Sylvain St-Laurent
Les Olympiques ne méritaient pas ça

Sylvain St-Laurent

Les Olympiques ne méritaient pas ça

CHRONIQUE / On va tous s’entendre, avant de commencer. Il est impératif qu’on soit tous d’accord avec la prochaine affirmation, avant de poursuivre la discussion.

Il y a des choses plus importantes que le hockey, dans la vie.

Voilà, c’est dit.

Il y a des choses plus importantes que le hockey. C’est vrai en tout temps. C’est encore plus vrai en temps de pandémie.

Durant cette année où tout le monde tente d’avancer dans un climat anxiogène, il est important de s’occuper des gens les plus vulnérables.

Le CISSS de l’Outaouais a le mandat de se préparer pour les durs mois d’hiver, dans un monde où tout est imprévisible.

Ce n’est pas simple.

J’étais parfaitement d’accord avec Norm MacMillan, quand je lui ai brièvement parlé, vendredi après-midi.

«Il ne sert à rien de se fâcher et de crier», a-t-il déclaré.

Le Gouverneur des Olympiques ne veut pas jeter inutilement de l’huile sur le feu.

Je comprends aussi parfaitement cette autre déclaration de M. MacMillan. Vers la toute fin de notre conversation, il m’a rappelé que «Robert-Guertin, c’est les Olympiques. C’est comme ça depuis 47 ans.»

«Un peu de respect, ce serait le fun», a-t-il conclu.

Renouer avec ses racines francophones

Les grandes entrevues

Renouer avec ses racines francophones

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / «L’histoire de ma famille est un exemple parfait de l’assimilation. De la facilité avec laquelle on peut perdre sa langue et sa culture. »

Si le député provincial d’Orléans, Stephen Blais, est aujourd’hui bilingue, c’est grâce à sa détermination et à sa volonté d’apprendre et de comprendre le français. Conseiller municipal du quartier Cumberland de 2010 à 2019, M. Blais a succédé en novembre dernier à Marie-France Lalonde à titre de député libéral d’Orléans, l’une des circonscriptions ontariennes qui comptent le plus grand nombre de francophones.

Mylène Moisan
À quoi ressemblera l’école secondaire?

Mylène Moisan

À quoi ressemblera l’école secondaire?

CHRONIQUE / Quatorze jours «ouvra­bles», c’est tout ce qui reste avant la rentrée scolaire et personne ne sait sur quel pied danser. Le plan déposé le 16 juin par le ministre Jean-François Roberge se conjugue plus que jamais au conditionnel.

Et avec bien des points d’interroga­tion.

Le casse-tête est particulièrement compliqué au secondaire où les élèves passent habituellement d’un local à l’autre, d’un professeur à l’autre. Une des rares choses qui soient claires, c’est que ce sont les enseignants qui changeront de locaux pour éviter le va-et-vient dans les corridors.

Le 16 juin, le gouvernement a dévoilé son «plan de match», c’est l’expression qu’il a choisie, pour guider les établissements d’enseignement pour la rentrée de l’automne. Et depuis, plus rien. Le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge a promis une mise à jour cette semaine en assurant qu’il sait où il s’en va, mais en annonçant du même souffle qu’il voulait rencontrer des gens du milieu de l’éducation pour se faire une tête. 

Les écoles et les centres de services scolaires, eux, ne savent plus où en donner. 

Selon le plan de match de juin, donc, toutes les écoles du Québec doivent rouvrir avec les mêmes ratios d’avant la pandémie, sauf que les classes seront divisées en sous-groupes de six élèves entre lesquels il n’y aura pas de distanciation. Il devra y avoir un mètre de distance entre les sous-groupes, deux avec le prof.

Dans le milieu, on appelle ça les «bulles».

Et ces bulles donnent bien des maux de tête à ceux qui doivent jongler avec ce nouveau concept. Ce qu’il faut comprendre, c’est que les élèves de chacune des bulles doivent avoir le même parcours, les mêmes cours. On ne pourra pas «briser» les bulles, et il faut croiser les doigts pour qu’elles n’éclatent pas.

Que faire si la chicane prend? Ou si au contraire une bulle devient trop turbulente? Ou s’il y a de l’intimidation?

Un enseignant au secondaire de la région de Montréal m’a écrit, n’a lui aussi que des questions sans réponses, comme l’écrasante majorité des acteurs du milieu de l’éducation. L’impression que ça laisse, c’est d’être en train de tricoter un tapis pendant qu’on marche dessus.

«Certains parents ont compris qu’ils seront «dépendants» pour leur santé et celle de leur entourage des cinq autres élèves qui feront partie de la bulle de leur enfant, m’écrit-il. Comment seront formées ces bulles? Pour avoir géré des équipes de travail au secondaire, il fallait en régler des crises...

Rien pour les élèves fragiles

Rien n’est prévu pour les élèves fragiles ou ceux dont les parents sont à risque. Et ces mêmes parents seront surpris quand ils découvriront que la définition d’être à risque est fort exclusive. 

Enfin, on ne réalise pas qu’en secondaire 4 et 5, les choix d’option des élèves seront subordonnés aux dites bulles. Des élèves auront des cours dont ils ne veulent pas, d’autres des cours pour lesquels ils ne seront pas assez forts. 

En fait, au secondaire, on sacrifie tout l’aspect pédagogie pour que les enfants soient «gardés» en classe. Le prof toujours devant un groupe à deux mètres ou une télé, c’est à se demander si ça reviendra au même.» 

J’ai parlé à un autre enseignant, il est dans une école privée, lui non plus ne sait pas trop à quoi ressemblera la rentrée, et ce sans parler de la question du masque sur laquelle on devrait être bientôt fixés. «Nos représentants nous disent “faites votre possible même si on sait que c’est virtuellement impossible”. Les ados vont revenir d’un été à ne pas avoir à respecter la distanciation physique…»

Et on veut les mettre dans des bulles.

«Les bulles, ça va faire des ghettos. Chez nous, on a des profils et on s’est rendu compte que ça faisait des ghettos, alors on a décloisonné pour que les jeunes de différents profils se retrouvent dans les mêmes cours. On mêlait des élèves en arts, en sciences, en sports, on ne pourra plus faire ça. On va se retrouver avec des ghettos.»

«L’énergie de la bulle»

Il faudra aussi gérer «l’énergie de la bulle. Les effets de la proximité, on les voit déjà. Mais par exemple, si on élève vit de l’intimidation dans sa bulle, on va faire quoi? C’est le genre de choses auxquelles je pense. Le ministre y a-t-il pensé?»

Allez savoir.

Autre chose qu’il faudra gérer, les demandes des parents. «Chaque année, il y a des parents qui nous demandent de mettre leur enfant avec untel ou de ne pas le mettre avec untel. C’est déjà un casse-tête… Je ne vois pas comment on va faire avec ce genre de demandes en plus du reste.» 

Parce que les bulles ne sont pas la seule mesure qui sera mise en place pour limiter la propagation du virus, surtout advenant une deuxième vague. Il faudra évidemment limiter à 250 le nombre de personnes à un même endroit, la cafétéria par exemple, ce qui implique parfois d’établir deux horaires distincts dans une même école pour que les élèves se croisent le moins possible.

C’est un casse-tête de plus.

Et, avec la mise à jour qui est attendue dans les prochains jours, il se pourrait que tout soit à recommencer.

Dans le communiqué de presse du 16 juin, le ministre a tenté de se faire rassurant en annonçant l’ouverture des écoles partout au Québec à la rentrée. «C’est un message fort, un message d’espoir, qui aura un impact majeur sur la motivation, la persévérance et ultimement, sur la réussite de nos élèves, de nos étudiantes et de nos étudiants. J’aimerais remercier du fond du cœur nos partenaires de leur collaboration exceptionnelle au cours des dernières semaines, qui nous a permis de bonifier le plan présenté aujourd’hui. Dès demain, nous nous remettrons au travail, tous ensemble, en vue de garantir une rentrée scolaire à la fois extraordinaire et sécuritaire.»

On ne sait pas trop à quels partenaires il fait allusion, à peu près toutes les voix du milieu de l’éducation se sont levées depuis pour émettre des réserves.

Pour dénoncer l’improvisation.

Et si jamais une deuxième vague devait forcer une autre fermeture des écoles, le gouvernement exige cette fois que l’enseignement à distance puisse être rapidement enclenché et que les centres de services scolaires (feues les commissions scolaires) aient un plan de contingence. Si l’expérience du printemps nous a appris une chose, c’est que le réseau public accusait un énorme retard à ce chapitre. Depuis, nous assure le ministère, des ordinateurs et des tablettes ont été achetés, des formations ont été données, un montant de 150 millions $ avait d’ailleurs été annoncé pour ça en juin.

