Angoisser, chroniquer et angoisser

CHRONIQUE / J’aimerais sincèrement m’excuser de vous avoir induit en erreur la semaine dernière.

Maintenant, je relis cette première phrase et je dois vous avouer que ça entame très mal une chronique, mais bon, j’ai fait une gaffe et je tiens absolument à corriger le tir.

Le truc, c’est que je vous ai raconté que la célèbre ligne de basse de la chanson These Boots Are Made For Walking de Nancy Sinatra était attribuable à la légendaire musicienne Carol Kaye, alors qu’en fait, cette fameuse descente de contrebasse nous provient du musicien Chuck Berghofer.

Sans vouloir minimiser ma bourde, cette erreur s’explique principalement du fait que Carol Kaye est bassiste et qu’en fait, elle a vraiment joué sur cette pièce, mais la célèbre ligne que tout le monde a déjà fredonnée, c’est Chuck qui la joue.

D’ailleurs, j’aimerais préciser que tout ça n’enlève absolument rien au génie de cette musicienne. Voyons cela de façon positive: ça m’aura permis de vous reparler d’elle!

Il faut savoir que lorsqu’un truc du genre vous arrive, c’est comme un mauvais rêve.

Au début, vous êtes là à faire quelque chose qui n’a vraiment rien à voir avec votre chronique et soudainement, une petite voix dans votre tête vous dit: « Tu sais, le truc à propos de la ligne de basse, ça serait vraiment moche que ce ne soit pas elle ». On se dit ensuite qu’on s’en fait pour rien, car on se souvient très bien du moment où on avait vérifié, mais la petite voix nous réplique: « Si c’est ce que tu crois. »

Là, ça commence vraiment à craindre parce qu’entre croire et savoir, il y a quand même une sacrée marge. L’instant d’après, vous êtes là à fouiller un peu partout, question de taire à jamais cette petite voix, puis c’est là que l’info que vous ne souhaitiez jamais voir apparaît et vous confirme que vous aviez absolument raison de croire que vous aviez tort.

Alors que la panique commence à s’installer, vous êtes là à multiplier les courriels de détresse à vos collèges: « Hey, dis-moi que ma prochaine chronique n’est pas encore imprimée, s’il te plaît!»

Dans votre for intérieur, vous le saviez qu’il était déjà trop tard et que votre chronique déjà imprimée n’attendait plus qu’à être lue, mais vous y avez cru jusqu’à la fin.

La suite, elle est plutôt absurde. C’est un peu comme si vous saviez que vous alliez dire une connerie, mais que vous ne pouviez pas vous en empêcher de la dire.

Alors hop, pendant les heures suivantes, il ne vous reste plus qu’à attendre que le journal sorte et de probablement recevoir un ou deux courriels de lecteurs vous rappelant à l’ordre.

Ce qui est le plus fou dans tout ça, c’est qu’on lorsqu’on écrit sur une base régulière, on peut finir par douter des moindres détails de ce qu’on a écrit. Une telle tournure de phrase va-t-elle corrompre le vrai message? Cette info dont je suis certain depuis que je suis enfant, l’ai-je au moins vérifié une fois avant de lancer ça à titre d’exemple?

Donc, voilà une des facettes méconnues du boulot de chroniqueur. Vous passez la semaine à angoisser à l’idée de ne pas trouver quoi écrire. Sinon, vous passez le reste de la semaine à angoisser sur ce que vous avez écrit. C’est zéro stressant comme boulot. Je blague.

Il y a une semaine de ça, j’ai reçu ce courriel que je tiens à vous copier-coller intégralement: « [...] je vous cite: ‘‘Mais sinon, ma conception des impôts se limitait pas mal à ça à l’époque.’’ C’était un Sinon signifie Sans Quoi. Oseriez-vous ecrire MAIS SANS QUOI ? Je sais, Miss Meteo en fait tant son usage: il fait beau à M ou sinon, mais sinon il pleuvra à Vancouver. » (sic)

Pour vous dire vrai, j’ai relu plusieurs fois ce message et bien que je ne sois pas tout à fait certain d’avoir compris le message dans toutes ses nuances, ce courriel m’a transformé. Désormais, chaque fois que je m’apprête à écrire « sinon », je prends un petit moment pour évaluer si son emploi est vraiment justifié. D’ailleurs, on revient encore aux doutes!

Donc, j’imagine qu’on peut dire que pour ce lecteur, c’est une mission accomplie en ce qui le concerne. Ou sinon... Ben non, je blaguais encore.