Billie-Anne Leduc
La Voix de l'Est
Billie-Anne Leduc
<em>Les Amants</em>, René Magritte, 1928
<em>Les Amants</em>, René Magritte, 1928

Faire la paix

CHRONIQUE / Dans ma vie, j’ai vécu quelques conflits, des prises de tête, qui se sont terminés en fantômes.

Plus de trace de nos rires.

Plus de trace de nos câlins.

Du jour au lendemain : des inconnus.

En raison d’une ascension d’émotions, de fermetures, d’égos bousculés. Comme ça, voilà une amitié, un amour, disparus.

Parfois, l’absence perdure de longues années. Tous les jours qui passent en pâtissent, même aujourd’hui.

Retour des fantômes

Puis, un jour vient, où la paix appelle. Un jour comme n’importe quel, où on beurre ses toasts, où on écoute une musique.

Un jour vient, où la personne disparue te revient au cœur comme une claque au visage.

Un coup de pied dans ta mémoire.

Alors arrive la marée. Une mer de « si », de « peut-être ». Des vagues de regrets.

Mais au loin, le clairon de la paix.

Qui crie ton nom, puis son nom, côte à côte. Qui ramène votre duo. Qui ressort l’espoir des tréfonds.

Puis, une phrase : et si nous faisions la paix?

« Possible ou impossible, le pardon nous tourne vers le passé. Il y a aussi de l’à-venir dans le pardon. » (Le Monde de l’éducation, Jacques Derrida, 2000)

Recoller les tableaux

Jamais je n’ai regretté tendre mon drapeau blanc et mon cœur ouvert à un fantôme du passé. Certains ont accepté ma paix. D’autres sont demeurés dans les limbes de ma vie.

Cette paix comme un cadeau, ce pardon de tous les possibles, ont recollé les contours de ces amitiés, de ces amours.

Ils sont aujourd’hui des tableaux, accrochés dans ma vie.

Que j’aime, que je contemple, qui font du bien, comme tout art.

Et si l’autre reste un fantôme, t’accrocher à ce-qui-a-été. Le souvenir de cascades. De fous rires mal-aux-joues. De marches tranquilles. De blagues salaces. De pleurs spontanés.

Au moins, tu auras plongé ta main dans la réconciliation.

Malgré ma passion pour l’infini, je n’aime pas ce qui est brisé, laissé là, en plan, en mille morceaux.

Je préfère transformer mes mots en colle.

Et recoller ce que j’ai de plus précieux dans le cahier de ma vie : les gens.

« En disant deux fois pardon, tu ne pardonnes pas deux fois, mais tu rends le pardon plus solide. » (La vie et la mort du roi Richard II, William Shakespeare, 1633)