Ça pourrait être pire, plusieurs provinces ont tergiversé très longtemps avant de statuer sur la rentrée, l’Alberta et la Nouvelle-Écosse ont tranché il y a deux semaines, alors que la Colombie-Britannique, la Saskatchewan, le Manitoba et l’Ontario l’ont fait au cours des 10 derniers jours. Du côté de Terre-Neuve, il semble qu’on hésite toujours entre trois scénarios.

Et partout, les plans sont critiqués.

Parce qu’il doit forcément y avoir un prix à payer pour arriver à rouvrir les écoles sans que la COVID-19 ne s’y invite, les directions d’école — et les enseignants — auraient tout simplement aimé pouvoir s’y préparer. «J’ai hâte de recommencer, mais je me sens pitché dans le néant», confie le prof du privé.

Isabelle Légaré
Survivre à Alexandre

Isabelle Légaré

Survivre à Alexandre

CHRONIQUE / Il s’est écoulé vingt ans. Pour Sylvie Girard, c’était hier. Le temps est suspendu depuis que son fils a été enlevé, agressé sexuellement, martyrisé et assassiné.

Le soir, il lui arrive de s’endormir sur le divan du salon, devant le téléviseur allumé. L’appareil meuble le silence, la noirceur et sa pensée.

Richard Therrien
<em>Clash</em>: on reprend les tournages

Arts et spectacles

Clash: on reprend les tournages

CHRONIQUE / Signe que ça se passe bien sur les plateaux de tournage de fictions: après District 31 et Toute la vie, Aetios Productions entreprendra celui de sa série Clash le 24 août prochain. Un marathon de cinq semaines pour compléter la troisième et dernière saison de la quotidienne de Martine D’Anjou, diffusée à Super Écran et VRAK.

Bell Média n’a toutefois pas confirmé de date de diffusion. V, qui devait d’abord offrir une nouvelle fenêtre à la première saison de Clash cet automne, a reporté cette diffusion à plus tard. On sait que l’entreprise souhaite ramener en masse la fiction québécoise sur sa chaîne généraliste, nouvellement acquise.

Denis Gratton
Ce petit quelque chose

Denis Gratton

Ce petit quelque chose

CHRONIQUE / J’ai regardé la moitié d’une période du match de hockey Montréal-Pittsburgh, puis je suis passé à CNN pour l’émission de télé-réalité la plus populaire: Le Donald Trump Show. Les deux étaient ennuyantes…

Le hockey en août… non. Je n’y arrive pas. C’est contre nature.

Mylène Moisan
On a oublié Anne*

Mylène Moisan

On a oublié Anne*

CHRONIQUE / Allez hop, on déconfine! Après les restaurants, les bars, les parcs aquatiques et les spas, et maintenant les salles de spectacles et de cinéma qui peuvent accueillir jusqu’à 250 personnes, l’heure est résolument à retrouver une vie à peu près normale, un peu comme avant la pandémie.

Il y a l’économie qu’il faut faire rouler.

Mais aussi, et le gouvernement a insisté là-dessus, c’est une question de santé mentale. Début mai, la vice-première ministre Geneviève Guilbault annonçait d’ailleurs l’ajout de 31 millions pour venir en aide aux gens avec des problèmes de santé mentale et elle a dit : «Toute cette lutte qu’on mène contre la COVID-19 pour préserver notre santé physique ne doit pas se faire au détriment de la santé mentale. On n’a pas à choisir.»

Et pourtant, on choisit.

Le 20 mars, on a avisé Anne qu’elle ne pouvait plus recevoir le traitement qu’elle recevait à l’externe, des électrochocs, elle en reçoit depuis novembre, tous les 10,12 jours. C’est la seule chose qui a fonctionné jusqu’ici pour combattre la dépression, Dieu sait qu’elle a tout essayé, depuis des années.

Anne a 40 ans, elle est maman.

Confinement oblige, il aurait fallu qu’elle soit hospitalisée pour recevoir ses traitements, qui durent 15 minutes. «Le lieu même de l’unité psychiatrique ferait déprimer n’importe qui. Il s’apparente plutôt à un milieu carcéral, avec d’étranges étrangers, surveillée par des gardiens qui ne font que s’assurer que je suis toujours en vie, sans soutien psychologique, sans aucune intimité, soumise à des horaires rigides et de nombreuses contraintes. Mais le hic, c’est que si je n’accepte pas le calvaire de l’unité psychiatrique, je ne peux pas être soignée.»

En plus d’occuper un lit. 

Je vous ai raconté au début avril une histoire qui ressemblait à celle-là, celle de Josée qui avait aussi dû renoncer à ses traitements d’électroconvulsivothérapie (ÉCT), des électrochocs contrôlés qui se donnent au bloc opératoire sous anesthésie générale, qu’elle recevait aux trois semaines.

Comme Anne, on la bourrait de médicaments pour compenser.

Elle était comme un zombie.

Sauf que Josée, elle, a recommencé à recevoir ses traitements au début du mois de juin, le CIUSSS (Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux) de la Capitale nationale a repris les ÉCT à l’externe pour les 22 personnes qui ont dû s’en passer pendant deux mois.

Anne est en Mauricie, elle attend toujours.

Ça fait presque cinq mois. «Plus le temps passe, plus le moral se dégrade et le cerveau implore un petit coup de pouce, m’a écrit Anne par courriel cette semaine. Un petit choc. Rien qu’un petit bouche-à-bouche. […] Pour moi, les électrochocs sont l’équivalent du respirateur dont a besoin un malade de la COVID.» 

Ne sachant plus vers qui se tourner, elle a écrit au gouvernement, à Communications Québec. «Au CIUSSS MCQ [Mauricie et Centre-du-Québec], on me dit que les psychiatres se battent très fort pour la reprise des ÉCT (électrochocs ou sismothérapie), mais que la décision repose de la “grosse machine”. Pouvez-vous m’indiquer à quel “morceau” de cette “grosse machine” je pourrais m’adresser pour faire valoir mon point et obtenir plus de renseignements? […] Je me sens laissée pour compte, car tout le monde se renvoie la balle...»

Elle a aussi écrit au ministère de la Santé la semaine dernière, on lui a répondu ceci. «Tous les patients qui nécessitent des traitements urgents sont traités sans délai. Chaque établissement doit s’assurer de maintenir un niveau de services essentiels et de reporter toute procédure élective pour pathologies bénignes. C’est un équilibre à atteindre, entre la préparation pour les cas de COVID-19 et la continuation des services pour les patients.» 

Alors oui, on choisit.

J’ai appelé au CIUSSS de la Mauricie-Centre du Québec pour en savoir plus. Et vous savez quoi? On m’a dit que les électrochocs à l’externe ont repris fin juin partout. J’ai parlé à la Dre Marie-Claude Parent, chef du département régional de psychiatrie, elle m’a appris que le ministère a donné son feu vert le 30 juin. «C’est repris, mais ça se fait progressivement. On a du personnel qui a été déplacé, on en récupère, mais c’est un enjeu qui demeure. […] Et il faut voir comment les hôpitaux gèrent l’accès aux blocs opératoires, ils sont pris avec leur liste d’attente de tout ce qui a été repoussé en raison de la pandémie, les chirurgies, les cancers…»

À l’hôpital de Drummondville où elle travaille, elle estime que les électrochocs ont repris à 40 %. «On en a pour plusieurs mois à reprendre les délais.» Sans compter que les interventions qui ont lieu au bloc opératoire prennent plus de temps à cause de nouvelles procédures.

Marie-Claude Parent confirme qu’elle et ses collègues se sont battus pour que le ministère rétablisse les électrochocs à l’externe. «On était très inquiets de l’arrêt de ces traitements-là, ce sont des patients qui sont très malades et pour qui les autres traitements n’ont pas fonctionné. On mettait de la pression depuis un mois et demi, deux mois, pour qu’on puisse les reprendre.»

On a oublié Anne. 

«La dernière fois que j’ai vu ma psychiatre, la première chose qu’elle m’a dite, c’est qu’on n’avait toujours pas accès aux ÉCT, et que ça irait en octobre, en novembre, peut-être même plus tard. Elle m’a aussi dit qu’elle me mettait en priorité pour que j’aie un traitement aussitôt que ça reprendrait.» Elle lui a remis un formulaire pour ses assurances, sur lequel elle a écrit : «en attente de la reprise de la sismothérapie (interrompu vu pandémie) […] selon la possibilité de reprise des [traitements] ÉCT oct. ou nov. 2020.»

Son rendez-vous a eu lieu le 30 juin, le jour du feu vert.

Anne ne l’a jamais su.

Pendant ce temps, elle frappait à la porte du ministère pour se faire répondre dans une lettre formatée qu’elle n’était pas une priorité.

Avec des salutations distinguées.

