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Patrick Duquette

Le pont de la discorde

CHRONIQUE / Le député libéral Steven MacKinnon a beau répéter que la décision de construire un 6e pont relève de la compétence exclusive du gouvernement fédéral, il ne pourra imposer un projet de cette envergure sans l’assentiment des maires d’Ottawa et de Gatineau.

Or tant Jim Watson que Maxime Pedneaud-Jobin s’opposent à un nouveau pont. Les deux maires jugent préférable d’investir d’abord dans un système de train léger qui relierait les deux villes via le pont du Portage. Le transport en commun est, à leurs yeux, une solution préférable à un nouveau pont pour réduire la congestion routière dans le respect de l’environnement.

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Boudrias réclame un débat au conseil

Sylvain St-Laurent

C’est physique, pas mental

CHRONIQUE / Certains observateurs ont été surpris — et déçus — quand Maxime Lajoie a été retranché, au camp d’entraînement des Sénateurs.

Ces gens estimaient que le jeune défenseur franco-albertain avait suffisamment bien joué pour entreprendre la saison dans la Ligue nationale

Roger Blackburn

La légalisation, un an plus tard

CHRONIQUE / Il y a un an, le gouvernement de Justin Trudeau rendait légale la vente de cannabis au Canada. Cette légalisation a engendré de nombreuses discussions dans les chaumières un peu partout au pays. Alors que dans plusieurs villes du Québec, des consommateurs de cannabis faisaient la file dans les succursales de la Société québécoise du cannabis (SQDC), les fumeurs de pot du Saguenay-Lac-Saint-Jean devaient s’approvisionner en ligne sur le site Internet de la nouvelle société d’État.

Il aura fallu attendre plus d’un an pour que des succursales ouvrent à Alma (940 avenue du Pont Sud) et à Chicoutimi (317 rue Montcalm). La succursale d’Alma devrait ouvrir dans quelques jours alors que la marchandise commence à prendre place sur les tablettes. À Chicoutimi, les ouvriers, qui complètent l’aménagement intérieur, m’ont indiqué, lors d’une brève visite mercredi après-midi, que les corps de métier doivent libérer la place en fin de semaine pour une ouverture prévue à la fin du mois d’octobre.

Chronique

L’antidote aux dérives du capitalisme

CHRONIQUE / Ne comptez pas sur Alban D’Amours pour jouer le rôle de «belle-mère» au Mouvement Desjardins. Selon lui, l’institution québécoise n’a pas perdu son âme, n’est pas dénaturée. Son expérience chez Desjardins et du coopératisme international l’amène même à conclure que le coopératisme est un antidote aux dérives du capitalisme. C’est d’ailleurs le titre du livre qu’il lance cette semaine.

Des économistes se portent cet automne au chevet du capitalisme malade, incapable ou peu enclin à trouver des solutions aux inégalités sociales, aux enjeux climatiques et de développement durable.

Jeremy Rifkin propose Le New Deal vert mondial. Thomas Piketty, Capital et idéologie.

À la petite échelle du Québec, Alban d’Amours, qui a présidé le Mouvement Desjardins de 2000 à 2008, suggère pour sa part de miser davantage sur le coopératisme pour faire contrepoids au capitalisme et créer un nouvel ordre économique et social. Son ouvrage : Le coopératisme, un antidote aux dérives du capitalisme. Réflexions ancrées dans mon parcours chez Desjardins.

Selon M. D’Amours, la logique d’affaires fondée uniquement sur le profit de l’actionnaire a montré ses limites. En entrevue mardi au Soleil, il souligne que les dirigeants des 180 plus grandes entreprises américaines arrivent au même constat.

Économiste de formation, il prône un autre modèle d’affaires, celui des coopératives avec leur modèle de propriété collective, leur gouvernance démocratique et leur logique d’affaires qui en est une de service.

Il rappelle que certains ont sourcillé lorsqu’il a commencé à utiliser la notion de modèle d’affaires pour parler des coopératives. Pour lui, celles-ci sont de «véritables entreprises, soumises à la concurrence et fortes de leur logique de service».

L’homme, qui a été professeur à l’Université de Sherbrooke et sous-ministre au gouvernement du Québec avant de faire son entrée chez Desjardins en 1988, est inquiet de la montée du populisme et des inégalités sociales.

Il croit que le désordre économique met en péril nos démocraties. 

Il déplore la tyrannie des objectifs trimestriels qui rend difficile, voire impossible, la prise en compte d’enjeux sociaux et environnementaux majeurs.

«La culture financière du court terme a envahi l’espace gouvernemental, l’ignorance a pris le pas sur la science, les inégalités croissantes nourrissent la grogne, la mondialisation n’a pas répondu aux espoirs qu’elle suscitait, les directions politiques perdent leurs repères et les démocraties se fragilisent alors qu’on voit poindre des relents de totalitarisme», écrit-il dans son livre de 189 pages qu’il considère comme un héritage.

L’ouvrage, publié aux Presses de l’Université Laval, a été lancé mercredi à l’Université Laval où sa fille Sophie est rectrice. M. D’Amours est aussi diplômé de l’Université Laval. La préface du livre est signée par Guy Cormier, président et chef de la direction du Mouvement Desjardins. 

L’auteur estime que le coopératisme peut contribuer à rééquilibrer l’économie mondiale parce que sa logique d’affaires est plus inclusive. «Elle tient compte du social, des employés, des dirigeants, des enjeux climatiques et du développement durable». 

Philanthrope, M. D’Amours a contribué l’an dernier à la création de la Chaire de leadership en enseignement Alban-D’Amours en sociologie de la coopération, à l’Université Laval. «Pas en affaires, pas en économie, mais bien en sociologie. Pour moi, c’était important».

M. D’Amours souligne également que performance, rentabilité et productivité vont de pair avec le coopératisme. Un modèle qu’il juge d’ailleurs bien adapté pour l’économie circulaire et l’économie de partage. «La vraie économie de partage. Pas celle d’Uber comme le prétend le gouvernement», précise-t-il. Il voit dans l’économie de partage à la Uber, «une sorte de prolétarisation de la propriété privée».

Il préconise trois axes de performance globale et durable : la satisfaction des membres, des clients, des contribuables (du temps qu’il était sous-ministre), la productivité par l’efficacité et l’innovation, et la mobilisation des ressources humaines par le développement des compétences, la responsabilisation et la satisfaction du travail bien fait.

L’âme de Desjardins 

L’ancien président de Desjardins entend bien les critiques dont fait l’objet l’organisation lors de la fermeture de guichets automatiques ou de regroupement de caisses populaires.

Pas question pour lui de sortir sur la place publique pour critiquer le Mouvement, comme le fait parfois un autre ancien dirigeant, Claude Béland. M. D’Amours dit préférer les liens directs avec la haute direction. «C’est plus efficace et plus constructif.» Il précise qu’il a participé à tous les congrès et n’a raté qu’une seule assemblée générale en 40 ans. 

