Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
On ne peut plus faire la sourde oreille devant un commentaire raciste, rappelle Willie O’Ree, le premier Noir à évoluer dans la LNH.
On ne peut plus faire la sourde oreille devant un commentaire raciste, rappelle Willie O’Ree, le premier Noir à évoluer dans la LNH.

«Aliu a fait ce qu’il fallait»

CHRONIQUE — À TRAVERS LA LNH / Le récit de l’ancien joueur des ligues mineures Akim Aliu a provoqué une onde de choc dans le monde du hockey, cet automne. Qui aurait cru qu’un athlète de couleur des années 2000 pouvait entendre des épithètes racistes dans un vestiaire ?

Willie O’Ree, lui, n’a pas été surpris.

Toute cette histoire ne l’a pas davantage choqué.

M. O’Ree, qui est aujourd’hui âgé de 84 ans, a été le premier hockeyeur noir à évoluer dans la Ligue nationale.

Un demi-siècle plus tard, il continue de se promener, un peu partout dans le monde, pour parler de son parcours professionnel.

Son rôle d’ambassadeur l’a mené à Ottawa, en début de semaine.

« D’abord, il faut savoir que ce n’est pas un problème exclusif au hockey », a-t-il commencé.

« Ce sont des choses qui se produisent au baseball, au football... Ce sont des choses qui se produisent dans presque tous les sports. »

« Je suis bien entendu déçu de savoir qu’on juge encore la valeur d’un être humain en regardant la couleur de sa peau. Il nous arrive encore souvent de faire deux pas vers l’arrière après avoir fait un pas vers l’avant. Je crois que nous allons dans la bonne direction. Mais il faudra être patients. Les choses évoluent bien lentement. »

Aliu s’est surtout plaint du mauvais traitement dont il a été victime alors qu’il évoluait dans la Ligue américaine, avec le club école des Blackhawks de Chicago.

Il prétend que son entraîneur de l’époque, Bill Peters, a « complètement gâché sa carrière ».

Ses allégations ont été prises au sérieux, au point où Peters a été contraint de quitter son poste d’entraîneur-chef chez les Flames de Calgary.

« Je crois qu’Aliu a fait ce qu’il fallait, commente M. O’Ree. Son cœur lui disait de prendre la parole. Sa tête lui disait de prendre la parole. Il a parlé. »

« Les épisodes de racisme, de bigoterie et d’ignorance font malheureusement partie du quotidien. J’ai déjà entendu des commentaires désobligeants quand j’étais à la pharmacie, vous savez. »

Avant de jouer 45 matches avec les Bruins de Boston, au début des années 1960, Willie O’Ree a fait ses classes au Colisée de Québec, avec les As de la Ligue de hockey du Québec. Il a brièvement porté l’uniforme des Canadiens de Hull-Ottawa, dans l’Eastern Professional Hockey League, avant de se diriger vers la Californie. Il a joué l’essentiel de sa carrière dans la Western Hockey League.

Il estime que les dirigeants de la LNH ont bien réagi quand les allégations ont fait surface.

Il est convaincu que les choses progressent. Au fil des ans, les comportements s’améliorent.

« On distribue des amendes et on impose des suspensions, maintenant. On s’en prend même aux partisans qui sont dans les gradins. Si quelqu’un passe un commentaire raciste, il peut se faire expulser sur-le-champ. Ça me semble parfaitement normal. On ne peut pas faire la sourde oreille. Quand on entend un commentaire désobligeant, il faut dénoncer. »

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Un joueur comme les autres

On a croisé un autre ancien joueur de couleur, lundi matin, lors de notre visite au Musée mobile de la LNH consacré à l’histoire des Noirs au hockey.

Fred Brathwaite est aujourd’hui âgé de 47 ans. À la fin de sa carrière, en 2012, il s’est installé à Ottawa.

« J’ai grandi ici et je me compte privilégié », explique-t-il.

Dans une capitale cosmopolite, il n’a jamais eu de mal à se faire accepter dans un sport d’hiver où la presque totalité de ses coéquipiers étaient blancs.

« Quand j’étais petit, mon idole était Grant Fuhr, raconte-t-il. Je ne pense pas que je l’admirais à cause de la couleur de sa peau. Il était mon héros parce qu’il faisait partie des meilleurs gardiens sur la planète. Dans chaque match, il trouvait le moyen d’effectuer des arrêts spectaculaires. »

Brathwaite a eu le bonheur de croiser son héros d’enfance, quand il a fait ses débuts dans la LNH. Quand il s’est joint aux Flames de Calgary, il a rejoint un des plus grands joueurs de couleur de l’histoire du hockey, Jarome Iginla.

« Aujourd’hui, quand je visite des expositions comme celle-là, je suis fier d’avoir fait partie d’un petit groupe de pionniers. Honnêtement, durant ma carrière de joueur, je ne pensais pas du tout à ça. J’étais juste un joueur comme les autres. Les histoires qui ont circulé cet automne sont très mauvaises. Il ne faudrait cependant pas s’imaginer que ça se passe tous les jours comme ça. Dans la plupart des vestiaires où j’ai déposé mon équipement, j’étais un joueur comme tous les autres. »

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La tournée se poursuit

La LNH souligne le mois de l’histoire des Noirs pour la toute première fois. Après Ottawa, l’exposition itinérante fera escale à Toronto, au New Jersey, à Nashville ainsi qu’en Californie.