Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
Le premier choix des Sénateurs d'Ottawa lors du dernier repêchage de la LNH, Tim Stützle
Le premier choix des Sénateurs d'Ottawa lors du dernier repêchage de la LNH, Tim Stützle

Avec Stützle, la patience est de mise

CHRONIQUE / Curieusement, le sujet a été soulevé dans une conversation avec un ami, pas plus tard que lundi après-midi.

Pour nous, c’était juste un échange de gérants d’estrade. On fabulait sur ce qui pourrait arriver, ou pas, l’hiver prochain.

Il faut croire qu’on n’était pas tout seuls à se poser des questions. Parce qu’en l’espace de quelques heures, c’est devenu le sujet de discussion numéro un, à la radio sportive, en ville.

Tim Stützle doit-il absolument se joindre aux Sénateurs d’Ottawa, l’hiver prochain?

Ne serait-il pas plus sage de le laisser passer une dernière saison chez lui, en Allemagne, avant de l’attirer en Amérique du nord?

Plus j’y pense, plus je trouve que ce n’est pas une mauvaise idée.

D’abord, Stützle est blessé. C’est une blessure assez sérieuse à un bras. Il est passé sous le bistouri, à la mi-octobre.

Il est arrivé à peu près au milieu de sa convalescence. En bout de ligne, il passera entre six et huit semaines sur la touche.

À cela s’ajoutera une période de remise en forme. 

Stützle ne sera peut-être pas tout à fait prêt à se mesurer, physiquement, aux meilleurs hockeyeurs sur la planète. Il serait peut-être préférable de le laisser parfaire son art, chez lui, dans une ligue où il a encore des choses à prouver.

Mon interlocuteur, lundi, me parlait de considérations contractuelles.

Voudra-t-on vraiment brûler une année du contrat de recrue de Stützle, dans une saison écourtée dans laquelle les Sénateurs ne doivent rien casser?

Si j’étais directeur général, j’accorderais très peu de considération aux histoires de contrat. Si Stützle est aussi bon qu’on le dit, il faudra éventuellement lui verser un salaire digne d’une superstar. Que le jour de paie survienne en 2024 ou en 2025, ça ne fera pas une grosse différence.

Je ne suis pas directeur général. Je suis journaliste. Comme journaliste, j’ai déjà couvert une saison écourtée. À l’hiver 2013, quand le cirque de la LNH s’est finalement mis en branle, après un long lock-out, tout s’est passé très rapidement. Avec un calendrier condensé, les équipes jouaient tout le temps. Les périodes de repos et de récupération prenaient souvent le dessus sur les séances d’entraînement. Les opportunités d’enseigner le hockey aux recrues se faisaient rares.

Je me répète, ce n’est pas le meilleur contexte, pour initier une recrue.

D’ailleurs, on se doute bien que la LNH reprendra ses activités durant l’hiver. Le portait est moins clair pour les circuits mineurs affiliés comme la Ligue américaine et l’ECHL.

Imaginons, un instant, que Stützle débute la saison avec les Sénateurs. S’il fallait que ça ne passe pas très bien, au départ. Quelles seraient les options de la direction, à ce moment-là?

La mise sous contrat d’Alex Galchenyuk, il y a deux semaines, a changé un peu le portrait. Du coup, il reste de la place pour deux - peut-être trois - recrues dans le top-9 à l’attaque.

Alex Galchenyuk

Si c’était une course, Drake Batherson, Logan Brown et Josh Norris auraient déjà une bonne longueur d’avance.

À pareille date, l’an dernier, Brown se lamentait de son sort. Il aurait voulu qu’on lui fasse une place, tout de suite, avec le grand club.

On lui a répondu qu’il devait mériter sa place.

Dans les quatre mois qui ont suivi, il a été le centre numéro un d’un des meilleurs clubs des ligues mineures.

Il a fait ce qu’il pouvait.

Il mérite maintenant une opportunité - une vraie - de prouver qu’il peut jouer à temps plein dans la grande ligue.

Stützle est un joueur plus important que Brown, dans le grand plan de reconstruction.

Stützle pourrait facilement devenir la plus grande vedette de l’équipe. Celui que les gens paieront pour voir jouer.

Logan Brown

Si les Sénateurs avaient absolument besoin de remplir le Centre Canadian Tire, cet hiver, il faudrait l’emmener à Ottawa le plus vite possible et montrer son sourire à un million $ sur tous les panneaux publicitaires qui surplombent l’autoroute 417.

Les Sénateurs n’auront pas tant besoin de vendre des billets, l’hiver prochain. Dans sa récente entrevue avec le Financial Post, Eugene Melnyk a parlé de foules de 6000 personnes, à compter du mois de février.

Vraiment, plus j’y pense, plus je trouve que rien ne presse.

***

Un petit détail. J’ai écrit «Stützle» tout au long de cette chronique.

Ce n’est pas une erreur.

La semaine dernière, les Sénateurs ont décidé qu’on anglicisera son nom en Amérique du nord. On écrira «Stuetzle», avec un «E», derrière ses chandails.

Le soir du repêchage, le jeune homme a dit aux journalistes que sa famille utilise le tréma, en Allemagne.

Je dis ça, tout bonnement, mais les Rangers de New York ont commencé à vendre des maillots, des t-shirts et des hoodies d’Alexis Lafrenière, dans leur boutique en ligne.

Il y a toujours un accent grave, sur le deuxième «E».