Des conseils aux dirigeants de Desjardins : se laisser guider par les éléments immuables de son modèle d’affaires, réinventer la proximité, revitaliser sa gouvernance démocratique en misant sur le numérique et accroître sa productivité. 

«Les arbitrages doivent protéger la primauté de l’intérêt des membres dans un contexte de rentabilité suffisante et rassurante. Notamment, la modification des modes d’accès aux services devrait être accompagnée de modes compatibles avec sa logique d’affaires, même s’il faut assumer temporairement des coûts additionnels nécessaires à la mutation et à son acceptabilité par les membres.»

Selon M. D’Amours, «l’âme de Desjardins» a évolué depuis les 120 dernières années, mais les membres, les dirigeants et les employés ont toujours soif d’humanisme.

Joël Martel

Histoire d’Uber

CHRONIQUE / Marc qu’il s’appelle. Un jeune musicien qu’on a immédiatement envie d’inviter à venir boire une bière.

Ce soir-là, on partageait la même affiche lors d’un concert à Saint-Prime, et comme Flap nous avait tous invités chez lui, je me suis retrouvé sur son patio à griller des clopes et à boire une bière en discutant avec ce bon vieux Marc.

Télé et radio

Olivier: quatre nouvelles catégories

CHRONIQUE / On peut parler de succès pour Philippe Laprise et Pierre Hébert, à leur première coanimation des Olivier l’an dernier : le gala de l’humour a attiré 1342 000 téléspectateurs sur ICI Télé et le duo a décroché le Gémeaux de la meilleure animation en humour. Les deux mêmes remettront ça le dimanche 8 décembre à 20h sur ICI Télé, alors que les artistes les plus souvent nommés sont Mehdi Bousaidan, Mike Ward et Julien Lacroix, quatre fois chacun, notamment pour l’Olivier de l’année.

L’an dernier, le numéro chanté d’Arnaud Soly, composé de véritables commentaires sur les pages Facebook des humoristes, avait fait fureur; on annonce d’autres numéros tout aussi surprenants cette année. Aussi, quatre catégories s’ajoutent. «Nous voulions favoriser davantage les auteurs, qui n’étaient récompensés que dans une catégorie, celle des spectacles. On voulait mettre en lumière leur travail dans d’autres sphères», explique la directrice générale de l’Association des professionnels de l’industrie de l’humour et productrice exécutive du gala, Joanne Pouliot. Ainsi, un Olivier sera décerné au meilleur texte d’une série télé ou Web humoristique, et un autre pour la capsule ou le sketch télé/Web humoristique, tous deux remis lors du cocktail de l’industrie, tenu juste avant le tapis rouge. La conception visuelle et la production de spectacles seront aussi récompensées.

Et qui succédera à François Bellefeuille pour l’Olivier de l’année? Les noms de sept humoristes seront soumis au choix du public : Alexandre Barrette, Louis-José Houde, Katherine Levac, Mariana Mazza, Mehdi Bousaidan, Mike Ward et Julien Lacroix. On pourra voter en ligne à partir du 25 novembre jusqu’au soir du gala.

En télévision, Boomerang, En tout cas, Lâcher prise, Max et Livia et Trop s’affrontent dans la catégorie des séries humoristiques, alors que Comédie sur mesure, Like-moi!, Mets-y le Paquet, Roast Battle le grand duel et Le vrai gala de... font de même pour les comédies. L’Olivier de la découverte ira à un de ces cinq noms : Sam Breton, Philippe-Audrey Larrue-St-Jacques, Christine Morency, Guillaume Pineault et Arnaud Soly. Les noms d’Alex Perron et des Grandes Crues apparaissent dans trois catégories, dont celle du spectacle d’humour de l’année, aux côtés de Mehdi Bousaidan, Guillaume Wagner, Simon Gouache, Patrick Groulx et Mike Ward.

L’idée de déplacer le gala à la fin de l’automne il y a deux ans a porté fruit : plusieurs humoristes ont vu leur vente de billets de spectacles augmenter substantiellement à l’approche des Fêtes, selon Joanne Pouliot. «Dès le lendemain, ça a eu une influence. Tout le monde est très content de ce changement de date.» Comme l’an dernier, Anaïs Favron et Mario Tessier animeront «L’avant-gala» et «L’après-gala».

Télé et radio

Ils détestent les femmes

CHRONIQUE / Le 23 avril 2018, Alek Minassian tuait 10 personnes et en blessait une quinzaine d’autres dans un attentat au camion-bélier à Toronto. Cet homme, qui avait déjà confié sur Internet qu’il détestait les femmes, est-il un cas d’exception? Ou est-il plutôt l’exemple poussé à l’extrême d’un mouvement de haine qui pourrit Internet?

Bitch! Une incursion dans la manosphère s’intéresse à ces hommes en colère, qui se sentent écrasés par les féministes, ou par les femmes tout court. Un documentaire troublant signé Charles Gervais et produit par Marie-France Bazzo et le magazine L’actualité, que diffuse Télé-Québec ce soir à 20h, et qui a été présenté en primeur au Festival de cinéma de la ville de Québec.

Après l’attaque de Toronto, le journaliste Marc-André Sabourin a été intrigué par le mouvement «incel» (célibataire involontaire), qu’on citait dans la presse chaque fois qu’il était question du meurtrier. Qui sont ces hommes? Que veulent-ils? Et sont-ils une réelle menace? En cherchant sur le net, il a découvert tout un monde, la manosphère, où se retrouvent les hommes pour échanger sur leurs problèmes avec les femmes. Et ce qu’il en ressort est souvent très laid, et parfois à vomir.

Bien qu’on en parle, le documentaire ne donne pas la parole aux plus radicaux, qui vénèrent les assassins, mais certains propos vous feront néanmoins sursauter, voire rager ce soir. Comme ceux de Segniorito — la plupart utilisent des noms d’emprunt —, pour qui les femmes contrôlent clairement la société. Pour cet homme qui s’identifie aux «Men Going Their Own Way» (hommes suivant leur propre voie), se donner à une femme signifie ni plus ni moins que de se soumettre à ses quatre volontés. «Nous, les hommes, on a bâti la société avec notre sang et notre sueur, et aujourd’hui, la femme la contrôle avec la législation. C’est comme ça. On n’a plus grand-chose à dire.»

Olivier Kaestlé est sans le doute le plus modéré et le plus nuancé de tous ceux que vous entendrez. Pour ce blogueur et essayiste, les revendications féministes étaient justifiées à une certaine époque, mais plus maintenant. Il déplore que les hommes aient accès à 11 fois moins de services d’aide que les femmes au Québec, et qu’on tourne en dérision ce que les hommes vivent. Signataire d’un blogue masculiniste qui a été fermé, selon lui «sous les pressions féministes», il remarque aussi la timidité des médias lorsqu’ils abordent la question, de peur d’indisposer les féministes, croit-il.

C’est peut-être ce que l’on peut reprocher à ce documentaire : avoir mêlé radicaux et modérés, qui ne logent clairement pas à la même adresse. Mais si ce documentaire a une qualité, c’est celle de nous ouvrir à cette horrible réalité, que nous aurions tort d’ignorer, et de lancer les discussions.