*Prénom fictif

Richard Therrien
Les enfants de la téléréalité

Télévision

Les enfants de la téléréalité

CHRONIQUE / Cris stridents, rapprochements, français massacré, spa et gros bras... une mine d’or de malaises pour Les enfants de la télé. Les moments pas toujours glorieux d’Occupation double, de Loft Story et compagnie feront l’objet d’une spéciale téléréalité, enregistrée hier au studio 42 de Radio-Canada et diffusée cet automne sur ICI Télé. «Ça va être du bonheur!» prévient André Robitaille, qui entreprend sa septième saison avec sa complice Édith Cochrane.

On y verra deux gagnants de Loft Story, Mathieu Baron et Kim Rusk, capables d’autodérision et dont les carrières ont beaucoup mieux tourné que d’autres. Jay Du Temple, qui animera cet automne OD chez nous, et Marie-Eve Janvier, qui vient de quitter L’amour est dans le pré, seront là aussi. Mais quand on dit téléréalité, on ne parle pas que des émissions de rencontres: Danièle Henkel (Dans l’oeil du dragon), Marie-Mai (Star Académie) et Élyse Marquis (Les chefs!) y participent également.

Denis Gratton
Le masque magique

Denis Gratton

Le masque magique

CHRONIQUE / Suis-je le seul à remarquer un certain relâchement dans les commerces vis-à-vis la pandémie ?

J’ai l’impression que certains propriétaires d’entreprises sont devenus un peu plus permissifs depuis que le masque est obligatoire dans les lieux intérieurs. Et que les clients aussi oublient parfois les consignes de base émises il y a à peine cinq mois.

Avant, on faisait la queue à la porte de l’épicerie, ou de la pharmacie, ou de tout autre commerce. Mais depuis quelques jours, quelques semaines, rares sont les fois que j’ai dû faire la file pour entrer acheter mes bananes ou mes Aspirines.

Avant, un employé avait comme seule et unique tâche de désinfecter les paniers d’épicerie. Aujourd’hui, c’est le «faites-le-vous-même». La bouteille de désinfectant et  le rouleau d’essuie-tout sont sur la table à l’entrée, débrouillez-vous.

Avant, un autre employé s’assurait que chaque client se désinfecte les mains avant de pouvoir entrer dans le commerce. Aujourd’hui, la bouteille est là. À vous de vous en servir ou non.

Avant, certains commerces postaient un employé ou un garde de sécurité à la porte qui avait comme devoir de mener des inquisitions en règle. «Avez-vous voyagé au cours des 14 derniers jours ?», nous demandaient-ils. «Avez-vous été en contact avec quelqu’un qui a contracté la COVID-19 ? ». «Comment vous sentez-vous ?». Et ça se poursuivait jusqu’à ce qu’il soit convaincu que vous ne représentiez aucun danger pour l’humanité.

Aujourd’hui, la seule question qu’on nous pose à l’épicerie est la même qu’avant: «papier ou plastique ?». 

Avant, il fallait suivre les flèches au sol dans les allées du magasin. Et si par malheur et par mégarde vous empruntiez une allée dans le sens contraire de la flèche, vous pouviez être assurés qu’un autre client allait vous le faire remarquer. Ils étaient nombreux à s’improviser «p’tites polices d’allées» et à en retirer un malin plaisir. 

Richard Therrien
Applaudissez, le public est de retour

Richard Therrien

Applaudissez, le public est de retour

CHRONIQUE / Est-ce que ces images de parterres vides dans les émissions de variétés ne resteront qu’un vague souvenir de pandémie? Il se pourrait bien que oui. Qu’on rappelle l’animateur de foule, parce que différentes productions testent actuellement des tournages devant publics restreints, et ça marche. Après tout, depuis hier, les rassemblements de 250 personnes sont désormais acceptés par la Santé publique, y compris dans les studios de télévision qui permettent le «deux mètres». 

Ainsi donc, des émissions de Bijoux de famille, la nouveauté de Charles Lafortune à TVA (tournée à l’extérieur), et Le prochain stand-up à V, ont été enregistrées devant un nombre réduit de spectateurs, distanciés à moins qu’ils habitent à la même adresse. Bien évidemment, ça fait un public clairsemé, mais c’est mieux que rien. Curieux de voir ce que ça donne visuellement. On regarde aussi les possibilités de recevoir des spectateurs à La semaine des 4 Julie cet automne, en respectant les règles les plus strictes.

Par contre, à Télé-Québec, on semble moins pressé puisqu’on a repris les enregistrements de Génial! sans public, et que l’église de Y’a du monde à messe restera fermée aux fidèles, du moins pour l’instant. On réévaluera cet automne pour Belle et Bum. Même prudence du côté d’ICI Télé, où André Robitaille et Édith Cochrane ont entrepris les tournages des Enfants de la télé lundi, sans public.

Le plus ironique, c’est qu’à mon grand étonnement, vous avez été très nombreux à m’écrire que vous préfériez les formules sans public au printemps; «enfin, on entend ce qu’ils disent», «à quoi ça sert de crier?» et «les invités se sentent moins obligés de performer», me disiez-vous. Ça me rappelle les louanges pour le hockey sans commentaires durant le lock-out à Radio-Canada.

Il est vrai qu’à Tout le monde en parle, l’absence de public durant le confinement imposait une certaine quiétude, plus de réflexion dans les réponses. Et les applaudissements ne nous ont pas manqués un seul instant au spectacle de la fête nationale à Trois-Rivières. Mais je crains que les réactions du public feront terriblement défaut aux Enfants de la télé, où les rires fusent de partout durant toute l’heure. Pensez juste à La Voix, qui s’alimente énormément des acclamations de l’assistance. Pour La fureur, je pense qu’on peut oublier ça...

Heureusement, il n’est pas venu le jour où on ramènera les «rires en canne» de Symphorien. À V, par exemple, Le prochain stand-up, qu’animera Marie-Lyne Joncas, avait absolument besoin du public. De l’humour sans véritables rires, on s’entend que ce serait mortel. Un gag, silence, un autre gag, silence... Paraît que les tournages de Ce soir on char! au Ciné-Parc Saint-Eustache ont été démentiels, tellement le public d’automobilistes était heureux de renouer avec l’humour sur scène, dans un concert de klaxons. Les deux émissions seront de la première grille du «nouveau» V.

En ce qui concerne les séries de fiction, on a cru un temps devoir se farcir des reprises ou uniquement des séries déjà vues sur les plateformes numériques cet automne. Maintenant que plusieurs tournages ont repris, quel portrait peut-on faire de la programmation d’automne sur les grands réseaux? Le producteur André Dupuy dresse un bilan très positif des deux premières semaines de tournage de L’Échappée, qui prendra l’antenne de TVA un peu plus tard qu’à l’habitude cet automne, après la diffusion des six épisodes de Mon fils, excellente série du Club illico. «Il y a un esprit collectif très fort, autant chez les comédiens que chez les techniciens», me dit M. Dupuy. Il admet du même coup que les choses se compliquent lors des scènes à plus de trois ou quatre personnages, qui nécessitent plus de temps et de prudence.

On le sait: une production dispose d’un quart d’heure par jour pour tourner des scènes plus rapprochées, «à moins d’un mètre, sans masque de procédure ni protection oculaire», précise la CNESST. La production de L’Échappée n’a pas encore profité de ce privilège, mais le fera assurément dans les semaines à venir. «Avant d’y avoir recours, il faut que ça vaille la peine, parce que c’est complexe et les règles sont très strictes», affirme André Dupuy. Il précise que seulement quelques comédiens ont été sollicités pour ces scènes particulières, de même qu’une équipe réduite entièrement dédiée à faire respecter les règles.

M. Dupuy ajoute que les téléspectateurs sentiront la pandémie surtout dans les scènes d’hôpital. «On ne veut pas voir trop de masques», précise-t-il. L’auteure Michelle Allen a dû réécrire plusieurs scènes afin de limiter les complications sur le plateau. Pour l’instant, on compte tourner les 24 épisodes prévus. Le producteur convient qu’une nouvelle interruption due à une possible deuxième vague ne fait pas partie des plans. «On avance comme si tout allait bien, on continue de se protéger et on souhaite être épargnés.»

Par ailleurs, alléluia, les tournages de District 31 ont repris, nous assurant des épisodes manqués de la dernière saison, réunis en quatre heures dans la semaine du 7 septembre. Aetios Productions a plus récemment reparti la machine pour Toute la vie, sans date de diffusion pour l’instant. Dans le cas d’Une autre histoire sur ICI Télé, dont les épisodes de l’automne avaient déjà été complétés avant la pandémie, on reprendra le tournage sous peu pour les épisodes de l’hiver. Parenthèse: sachez que le comédien Brandon St-Jacques Turpin, largué par son agence d’artistes après des allégations d’inconduites sexuelles, n’apparaîtra qu’à quelques reprises durant l’automne dans la série de Chantal Cadieux. «Son personnage [de Colin] ne se retrouve pas dans les textes du prochain bloc dont le tournage débute le 19 août, et compte tenu des circonstances, il ne reviendra pas dans la série», m’informe la production par courriel. Entre nous, c’était la meilleure décision à prendre. St-Jacques Turpin jouait aussi dans L’Échappée, mais il était déjà prévu que son rôle de Jérôme ne revienne pas.

