En raison du manque de personnel, l’hôpital de Hull a réalisé 900 opérations de moins durant les deux premiers trimestres de 2017-2018.

À quand une alliance pour la santé ?

CHRONIQUE / Commençons par la bonne nouvelle : la future faculté de médecine de l’Outaouais offrira une formation « complètement en français » lors de son ouverture, en 2020.

Faut croire que le gouvernement libéral a enfin vu la lumière à Québec. Dans une province francophone, il n’y avait pas de raison que la formation des futurs médecins de l’Outaouais se fasse à moitié en anglais durant les 18 premiers mois, comme c’était prévu à l’origine.

Dans d’autres hôpitaux universitaires de la province, à Sherbrooke ou au Saguenay par exemple, les cours sont entièrement offerts en français. L’Outaouais n’avait pas à faire figure d’exception sous prétexte que son projet de faculté est chapeauté par l’Université McGill, une institution anglophone.

À l’aube de l’élection provinciale au Québec, c’est l’une des rares bonnes nouvelles qui se profilent dans le domaine de la santé en Outaouais. Ça, et le fait que de nouveaux médecins commencent enfin à affluer dans la région, même si on est encore loin du compte pour ce qui est de combler la pénurie.

Pour le reste, les signaux sont inquiétants. Après les rapports de plusieurs coroners sur des « morts évitables » dans les hôpitaux de la région, voilà que des groupes de professionnels de la santé sortent les uns après les autres pour dénoncer les lacunes du réseau.

Jeudi soir, ce sont des infirmières à bout de souffle qui sont débarquées au conseil d’administration du CISSS de l’Outaouais. Tout en dénonçant le recours au temps supplémentaire obligatoire, elles sont venues dire que la santé de la population est à « haut risque et en danger » dans les conditions actuelles.

La semaine dernière, des radio-oncologues estimaient que des problèmes informatiques pouvaient « compromettre les chances de survie des patients cancéreux ». 

Et dans l’édition d’aujourd’hui, ce sont les chirurgiens et anesthésiologistes de l’hôpital de Hull qui parlent d’une « crise majeure » au bloc opératoire. En raison du manque de personnel, l’hôpital a réalisé 900 opérations de moins durant les deux premiers trimestres de 2017-2018.

Donc ce n’est plus seulement l’accès aux soins de santé qui est remis en question en Outaouais, mais aussi, de plus en plus, leur qualité.

La gestion du système de santé est une affaire éminemment complexe. On ne peut pas reprocher à deux des principaux dirigeants du CISSS de l’Outaouais, Jean Hébert et Guy Morissette, de se défiler. Ils affrontent régulièrement les médias pour rendre des comptes et répondre aux questions difficiles.

Mais ce ne sont pas eux qui décident des budgets qui leur sont alloués. Pas eux non plus qui sont habilités à répondre aux questions de nature plus politique. Comme celle-ci : est-ce que l’Outaouais, une région en pleine croissance, a droit à sa juste part en matière de soins de santé ?

D’après les médecins spécialistes, il manque l’équivalent d’un hôpital de 200 lits, avec tous les services associés, pour desservir la population régionale de manière adéquate. 

« Comment se fait-il que le ministère laisse durer cette situation ? Pourquoi est-ce que la population de l’Outaouais (qui a l’une des plus grandes croissances démographiques du Québec) n’a-t-elle par droit à des services de soins de santé équivalents au reste de la population québécoise ? », demandent les médecins spécialistes.

C’est une bonne question à poser aux candidats de l’Outaouais qui se présenteront aux élections provinciales.

À l’élection de 2013, on avait assisté à une mobilisation sans précédent en Outaouais en faveur de l’éducation. L’Alliance pour la cause de l’enseignement supérieur en Outaouais avait rallié des gens de tous les milieux (élus, affaires, culture, tourisme…) avait permis de mettre l’accent sur les enjeux régionaux liés à l’éducation supérieure.

Maintenant, à quand une alliance pour la cause de la santé en Outaouais ? L’occasion est belle pour les différents milieux politiques, économiques, communautaires, culturels et sociaux de se mobiliser autour de cet enjeu crucial.