UNE COMÉDIE SUR LES INFLUENCEURS

L’auteur Marc Brunet, qui a notamment signé Like-moi! durant cinq saisons, se lance dans un nouveau projet: une parodie de téléréalité sur quatre influenceurs dans la vingtaine, sous l’emprise d’une productrice très contrôlante. La série de 13 demi-heures sera d’abord lancée sur l’Extra d’ICI Tou.tv à l’hiver 2021. Il s’agit d’un retour à la série de fiction en continuité pour Marc Brunet, depuis Le cœur a ses raisons, diffusée à TVA de 2005 à 2007. Ses autres émissions, 3600 secondes d’extase, Les bobos et Like-moi!, étaient des séries à sketchs. L’auteur compare la téléréalité de sa nouvelle fiction à celle des Kardashian, à la télé américaine. Déjà, il aborde l’univers des influenceurs et de la téléréalité dans Like-moi! avec le personnage de Gaby Gravel et la parodie Je choisis Jonathan. Le film québécois Fabuleuses, de Mélanie Charbonneau, coécrit avec Geneviève Pettersen, a récemment abordé la question au grand écran. Par ailleurs, la cinquième saison de Like-moi!, disponible cet hiver sur le Club illico et plus tard à Télé-Québec, sera la dernière. La nouvelle série, dont le titre de travail est Gloire et influence, sera produite par Josée Fortier chez Zone 3 et compte offrir une tribune à de nouveaux talents, comme c’était le cas pour Like-moi! Ce n’est pas encore prévu, mais il n’est pas impossible que Gaby Gravel, jouée par Florence Longpré, y fasse une apparition.

Claude Villeneuve

Faut-il couper plus de forêts ?

CHRONIQUE / La semaine dernière, le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, a déclaré en substance « qu’il fallait couper plus de forêts pour lutter efficacement contre les changements climatiques », suscitant un tollé général. Au-delà des cris d’orfraie, qu’en est-il exactement ?

Dans son enthousiasme, le ministre a pris un raccourci dangereux avec des notions qu’il ne maîtrise sans doute pas vraiment. S’il est vrai que de jeunes arbres absorbent plus de CO2 par hectare qu’une forêt mature, pendant une certaine période de leur croissance, cela n’est vrai que partiellement. Selon les espèces, la vitesse de croissance est maximale après 20 à 30 ans et elle décroît ensuite après 50 ou 60 ans, pour s’arrêter dans les vieilles forêts. La vitesse de croissance est une bonne mesure de la quantité de CO2 captée par les arbres, donc de leur contribution à la lutte aux changements climatiques, mais elle n’est pas la seule. Les forêts plus vieilles poussent moins vite ou pas du tout, mais elles n’en font pas moins la photosynthèse. À la différence de la jeune forêt, le carbone s’accumule alors dans les sols et le bois mort. Tant que l’arbre n’est pas complètement décomposé, il reste dans l’écosystème une quantité de CO2 séquestrée qui ne contribue pas au réchauffement climatique.

Denis Gratton

Bonjour Welcome

CHRONIQUE / Alors que la chicane est pognée au Québec sur la question « Bonjour Hi », les Franco-Ontariens renouvellent leur campagne « Bonjour Welcome ». Comme quoi nous sommes parfois deux solitudes entre francophones du même pays…

La situation est cependant bien différente entre ces deux provinces, je ne vous apprends rien. Au Québec, les francophones sont majoritaires et, selon plusieurs, la seule langue d’accueil devrait être le français. En d’autres mots, le « Hi » n’a pas sa place dans les commerces de la Belle Province.

Sylvain St-Laurent

Grand jour pour deux arbitres

CHRONIQUE / Il y a du bon monde, au sein de la confrérie des arbitres de la Ligue nationale de hockey.

Le juge de lignes gatinois Julien Fournier devait faire ses débuts officiels dans les majeures, en ce long week-end. Les gens qui sont responsables des affectations auraient pu l’envoyer n’importe où. On aurait pu le faire travailler à Philadelphie, où il s’est installé pour l’hiver. On aurait pu l’envoyer tout près, à New York, au New Jersey.

Patrick Duquette

Et Dieu créa l’émoticône

CHRONIQUE / Êtes-vous du genre à parsemer vos textos de bonshommes sourire, cœurs et autres émoticônes ?

Pour tout vous dire, j’essaie de résister à cette tendance. Je préfère encore écrire « je t’aime » à ma blonde que de lui envoyer un dessin de cœur. Question de préférence. Peut-être aussi que je me fais vieux, et que j’ai de la misère à suivre les nouvelles tendances !

Denis Gratton

Le jour de la marmotte

CHRONIQUE / La Ville d’Ottawa embauche tellement de gens unilingues anglophones dans des postes de cadre que ce n’est plus une classe de français qu’elle aura besoin, mais bien d’une école !

On apprenait la semaine dernière que le conseil municipal d’Ottawa a accepté de faire exemption à sa politique de bilinguisme — une cinquième fois en moins de quatre ans — afin d’embaucher deux membres de sa haute direction. Ces deux personnes devront suivre une formation linguistique obligatoire offerte par la Ville, comme le stipule la politique sur le bilinguisme de la Ville.

Sébastien Pierroz

Pleins feux sur Denise Bombardier

CHRONIQUE / Doug Ford et Denise Bombardier ne se rencontreront probablement jamais. La romancière québécoise partage au moins un point commun avec le premier ministre ontarien : la capacité à mettre les francophones en contexte minoritaire dans tous leurs états en quelques heures. Avons-nous la peau trop sensible ? Denise Bombardier est-elle condescendante ? Faut-il encore parler d’elle ? Trop de questions.

Pendant que l’on fixe « la Bombardier », on en oublie le principal : les élections fédérales auront lieu le 21 octobre. Et alors que la campagne entre dans son dernier droit cette semaine, les enjeux pour les francophones en contexte minoritaire – un peu plus de 3 % de la population canadienne – ne font guère parler. Moins en tout cas que les déguisements de Justin Trudeau ou les passeports d’Andrew Scheer.

Mylène Moisan

Quand la vie tient à un texto

CHRONIQUE / Vous avez déjà vu en roulant sur l’autoroute cette annonce contre le texto au volant, un grand panneau avec «à deux doigts de la mort» dessus.

Il y en a qui sont à deux doigts de la vie.

Ceux-là ne sont pas trop pressés de répondre à leur douce moitié pour savoir ce qu’il y a pour souper, ils ne sont plus pressés de rien, à part peut-être d’en finir avec leurs problèmes. Et parfois, ils trouvent leurs problèmes tellement gros qu’ils ne voient pas une autre solution que la mort.

Il y en a d’autres, mais ils ne les voient pas.

Chaque fois qu’on parle de suicide, on prend la peine d’écrire quelque part, au cas où quelqu’un qui lit le texte aurait des idées noires, «vous avez besoin d’aide? Composez le 1 866 APPELLE».

