Isabelle Légaré
Le Nouvelliste
Isabelle Légaré
Carl Montpetit, 49 ans, est atteint de la maladie de Parkinson. Bouger lui permet de mieux vivre avec les symptômes.
Carl Montpetit, 49 ans, est atteint de la maladie de Parkinson. Bouger lui permet de mieux vivre avec les symptômes.

«Bouge, bouge et bouge»

CHRONIQUE / Fréquenter un centre d’entraînement n’est pas une affaire de gros bras. Pas pour Carl Montpetit en tout cas. Tant mieux si ses biceps prennent du volume, sauf que ce n’est pas ça le but. Garder la forme l’aide à conserver le moral, mais plus encore, à ralentir la progression de la maladie de Parkinson. Mauvaise nouvelle, les gyms ont été contraints de (re)fermer leurs portes pour prévenir la propagation de la COVID-19. Non, c’est loin d’être simple.

Carl a 49 ans. Seulement 49 ans, devrais-je écrire. Ça nous paraît jeune pour vivre avec cette maladie neurodégénérative. Et pourtant. Vingt pour cent des personnes diagnostiquées sont âgées de moins de 50 ans lorsque les premiers symptômes apparaissent. Carl avait 43 ans lorsque le verdict est tombé.

Un puissant choc.

«Comme un coup de 2x4 en pleine face...», avait-il comparé lors de notre première rencontre, au printemps 2017. Dans cette chronique intitulée «Secoué par le Parkinson à 45 ans», ce physiothérapeute de formation avait expliqué faire partie du 30% des personnes atteintes qui ne tremblent pas, une autre image préétablie de cette maladie qui se manifeste aussi par une rigidité musculaire et une lenteur du mouvement.

Six fois par jour, Carl doit prendre une médication visant à réduire les symptômes, pour un total de quelque 25 comprimés quotidiennement. Pour l’heure, il n’existe aucun traitement qui permet de guérir cette maladie.

«Bouge, bouge et bouge.»

C’est le judicieux conseil que lui a donné son médecin pour l’aider à mieux vivre avec les hauts et les bas de sa nouvelle réalité.

Jusqu’à tout récemment, Carl Montpetit se pointait à la salle d’entraînement en même temps que le propriétaire du Gymnase Maxi-Forme, à Victoriaville, soit vers 5h30... du matin.

«Je fais de l’insomnie. Je n’ai aucun mérite.»

Au contraire. Carl en a une tonne pour arriver à surmonter l’épreuve du Parkinson qui se manifeste aussi par des symptômes non moteurs. Aux troubles du sommeil s’ajoute notamment l’anxiété qui a monté d’un cran depuis le début de la pandémie de la COVID-19.

Carl et sa conjointe venaient de vendre leur maison lorsque le Québec - et le chantier de construction de leur nouvelle demeure - a été mis sur pause, plongeant le couple dans une période d’incertitude. Rien pour améliorer l’état de santé déjà fragile de l’homme.

Leur maison leur a finalement été livrée à temps, mais plus sensible au stress et rattrapé par l’épuisement professionnel, Carl Montpetit est en arrêt de travail depuis le mois d’août.

«Je suis tombé au combat... Depuis, je prends soin de ma santé. Ça va mieux. Par contre, comme dirait mon neurologue, je suis dans une phase complexe de la maladie. Ma médication doit être ajustée.»

Depuis notre rencontre, il y a trois ans, Carl ressent davantage certains symptômes, mais s’entraîner avec assiduité lui permet de limiter leur évolution.

Carl Montpetit oeuvre dans le réseau de la santé à titre de coordonnateur clinique au programme de réadaptation en déficience motrice. Bien avant que le Parkinson fasse partie de son existence, son travail consistait à faciliter le quotidien de personnes en situation de handicap.

Il est bien placé pour savoir qu’une bonne hygiène de vie, à commencer par faire de l’activité physique, procure un bien-être général.

«J’en suis convaincu!»

En attendant la réouverture des salles d’entraînement, le père de deux grands enfants a aménagé dans son sous-sol un coin pour bouger. Ça ne remplace pas le gym, mais c’est mieux que rien.

Propriétaire du Centre Athlétique Trois-Rivières, Laurie Bellerive peut très bien comprendre le désarroi des personnes qui ne peuvent plus s’entraîner en salle en raison de la fermeture des gyms pour cause de pandémie.

Laurie Bellerive est propriétaire des centres Athlétique de Trois-Rivières et de Bécancour. La jeune femme ne connaît pas personnellement Carl Montpetit, mais elle peut très bien comprendre les bienfaits physiques et psychologiques qu’il ressent dans une salle d’entraînement.

Avant de devoir refermer les portes de ses établissements en raison de la crise sanitaire qui s’étire, Laurie y croisait chaque jour des hommes et des femmes de tous âges pour qui lever des poids et haltères n’est pas, comme pour Carl, un moyen de développer des muscles d’acier, mais avant tout un besoin d’équilibre, des pieds à la tête.

Laurie pense à cette cliente dans la mi-quarantaine, en arrêt maladie pour cause de dépression, à qui le médecin a conseillé l’exercice pour remplacer graduellement la médication qui ne lui convient pas.

«C’est l’entraînement qui la sauve!»

Même si la femme, fatiguée au réveil, se présente souvent au gym à reculons, bouger l’aide à réveiller son corps et à passer une meilleure journée. Son niveau de stress et d’anxiété est moins lourd sur ses épaules qu’elle redresse peu à peu.

«Cette cliente vient s’entraîner tous les jours à la même heure. Elle sait à quel point ça lui fait du bien. Elle sort de chez elle. Elle voit du monde. C’est sa motivation.»

La veille de la fermeture du centre, la femme s’y est présentée en pleurant, sachant que les prochaines semaines, voire les prochains mois, seront difficiles sans cette routine qui lui est essentielle.

«Elle a besoin de l’ambiance du gym, de l’éclairage... Ça va au-delà des exercices», insiste Laurie en ajoutant que l’entraînement pour la dame vivant seule en appartement se poursuit en mode virtuelle.

Laurie a plusieurs autres exemples de personnes affectées par la décision du gouvernement d’ordonner la fermeture des salles d’entraînement en zone rouge.

C’est l’homme qui a compris que l’activité physique est un excellent moyen de diminuer son taux de cholestérol. C’est la femme qui a décidé de se remettre en forme pour contrôler son diabète.

Laurie Bellerive a également une pensée pour ce client âgé et veuf. L’entraînement en salle est l’occasion pour lui de voir ses amis, et d’aller par la suite déjeuner avec eux au resto... fermé aussi pour les raisons qu’on connaît.

Il avait la mine basse la dernière fois que Laurie l’a croisé.

«Le monsieur vient au gym depuis 2012. Sa vie sociale est ici.»

Carl Montpetit va plus loin. Chaque fois qu’il met les pieds au centre d’entraînement, il a l’impression d’y retrouver les membres d’une deuxième famille.

«C’est motivant de voir la gang. On s’encourage entre nous. Si un matin, tu ne te présentes pas, quelqu’un va t’en faire la remarque en te demandant: tu n’étais pas là hier?»

Malgré la pandémie et la fermeture des salles d’entraînement, Carl Montpetit continue de se lever à l’aube pour faire ses exercices avec les accessoires à sa disposition dans sa maison.

Ce n’est pas vrai qu’il va taper du pied en attendant de pouvoir bouger comme avant. Sa santé en dépend.