Patrick Duquette
Les déboires du train léger à Ottawa font les manchettes chaque jour.
Les déboires du train léger à Ottawa font les manchettes chaque jour.

À la merci d’une roue plate

CHRONIQUE / Les déboires du train léger d’Ottawa n’en finissent plus de faire les manchettes. Seul côté réjouissant de l’affaire : nous avons tous droit à un cours accéléré de technologie ferroviaire.

Dernier problème en date du train léger : les roues s’aplatissent. Une déformation d’usure tout à fait normale… sauf quand elle survient 5 mois à peine après l’entrée en service des trains roulant sur la ligne de la Confédération.

Ainsi, il suffirait de freiner brusquement une seule fois pour que la roue cesse d’être parfaitement circulaire, a indiqué à Radio-Canada un employé de la firme EllisDon, membre du Groupe de transport Rideau (GTR).

Un petit coup de frein trop appuyé et le train se met à faire to-toc, to-toc, to-toc sur les rails…

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Comme une roue plate risque d’endommager les rails, on s’empresse de la réusiner pour l’arrondir de nouveau. Et comme cette opération a pour effet de rapetisser la roue, il faut réusiner aussi toutes les roues du même véhicule pour s’assurer qu’il reste à niveau.

Le problème survient quand toutes les roues semblent vouloir s’aplatir en même temps…

La semaine dernière, on s’est retrouvé avec 13 trains (sur 34) avec des roues plates. De quoi provoquer une pénurie sur la ligne de la Confédération. Et faire pester des centaines de travailleurs, furieux contre ce train de 2,1 milliards pas foutu de les conduire à l’heure au boulot.

Fin du cours 101 sur les roues plates. Avant, on a eu droit à un cours accéléré sur les portes qui ne ferment pas, les ordinateurs de bord qui tombent en panne et les aiguillages bloqués par le gel. Autant de pépins qui soulèvent la question suivante : est-ce que le train léger d’Ottawa est mal adapté aux rudes hivers canadiens ?

Déjà, l’hiver dernier, alors qu’on testait le train, la CBC avait obtenu un rapport interne évoquant des problèmes liés aux conditions hivernales. Des problèmes qui ressemblent drôlement à ceux que le train connaît actuellement.

Le maire Jim Watson jette le blâme sur le consortium qui a construit le train léger. Il s’en trouve aussi pour réclamer la démission de John Manconi, grand patron d’OC Transpo. En désespoir de cause, on fera appel à une firme britannique pour identifier ce qui cloche. Toute cette bisbille finira vraisemblablement devant les tribunaux.

Alors j’espère qu’ils prennent des notes à Gatineau ces jours-ci.

Les déboires du train léger d’Ottawa ont de quoi faire réfléchir toutes les villes qui aspirent à un tel mode de transport en commun. À commencer par le maire Maxime Pedneaud-Jobin qui rêve d’un tramway pour desservir l’ouest de sa ville.

Première leçon à retenir : un train léger est plus vulnérable aux pannes qu’un service par autobus. Il suffit parfois qu’un seul train tombe en panne pour paralyser le réseau. C’est un pensez-y-bien avant de tout miser sur un tramway dans l’ouest de Gatineau.

Deuxième leçon : il ne faut pas précipiter l’entrée en service. À Ottawa, de nombreux retards ont retardé la livraison. Si bien qu’à la fin, la pression était intense pour le mettre sur les rails. A-t-on bâclé des tests pour aller plus vite ? La question mérite d’être posée.

Troisième leçon : des villes comme Ottawa et Gatineau devraient y réfléchir à deux fois avant de poursuivre leur développement immobilier à un rythme aussi accéléré. Les infrastructures peinent à suivre.

Si bien qu’on se retrouve un jour à tout miser sur un train léger ou un tramway. Sans droit à l’erreur. À la merci de la moindre roue plate…