Parfois, c’est trop demander.

«Il y a des personnes pour qui prendre le téléphone pour appeler à l’aide, c’est au-dessus de leurs forces, constate Jérôme Gaudreau, directeur de l’Association québécoise pour la prévention du suicide. Ils n’ont pas la volonté ou la capacité de prendre le téléphone pour demander de l’aide.»

Et pourtant, «ce sont souvent les plus mal en point».

Les plus proches de l’irréparable.

En novembre 2017, le Canada a lancé un premier service en ligne d’un océan à l’autre — à l’exception du Québec — permettant aux gens d’appeler à l’aide par texto et par clavardage. Sans aucune publicité, seulement par le bouche-à-oreille et par les réseaux sociaux, le service a vite croulé sous la demande.

Tellement qu’il a été interrompu un peu plus de six mois plus tard, faute d’argent pour continuer. Pris de court par la popularité du service, le Centre canadien de crise a été forcé de déclarer forfait après avoir été contacté près de 8000 fois par clavier, plus que par téléphone durant la même période. 

Encore aujourd’hui, à l’exception de certaines grandes villes du pays qui offrent leurs propres services en ligne, il n’existe aucun autre moyen qu’une ligne d’urgence pour une personne qui veut en finir avec la vie.

Au Québec? On y travaille.

Responsable du développement des contenus cliniques de la stratégie québécoise de prévention du suicide, Louis-Philippe Côté confirme que la province planche sur un service d’appel à l’aide en ligne, par texto et par clavardage. À l’heure actuelle, quelques rares organismes peuvent être contactés en ligne, par exemple Tel-jeunes et Jeunesse, j’écoute et Interligne, pour les LGBTQ+.

«Des services en ligne, ça existe depuis environ 15 ans. Il y en a aux États-Unis, en Australie, en Europe. On sait que ça fonctionne, que ça marche et on va pouvoir profiter de l’expérience des autres pour élaborer les services qu’on aura au Québec. On va être à jour, on va même innover. Mon rêve, c’est qu’on devienne les chefs de file. Au Québec, on a toujours été bons en prévention. On a été en retard pour les services en ligne, mais on va le rattraper.»

Quand le service sera-t-il disponible? «On développe des techniques d’intervention et ensuite, il faudra embaucher des intervenants, les former. On vise la fin de 2020», indique Jérôme Gaudreau.

Je comprends la complexité de l’entreprise, mais un an, c’est une éternité pour quelqu’un qui n’a pas la force de prendre le téléphone.

Et ils sont nombreux. «Quand on analyse les données disponibles, on voit que c’est une clientèle qui est plus jeune, de 30 ans et moins et qui ont des problématiques plus complexes, avec un degré de risque suicidaire plus élevé, résume M. Côté. Il y a trois types de personnes, celles qui ont une problématique de santé mentale, qui sont suivies par un travailleur social ou par un psychologue, celles qui n’ont jamais fait affaire avec le réseau de santé mentale, qui tâtent le terrain parce que c’est plus facile de communiquer leur détresse, celles qui ne veulent rien savoir de parler à quelqu’un, du face à face, qui veulent des services anonymes.»

Les deux derniers types n’appellent pas. On le voit où il y a des services en ligne, ces demandes s’ajoutent aux demandes par téléphone.

Elles ne les remplacent pas.

Ça veut dire que, présentement, ces personnes ne demandent pas d’aide. L’expérience canadienne montre que le besoin est là et qu’il est énorme, tellement qu’on sait déjà que les services en lignes du Québec ne fourniront pas. «La majorité des services en ligne ont été dépassés par la demande, il est impossible de répondre à tout le monde tellement la demande est énorme. Notre a priori, c’est qu’on va fonctionner à pleine capacité avec un temps d’attente. Est-ce qu’on se dit que, parce qu’on ne pourra pas répondre à tout le monde, on serait mieux de ne pas offrir de services? On se dit que c’est mieux de répondre à ceux qu’on peut.»

Au Québec, 80 personnes tentent chaque jour de mettre fin à leur vie, trois d’entre elles commettent l’irréparable.

C’est quand même particulier, à un an de l’entrée en service, on convient déjà que des personnes qui appelleront à l’aide n’en auront pas. «Pour opérer un service qui répondrait à toute la demande, il faudrait beaucoup de ressources.»

Le gouvernement ne disait-il pas que c’était une priorité?

Pas assez, il faut croire.

Jean-Marc Salvet

Catalogne: de l’entêtement à l’ignominie

CHRONIQUE / En Catalogne, la judiciarisation d’un problème politique a conduit à une ignominie. Des leaders indépendantistes ont été condamnés à des peines de 9 à 13 ans de prison pour sédition et malversation de fonds publics. Triste jour pour nos démocraties occidentales.

Un tel procès n’aurait jamais dû se tenir dans un pays démocratique. C’est d’autant plus vrai qu’il n’y aura d’autre issue à cette crise politique qu’un règlement politique. Mais avec quelles secousses graves et avec quels dérapages d’ici là, si les grands partis politiques espagnols, actuellement engagés dans une campagne électorale, ne proposent jamais aucun dialogue?

Chaque camp est dans sa logique, certes, mais l’attitude butée des hautes autorités espagnoles n’a fait que jeter de l’huile sur le feu au fil des ans. Cet entêtement fou à tenter de régler un problème politique par la voie judiciaire a été, pour dire le moins, contre-productif.

Ce sont les autorités espagnoles et personne d’autre qui ont amplifié le mouvement indépendantiste catalan depuis 2010 — mouvement qui ne fait pas l’unanimité au sein de la société catalane, mais qui ne cesse de prendre de l’ampleur. Ce sont les autorités espagnoles qui l’ont fait croître.

L’Union européenne devrait sortir de sa torpeur et regarder au-delà des malaises de certains de ses États membres. Et comprendre que, malgré les fautes politiques commises par certains leaders indépendantistes catalans, elle a le devoir de se porter en médiatrice. Elle doit concourir au dialogue entre les parties.

Comme l’ont dit près de 100 maires du département français des Pyrénées-Orientales (qualifié de «Catalogne nord» par certains), les leaders indépendantistes doivent être libérés, les exilés doivent être autorisés à revenir chez eux, les élus catalans du Parlement européen doivent être pleinement habilités à exercer le mandat que leur ont confié les électeurs, les libertés fondamentales doivent être rétablies et un dialogue constructif permettant de trouver des solutions politiques à un problème politique doit s’engager.

Les différents gouvernements espagnols auraient dû depuis des années déjà ouvrir des discussions avec les représentants élus de la Generalitat de Catalunya, à Barcelone. La faute originelle, celle à l’origine de l’amplification de cette crise, réside dans ce refus.

Nombreux sont ceux qui dans les villes de Gérone et de tant d’autres cités catalanes n’acceptent pas et n’accepteront pas ces sentences, peu importe bien évidemment qu’elles soient moins lourdes que celles réclamées par le parquet.

