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Billie-Anne Leduc
La Voix de l'Est
Billie-Anne Leduc
<em>Arbres et maison</em>, Paul Cézanne, 1885-1886
<em>Arbres et maison</em>, Paul Cézanne, 1885-1886

La course aux maisons

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CHRONIQUE / J’ai un rêve. De briques, de bois et de paille.

Je rêve d’une maison.

D’un foyer aux bûches chaudes.

D’une porte franchie par des gens aimés.

Je rêve d’un fort de coussins et de murs solides.

D’un endroit où me déposer.

D’un petit coin de planète pour moi, pour vivre.

Je rêve d’un espace où faire grandir mes racines.

D’un carré de sol baigné de soleil, où personne ne peut m’atteindre.

Qu’il soit d’un mètre, ou de cent, pourvu qu’il soit refuge.

Mais mon rêve est impossible.

Mon rêve est embourbé dans une folie destructrice et sanguinaire. Celle de l’accès à la propriété.

Maintenant impossible. Pour les jeunes — surtout. Pour tout le monde, aussi.

On en parle, on ne fait rien.

Plusieurs autour de moi, prêts à se lancer, doivent mettre leur rêve, leur avenir sur pause. Au ralenti. Mettre les freins à leur vie.

Parce que c’est trop cher. Trop fou. Trop vite. Anxiogène et injuste.

Une forme d’inégalité s’incruste, qui favorise encore — et toujours — les riches.

L’impossible accès à une première propriété est réel, croissant, alarmant et frustrant. Et plus que dommageable.

Un ami belge me disait : c’est la même chose ici. La même chose partout.

Alors qu’un espace à soi, où juste vivre, devrait être fondamentalement abordable.

***

Avoir une maison ne devrait pas être un miracle.

Pas une corvée. Pas n’être que pour une minorité.

Ça devrait être un lieu d’amour et de passages, de thés et d’esthétisme.

Un lieu de senteurs et de sécurité.

Depuis que je suis petite, je rêve d’une maison. Je la dessinais souvent : un carré, puis un triangle, deux fenêtres symétriques, et une rosace au toit.

Mon dessin ne pourra pas se réaliser avant des années. Et encore.

***

L’inaccessibilité d’aujourd’hui est désolante. Elle force bon nombre de personnes à la stagnation et à l’attente.

Mais l’attente de quoi ? À travers l’Histoire, les prix n’ont pas l’habitude de baisser.

L’écart est trop fort. On ne suit plus. Cette folie est étouffante et à sens unique. Elle favorise ceux qui ont déjà tout – connus pour vouloir plus.

Cette folie doit cesser et ralentir. Parce qu’au bout, il y a un ravin. Inconnu peut-être, mais indéniable.

Et on tombera tous dedans.

Si je me souviens bien, la tortue l’emporte sur le lièvre.

« Hey, on court après quoi, on court après qui ?

On s’essouffle pour épater la galerie

Hey, on se prend pour quoi, on se prend pour qui ?

On court après nos vies, ça en vaut-tu le prix ? » (Paroles de la chanson Train de vie (Le surcheval), Mes Aïeux, 2004)

D’autres et moi avions un rêve de maisons.

Mais les loups affamés l’ont tué.

Cette chronique fera relâche pour une semaine. De retour le 25 avril.