Oronos, une société technique qui représente la polytechnique, a de grandes ambitions pour ses trois fusées Cirrus, Prometheus et Valkyrie.

À la conquête du ciel

CHRONIQUE / J’écoutais le Gatinois Adrien Lessard me décrire le décollage d’une fusée, et j’en avais des frissons.

Il parlait, et c’est comme si j’étais avec lui, au milieu du désert du Nouveau-Mexique. Le ciel d’un bleu éblouissant, la chaleur étouffante, la plaine plantée de cactus et de broussailles sèches, l’ombre lointaine des montagnes…

Sur le bord d’une route poussiéreuse, les fusées sont dressées sur un lanceur, prêtes à décoller.

10, 9, 8…

À zéro, le mince engin se lance à l’assaut du ciel, tel un dard supersonique, laissant derrière lui un mince filet de fumée blanche. En deux ou trois secondes, la fusée a disparu dans l’azur.

« C’est vraiment impressionnant, m’a expliqué Adrien. À cause du bruit très puissant, répercuté par l’écho des montagnes. À cause de la vitesse. Quand tu vois une fusée, TA fusée, s’envoler à la vitesse du son, et bien… »

Adrien a manqué de mots. Mais on devine le reste. Un mélange d’appréhension et d’excitation alors que « ta » fusée vole enfin pour vrai, après un an de travail acharné, de tests et de nuits blanches pour la mettre au point.

Le Gatinois Adrien Lessard

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Étudiant en génie informatique à Polytechnique Montréal, Adrien Lessard en sera déjà à sa quatrième participation à la Space America Cup, le plus grand concours mondial de fuséonautique qui se déroule chaque année au Nouveau-Mexique.

C’est une grosse affaire qui réunira 110 équipes collégiales et universitaires à compter de mardi prochain, dont plusieurs universités québécoises. Plus de 200 fusées sont inscrites.

Adrien Lessard fait partie d’Oronos, une société technique qui représente la Polytechnique. À titre de directeur du département d’avionique, il a travaillé avec son équipe à mettre au point l’ordinateur de bord des trois fusées inscrites par Oronos, soit Cirrus, Prometheus et Valkyrie.

Le but du concours ?

Propulser la fusée à une altitude prédéterminée – 10 000 ou 30 000 pieds selon la catégorie – avec le plus de précision possible. En 2012 et 2014, Oranos a remporté le concours. Ses fusées ont atteint leur apogée à moins de 800 pieds de l’altitude visée.

Et comment arrive-t-on à un tel exploit ? Avec des calculs et un peu de chance, d’après ce que j’ai compris.

« Dans un vol normal, m’a expliqué Adrien, le moteur va fonctionner pour une courte période de cinq à six secondes en développant une accélération extraordinaire. Quand le moteur s’arrête, la fusée vole autour de 1700 km/h. Elle va continuer un bon 30 à 40 secondes avant d’atteindre son apogée. »

Pour s’assurer que la fusée atteigne la bonne altitude, certaines équipes équipent leur engin d’aérofreins. « Franchement, je n’y crois pas, dit Adrien. Dans notre cas, on va plutôt lester la fusée pour qu’elle atteigne la bonne hauteur. »

Comme je vous disais, il y a une part de loterie là-dedans…

Deux autres Gatinois seront aussi de la partie. Nathanael Beaudoin-Dion et Simon Tanguay sont des anciens du collège Saint-Alexandre, tout comme Adrien. Ils vont au Nouveau-Mexique pour voir du pays, mais aussi pour acquérir de l’expérience.

La Space America Cup est un événement suivi par les bonzes de la NASA, l’agence spatiale américaine. Il y a aussi des recruteurs de Boeing, Spacex ou United Lauch Alliance à l’affût de jeunes cerveaux prometteurs ou de nouveautés technologiques.

Même si les Québécois ont une excellence réputation en fuséonique, ils ont peu de chance d’être recrutés par ces gros joueurs. « Ce sont des entreprises militaires qui n’embauchent que des Américains, dit-il. N’empêche, c’est une belle occasion d’échanger avec eux et d’apprendre. On a aussi une belle collaboration avec les autres équipes québécoises. On s’entraide même si l’esprit de compétition n’est jamais loin ».

Les concours de fuséonautique fournissent aux participants l’occasion d’apprendre et d’échanger entre eux, même si l’esprit de compétition n’est jamais loin.

Adrien pense que son équipe a des chances de l’emporter avec Prometheus et Cirrus, une fusée qui peut atteindre la vitesse de 2100 km/h.

Chose certaine, ses compères et lui auront des papillons dans l’estomac lors du compte à rebours.

Le Gatinois de 27 ans calcule avoir consacré 1000 heures à la conception de l’ordinateur de bord. « C’est le travail d’une année qui s’envolera vers le ciel », conclut le futur ingénieur en informatique.