Denis Gratton
Veille de tornade, vous dites?

Denis Gratton

Veille de tornade, vous dites?

CHRONIQUE / Je vous parie que vous avez observé le ciel dimanche après-midi. Que vous l’avez observé à quelques reprises et avec appréhension.

Environnement Canada venait d’émettre une «veille de tornade» pour Gatineau et la grande région de la capitale nationale.

Patrick Duquette
La pirogue d’Amédée Papineau ?

Patrick Duquette

La pirogue d’Amédée Papineau ?

CHRONIQUE / L’origine d’une vieille pirogue découverte au fond d’un lac de l’Outaouais, il y a 3 ans, continue de mystifier les archéologues.

Mais sa présence à cet endroit sauvage et reculé pourrait coïncider avec une expédition du patriote Amédée Papineau, fils aîné de Louis-Joseph, effectuée au tournant des années 1850…

Terrence Prendergast: de livreur de bière à « livreur » de la Bonne Nouvelle

Les grandes entrevues

Terrence Prendergast: de livreur de bière à « livreur » de la Bonne Nouvelle

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / L’archevêque d’Ottawa et d’Alexandria-Cornwall, Terrence Prendergast, est né et a grandi à Montréal, dans le quartier majoritairement francophone d’Ahuntsic.

« C’est là que j’ai appris mon français, se souvient-il. Je l’ai appris avec mes copains de la rue, ceux avec qui je jouais au hockey de ruelle et à toutes sortes de jeux. Mes parents ne parlaient pas français. Quand ma mère allait à l’épicerie, elle pointait vers les produits qu’elle voulait et le marchand l’aidait et restait très accueillant.

Jean-François Cliche
Merdologie 101

Science

Merdologie 101

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Il existe une multitude de fumiers — de poule, de mouton, de vache, purin de porc, etc. Ces excréments d’animaux sont épandus dans nos champs afin de les fertiliser et ainsi obtenir de meilleures récoltes. Alors je me demande : pourquoi les excréments humains ne seraient-ils pas réutilisés de la même manière ?», demande Yolaine Gauthier, Québec.

C’est tout à fait possible et, pour tout dire, cela se fait depuis très longtemps. Dans l’Antiquité et au Moyen Âge, les manières de disposer des déjections humaines variaient du ville à l’autre (avec des niveaux de «succès» tout aussi variables), mais on connaît plusieurs cas où les matières fécales humaines étaient «recyclées» en engrais. En Grèce antique, par exemple, des «professionnels» nommés koprologoi vidaient les fosses privées et revendaient leur contenu à des fermiers, lit-on dans l’ouvrage The World of Ancient Greece : A Daily Life Encyclopedia. À Rome, une partie (apparemment pas très grande, mais quand même) des selles humaines étaient ramassées dans des chariots, puis vendues à des agriculteurs des environs.

Il semble que les villes médiévales autour desquelles les terres étaient naturellement riches et où l’élevage était répandu aient eu plus de difficulté à disposer de leurs matières fécales, puisque les campagnes environnantes n’avaient pas besoin d’engrais supplémentaire. En certains endroits et époques, les habitants jetaient simplement leurs besoins dans la rue et on comptait sur la pluie pour nettoyer les rues, avec les conséquences que l’on devine pour l’hygiène, les odeurs et la santé publique. Mais il demeure : l’usage des excréments humains comme fertilisants agricoles remonte à très loin dans le passé.

Et il se poursuit encore de nos jours, bien que de manière différente. Nos déjections passent maintenant par les égouts, dont les eaux doivent être traitées avant d’être rejetées dans la nature. Mais cela implique évidemment de séparer la matière fécale — que l’on appelle pudiquement les «biosolides», en jargon municipal —, qui doit bien aller quelque part par la suite.

Au Québec, d’après des chiffres du ministère de l’Environnement, un peu moins de la moitié (42 %) de ces biosolides sont «recyclés», pour la plupart sur des terres agricoles, le reste passant par les mêmes voies que les autres matières résiduelles, soit l’incinérateur (49 %) et l’enfouissement (9 %). Ce n’est pas une source très importante d’engrais puisque seulement 1,5 % des champs du Québec s’en servent, comparativement à 65 % pour les engrais minéraux et 50 % pour les fumiers animaux. Mais cela montre que la pratique existe.

On aurait tort, par ailleurs, de croire que tout ce caca s’en va directement aux champs. La matière fécale, qu’elle soit d’origine humaine ou animale, ne regorge pas seulement de nutriments pour les végétaux : elle est aussi très «riche» en microbes, dont plusieurs pathogènes connus, tels e-coli dans les selles humaines, la salmonelle dans les fientes de poules, etc. Plusieurs virus, notamment les norovirus qui sont une des principales causes de gastroentérite, se transmettent également par les selles. Alors épandre de la matière fécale directement dans les champs vient avec un risque de contamination, tant pour la nourriture qu’on y fait pousser que pour les sources d’eau potable environnantes.

C’est pourquoi des règlements obligent à traiter les «biosolides» municipaux avant leur usage dans des champs. Selon ce que l’on fait pousser dans un champ donné — les normes sont plus sévères lorsque les cultures sont destinées à la consommation humaine —, les boues municipales pourront être traitées à la chaux, séchées à hautes température ou compostées de manière industrielle (processus qui détruit la plupart des pathogènes). Précisons à cet égard que les composteurs domestiques n’atteignent pas des températures suffisamment élevées pour détruire les pathogènes, si bien qu’il est fortement déconseillé de se servir d’excréments pour fertiliser son jardin.

En 2016, l’Institut national de la santé publique (INSPQ) s’est penché sur l’usage des boues municipales en agriculture et a conclu que «les règles d’utilisation des biosolides actuellement prescrites au Québec, jumelées au caractère prudent des normes qui sont en vigueur, devraient permettre de maintenir les risques sous des niveaux acceptables».

Enfin, ajoutons que comme les gens jettent toutes sortes de choses dans leurs éviers (restants de peinture, médicaments, etc.), les biosolides peuvent également contenir des polluants chimiques. Mais de ce côté-là non plus, l’INSPQ n’a rien trouvé qui puisse atteindre des concentrations inquiétantes.

Mylène Moisan
Des garderies vides à l’automne?

Mylène Moisan

Des garderies vides à l’automne?

CHRONIQUE / Il fait beau, c’est l’été, les parents profitent des quelques mois de répit annuel des nez qui coulent et des gastros. Enfin presque. Un rhinovirus — un rhume — joue les trouble-fête depuis quelques semaines et, du même souffle, sert de test pour les mesures mises en place pour prévenir la COVID dans les garderies.

Méchant casse-tête en vue.

Si tout le monde s’entend sur l’objectif, force est de constater que, sur le terrain, l’application des directives risque de faire exploser le taux d’absentéisme des parents au travail. C’est que, dès l’apparition de symptômes pouvant s’apparenter à la COVID, les enfants seront retirés.

Ce qui complique les choses, c’est que certains symptômes sont aussi ceux de maladies bénignes qui circulent de façon quasi permanente entre les enfants d’une garderie, soit le mal de gorge, la fièvre, la toux, la perte d’appétit, la diarrhée et les vomissements. Au moindre symptôme, le protocole est activé.

Joëlle*, une mère de deux enfants, en a fait l’expérience. Ça a commencé il y a trois semaines. «C’était un dimanche, mon fils [de deux ans] s’est mis à tousser. Comme c’est un symptôme de COVID, je l’ai gardé. J’ai appelé au 8-1-1, j’ai parlé à quelqu’un 45 minutes plus tard, on m’a confirmé que je devais prendre rendez-vous pour faire un test, on m’a transféré à la centrale des rendez-vous. Ça a pris presque deux heures d’attente et, quand j’ai eu la ligne, ils étaient rendus aux rendez-vous pour le lendemain…»

Et à partir de là, elle devait attendre le résultat avant de pouvoir envoyer son garçon au CPE. «Je ne pouvais pas manquer une semaine de travail, c’est mon conjoint qui a pris sa semaine.»

Ils ont eu le résultat en fin de journée jeudi : négatif.

