Marie-France Lalonde, députée provinciale d’Orléans

À en perdre la boussole

CHRONIQUE / L’idée n’est pas bête. Mais Dieu que ce serait mélangeant !

La députée provinciale d’Orléans, Marie-France Lalonde – celle qui sera candidate dans la course à la chefferie du Parti libéral de l’Ontario dans quelques mois – a déposé un projet de loi privé à Queen’s Park, mercredi, par lequel elle demande que l’Ontario passe à l’heure avancée en mars 2020 et que la province y reste à tout jamais.

L’heure avancée 12 mois par année. C’est ce que Mme Lalonde souhaite. Fini les changements d’heure au printemps et à l’automne en Ontario.

L’idée n’est pas bête, disais-je. Et Mme Lalonde soulève de bons points. Elle affirme, par exemple, que les changements d’heure ont un gros impact sur la sécurité routière. Elle a raison. Les études démontrent qu’il y a une hausse marquée d’accidents impliquant des piétons entre 17 h et 19 h dans les jours suivants le changement de l’heure avancée à l’heure normale, ou à l’heure d’hiver si vous préférez.

Mme Lalonde ajoute que la noirceur à 16 h 30 durant les mois d’hiver a un impact sur la santé mentale de certaines personnes. C’est vrai aussi. Le nombre de diagnostics de dépression bondit à l’automne au moment du passage de l’heure avancée à l’heure normale. C’est prouvé.

Donc ce n’est pas bête tout ça. Et personnellement, j’aimerais bien vivre à l’heure avancée à longueur d’année.

Mais… Et il y a un gros « MAIS ».

MAIS dans une région frontalière comme Ottawa-Gatineau, la situation pourrait vite devenir cauchemardesque.

Prenons le fonctionnaire fédéral qui habite Gatineau et qui travaille à Ottawa. On en compte quelques-uns dans la région…

Nous sommes en hiver. Le Québec est à l’heure normale. L’Ontario est à l’heure avancée. Et ce fonctionnaire travaille de 9 h à 17 h, du lundi au vendredi.

Mettons que ça lui prend 30 minutes pour compléter le trajet entre sa résidence à Gatineau et son bureau à Ottawa.

S’il veut arriver à 9 h à son travail à Ottawa, il devra quitter la maison à 7 h 30 puisqu’il sera alors 8 h 30 à Ottawa. Vous me suivez ?

En fin de journée, s’il quitte son bureau à 17 h et que ça lui prend 30 minutes pour se rendre chez lui, il arrivera à la maison à… 16 h 30.

Ajoutez à tout ça les horaires d’autobus qui ne correspondraient plus d’une rive à l’autre et la garderie du rejeton qui se trouve à Gatineau, et vous aurez une confusion totale.

Prenons maintenant les bars, les débits de boisson.

Présentement, les bars ferment à 2 h le matin, tant à Ottawa qu’à Gatineau. Mais un projet pilote à Gatineau permettra bientôt aux bars du secteur Hull de fermer à 3 h.

Or, en hiver, lorsque les bars d’Ottawa fermeraient à 2 h, il ne serait que 1 h à Gatineau. Les fêtards ontariens pourraient ainsi profiter de deux heures supplémentaires du côté gatinois. Et on sait tous ce qu’une telle situation entraînerait. Parlez-en à l’ancien conseiller municipal, Claude Bonhomme. Ce serait le retour du Far West sur la Promenade du Portage et dans le Vieux-Hull.

Ce ne sont que quelques exemples de la confusion qui régnerait dans la région si le projet de loi privé de la députée Lalonde était adopté.

L’idée n’est pas bête. Mais ici à Ottawa où le Québec se trouve à distance de marche, cette idée de la députée d’Orléans serait quasi irréalisable. À en donner des maux de tête… à toute heure de la journée.

Mme Lalonde a intitulé son projet de loi : « le projet de loi sur la protection offerte par la lumière du soleil ». Voici ce qu’elle a dit : « Les gens en ont assez de regarder le soleil se coucher alors qu’ils sont encore au travail. Protégeons les heures d’ensoleillement et faisons de l’Ontario un endroit plus sûr et plus heureux. »

Cette dernière phrase sera sûrement son slogan pour sa campagne à la chefferie. Ça, ou elle en fume du bon.