Résonance

Tout ce qui touche à Madrid et à Barcelone a une résonance particulière chez nous. On a pu s’en apercevoir très rapidement après le prononcé de la sentence lorsque le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a exhorté ses adversaires, au premier rang desquels Justin Trudeau, à condamner ce verdict. 

Justin Trudeau n’est pas seul dans son camp. Ces dernières années, presque toutes les capitales occidentales ont préféré regarder ailleurs. Elles ont préféré éviter de condamner Madrid de crainte, pour parler uniquement de l’Europe, d’alimenter les régionalismes et de se retrouver aux prises, un jour, avec un problème interne semblable.

Cela étant, les réalités entre l’Espagne et le Canada sont bien différentes. Ottawa reconnaît la possibilité de la sécession. Il existe un chemin pour y parvenir. Madrid ne reconnaît nullement ce droit. Le gouvernement espagnol n’admet aucun chemin pour l’indépendance de l’une de ses 17 communautés autonomes.

Assemblée nationale

On rappelle souvent au Québec que l’Assemblée nationale s’est déjà exprimée unanimement sur la situation en Catalogne. C’est vrai, mais cette façade cache des lézardes. En 2017, ce n’est qu’après un long et dur bras de fer que les partis politiques québécois étaient parvenus à s’entendre. Les libéraux n’appréciaient pas le premier libellé présenté par le Parti québécois (PQ).

Des lézardes? Beaucoup plus récemment, en février dernier — et bien que la chose soit passée inaperçue —, le gouvernement de François Legault a repoussé une proposition de résolution parlementaire du PQ sur la Catalogne.

Le gouvernement caquiste ne s’est pas exprimé sur son refus. La motion proposée par le PQ se lisait ainsi : «Que l’Assemblée nationale réaffirme sa volonté exprimée unanimement le 4 octobre 2017 appelant au “dialogue politique et démocratique entre l’Espagne et la Catalogne”; qu’elle reconnaisse le droit universel d’autodétermination des peuples tel que reconnu par l’Organisation des Nations unies et le droit international; qu’elle affiche sa solidarité envers les 12 élus catalans emprisonnés pour avoir organisé un référendum dans le respect des règles démocratiques; que l’Assemblée nationale appelle à un dialogue pacifique pour une résolution durable du conflit.» Ces élus sont emprisonnés depuis près de deux ans déjà.

J’avais soupçonné à ce moment-là, en février, que le refus du gouvernement caquiste d’appuyer cette résolution parlementaire était motivé par le paragraphe demandant que l’Assemblée nationale «affiche sa solidarité envers les 12 élus catalans emprisonnés pour avoir organisé un référendum dans le respect des règles démocratiques».

J’en ai en tout cas conclu que la Coalition avenir Québec jugeait l’affaire plus délicate au pouvoir que dans l’opposition.

Gary Frost

Crédit: des secteurs mieux balisés

Reconnaissons d’emblée que les rudiments des instruments de crédit et de l’univers complexe du financement ne sont pas nécessairement maitrisés par tout un chacun pourrait-on dire en empruntant au dictionnaire des euphémismes. Ce que les experts en la matière désignent comme un problème de littératie financière observé chez bon nombre de consommateurs est un phénomène connu dont plusieurs se préoccupent.

Ajouter à cela que bien des décisions, celles relatives au financement d’un véhicule par exemple, se font sur le vif alors que les concepts de frais d’intérêt, de frais et de taux de crédit, de terme de remboursement, etc. virevoltent et s’entrechoquent dans l’esprit de plusieurs et on peut suggérer que certains en ressortent un peu mystifiés. Afin d’assurer un meilleur éclairage aux consommateurs et de prévoir de nouvelles obligations pour les prêteurs, de nouvelles mesures ont récemment été introduites à la Loi sur la protection du consommateur (LPC).

Opinions

Repenser l’école?

CHRONIQUE / Ma chronique du 2 octobre dernier, au sujet de l’école, a énormément fait réagir. À vrai dire, je m’en doutais un peu, non seulement parce qu’il s’agit d’un sujet sensible, mais aussi en raison du ton avec lequel j’ai choisi d’exprimer mon point de vue. De manière assumée, sans détour, je souhaitais m’attaquer à l’école, et ce, afin de provoquer un débat et une remise en question. Car pour moi, c’est clair, l’école doit être repensée. Mais il n’est évidemment pas aisé d’ébranler les colonnes du temple sans se frotter à certaines résistances.

Cela dit, avec le recul, j’admets que le portrait que j’ai brossé de l’école manquait de nuances. L’école a ses défauts, certes, mais aussi ses qualités. Pour autant, je maintiens que critiquer l’école est non seulement légitime, mais nécessaire. Aussi souhaiterais-je, si vous le permettez, revenir sur ce débat afin d’approfondir ma pensée et répondre à certaines critiques qui m’ont été adressées.

Opinions

L'affaire urkrainienne : la pointe de l'iceberg

ÉDITORIAL / Les historiens, particulièrement les spécialistes de la présidence américaine, notent que Donald Trump se démarque radicalement de tous ses prédécesseurs par son incapacité à exercer le leadership moral que les Américains attendent habituellement de leur président. Plus encore, il a assujetti systématiquement les pouvoirs de la Maison-Blanche à des gains personnels comme aucun président américain n’avait osé le faire avant lui.

Le comportement politique amoral de Trump est tel qu’il bafoue systématiquement toutes les normes éthiques et politiques, faisant constamment passer ses intérêts personnels au-dessus de ceux de la nation américaine. Cela est devenu particulièrement évident dans sa gestion de la politique étrangère américaine.

Au cours des 230 ans d’histoire de relations internationales, aucun président n’avait jusqu’ici demandé à un dirigeant étranger d’intervenir dans la politique intérieure américaine. Depuis 2016, Trump n’a pas hésité à franchir régulièrement cette ligne rouge.

En dépit de sa résistance farouche à transmettre au Congrès américain le contenu de ses conversations avec les dirigeants étrangers, la chambre des représentants a obtenu la transcription de certains échanges de Trump avec ses homologues internationaux. Ces transcriptions dévoilent que l’affaire ukrainienne ne représente pas un malheureux incident de parcours. Le président Trump ne voit aucun inconvénient à demander systématiquement aux dirigeants étrangers de lui faire des « faveurs » politiques.

Déjà en janvier 2017, Trump demanda au président mexicain Nieto de l’aider à sauver la face et à remplir une de ses promesses électorales, en cessant d’affirmer publiquement que le Mexique ne payerait pas la construction de son fameux mur. D’ailleurs, Trump avouait alors que le mur n’était pas important sur le plan de la sécurité nationale, mais qu’il était très important pour lui politiquement parlant.

Quelques semaines plus tard, lors d’un appel téléphonique au premier ministre australien, Trump demanda à Turnbull de l’aider à nier un engagement pris par son prédécesseur à l’égard de l’Australie concernant l’accueil de réfugiés fuyant des zones de guerre. Trump expliqua alors que la tenue de cet engagement était politiquement « gênante pour [lui] » parce qu’il le ferait passer pour un idiot aux yeux du public américain.

