Avant le plan de réduction des gaz à effet de serre, le ministre de l’Environnement Benoit Charette dévoilera son projet de consigne élargie. On sait déjà que l’implantation complète du système à proprement parler mettra du temps à se concrétiser.

À surveiller en 2020 en politique québécoise

CHRONIQUE / Le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, passera de l’arrière à l’avant-scène politique cette année.

La très attendue présentation du nouveau plan québécois de réduction des gaz à effet de serre (GES) est prévue pour bientôt. Mais parce qu’on n’attend pas que des postures et de la communication, ce plan devra nécessairement être costaud. Il devra l’être pour réellement viser une réduction de 37,5 % des émissions de GES par rapport à 1990.

S’il existe un État sur la planète qui possède les atouts pour parvenir à cette réduction, c’est bien le Québec.

Parmi les nombreuses mesures du plan à venir, l’une concernera les entités possédant des flottes de véhicules.

Difficile toutefois d’imaginer que le projet sera suffisamment étoffé aux yeux de Québec solidaire. Ce parti veut faire de la lutte contre les changements climatiques un quitte ou double politique.

Gabriel Nadeau-Dubois a répété plus d’une fois que sa formation érigera un «barrage parlementaire» contre le gouvernement Legault s’il n’a pas soumis d’ici le 1er octobre prochain un plan crédible de lutte contre les changements climatiques et mis définitivement fin aux projets d’exploitation et d’exploration d’hydrocarbures.

Québec solidaire tente de s’arroger ce dossier, de le faire sien. Il ne sera toutefois pas seul sur le terrain. Avec un chef comme Sylvain Gaudreault, le Parti québécois s’engagerait résolument dans le combat contre les changements climatiques.

Pour le gouvernement, le projet de terminal d’exportation de gaz naturel d’Énergie Saguenay constituera encore plus que l’an dernier un caillou dans la chaussure.

Idem pour le troisième lien entre Québec et Lévis, dont les coûts et les contours seront dévoilés de façon plus précise par le ministre François Bonnardel. Dans le contexte actuel et avec le temps, le «troisième lien» est susceptible de faire grincer des dents des caquistes de l’extérieur de la région de la capitale.

Avant le plan de réduction des GES, Benoit Charette dévoilera son projet de consigne élargie. On sait déjà que l’implantation complète du système à proprement parler mettra du temps à se concrétiser.

Simon Jolin-Barrette

À titre de leader parlementaire, mais aussi de ministre de l’Immigration, et en tant que porteur du dossier linguistique, Simon Jolin-Barrette jouera encore un rôle de premier plan en 2020.

À titre de leader parlementaire, mais aussi de ministre de l’Immigration, et en tant que porteur du dossier linguistique, Simon Jolin-Barrette jouera encore un rôle de premier plan en 2020.

Le test des valeurs est entré en vigueur sans poser de problème le 1er janvier. Et pour cause : il ne vise pas l’élimination de candidats à l’immigration, comme l’avait laissé entendre la Coalition avenir Québec depuis 2015. L’examen a finalement surtout une valeur pédagogique.

Après le cafouillage de l’automne dernier, Simon Jolin-Barrette reviendra avec une proposition revue et corrigée de réforme du Programme de l’expérience québécoise. L’objectif demeurera le même : mieux arrimer aux besoins du marché du travail les formations et les métiers donnant droit à cette voie rapide vers le Certificat de sélection du Québec.

La précieuse langue française

La trop longue discussion acrimonieuse sur le port de signes religieux a remplacé ces dernières années, dans les préoccupations dites identitaires, la vigilance que nos parlementaires et nous tous aurions dû maintenir à l’égard de la place du français au Québec.

En confiant le dossier de la langue française à Simon Jolin-Barrette en septembre, François Legault a dit qu’il voulait qu’un plan d’action vienne renforcer le statut du français au Québec, surtout comme langue du travail.

La langue française peut constituer une opportunité politique pour son gouvernement. Pour lui, ce dossier pourra à son tour remplacer la laïcité dans la «défense des valeurs québécoises».

Réitérons-le : que ce soit dans l’ensemble canadien ou pas, l’avenir du Québec passe par la langue française. Voilà pourquoi le devoir fondamental de tout gouvernement québécois est d’assurer non seulement la pérennité de la langue française au Québec, mais son épanouissement.

Le Parti québécois attendra le gouvernement Legault au tournant sur ce front. Historiquement, la langue française a constitué pour lui un sésame politique aux yeux des Québécois en général.

Il est possible d’établir un lien entre la volonté gouvernementale de consolider les «valeurs québécoises» et la révision du cours Éthique et culture religieuse. Mais c’est au regard du projet éducatif et de lui seul que la révision que vient de lancer le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, devra être menée. Loin, donc, de toute vision doctrinaire qui ferait une croix sur tout enseignement sur les religions et le phénomène religieux ou qui refuserait toute refonte.

Du budget aux enfants vulnérables

Il faut souhaiter que la présidente de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, Régine Laurent, trouve pleinement satisfaction dans le budget que dévoilera d’ici quelques semaines le ministre des Finances, Éric Girard. Dans le bilan d’étape qu’elle a présenté le mois dernier, elle a exhorté le gouvernement à répondre rapidement à ses premières «recommandACTIONS».

