Patrick Duquette
Les tenanciers de bars s’opposent à de nouvelles interdictions de stationner dans le Vieux-Hull, à Gatineau.
Les tenanciers de bars s’opposent à de nouvelles interdictions de stationner dans le Vieux-Hull, à Gatineau.

Bars de Gatineau: n’en jetez plus, la cour est pleine

CHRONIQUE / Voilà que les tenanciers de bars s’opposent à de nouvelles interdictions de stationner dans le Vieux-Hull, à Gatineau. Et vous savez quoi? Je les comprends.

Ils sont déjà accablés par bien des malheurs ces jours-ci. Une pandémie mondiale, ça vous dit quelque chose? En plus, le centre-ville de Hull a des allures de zone de guerre avec les travaux en cours sur la rue Laval. Rien pour faciliter l’accès aux commerces.

Pour couronner le tout, la Ville de Gatineau veut maintenant interdire aux visiteurs le stationnement de nuit dans trois rues environnantes. Par «visiteurs», il faut comprendre les clients éméchés qui sortent des bars au petit matin. Et qui dérangent parfois la quiétude nocturne du voisinage. Bien oui.

C’est pourtant un peu ça habiter au centre-ville. Il faut s’attendre à ce que de temps à autre, le night life déborde dans notre cour. Pourvu que les excès nocturnes ne deviennent pas monnaie courante, ça devrait faire partie du «contrat» pour habiter au centre-ville. Sinon, ce ne sont pas les banlieues-dortoirs qui manquent à Gatineau. On y dort très bien - même qu’on s’y ennuie un peu.

Bref, je trouve que ça fait beaucoup de pression sur les commerçants: la COVID, les travaux et maintenant les restrictions de stationnement. N’en jetez plus, la cour est pleine!

Les commerçants du Vieux-Hull ont eu les bras et les jambes coupés par la pandémie. Des tenanciers ont dû contracter des dettes pour passer à travers la crise. Certains sont sur le respirateur artificiel. Est-ce qu’on peut leur laisser le temps de redémarrer le moteur avant d’imposer de nouvelles restrictions?

Plusieurs travaux routiers sont en cours dans le Vieux-Hull.

Le secteur de la Place Aubry est un joyau rare qu’il faut chérir.

«Nulle part ailleurs au Québec, tu ne pourras retrouver un Pêle Mêle, un 4 Jeudis, un Minotaure, un Troquet, un Coqlicorne et un Gainsbourg dans le même coin», confiait le propriétaire du Troquet, Éric Gaudreault, à mon collègue Julien Coderre. Par contre, tu peux faire le tour de la province et trouver un secteur avec un McDo, un Subway, un Burger King et un Pizza Hut. Est-ce que c’est ça qu’on veut? Parce qu’avec des réglementations de la sorte, éventuellement, c’est peut-être juste avec ça qu’on va finir par se retrouver.»

Non, ce n’est pas ça qu’on veut.

Ça fait 100 ans que le night life se passe dans le Vieux-Hull. C’est inscrit dans l’ADN du quartier. Pour le meilleur, et pour le pire comme à la période trouble de la Promenade du Portage. 

Il reste que c’est précieux, un secteur comme la Place Aubry. C’est joli et, en temps normal, c’est animé. Pendant la pandémie, je ne pense pas que le voisinage a eu beaucoup à se plaindre de tapage nocturne.

Les tenanciers ont peur que les gens perdent l’habitude de venir consommer dans le Vieux-Hull. Et avec la COVID qui favorise le télétravail des fonctionnaires et qui retient les gens de sortir comme avant, c’est une crainte tout à fait fondée.

Les tenanciers suggèrent qu’avant d’imposer de nouvelles restrictions sur le stationnement, Gatineau devait intensifier ses efforts de sensibilisation et signalisation. Par exemple, en signalant adéquatement la présence du stationnement public de la rue Leduc, à 200 m de la place Aubry, qui est gratuit le soir, la nuit et les week-ends.

Pourquoi ne pas commencer par cela?