Par ailleurs, Trump demanda aussi à Turnbull, à l’été 2017, que les services de renseignement australien investiguent les origines de l’enquête de l’avocat spécial Mueller sur l’ingérence russe dans la campagne de 2016. Il demanda ensuite à Boris Johnson, futur premier ministre britannique, de l’aider à discréditer l’enquête Mueller.

Dans le cas ukrainien, la transcription de ses échanges de juillet dernier démontre l’ampleur du scandale dans lequel Trump s’est personnellement embourbé. Après avoir suspendu l’aide militaire à l’Ukraine pour inciter cette dernière à déclencher une enquête sur la famille Biden, il renouvela sa demande directement au président Zelensky dans l’échange du 25 juillet.  

Trump ne fit alors aucune mention des intérêts nationaux américains. Opposé aux objectifs de la politique américaine sur la nécessité de limiter les ambitions de la Russie, Trump n’hésita pas dans cette affaire à mettre en danger la sécurité non seulement de l’Ukraine, mais aussi celle de toute l’Europe.

Chaque jour apporte son lot de révélations sur les efforts déployés par Trump auprès du président ukrainien pour l’amener à déclencher une enquête sur la famille Biden. Incidemment, Trump a assujetti tout le personnel de son administration dans ses efforts pour faire pression sur le président ukrainien. 

La correspondance du Département d’État démontre que le secrétaire Mike Pompeo était fortement impliqué dans le stratagème du président pour que l’Ukraine lance l’enquête demandée sur Biden. De même, plusieurs hauts diplomates américains furent sollicités dans le même dessein. 

William Barr, procureur général des États-Unis, s’était déjà rendu en Italie à la demande de Trump pour rencontrer des agents des services de renseignements italiens au sujet de l’enquête Mueller. Dans le dossier ukrainien, il supervisa le bureau du conseil juridique de la Maison-Blanche. Grâce aux justifications légales fournies par Barr, la Maison-Blanche émit un refus sans précédent concernant le dévoilement du contenu de la plainte du lanceur d’alerte sur l’affaire ukrainienne.  

En plus de mobiliser Rick Perry, secrétaire à l’énergie, dans le dossier ukrainien, Trump impliqua aussi le vice-président Mike Pence. Après avoir ordonné à Pence d’annuler son voyage pour l’inauguration du président ukrainien comme moyen d’envoyer un message clair à ce dernier, Pence fut désigné pour l’informer que l’aide américaine à l’Ukraine était suspendue.

Loin d’être contrit par le dévoilement public de l’affaire ukrainienne, Trump en rajouta au début d’octobre. Il interpella publiquement les dirigeants chinois et leur demanda d’enquêter sur Biden. Il signifia même que la Chine aurait tout à gagner à le faire, car son administration pourrait se montrer reconnaissante dans les négociations commerciales qui ont repris le 10 octobre.

Une bonne partie des hauts fonctionnaires américains œuvrant en politique étrangère furent « horrifiées par son traitement brusque des autres dirigeants et le non-respect du protocole diplomatique ». Néanmoins, les partisans de Trump continuent d’approuver sans manifester aucune réserve la façon dont le président américain manipule ses homologues étrangers.

L’affaire ukrainienne confirme le manque total de décence de la part de Trump. Il est prêt à utiliser tous les pouvoirs du bureau ovale et à créer de toutes pièces une fausse histoire de corruption pour discréditer un dangereux adversaire politique. Pour lui, la seule chose qui compte, c’est de remporter coûte que coûte les élections de 2020.


Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

RICHARD THERRIEN

La tornade Groulx à «TLMEP»

CHRONIQUE / Amour du français, sentiment d'injustice et colère d'une dame du public ont rendu le plateau de «Tout le monde en parle» bien vivant dimanche. Et avec plein d'enfants qui grouillent, la tornade Groulx a joyeusement frappé le studio.

Le plateau s'est transformé en véritable terrain de jeu en début d'émission. Et pour cause: l'attachante famille Groulx au grand complet – 10 enfants et un 11e en route – avait investi le studio 42. Une visite aussi réjouissante qu'étourdissante, à l'image de ce clan dont le public de Canal Vie suivra le quotidien pour une troisième saison. Très drôle de voir les enfants peu intéressés par l'entrevue de leurs parents Pascal Groulx et Tara Lawson; un des plus jeunes a craché de l'eau, un autre a décroché le micro de sa mère, les autres donnant bien du fil à retordre à leur grande sœur Bianca. Il a fallu que le père s'impatiente pour que les enfants retrouvent un semblant de calme. Le couple n'achète rien à crédit, et a attendu à dimanche, jour de la diffusion de l'émission, pour se marier. Une lune de miel? N'y pensez pas. 

La francophonie canadienne ne pouvait trouver trois meilleures porte-paroles pour répondre à Denise Bombardier, qui était en studio une semaine plus tôt. De manière très éloquente, ces femmes, à qui je décerne l'étoile du match, sont venues témoigner de leur amour de la langue française, en plus de souligner la vivacité des communautés francophones à travers le pays. La politologue franco-ontarienne Stéphanie Chouinard parle d'une stabilité et même d'une augmentation du nombre de francophones dans certaines provinces. Caroline Gélineault a été applaudie pour avoir tenu tête dans le documentaire à Denise Bombardier, qui reprenait un étudiant sur son langage. «C'est quelque chose qu'on vit presque au quotidien», déplore-t-elle, parlant d'un comportement «frustrant, pas nécessaire et contre-productif» à l'égard des communautés francophones. «On a le même objectif mais on n'a vraiment pas les mêmes moyens pour l'atteindre», a-t-elle ajouté au sujet de Denise Bombardier, que Guy A. a tout de même défendue à quelques reprises. Étudiante franco-manitobaine, Chloé Freynet-Gagné en est venue aux larmes en disant comment ses parents lui ont fait chérir cette langue, qu'elle souhaite cultiver, sa vie durant. «Ensemble, on est plus forts. […] Racontons-nous, jasons-nous!» a-t-elle lancé, comme un souhait. La carte du fou du roi: «Lisa LeBlanc nous le fait enjoyer, Damien Robitaille aime le faire jammer et Denise Bombardier adore le «perler», mais le plus beau avec notre français, c'est de le faire évoluer et avant tout de l'aimer.»

Patrick Duquette

Le casque du soldat Audet

CHRONIQUE / Écrivain et conteur spécialisé dans les histoires de la Seconde Guerre mondiale, Nicolas Paquin m’écrit de Dieppe, en France, pour me raconter une coïncidence incroyable.

L’auteur de Saint-Roch-des-Aulnaies, au nord de Québec, a lu ma chronique sur le sac à dos du soldat Saint-Laurent, retrouvé 70 ans après la guerre, en Italie, par un jeune collectionneur. « Je vis une histoire semblable, mais qui concerne un garçon de 11 ans, un de mes lecteurs de Gatineau », raconte-t-il, encore ébahi par le hasard qui lui a permis de mettre lui aussi la main sur une relique de guerre.

