Le centre-ville de Hull n’est pas le spot où toute la région d’Ottawa et de Gatineau se tient, a confié le propriétaire du Troquet, un bistro du Vieux-Hull.

Bars fermés à 2h: une mesure désuète?

CHRONIQUE / La fermeture des bars à 2 h du matin dans le secteur Hull a-t-elle encore sa raison d’être ?

Il me semble qu’on est loin de la trouble époque de la promenade du Portage et des furieuses bagarres entre Ontariens et Québécois.

Il serait peut-être temps de revoir cette réglementation d’exception qui date de 1997. Adoptée sous l’impulsion de l’ex-conseiller Claude Bonhomme, elle visait à empêcher la clientèle ontarienne de venir foutre le bordel du côté québécois.

« Contrairement aux années 1990, il n’y a plus 48 débits de boisson dans le même secteur. Le centre-ville de Hull n’est plus le spot où toute la région d’Ottawa et de Gatineau se tient », laisse tomber Éric Gaudreault, tenancier depuis 20 ans sur la rue Laval, et ancien président de Vision Centre-ville.

Le copropriétaire du Troquet n’est ni le premier ni le dernier tenancier à réclamer un retour à l’ancienne heure de fermeture de 3 h, comme c’est la norme ailleurs au Québec.

Des commerçants du centre-ville ont fait des démarches en ce sens en 2007, avant de revenir à la charge de manière plus discrète en 2014. Leurs demandes n’ont pas trouvé écho auprès de la classe politique. Jusqu’à maintenant, la Ville de Gatineau a refusé d’intercéder en leur faveur auprès de la Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec.

« Et c’est du laxisme politique, laisse tomber Éric Gaudreault. Ça envoie le message qu’on est un secteur dangereux et qu’il y a un problème à régler dans le Vieux-Hull, alors qu’il n’y a plus de problèmes à régler ! »

« L’été dernier, reprend M. Gaudreault, des artistes du Cirque du Soleil venaient prendre un verre chez nous après le spectacle Volta. Il fallait leur dire que le seul petit village d’irréductibles Gaulois qui ferme plus tôt au Québec, c’est ici. Et on devait leur donner des raisons qui datent des années 1990 pour se justifier ! »

Depuis quelques années, les tenanciers du secteur Hull doivent faire face à une vive compétition de la part du Casino du Lac Leamy, et des autres débits de boisson qui ouvrent en périphérie de Gatineau et à Ottawa. Fermer une heure plus tard n’est pas une solution miracle et ne ramènera pas la vie au centre-ville, concède Éric Gaudreault. « Mais au niveau de l’image, et compte tenu de la compétition féroce à laquelle nous faisons face, on se doit d’ajuster certaines réglementations, dont celle-là. »

Profitant de la période électorale à Gatineau, M. Gaudreault a eu quelques conversations informelles sur le sujet avec des candidats du centre-ville. Aux yeux de M. Gaudreault, la cause est entendue : « On a mis un plaster sur le bobo en 1997. Le bobo n’est plus là. Tu tires sur le plaster pour l’enlever. Ça fait mal un peu, mais après, c’est fini ! »

Est-ce que le bobo est vraiment parti ?

La question vaut la peine d’être posée. La « menace » ontarienne n’est plus ce qu’elle était. Est-ce que fermer une heure plus tard entraînerait une migration massive d’Ontariens à Gatineau ? J’en doute.

Quand les commerçants ont avancé l’idée de ramener l’heure de fermeture à 3 h du matin en 2007, le maire Marc Bureau et la conseillère Denise Laferrière s’étaient inquiétés, avec raison, de l’effet que ça aurait sur la criminalité et les efforts pour ramener du monde au centre-ville.

Avant de rouvrir le débat, le maire Bureau voulait terminer les travaux sur le plan particulier d’urbanisme (PPU) et obtenir la preuve que la mentalité de la clientèle qui fréquente les bars du centre-ville avait changé. Dix ans plus tard, le PPU est adopté. Peut-on lâcher un peu de lest aux commerçants ?

Si ce n’est pas en prolongeant leurs heures d’ouverture, ce pourrait être en simplifiant la réglementation. 

M. Gaudreault m’expliquait que pour son seul établissement, il a besoin de trois permis de boisson : un pour la terrasse en avant, un autre pour le restaurant à l’intérieur et un autre pour sa terrasse à l’arrière. C’est sans compter les permis qu’il doit obtenir pour organiser une projection ou un spectacle. Si on veut ramener de la vie au centre-ville, faudrait les aider un peu !