Denis Gratton
Le Droit
Denis Gratton
Le quartier Vanier ne jouit pas de la meilleure réputation qui soit.
Le quartier Vanier ne jouit pas de la meilleure réputation qui soit.

À vous la parole

CHRONIQUE / J’ai reçu plusieurs courriels et commentaires sur les réseaux sociaux à la suite de la publication de ma chronique de jeudi intitulée «L’art de tuer un quartier». Merci pour vos mots, chers lecteurs, chères lectrices.

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Je partage trois commentaires ce matin. D’abord, Sylvie G. a écrit ce qui suit pour réagir à un passage de ma chronique dans lequel j’ai dit que la Ville d’Ottawa a repoussé les prostituées du marché By vers le secteur Vanier :

« (Vous parlez) de repousser la prostitution à Vanier. Mais ce n’est pas nouveau, Vanier a toujours été reconnu pour son fort taux de prostitution ».

Faux, ma chère Sylvie. Le Vanier de ma jeunesse n’attirait pas les travailleuses du sexe.

Vrai, il y a le bar de danseuses nues The Playmate qui a ouvert ses portes sur le chemin de Montréal dans les années 1960 et qui s’y trouve toujours. Mais ça s’arrêtait là. Les prostituées étaient ni vues ni connues à l’époque dans la Ville de Vanier.

C’est au début des années 1990 qu’elles sont apparues dans ce secteur lorsque l’ancien conseiller municipal d’Ottawa, Richard Cannings, a décidé de « faire le ménage » dans le marché By, lieu de prédilection des travailleuses du sexe et de leurs clients à l’époque.

Une fois ce « ménage complété », les élus de Vanier ont remarqué l’arrivée des prostituées du marché By et ils se sont plaints de cette situation auprès de la Ville d’Ottawa et du conseiller Cannings. Mais ce dernier leur a répliqué d’aller se faire cuire un œuf et que c’était à leur tour de régler ce problème. Mais, on n’enraye pas le plus vieux métier du monde d’un coup de baguette magique… et les prostituées y sont toujours.

Alors oui, Sylvie, Vanier est aujourd’hui « reconnu pour son fort taux de prostitution », comme vous le dites, et c’est fort malheureux. Mais ce ne fut pas toujours le cas. 

***

Autre courriel, de Christine P. qui n’a pas apprécié que j’utilise les mots « filles de joie » dans la chronique en question :

« L’appellation «travailleuses du sexe» a remplacé l’infâme «filles de joie». C’était la joie de qui, en fait ? Pas celle des pauvres femmes (ou femmes pauvres) qui exerçaient et exercent toujours — par nécessité pour la plupart — ce métier millénaire ».

Vous avez tout à fait raison, Christine. Vous remarquerez d’ailleurs que je n’ai pas utilisé l’appellation « filles de joie » dans les paragraphes précédents. Ce terme est effectivement dépassé et sexiste. Leçon retenue. Merci.

***

Un dernier courriel, celui de Carole F. qui porte sur le marché By et ses environs :

« … La très grande majorité des crimes commis au marché By surviennent surtout en dehors des heures d’opération du marché By et il conviendrait d’en faire la distinction à l’avenir. Quand un crime a lieu sur la rue King Edward, par exemple, bien que cette section fasse partie du marché By sur le plan politique et administratif, elle ne se situe pas au centre fréquenté par les touristes, surtout dans la journée. Ce genre de nouvelles à sensation ne sert qu’à éloigner les touristes potentiels, au grand détriment du marché By ».

Je vous comprends très bien, Carole. Exemple : lorsque je lis dans les journaux ou que j’entends à la radio ou à la télévision qu’un crime a été commis sur la rue Donald, dans le secteur Vanier, ça m’irrite. La rue Donald se trouve dans le secteur Overbrook, voisin de Vanier. Les médias font souvent la même erreur avec d’autres rues situées à proximité de Vanier, et c’est frustrant pour les Vaniérois. Déjà que leur quartier ne jouit pas de la meilleure réputation qui soit…

Par contre, si un crime est commis dans le secteur Vanier, les médias doivent le dire. Ils doivent situer leurs lecteurs et auditeurs et ceux-ci veulent savoir si le crime s’est déroulé dans leur quartier ou non. C’est la même chose pour le marché By. Le fait qu’il soit l’attrait touristique numéro un d’Ottawa ne change rien, si un meurtre survient sur son territoire, il faut le souligner. C’est notre devoir.

Vrai, Francine, la rue King Edward n’est pas très fréquentée par les touristes. Et je crois que les médias pourraient parler de la Basse-Ville dans le cas de cette artère et certaines autres qui se trouvent près du marché By. 

Mais jamais nous ne donnerons de fausses informations en toute connaissance de cause afin de ne pas nuire à la réputation d’un quartier ou d’un autre.

Les faits sont les faits.