Sylvain St-Laurent

Les deux outils de Vitalii

CHRONIQUE / On m’a dit que Vitalii Abramov faisait presque pitié. Dans le vestiaire, après le match de jeudi, l’attaquant recrue des Sénateurs était entouré de journalistes. Il essayait, du mieux qu’il pouvait, de répondre aux questions. Avec son vocabulaire limité, il avait du mal à partager ses émotions.

Je n’étais pas là, personnellement. Je vous raconte la version des faits d’un collègue anglophone d’Ottawa qui ne le connaît pas encore très bien.

Brigitte Breton

Une vie pour l'aide à mourir

CHRONIQUE / Consacrer 35 années à une cause afin que des malades puissent décider du moment de leur sortie et vivre une digne fin de vie, cela garde vivant et nourrit une existence. À 74 ans, Yvon Bureau n’a pas l’intention de s’arrêter. Il lui reste encore à faire.

«Je devrais être déjà mort», lance l’homme qui a reçu il y a quelques années un diagnostic de cancer de la prostate. Toujours actif, il contribue à assurer de «belles morts» et de sereines histoires de fin de vie aux autres. 

J’ai rencontré jeudi après-midi ce Beauceron d’origine vivant à Québec, travailleur social de profession, pour tenter de saisir ce qui motive une personne à s’impliquer si intensément et si longuement dans une cause, dans l’atteinte d’un objectif.

Coïncidence, quelques heures plus tard, le débat des chefs illustrait en quelques minutes tout le chemin parcouru ces dernières décennies par le Québec et le Canada sur la délicate question de l’aide médicale à mourir. 

Qui aurait pu prédire, il y a 30 ans, que six chefs de parti politique affirmeraient devant des milliers d’électeurs qu’ils sont prêts à assouplir la loi afin qu’une femme comme Lise Pigeon, une Montréalaise atteinte de sclérose en plaques et clouée à un fauteuil roulant, puisse avoir accès à l’aide médicale à mourir?

Pour en arriver là, il a fallu que des personnes comme Yvon Bureau, qui copréside depuis 2007 le collectif Mourir digne et libre, travaillent fort, se montrent convaincantes, déterminées et très tenaces. Auprès des politiciens, des médecins, des juristes, des fonctionnaires, de la population et des différents ordres professionnels.

Lentement mais sûrement

Un changement de paradigme majeur devait se produire pour que des patients puissent avoir leur mot à dire sur leur traitement, pour que les médecins ne décident plus de tout et ne tiennent plus les malades dans l’ignorance. Enfin, pour qu’attendre une «mort naturelle» ne soit plus l’unique option des personnes souffrantes et pour que celles-ci puissent faire un choix libre et éclairé.

Les comportements et les valeurs de la société devaient évoluer, ainsi que la pratique médicale. Le cadre légal devait aussi être modifié. «Cela ne se fait pas en claquant des doigts. Ça prend du temps. Il y a des moments calmes et d’autres très intenses.»

En 1993, la Cour suprême divisée (5 juges contre 4) a refusé le droit au suicide assisté à Sue Rodriguez. «L’ancienne juge à la Cour suprême, Claire L’Heureux-Dubé, m’a dit qu’il faudrait 20 ans pour que s’opère un changement.» Ce fut le cas. En 2015, dans l’arrêt Carter, la Cour a dit oui à l’aide médicale à mourir.

Entre les deux décisions, et pendant 10 ans, M. Bureau s’est rendu à Drummondville, point de ralliement de gens de Québec, Montréal et Sherbrooke, chaque dernier vendredi de chaque mois. Avocat, notaire, travailleur social, infirmière, médecin, fonctionnaire et même à un moment donné un curé, s’y réunissaient, animés par le même objectif de garantir le libre-choix aux malades et leur assurer une mort plus digne. 

S’ajoute à cela : participer à des congrès internationaux, à des colloques, à des commissions parlementaires, donner des conférences, écrire un blogue et des lettres dans les médias, faire des représentations auprès des élus. 

Un engagement qui forcément nécessite l’appui de la famille, reconnaît le travailleur social. Sa conjointe Diane Doyon, ses enfants Héléna et Vincent ont eux «itou» participé à son combat. Pour le meilleur et pour le pire. M. Bureau a déjà reçu une menace de mort. Des amis et des membres de la famille préfèrent aussi ne pas parler de la lutte qu’il continue de mener.

«Y’a pas un docteur qui va vouloir te soigner», disait Marianna, la mère d’Yvon Bureau, une femme qui a pris le contrôle de son existence le dernier mois de sa vie. 

«Elle pensait que je m’attaquais aux médecins alors que mon but était simplement que le choix de la personne — du malade — soit respecté et qu’il puisse mourir dignement.»

M. Bureau estime que son engagement lui a donné et lui donne encore l’occasion de rencontrer des gens extraordinaires dans différentes sphères d’activités. Notamment, les Dr Marcel Boisvert et Alain Naud, Ghislain Leblond, un ancien sous-ministre atteint d’une maladie neurodégénérative qui copréside le collectif Mourir digne et libre, la députée péquiste Véronique Hivon.

Il a même un bon mot pour Gaétan Barrette, ancien ministre libéral de la Santé et ancien président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec.

Le cinéaste Denys Arcand est également venu le rencontrer chez lui pour voir comment pourrait se dérouler une fin de vie douce pour son Rémy (Rémy Girard), dans Les invasions barbares. Lina B. Moreco l’a aussi consulté pour son documentaire Mourir pour soi.

Yvon Bureau a commencé vers 1984 à dénoncer l’acharnement thérapeutique, à insister pour que le malade puisse faire un choix libre et éclairé et exprimer ses volontés. Au centre de réadaptation en déficience physique François-Charron, il a été témoin de la grande souffrance et de la détresse des personnes amputées. 

Au fil du temps, au fil des rencontres et des représentations, ses actions ont porté sur l’aide médicale à mourir à inscrire dans un continuum de soins de fin de vie.

La Loi concernant les soins de fin de vie est en vigueur au Québec depuis 2015. De décembre 2015 à mars 2018, 2462 malades ont formulé une demande d’aide médicale à mourir, rapportait en avril la Commission sur les soins de fin de vie.

Encore du boulot

Des écueils demeurent. Des résistances persistent. C’est pourquoi Yvon Bureau ne peut dire encore mission accomplie.

Il surveillera de près comment Québec et Ottawa répondront à la décision de la juge Christine Beaudouin dans la cause visant Nicole Gladu et Jean Truchon. Il souhaiterait aussi que les maisons de soins palliatifs comme Michel-Sarrazin offrent toutes l’aide médicale à mourir. Il voudrait également qu’une commission se penche sur le dossier des directives médicales anticipées.

Pourquoi tout ce temps, cette énergie, cet engagement profond et soutenu? 