Et le dimanche, c’est le conjoint qui a commencé à tousser. «Le lundi, on a repris le processus. Il a appelé à la ligne de prise de rendez-vous, il a attendu une heure pour se faire dire qu’ils ne donnaient plus de rendez-vous, mais qu’on allait l’appeler pour lui en donner un. Le lendemain, il n’avait toujours pas de nouvelle.»

Son conjoint est allé directement à la clinique de dépistage près de Fleur de Lys, il a pu être testé. «Personne ne nous a dit qu’on pouvait aller se faire tester là… Ils nous ont appelés le lendemain pour nous donner un rendez-vous, on aurait perdu encore un jour de plus.»

Jeudi, il a eu son résultat : négatif.

Il pensait pouvoir retourner au travail, que nenni, leur fille de quatre ans s’est mise à tousser à son tour. Rebelote, ils sont retournés à Fleur de Lys la faire tester, au moins ils n’ont pas perdu de temps à poireauter au bout du fil. «Le vendredi, la garderie nous appelle et nous dit qu’il faut venir chercher notre garçon parce que notre fille est en attente d’un résultat. Je lui ai dit : “Il a été testé la semaine passée et il est négatif!” Ils m’ont dit : “Pas grave, il faut venir le chercher.”»

Joëlle a aussi commencé à tousser pas longtemps après sa fille, elles se sont fait tester en même temps. «Ma fille a reçu son résultat dimanche soir, négatif, mais ils n’avaient pas mon résultat. Même si on est allée ensemble se faire tester, ce sont deux tests qui sont traités séparément. J’ai eu mon résultat mardi matin, négatif.»

Les enfants ont pu retourner à la garderie. Et le père au travail. «Il a dû prendre deux semaines dans sa banque de vacances.»

Audrey et Frédéric ont vécu un scénario semblable avec leur fils. «Le 15 juillet, il s’est mis à tousser et à couler un peu du nez, nous ont-ils raconté par courriel. La garderie nous a demandé de le reprendre et d’appeler la ligne COVID. Si on nous confirmait que ce n’était pas la COVID, il le reprenait. Nous avons donc appelé et, après une heure d’attente, nous avons eu la confirmation que, selon les symptômes, les risques étaient presque à zéro. Nous l’avons donc retourné à la garderie.

«Le lendemain, le 16 juillet, toux, nez et un peu de fièvre, donc refus de le garder ET obligation de passer un test COVID avec preuve [la personne à qui j’ai parlé a d’ailleurs dit qu’il ne leur était pas permis de nous obliger à fournir une preuve...] pour le reprendre. Nous avons donc rappelé la ligne pour avoir un rendez-vous... le 19 juillet à 10h40... avec 24 à 72 heures pour les résultats. 

«Au final, dans le meilleur des cas, il aura manqué trois jours de garderie [ainsi que sa sœur] et au pire, cinq jours.»

Eux aussi se demandent ce qui se passera lorsque les rhumes et les gastros reviendront en force. «N’importe quel parent qui a ou a eu des enfants en garderie vous le dira, les enfants sont malades les deux tiers du temps [pour ne pas la citer, notre pédiatre nous a dit : 10 rhumes la première année, excluant l’été...]. […] Est-ce que les parents vont devoir prendre une semaine de congé chaque fois qu’un enfant tousse ou que son nez coule? Est-ce qu’un des deux parents serait mieux d’abandonner son emploi pour rester à la maison au cas où? Je vous confirme que pour nous, manquer une semaine chaque fois qu’un de nos enfants va tousser, nous ne pourrons pas garder nos emplois. Nous avons de très bonnes conditions, mais il y a des limites.»

Comme Audrey et Frédéric, Joëlle n’en veut pas à la garderie, qui ne fait qu’appliquer les directives. «Avec le temps que ça prend pour avoir les résultats, je me pose des questions par rapport à l’automne et à l’hiver… Il va falloir qu’ils s’adaptent à la réalité des rhumes, sinon les parents vont devoir avoir une méchante banque de congés!»

Il n’y aura pas beaucoup d’enfants qui seront les bienvenus à la garderie.

«En fait, si on appliquait leur logique jusqu’au bout, à partir du moment où un seul enfant est en attente de résultats, tous les autres enfants avec qui il a été en contact devraient rester à la maison, parce que s’il a la COVID, il l’a probablement attrapée à la garderie… On voit bien que ça ne marche pas.»

Joëlle ne voit pas comment les garderies pourront fonctionner si on ne corrige pas le tir. «L’idéal, c’est qu’il faudrait avoir les résultats vraiment plus rapidement ou qu’ils disent aux familles, “faites-vous tous tester en même temps” . Le système actuel n’est pas efficace, ça va coûter cher aux employés et aux employeurs. […] Notre voisine aussi a attrapé le rhume, elle est professeur donc ça va pour le moment, mais quand l’école aura recommencé, elle va devoir s’absenter en attendant les résultats.»

Parce que le problème ne se posera pas seulement dans les CPE et les garderies, mais dans toutes les écoles aussi.

Au ministère de la Santé, on confirme que «s’ils ne sont pas admis en service de garde à la suite du triage, les enfants doivent demeurer à la maison et ne pourront revenir que lorsque les conditions seront remplies. […] Si l’enfant est référé pour un test diagnostique, il doit attendre le résultat du test avant de revenir. Si le test est négatif, il pourra revenir 24 heures après la disparition des symptômes. Si le test est positif, il ne peut pas intégrer le service de garde avant d’avoir la confirmation de leur Direction régionale de santé publique.»

On précise qu’«il n’y a pas d’exclusion systématique de 14 jours dans tous les cas de figure», ce sera du cas par cas donc.

Joëlle et son conjoint ont bien peur que ce qu’ils ont vécu soit de mauvais augure pour l’automne et l’hiver. «Notre fils, c’est le genre d’enfants qui attrape tous les rhumes, tous, du mois d’octobre au mois de mai. Et là, pour un seul rhume, ça nous a pris deux semaines et demie...»

* Prénom fictif

Jean-Simon Gagné
Autrement dit

Jean-Simon Gagné

Autrement dit

Question éclair

Le 15 juillet, le gouvernement du Tchad a adopté le décret 1577/PR/2020, qui codifie jusque dans les moindres détails les tenues «d’apparat», de «cérémonie» et de «combat» du chef de l’État, Idriss Déby Itno, au pouvoir depuis 30 ans. Parmi les éléments suivants, un seul ne fait pas partie des tenues réglementaires de celui qui s’est autoproclamé «maréchal»? Lequel?

a) Un bâton de maréchal de couleur noire, modèle empire, orné de 23 étoiles dorées de 15 mm;

b) Une cape en soie;

c) Un sabre forgé portant la devise incrustée «Vers l’infini et plus loin encore»;

d) Un pantalon avec bande latérale brodée à la main de couleur or;

e) Une vareuse de couleur bleu nuit avec un col mao orné de motifs feuilles de chêne or, cousus à la main.

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Réponse: c) Le sabre.

Source : Jeune Afrique

Patrick Duquette
Oui, le masque à l’école

Patrick Duquette

Oui, le masque à l’école

CHRONIQUE / Ainsi, l’Ontario imposera le port du masque en salle de classe aux élèves de la 4e à la 12e année en septembre. Mais pas le Québec. Pourquoi pas de couvre-visage obligatoire dans les écoles du Québec? Fouillez-moi.

J’ai renoncé à comprendre. Les consignes de la santé publique sont déjà difficiles à suivre lorsqu’elles proviennent d’une seule province. Vu de l’Outaouais, où l’on suit ce qui se passe au Québec et en Ontario, c’est carrément à y perdre son latin.

L’Ontario suit l’avis de plusieurs experts canadiens en recommandant le port du masque à l’école. Sur les ondes de Radio-Canada jeudi matin, j’entendais le virologue Hugues Loemba expliquer que c’était une bonne mesure sanitaire. Surtout pour les plus vieux capables de le porter correctement.

À LIRE AUSSI : Port du masque obligatoire pour des élèves de l’Ontario

Plan du gouvernement Ford pour la rentrée: « une insulte », jugent les syndicats

Dans le cas des plus jeunes, c’est moins clair. Les touts petits ont tendance à jouer avec leur masque, à le manipuler dans tous les sens. Au point où le couvre-visage devient un facteur de contamination plutôt qu’une mesure de protection… N’empêche, le gouvernement de l’Ontario recommande le port du masque même aux plus jeunes élèves. L’ultime décision reviendra aux parents et aux enseignants. Alea jacta est! (comme quoi, je n’ai pas tout perdu mon latin).

Vous savez quoi?

Je pense que l’Ontario est sur la bonne voie.

On nous rabâche les oreilles que le masque est une bonne mesure de protection dans les endroits clos où il est difficile de respecter la distanciation. C’est vrai à l’épicerie, c’est vrai à la pharmacie, c’est vrai au restaurant, c’est vrai dans une salle de spectacle. Pourquoi ça ne serait pas vrai dans une petite salle de classe où s’entassent 15, 20, 30 élèves?

