre les coudes... »

« J’aurais pu passer mon temps à pleurer. Ça ne m’aurait servi à rien. Je devais continuer d’avancer. Je devais accepter mon sort et continuer à construire ma vie. Je ne dis pas qu’il n’y a pas eu de journées difficiles. Tout n’était pas joyeux. J’ai quand même fini par comprendre que j’ai eu de la chance. Je suis toujours capable de me mouvoir. Je peux conduire mon véhicule. Je peux faire des courses. Je peux préparer mes propres repas. D’autres gens qui ont été impliqués dans des accidents similaires n’ont pas cette chance. J’ai moi-même évité le pire. J’aurais pu mourir. »

« Rien n’est gagné, encore », dit Nugent qui étudie aussi l’Administration des affaires, à l’université Carleton.

C’est vrai. En démarrage d’entreprise, il doit se fidéliser une clientèle.

J’ai tendance à croire que ça peut fonctionner. On vit dans un monde où les parents sont prêts à débourser plus de 500 $ pour donner à leurs rejetons les meilleurs patins sur le marché. Ils vont bien allonger quelques billets de plus pour qu’on leur apprenne à bien les utiliser.

De toute façon, c’est pas ça, le plus important.

En cinq ans, Brett Nugent a réussi à se réinventer.

S’il a été capable de parcourir tout ce chemin, on a l’impression qu’il continuera d’avancer.