Daniel Alfredsson a écorché Eugene Melnyk, dimanche. « On espère que l’équipe aura un nouveau propriétaire », aurait-il déclaré.

Alfie et son ancien patron

CHRONIQUE / C’était une simple question de temps.

Daniel Alfredsson a quitté l’organisation des Sénateurs l’été dernier. Il a fait de son mieux pour se tenir loin des projecteurs, depuis. Quelques mois plus tard, des histoires concernant la vente éventuelle de l’équipe ont commencé à faire surface. Des rumeurs tenaces, qui refusent de s’éteindre.

Tôt ou tard, Alfredsson allait offrir des commentaires, des observations. Tôt où tard, il allait livrer le fond de sa pensée.

Il paraît qu’il a fait un bon pas dans cette direction, dimanche.

Il est sorti de sa tanière afin de soutenir publiquement son ami, le maire d’Ottawa, Jim Watson. Il s’est rendu au lancement officiel de la campagne qui devrait mener à sa réélection, le 22 octobre prochain.

En marge de cet événement, l’ancien capitaine a discuté avec l’ancienne chroniqueuse du Ottawa Sun, Susan Sherring. La dame, qui alimente aujourd’hui un blogue, lui aurait tiré les vers du nez.

« On espère que l’équipe aura un nouveau propriétaire », aurait-il déclaré.

Il aurait parlé à la première personne du pluriel, parce que son ami Watson partagerait son opinion.

Alfredsson aurait demandé à Mme Sherring de ne pas rapporter ses propos. Le bon vieux principe du off the record.

Règle générale, les journalistes des médias traditionnels respectent ces demandes. C’est plus civilisé, courtois et – surtout – plus payant à long terme.

Dans le monde très compétitif des nouveaux médias en ligne, où tout le monde joue du coude pour obtenir un minimum d’attention, Mme Sherring a choisi de ne pas acquiescer à sa demande.

Le but de cette chronique n’est pas de faire son procès, de toute façon. Le message qui a été lancé par Alfredsson nous semble plus important que le canal dans lequel il a navigué.

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Je n’ai pas croisé Alfredsson une seule fois au cours des huit derniers mois. Le 5 octobre, le jour du premier match de la saison régulière, j’étais allé à sa rencontre, alors qu’il donnait une conférence à l’hôtel de ville d’Ottawa.

En lui mettant mon enregistreuse sous le nez, je lui ai dit que je ne le croyais pas. En démissionnant de son poste de conseiller principal aux opérations hockey, chez les Sénateurs, il avait simplement indiqué qu’il souhaitait « passer plus de temps avec sa famille ».

J’étais convaincu qu’il y avait d’autres raisons.

« Je peux comprendre le scepticisme », m’avait-il répondu, tout en me demandant de respecter sa volonté de s’en tenir à ces explications.

J’avais dressé une liste des facteurs qui auraient pu pousser le plus grand joueur de l’histoire des Sénateurs à quitter l’organisation pour une deuxième fois en moins de cinq ans. La thèse de la querelle avec Eugene Melnyk figurait assez haut, au sommet de la liste.

Les motifs de cette querelle lui appartiennent.

Il suffit d’avoir suivi l’actualité au minimum pour comprendre que le proprio ne s’est pas fait des tas d’amis au cours des derniers mois.

Le 5 octobre, Alfie n’était pas prêt à parler.

Il avait quand même pris soin d’ajouter qu’il ne comptait pas visiter le Centre Canadian Tire trop souvent, durant les mois suivants. « Je n’ai pas une seule soirée à moi », avait-il annoncé.

Je l’ai plus ou moins cru, quand il m’a dit ça, aussi.

Il élève quatre garçons qui sont actifs. Quatre enfants, ça peut vous remplir un agenda rapidement, j’en conviens. Je doute cependant qu’une famille soit incapable de trouver une petite ouverture, dans son calendrier, pour passer une soirée au CCT. Les Sénateurs jouent 41 matches à domicile, dans une saison. Ça offre tout plein de possibilités.

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Daniel Alfredsson n’a pas émis de commentaires depuis dimanche soir. Jim Watson a choisi de ne « pas se mêler d’une conversation privée » qui a eu lieu ce week-end. Reste maintenant à voir comment Eugene Melnyk encaissera ce nouveau coup.

Dans sa série de rencontres avec les partisans, ce printemps, l’homme d’affaires a sans doute compris qu’il a beaucoup de travail à faire s’il compte vraiment regagner la confiance de plusieurs partisans. Il a essayé d’ostraciser les journalistes. Ça ne lui a pas vraiment permis de marquer des points.

Les gens des médias ne sont pourtant pas des personnages particulièrement populaires, dans la communauté.

Alfredsson, en revanche...