Certains diront qu’il n’y a pas de consensus scientifique sur la question. D’ailleurs, l’hôpital Sick Kid de Toronto déconseille le port du masque en classe. De crainte, justement, qu’il augmente les risques d’infection au lieu de les réduire. Oui, la communauté scientifique est partagée, admet la directrice adjointe de la Santé publique en Ontario, Barbara Yaffe. 

«Mais il existe aussi un consensus, à savoir que le masque est une bonne protection pour l’entourage.» L’entourage? On peut penser aux profs plus âgés. Certains appréhendent la rentrée de septembre de peur d’attraper la COVID d’un jeune asymptomatique. Si le port du masque en classe peut leur apporter une protection supplémentaire, pourquoi s’en priver?

Et puis, on se plaint qu’il n’existe pas de culture du masque au Canada. Contrairement aux Asiatiques, nous ne portons pas de couvre-visage pour nous prémunir des virus ou de la pollution. Et quand on le porte, on le porte généralement très mal. Sous le nez, sous le menton, dans notre poche… Si on veut réellement développer une culture du masque au pays, le meilleur endroit pour débuter, c’est en salle de classe. Les jeunes sont ouverts aux nouvelles idées. Plus, en tout cas, que les grincheux qui fréquentent les manifs antimasques en regrettant leur «LIBARTÉ!» perdue.

Autre initiative intéressante de l’Ontario: le gouvernement mobilisera 500 infirmières-hygiénistes dans les écoles de la province. Leur rôle? S’assurer que les protocoles sont suivis en cas de flambée de COVID. Ils auront aussi comme tâche de freiner la propagation en milieu scolaire et d’assurer la santé des enseignants et des élèves. Cette étroite collaboration santé-éducation est une bonne idée, dont le Québec devrait s’inspirer. À condition d’avoir assez d’infirmières sous la main pour en déléguer dans les écoles!

Patrick Duquette
Nous sommes tous sur le <em>Diamond Princess </em>

Patrick Duquette

Nous sommes tous sur le Diamond Princess

CHRONIQUE / Vous vous souvenez de Bernard et Diane Ménard?

Les deux Gatinois ont été parmi les premiers Canadiens à attraper cette saleté de coronavirus, en février dernier.

Le couple faisait alors croisière dans les mers d’Asie sur le Diamond Princess.

Un paquebot de luxe qui allait vite acquérir une notoriété mondiale en devenant l’un des tout premiers foyers de la pandémie…

La saga entourant la quarantaine imposée à ses 3700 passagers et membres d’équipage, au large du Japon, avait d’ailleurs été suivie dans le monde entier.

Bref, j’ai repensé aux Ménard en lisant une manchette de l’AFP mardi: «Un seul passager serait à l’origine de l’épidémie sur le Diamond Princess».

À lui seul, ce titre devrait sonner comme un rappel à l’ordre pour ceux qui prennent à la légère les consignes sanitaires.

La COVID a frappé le Diamond Princess avec une force formidable. Comme jadis un certain iceberg le Titanic…

Dans un milieu clos, comme un navire de croisière, le méchant virus venu d’Asie a trouvé un incubateur idéal pour se multiplier.

Il a suffi d’un seul malade, un monsieur de 80 ans qui a séjourné moins de 5 jours sur le bateau, pour contaminer 700 passagers. Sept en sont morts.

S’il fallait encore démontrer l’extrême contagiosité de ce virus, en voilà une nouvelle preuve.

Mylène Moisan
Dire «je t’aime» ne suffit pas

Mylène Moisan

Dire «je t’aime» ne suffit pas

CHRONIQUE / C’est facile de juger une fille qui accepte de revoir un gars même si ce gars lui a fait passer de mauvais quarts d’heure.

Ça m’est arrivé.

Pas de juger, de revoir un ex toxique.

Ça fait plus de 25 ans et je me demande encore pourquoi j’ai fait ça, pourquoi je passais l’éponge, pourquoi je donnais une autre chance, et une autre encore. J’y ai repensé cette semaine en lisant dans Le Devoir les allégations à l’endroit de Julien Lacroix, qui aurait agressé une ex qui avait accepté de le revoir. Je cite : «Près de huit mois après leur rupture, Geneviève Morin reçoit un appel de l’humoriste : il s’ennuie et aimerait la revoir. Elle accepte qu’ils se retrouvent à l’appartement qu’ils ont partagé pendant trois ans. “Il m’a agressée sexuellement. Je lui ai dit ‘non, arrête’ et, malgré ça, il a continué. Je pleurais, mais il a fait ce qu’il avait à faire et quand il a eu terminé, il a remis ses pantalons et m’a dit ‘arrête de pleurer, tu ne sais pas à quel point je t’aime’ et il est parti”, témoigne-t-elle, en sanglots.»

Et j’ai lu les commentaires – je sais, je n’aurais pas dû – de gens qui ont jeté la pierre à la fille : elle avait juste à ne pas le revoir.

J’en ai parlé hier avec André Perron, thérapeute conjugal et familial qui voit défiler des couples dans son bureau depuis 40 ans. Il en a vu de toutes sortes, des jeunes et des moins jeunes, assez pour avoir une très bonne idée de ce qui se trame dans ces unions toxiques, d’où il est plus ardu qu’il n’y paraît de s’extirper.

«D’abord, il faut dire qu’il n’y a pas d’explication simple, uniforme ou généralisante de ces situations, chaque cas est unique. […] Mais je crois qu’il faut d’abord regarder ce que la personne a vécu, de savoir si c’est quelque chose qu’elle a observé comme enfant ou si elle a vécu des situations d’abandon ou de rejet. C’est un schéma qui est persistant dans ce type de relations.»

Et, évidemment, ce n’est pas exclusif aux femmes.

Résultat, «la personne est portée à s’effacer, à endurer des choses qu’on ne devrait pas endurer. Elle finit par croire qu’elle ne mérite pas mieux que ça, par avoir peur de ne pas avoir un remplaçant, de ne pas trouver personne d’autre. Il peut y avoir une peur de la solitude.»

«Il ne faut pas vouloir être en couple à tout prix», parce que le prix à payer est parfois très grand, trop grand.

Et pourquoi revoir un ex toxique? «C’est dû à la croyance que l’autre a changé. L’autre s’excuse, au lieu d’être l’agresseur, il se donne le rôle de la victime et elle se dit “je me suis peut-être trompée”… Ils sont habiles, ils disent : “tu vas voir, j’ai changé” et l’autre se dit : “je vais lui donner une autre chance, d’un coup que je passerais à côté de quelque chose”. Le cerveau est parfois étrange, il banalise des choses évidentes.»

Qui crèvent souvent les yeux des gens autour.

André Perron me parle d’une situation d’aliénation parentale où un père avait monté son ado contre la mère. «Il l’avait démonisée, le garçon a été deux ou trois ans sans la voir. Je me suis investi dans cette situation-là et l’enfant a compris. J’ai rappelé la mère cinq ans plus tard et ça allait toujours bien, mais le fils se demandait “comment j’ai pu croire ça ?” Il était comme hypnotisé, sous le joug.»

Ça peut être la même chose dans un couple.

Et «je t’aime» n’est pas une excuse. «Il faut rappeler que l’amour ne suffit pas. Il faut qu’il y ait de l’engagement, une maturité, une sincérité, un respect, une communication et une discipline. […] Quand on est dans une relation toxique, il vaut mieux y mettre fin parce que le potentiel de changement est très mince.»

Et surtout, ne pas y retourner.

Il faut aussi en finir avec une certaine conception de l’amour, même du romantisme. «J’ai une belle-sœur qui a 94 ans. Quand elle était jeune, elle sortait avec un jeune homme, il était à son premier emploi. Quand il a eu sa première paye, il lui a acheté un cadeau, un bijou… et elle a immédiatement rompu! Ça pouvait ressembler à un geste d’amour, mais c’était un manque de jugement flagrant…»

La ligne est parfois bien mince entre les deux.

Denis Gratton
Le masque à toutes les sauces

Denis Gratton

Le masque à toutes les sauces

CHRONIQUE / C’était en avril 2012. En plein coeur du «printemps érable» au Québec.

À l’instar de milliers d’autres étudiants en province, des dizaines, voire même des centaines d’étudiants de l’Université du Québec en Outaouais (UQO) manifestaient près de leur campus du secteur Hull contre la hausse des droits de scolarité.

Patrick Duquette
Un simple bonjour

Patrick Duquette

Un simple bonjour

CHRONIQUE / Comment réagiriez-vous en apprenant qu’un refuge pour sans-abri déménage dans votre quartier?

Moi, je réagirais exactement comme les gens de Pointe-Gatineau.