Le budget du ministre Girard sera scruté et passé au tamis par les syndicats des secteurs public et parapublic, qui attendent bien davantage pour leurs membres que l’actuelle offre gouvernementale. Les négociations lancées avec le Conseil du trésor risquent fort de se poursuivre jusqu’à la fin de l’année. Lors de la dernière ronde du genre, elles avaient duré toute l’année 2015. 

Puisqu’il est question du budget de l’État québécois, il sera intéressant de voir si le gouvernement donnera suite cette année à une résolution de l’Assemblée nationale — qu’il a lui-même formellement appuyée — l’invitant à créer un poste de directeur parlementaire du budget. Ce directeur parlementaire du budget devrait entre autres dresser, à intervalles réguliers, un portrait «indépendant» et objectif de l’état des finances publiques.

Vers l’adoption

La libérale Marwah Rizqy, la péquiste Véronique Hivon et la solidaire Christine Labrie poursuivront leur efficace travail commun face au ministre Jean-François Roberge. L’an dernier, elles sont parvenues à faire se questionner très sérieusement bon nombre de Québécois qui étaient au départ favorables au projet des maternelles 4 ans.

Ces trois députées ne lâcheront pas le ministre sur son projet de loi concernant l’organisation et la gouvernance scolaires. Ce projet sera tout de même adopté d’ici la relâche estivale.

Dans la rubrique des propositions législatives qui chemineront jusqu’à leur adoption finale en 2020, signalons celle sur le scrutin proportionnel, une promesse caquiste à laquelle le gouvernement a finalement collé un référendum. Cette consultation se déroulera en même temps que les prochaines élections générales, en 2022.

Voilà la question que les électeurs auront à trancher en octobre 2022 : «Êtes-vous en accord avec le remplacement du mode de scrutin majoritaire uninominal à un tour par le mode de scrutin mixte avec compensation régionale prévu par la Loi établissant un nouveau mode de scrutin? Oui/Non»

Des auditions publiques sur le projet de loi de Sonia LeBel se dérouleront à l’Assemblée nationale à partir du 22 janvier.

Santé et sécurité

Si la politique, c’est tout ce qui reste toujours à faire, on peut aussi mentionner des dossiers comme la révision à venir du mode de rémunération des omnipraticiens. Le gouvernement se montre pressé de conclure à ce sujet.

On pourrait aussi mentionner les réponses devant encore être apportées au fléau du vol de données numériques.

On peut dire merci à la ministre Marguerite Blais pour ses ambitions en faveur des aînés — pour son projet de Maisons des aînés et de rénovation de CHSLD. Mais il faudra qu’elle livre et que ses ambitions avancent réellement en 2020. Pour bien faire, son gouvernement devra agir en faveur d’un rehaussement du salaire des préposés aux bénéficiaires dans le secteur privé.

Le gouvernement proposera une réforme de la Loi sur la santé et la sécurité du travail. Les associations d’employeurs et les représentants des travailleurs sont historiquement aux antipodes sur les solutions à apporter. Par exemple, sur la façon d’élargir l’approche et les mécanismes de prévention.

En juin dernier, en entrevue au Soleil, le ministre du Travail, Jean Boulet, s’était engagé à faire en sorte que des problèmes de santé psychologique soient mieux reconnus par le régime collectif de santé et de sécurité du travail. Il ne serait que normal en matière de prévention et d’indemnisation de mieux tenir compte du harcèlement psychologique au travail — pour ne prendre que cet exemple.

Ce regard sur 2020 n’est pas exhaustif. Le gouvernement a d’autres marrons au feu. Et il y a tout ce qui ne se prévoit pas et qui l’obligera à entreprendre des actions à un moment ou l’autre.

Un PLQ et un PQ relancés?

Sylvain Gaudreault est présentement le seul candidat déclaré dans la course à la direction du Parti québécois.

Dans quelques mois, François Legault aura devant lui un Parti libéral du Québec et un Parti québécois ayant chacun à leur tête le chef avec lequel ils mèneront la prochaine bataille électorale. Leur arrivée ne transformera pas la nature profonde de ces deux partis, mais elle les marquera.

La vision que portera le Parti québécois sur l’immigration ne sera pas la même selon le candidat choisi. Idem pour le ou les chemins à emprunter pour tenter de réinsuffler du tonus au projet indépendantiste.

Le candidat déclaré Sylvain Gaudreault et les pressentis (Paul St-Pierre Plamondon, Stéphane Handfield, Frédéric Bastien et Guy Nantel) qui se lanceront porteront le verbe haut sur la question de la souveraineté. Certains démontreront toutefois plus de volontarisme que d’autres. Certains miseront davantage sur les circonstances. Sur l’impact que pourrait peut-être avoir, dans leur esprit, une accumulation d’échecs du gouvernement Legault face à Ottawa.

Au Parti libéral du Québec, on observera un déplacement vers un certain nationalisme. Du moins dans le discours. Là encore, le degré d’intensité de ce mouvement sera différent selon la personne qui en prendra la direction, selon que ce soit Dominique Anglade ou Alexandre Cusson — ou quelqu’un d’autre si d’autres volontaires se présentent sur la ligne de départ.

Note de conclusion : le prochain chef péquiste sera le neuvième depuis que le fondateur René Lévesque a été poussé vers la sortie en 1985 (et ce, sans compter les intérimaires). Il succédera à Pierre Marc Johnson, à Jacques Parizeau, à Lucien Bouchard, à Bernard Landry, à André Boisclair, à Pauline Marois, à Pierre Karl Péladeau et à Jean-François Lisée. Ce qui fait une moyenne générale de moins de quatre ans à ce poste.