Ashley m’a raconté que je devais absolument aller vénérer la relique de saint François-Xavier, que c’était une expérience extraordinaire, que plusieurs de ses amis avaient vécu des choses, qu’une dame avait guéri les migraines qui la torturaient…

Ashley, priez pour moi

CHRONIQUE / Alors je suis allé voir cette fameuse relique de saint François-Xavier qu’on dit miraculeuse et qui termine sa tournée canadienne à Ottawa cette semaine.

Si j’ai assisté à une guérison miraculeuse ? Non. Mais, on m’a expliqué que l’effet de la relique n’est pas immédiat et qu’il faut parfois un peu de temps pour comprendre le message qu’elle nous envoie.

En tout cas, c’est ce que m’a dit Ashley Quinn, une jeune blonde au regard lumineux. Elle m’a accueilli à l’entrée de l’église St.John the Apostle avec une image pieuse de saint François-Xavier et une petite médaille à son effigie : « Bonjour, qu’est-ce que vous venez chercher ici aujourd’hui ? », s’est-elle enquise avec un grand sourire.

« Je me le demande un peu moi-même, ai-je répondu. Pour tout vous dire, cette idée de vénérer l’avant-bras droit à moitié décomposé d’un missionnaire espagnol mort il y a 500 ans me semble… étrange. Pour ne pas dire macabre ! »

« En fait, ai-je ajouté sans lui laisser le temps de répondre, je suis journaliste. »

Ashley m’a raconté que je devais absolument aller vénérer la relique de saint François-Xavier, que c’était une expérience extraordinaire, que plusieurs de ses amis avaient vécu des choses, qu’une dame avait guéri les migraines qui la torturaient…

Elle-même, m’a-t-elle soufflé, a reçu une grâce de saint François-Xavier quand elle est allée vénérer sa relique à Mississauga, plus tôt, lors de la tournée canadienne.

Une grâce ?

Oui, une grâce. La relique de saint François-Xavier serait susceptible de produire trois types d’effets sur le pèlerin : une conversion, une guérison ou un appel au missionnariat.

Dans le fond, tu espérais une sorte de miracle, Ashley ?

« J’avais l’espoir que quelque chose allait se produire, confirme-t-elle. D’abord, ce ne fut pas grand-chose. J’ai ressenti une grande paix intérieure. C’est le lendemain, en priant, que j’ai compris l’appel. Que j’ai senti mon cœur se consumer d’amour pour Dieu. Il m’appelait au missionnariat. »

Bref, si j’ai bien compris son histoire, c’est un peu pour ça qu’elle accueillait les pèlerins à l’entrée de l’église. Après avoir touché la relique, l’étudiante de 18 ans à l’Université Carleton a décidé de joindre les rangs du Catholic Christian Outreach, un mouvement universitaire consacré à l’évangélisation.

Je suis entré dans l’église. Des dizaines de pèlerins faisaient la file dans l’allée centrale. Il y avait des jeunes, des vieux, des gens en fauteuil roulant… Ashley était tout excitée pour moi : « Tu reviendras me voir après pour me dire quel effet ça t’a fait », a-t-elle lancé, avant de repartir à l’accueil.

Mais je n’ai pas fait la file longtemps. J’ai plutôt intercepté un grand jeune homme avec des gants blancs. D’Arcy Murphy est le gardien de la relique au Canada.

Il ne la quitte pas des yeux. Il la trimballe d’une ville à l’autre, la garde avec lui dans sa chambre d’hôtel. La compagnie perpétuelle d’un avant-bras ne le perturbe pas le moins du monde. « Au contraire, quand j’ouvre la boîte, j’ai l’impression de présenter un vieil ami aux gens », raconte avec un sourire en coin cet étudiant de l’Université d’Ottawa.

D’Arcy m’a gentiment fait passer en avant de la file pour que je puisse contempler la relique. Elle est protégée par une cage de verre protecteur.

On prétend que l’avant-bras de Saint-François-Xavier a miraculeusement résisté à la décomposition. Ah oui ? Si vous le dites. Je l’ai trouvé un peu maigre et jaunâtre…

Un à un, les pèlerins se recueillaient devant la relique. De temps en temps, D’Arcy nettoyait le verre avec une serviette. Avec ses gants blancs, il ressemblait au gardien de la Coupe Stanley. D’ailleurs, il trouve l’analogie tout à fait à propos.

« Bien des gens sont prêts à parcourir de longues distances pour se faire prendre en photo à côté de la coupe Stanley. C’est la même chose avec la relique. Pour les catholiques, c’est une façon de se rapprocher de Dieu. C’est la preuve que Dieu existe. »

En sortant, j’ai croisé Ashley. « Pis ? », m’a-t-elle demandé, les yeux brillants de curiosité.

J’ai eu peur de la décevoir. « Euh… ça ne m’a pas fait le même effet qu’à toi », ai-je admis.

Elle m’a contemplé en penchant un peu la tête. « Je vais faire une prière pour toi », m’a-t-elle promis.