Denis Gratton
La côlonoscopie

Denis Gratton

La côlonoscopie

CHRONIQUE / Je suis à un âge où certains examens médicaux deviennent nécessaires, inévitables. On devient un tacot en vieillissant. Il roule toujours, le vieux tacot. Oui, il a un peu de rouille, il a vu de meilleurs jours, il émet parfois des bruits mystérieux. Mais il avance, il est fiable. Mais il faut régulièrement vérifier l’engin et chaque petite pièce du mécanisme afin qu’il puisse rouler encore longtemps. Il faut changer l’huile aux 5 000 kilomètres, mettons.

L’un de ces examens à passer à un certain âge est la coloscopie. Ou la côlonoscopie. Les deux s’utilisent et veulent dire la même chose: on vous insère une espèce de caméra dans le corps pour aller visiter vos entrailles.

Sébastien Pierroz
Le temps presse pour les élèves ontariens

Sébastien Pierroz

Le temps presse pour les élèves ontariens

CHRONIQUE / Le compte à rebours est lancé, à seulement un mois d’une rentrée des classes en Ontario inédite. Les mesures sanitaires et de distanciation sociale s’apprêtent à bouleverser le quotidien des deux millions d’élèves. Comment cela se traduira sur le terrain ? Mystère.

Chose certaine : le processus est long. Ces jours-ci, les 72 conseils scolaires de la province, incluant les 12 de langue française, s’affairent à présenter au ministère de l’Éducation leur plan préliminaire pour le retour en classe.

Denis Gratton
Le «code 699», la suite

Denis Gratton

Le «code 699», la suite

CHRONIQUE / Dans une chronique publiée mercredi sur nos plateformes, je vous ai parlé des congés payés nommés «code 699» que reçoivent certains fonctionnaires fédéraux.

Ces congés sont accordés aux employés du fédéral qui ne peuvent se présenter au travail et/ou qui ne peuvent travailler à distance pour des raisons indépendantes de leur volonté. La pandémie est évidemment l’une de ces raisons.

Mylène Moisan
Pour en finir avec les préposés aux bénéficiaires

Mylène Moisan

Pour en finir avec les préposés aux bénéficiaires

CHRONIQUE / Page 2007 de mon vieux Robert 2010, préposé, ée : «personne qui accomplit un acte ou une fonction déterminée sous la direction ou le contrôle d’un autre», dans le sens de commettant. Ou encore, «agent d’exécution subalterne», dans le sens de commis, comme un préposé au vestiaire, une préposée au stationnement.

Un simple exécutant, donc.

Et pourtant, dans un CHSLD ou dans une résidence pour personnes âgées, ceux qu’on appelle les préposés aux bénéficiaires sont des hommes et des femmes à qui on demande d’être à l’écoute de ceux dont ils prennent soin. Je ne veux surtout pas que ceux qui s’occupent des aînés soient sur le pilote automatique.

C’est là où nous en sommes. Surtout depuis la dernière réforme de la santé en 2015, ceux qui font ce travail n’ont jamais été aussi minutés.

Tout est calculé.

Et l’effet pervers, c’est que ça fonctionne aussi à l’inverse. Dans certains CHSLD, des employés font le minimum parce qu’ils n’ont pas intérêt à en faire plus, ils se limitent à ce qu’on leur demande. 

En 2014, je vous parlais de Francine qui a fait ce métier pendant 36 ans et qui a vu s’enraciner cette culture du toujours plus vite. «Si tu mets les souliers, ce n’est pas long et ça peut permettre d’éviter une chute. Si tu prends un peu plus de temps pour nourrir une personne au lieu de la gaver, elle ne sera peut-être pas malade après. Tu n’auras pas besoin de la changer, de la laver...» 

Jugeote 1, trotteuse 0. 

Francine avait été embauchée en 1973, presque 20 ans avant que les centres d’accueil deviennent des CHSLD. «Avant, on nous appelait les “veilleuses”, on veillait sur les gens, on en prenait soin. Le métier a beaucoup changé, on a accès à plus de formation, à des appareils, mais la base est toujours la même. On ne fait pas juste changer des couches, on accompagne les gens.»

D’où cette idée de balancer à la poubelle le terme «préposé aux bénéficiaires» et son acronyme réducteur, PAB. L’Office québécois de la langue française (OQLF) propose aide-soignant(e), qui est employé en France notamment et qui a le mérite de qualifier ce que ces personnes font – ou devraient pouvoir faire – : soigner, prendre soin. Il faut mettre fin, dans les CHSLD, à la gestion de préposées automates.

Et parce que «bénéficiaire» aussi pose problème.

Je retourne dans mon Robert 2010, à la page 241, bénéficiaire : «personne qui bénéficie d’un avantage, d’un droit, d’un privilège». Au verbe «bénéficier de», on donne le synonyme «profiter» et des exemples comme bénéficier d’un traitement de faveur, d’une remise, d’une allocation familiale.

«Voulez-vous bien me dire de quoi les gens bénéficient dans un CHSLD?»

La question est de Jacques Potvin, qui a consacré sa vie professionnelle aux personnes âgées, qui a créé la psychogériatrie et œuvré pendant plus de 40 ans dans les CHSLD. «Ces gens-là n’ont pas de privilèges, ils résident là parce qu’ils sont malades et ont besoin de recevoir des soins, point.»

Ils n’ont certainement pas de privilèges, avec un budget de repas de 2,14 $ par personne par jour et un ou deux bains par semaine.

Et les bains sautent parfois.

Jacques Potvin a un faible aussi pour «aide-soignante» plutôt que pour préposée aux bénéficiaires. «Je trouve que ça serait très bien, que ce serait l’idéal, ça représente bien leur travail.»

Tant qu’à rebaptiser les PAB, le gouvernement devrait en faire tout autant avec l’affreux acronyme CHSLD dans lequel tellement de langues se fourchent et le remplacer sans attendre par ses Maisons des aînés, expression bien trouvée – et jolie – qui résume bien ce que doivent être ces centres d’hébergement.

Des maisons où il devrait faire bon vivre.

Je ne vois d’ailleurs pas pourquoi les nouvelles maisons des aînés devraient être réservées à 2500 personnes en «perte d’autonomie modérée» comme l’a expliqué en novembre par communiqué la ministre responsable des aînés Marguerite Blais. Tous les aînés devraient se sentir chez eux.

Ça n’a rien à voir avec la largeur des corridors et la grandeur des fenêtres, c’est une question de rapports humains.

Je reçois régulièrement des messages de gens qui me parlent des CHSLD, de bonnes comme de moins bonnes expériences, et les meilleures ne sont pas nécessairement dans les édifices modernes. On me prévient parfois que l’endroit «a l’air de rien», que les corridors et les chambres sont exigus, que la décoration date, puis on me vante l’endroit, les petites attentions, la qualité des soins, surtout les gens qui les prodiguent.  

On s’y sent comme à la maison.

Mylène Moisan
Réjeanne était en fin de vie

Mylène Moisan

Réjeanne était en fin de vie

CHRONIQUE / Vous vous souvenez, il y a deux semaines, quand je vous ai parlé de Réjeanne qui était en CHSLD et qui n’avait pas vu ses enfants depuis quatre mois parce qu’elle n’était pas assez ou pas «précisément» en fin de vie?

Elle l’était, finalement.

Elle est entrée d’urgence à l’hôpital le jour même où je vous racontais son histoire, le 11 juillet. «Vers 20h30, j’ai reçu l’appel de l’infirmière du CHSLD qui me dit nerveusement que Maman doit être transférée d’urgence à l’hôpital. Elle a le visage tout rouge, elle est en grosses sueurs, tachycardie. Elle me dit qu’ils sont incapables de prendre les signes vitaux, qu’ils n’ont pas ce qu’il faut pour savoir ce qu’elle a», me raconte sa fille Johanne.

Johanne arrive en même temps que l’ambulance, elle voit sa mère pour la première fois depuis la mi-mars.

Elle la trouve amaigrie.

À l’hôpital, Réjeanne est emmenée en zone tiède, c’est là que Johanne apprendra que le CHSLD donnait à sa mère une médication palliative. «J’essaye de comprendre comment cela se peut que je n’aie pas été mise au courant, je ne comprends pas. Je dois être mise au courant des changements de médication. Est-ce que ce serait le protocole de COVID? Les infirmières me donnent le nom des trois médicaments palliatifs.» 

L’urgentologue regarde les plaies dont le CHSLD a perdu le contrôle, celle du coccyx mesure 4,5 centimètres de diamètre et trois centimètres de profond, il faudrait l’opérer, mais la chirurgie est risquée. L’infection a commencé par une plaie au talon gauche, Réjeanne n’a maintenant plus de talon.

Johanne a remarqué autre chose. «Elle avait la jambe gauche, celle de la plaie à son talon, complètement recroquevillée sous l’autre cuisse qui appuyait toujours dessus. À l’hôpital, ils ont dit que c’était un réflexe de douleur. Ils n’ont pas pu la déplier. […] Ce qui est sidérant c’est que tout le personnel de l’urgence savait qu’une jambe qui se ramène au corps de cette façon, c’est le signe d’une douleur aiguë. Comment se fait-il qu’en CHSLD, le personnel n’ait pas les compétences pour reconnaître ces signes?» 

Réjeanne était pétrie de douleur.

Le verdict est rapidement tombé, Réjeanne n’en avait plus pour longtemps, elle a été transférée dans une unité de soins palliatifs où ses deux filles et son fils ont pu lui rendre visite autant qu’ils voulaient. 

Où ils ont pu la voir mourir.

Ses deux filles Johanne et Martine se sont battues pendant des semaines pour la voir vivre, pour lui rendre visite, leur mère est restée confinée toute seule dans sa chambre durant quatre mois, parce qu’il y avait des cas de COVID dans son CHSLD et que tous les résidents s’en trouvaient isolés.

Même si le gouvernement a dit que la visite des proches devait être permise, qu’il y ait ou non des cas.

Le CHSLD a demandé et obtenu une dérogation qui a été prolongée, Johanne et Martine ne pouvaient même pas parler à leur mère au téléphone, elles devaient se contenter des nouvelles que lui donnaient les gens du CHSLD, on leur disait que leur mère avait l’air de bonne humeur. 

Elle était atteinte d’Alzheimer.

«Ils ont donné des nouvelles, ils ont toujours été très empathiques, les communications avec moi se sont toujours faites avec respect, écoute et j’ai senti qu’ils auraient voulu changer les choses, mais qu’ils ne pouvaient pas. Les infirmières, tous les intervenants à qui j’ai parlé, la directrice aussi.» 

Et quand Johanne frappait à une porte, entre autres à celles de députés, on lui posait cette question : «Est-ce que votre mère est en fin de vie?» 

Lire : si elle est mourante, on va se forcer.

Le 12 juillet, Réjeanne a été transférée dans une chambre en soins palliatifs où on a essayé d’atténuer ses douleurs autant qu’on a pu avec de la morphine, elle a eu même besoin d’«entre doses» pour ne pas souffrir entre les doses prescrites. Le lendemain, on lui en a donné en continu. «Quand elle a été piquée pour sa perfusion, elle m’a parlé pour que je la rassure, pour que je la protège. […] Pendant quatre mois, elle n’a pas eu ce réconfort, cette présence dans des moments qui ont dû être tellement insupportables.» 

Après ça, elle a dormi presque tout le temps.

Ses trois enfants et ses proches se sont relayés pour que Réjeanne ne soit plus seule, Johanne passait les nuits avec elle dans sa chambre. «J’espère que maman a pu sentir qu’elle n’avait pas été abandonnée, que nous étions encore là pour elle. J’espère qu’elle a été rassurée de voir son monde. Tout son monde tenait absolument à venir la voir pour lui dire leurs adieux pour être proche d’elle dans ses tout derniers moments.» 

Le 16 juillet, à 13h35, Réjeanne est allée rejoindre son mari. 

Elle avait 90 ans.

Son mari est décédé le 19 décembre, c’était un homme réservé, tout le contraire de sa Réjeanne, sociable et joviale, qui adorait recevoir et mitonner des festins. Johanne a demandé à son père ce qu’il voulait avant de mourir, il a répondu : «Je voudrais voir du monde.» Elle était surprise. «Mon père, un homme solitaire, de peu de mots, sa seule volonté en fin de vie c’était de voir du monde, son monde. Et ma mère, qui était sociable, qui avait toujours quelque chose à dire, qui était au courant de tout, sa fin de vie, c’est quoi?» 

À LIRE AUSSI: Dans sa chambre depuis quatre mois

Marc Allard
Ah non! J’ai oublié mon masque

Nous, les humains

Ah non! J’ai oublié mon masque

CHRONIQUE / Samedi matin, dans une station-service en Mauricie, pas de paiement à la pompe, je dois payer à l’intérieur. Pendant que je fais le plein, une voix à l’interphone me fait sursauter : «Monsieur, avez-vous votre masque?»

Fier d’y avoir pensé en cette première journée du port obligatoire dans les commerces, je réponds : «Oui, madame, j’ai mon masque!» Et, dans ma tête, je me dis : «Bravo, t’es bien parti.» 

Le lendemain, je pousse la porte d’un dépanneur de Limoilou pour aller acheter de la bière. «Monsieur, vous ne pouvez pas entrer si vous n’avez pas de masque», m’avertit la caissière. 

Maudit, j’ai oublié mon masque. Je retourne bredouille vers la maison en me disant que je ne suis pas si bien parti finalement. Comble de l’agacement, je croise un voisin qui se rend au même dépanneur que moi. Évidemment, lui, il a trimballé son couvre-visage. 

— «Ah, bravo, t’as pas oublié ton masque!» je lui dis. 

— «Non, je reviens de chez nous. Moi aussi je l’avais oublié!»  

Vouloir respecter la consigne du masque obligatoire dans les commerces est une chose, ne pas l’oublier en est une autre. 

Vous allez me dire, ce n’est pas compliqué. Tu sors de chez vous, t’amènes tes clés, ton portefeuille, ton cellulaire et, maintenant, ton masque. Non, pas si simple. Attraper le trio clés-portefeuille-cellulaire avant de partir, on l’a fait des milliers de fois, c’est devenu un automatisme. 

Apporter le masque, c’est une nouvelle habitude à développer. Il faut répéter un nouveau comportement sanitaire en moyenne 66 jours avant qu’il s’automatise… 

Vous pouvez vous autoflageller chaque fois que votre mémoire escamote le masque. À un moment donné, ça va peut-être rentrer. 

Mais vous partez avec une grosse embûche : pour se remémorer de faire quelque chose, il faut y être attentif. Or, nous passons 43 % de notre journée sur le pilote automatique, à faire des choses sans y penser. 

Pour ne pas oublier le masque, vaut mieux ne pas faire confiance à sa mémoire et se servir de son environnement. 

Daniel J. Levitin, professeur émérite au département de psychologie de l’Université McGill, explique dans son livre L’esprit organisé : mettez de l’ordre dans vos idées (2018) que le meilleur moyen de ne pas oublier des choses est de déléguer le travail d’attention et de mémoire à un support extérieur. 

Pour le masque, ça signifie d’abord qu’il faut en acheter plusieurs et les disposer dans des endroits qui nous rappelleront de les apporter ou dans des compartiments ambulants qui nous suivent jusque dans les commerces. 

Alors, accrochez vos masques sur les mêmes crochets que votre porte-clés, mettez des masques dans votre coffre à gants, votre sac à dos ou votre sacoche. 

L’astuce, c’est d’associer la nouvelle habitude du masque à une habitude déjà ancrée. Je prends mes clés avant de partir, je saisis le masque ensuite. 

Les spécialistes en psychologie comportementale appellent ça «l’empilage d’habitudes». Avant la COVID-19, je vous avais parlé de l’efficacité de cette technique dans une chronique mondaine sur la soie dentaire. Je vous suggérais «d’empiler» la soie dentaire sur le brossage de dents.

Vous pouvez aussi vous servir du masque pour empiler d’autres habitudes sanitaires. 

La professeure Wendy Wood, chercheure spécialisée dans les habitudes, donnait récemment sur Twitter un exemple parfait d’empilage. Je vous laisse 15 à 30 secondes pour deviner. 

Chaque fois que vous enlevez le masque, lavez-vous les mains. 

Denis Gratton
Le «code 699»

Denis Gratton

Le «code 699»

CHRONIQUE / On les classe dans la catégorie «autres congés payés». Dans le jargon de la fonction publique fédérale, ces «autres congés payés» sont aussi connus comme le «code 699».

Quand peut-on utiliser le «code 699» pour justifier une absence au travail ? À quel moment un fonctionnaire fédéral peut-il profiter de cet « autre congé payé » afin d’obtenir son plein salaire sans devoir piger dans sa banque de congés de maladie ou de vacances ?

Patrick Duquette
La fin du gazon

Patrick Duquette

La fin du gazon

CHRONIQUE / Ainsi un couple du village de Masham refuse délibérément de tondre son gazon. Au risque d’écoper d’une amende de 400 $ pour entorse au règlement municipal.

Samuel Cloutier et Jazmine Maisonneuve refusent non seulement de tondre leur pelouse, ils ne veulent pas de pelouse du tout. «Nous n’avons pas semé de gazon de manière délibérée parce qu’en fait, nous voulons un pré», a expliqué la dame à CBC.