Pour remplir une promesse faite à son père Joseph-Ernest, 80 ans et cancéreux. «Papa, le mourir au Québec, ça va changer», lui a-t-il dit deux jours avant son décès, le 16 octobre 1984. Il y a 35 ans.

M. Bureau exprime une immense reconnaissance et admiration pour toutes les personnes qui ont contribué à l’évolution des soins de fin de vie au Québec et au Canada. Sans elles, il lui aurait été impossible de s’approcher de son but.

Isabelle Légaré

Un sac en permanence, mais libérée

CHRONIQUE / Le sujet est délicat, tabou même. Julie Garceau le sait et ne manque pas d’humour pour dissiper le malaise. La femme de 44 ans a un sac collé sur l’abdomen, une poche qui recueille ses matières fécales. Voilà, c’est dit.

Je n’ai pas eu besoin de la convaincre de raconter son histoire à l’intention de ceux et celles qui ont des questions, des inquiétudes ou des fausses perceptions. Julie n’a rien à cacher.

Jean-Marc Salvet

Et le gagnant est… François Legault

CHRONIQUE / Vue du Québec, la campagne fédérale a été jusqu’ici marquée par la forte présence du premier ministre québécois, François Legault.

Il est déjà le vrai gagnant de l’actuelle campagne fédérale. Il a obligé les chefs fédéraux à se positionner par rapport à lui et à ses demandes.

Cela a encore été le cas jeudi soir au débat dont Radio-Canada était le maître d’œuvre, particulièrement sur les questions d’immigration et de laïcité, lesquelles ont donné lieu à des moments intenses.

On a d’ailleurs entendu au passage le premier ministre sortant Justin Trudeau dire qu’il était d’accord avec les tests voulus par M. Legault pour l’obtention du certificat de sélection.

Éclairant

Le dernier débat des chefs fédéraux de la campagne a parfaitement rempli son rôle. Il a été éclairant. Tous ont passé leurs messages. Et de façon claire et intelligible la plupart du temps.

La présence de Maxime Bernier et d’Elizabeth May a permis d’ajouter aux différences qui existent entre les uns et les autres; aux choix des électeurs, autrement dit.

Par rapport au débat de TVA, la semaine dernière, Justin Trudeau paraissait moins bien campé et Andrew Scheer, plus combatif. Jagmeet Singh a été tout aussi agile et efficace, et Yves-François Blanchet, encore une fois solide et sûr de lui.

La faute

En raison de sa montée dans les sondages au Québec, le chef du Bloc québécois a davantage été ciblé que lors des précédents débats. Quelques heures plus tôt, il avait dû s’excuser pour des messages anti-islam prononcés ou relayés par quatre ou cinq de ses candidats.

Depuis deux semaines, certains dans le reste du Canada ont fait des procès indignes à M. Blanchet. Cet épisode ne fera rien pour arranger les fausses perceptions à son endroit.

Personne ne peut prétendre que M. Blanchet serait islamophobe, xénophobe ou raciste. Le chef du Bloc québécois est aux antipodes de ce genre de sentiments. Il est même ridicule d’avoir à l’écrire. 

M. Blanchet a personnellement dû être horrifié de découvrir ce qu’ont écrit ou partagé certains de ses candidats.

Son état-major et lui ont malheureusement fait de la politique politicienne avec ces messages anti-islam. C’est regrettable. C’est une faute politique.

Son état-major et lui ont choisi le calcul politique. Ils ont jugé qu’il était plus payant électoralement de passer l’éponge que de sévir. Les excuses étaient accompagnées d’un mot de justification.

21

Ce qui faisait depuis longtemps l’insuccès des bloquistes fait cette fois leur succès. C’est que le contexte politique a changé. 

On le sait, Yves-François Blanchet a pris appui sur la populaire loi sur la laïcité et sur les demandes formulées par le gouvernement de François Legault aux partis fédéraux pour tirer son épingle du jeu.

Il pourra remercier non seulement les Québécois le 21 octobre au soir, mais aussi M. Legault — si les sondages s’avèrent exacts.

Là où M. Blanchet a aussi fait mouche chez de nombreux électeurs, c’est en retournant l’argument sous-tendant la question de la pertinence du Bloc québécois à Ottawa.

Sa réponse a été acceptée par nombre d’électeurs québécois : en décrochant suffisamment de sièges pour obtenir la «balance du pouvoir», le Bloc pourra négocier ses appuis avec le gouvernement en place — s’il est minoritaire — et ainsi peser sur les décisions.

Regain?

Si elle se concrétise dans les urnes, la force du Bloc québécois annoncerait-elle une renaissance de l’idée de la souveraineté, comme le dit M. Scheer, même si M. Blanchet n’a pas hissé ce drapeau durant la campagne?

L’élection d’un nombre important de députés bloquistes à la Chambre des communes donnerait sans doute un peu d’espoir à plusieurs péquistes pendant quelque temps...

Mais ce qui pourrait vraiment, un jour, redonner du tonus au projet souverainiste serait que la Cour suprême du Canada charcute la loi sur la laïcité du gouvernement Legault — même si l’idée de la souveraineté peut et devrait très bien pouvoir se défendre en elle-même.

Le regain de l’indépendantisme en Catalogne est survenu après un long feuilleton judiciaire. Bien des souverainistes québécois rêvent à un tel scénario. Pour le reste, cela dit, les réalités sont bien différentes. Ottawa reconnaît la possibilité de la sécession, ce qui n’est pas du tout le cas de Madrid, qui, par son attitude butée, a fait croître le désir d’indépendance en Catalogne.

Mais on s’éloigne… Le débat de jeudi soir a été non seulement éclairant, mais très intéressant. C’est un gain démocratique.

Opinions

Le magnifique ballet des poubelles

CHRONIQUE / Il y a quelques années de cela, alors que je déambulais au début de la nuit dans les rues désertes d’Alma, j’ai été soudainement frappé par le magnifique ballet des poubelles.

Je venais tout juste de tourner le coin de ma rue quand j’ai aperçu ces rangées de poubelles qui longeaient les deux côtés de la rue et, fouillez-moi pourquoi, cette image pourtant très banale m’a curieusement fait ressentir une certaine fascination.

Sylvain St-Laurent

Melnyk a toujours un allié de taille

CHRONIQUE / Vous savez quoi ? Bill Daly n’a pas tout à fait tort.

Le bras droit de Gary Bettman s’est porté à la défense d’Eugene Melnyk, cette semaine. Une bien timide tape dans le dos, qui a pris la forme d’un texto envoyé au chroniqueur sportif Pierre LeBrun.

Daly a essentiellement dit que la LNH se sent « parfaitement à l’aise » avec le propriétaire actuel des Sénateurs.

Il dit aussi, et surtout, que M. Melnyk a été traité de manière « injuste » par les médias, récemment.

La première portion n’est pas trop étonnante. Daly — et Bettman — n’ont pas vraiment le choix de soutenir, en surface, les propriétaires de leurs 32 équipes.

La deuxième portion de son commentaire surprend un peu plus. Et c’est pour cette portion, justement, que j’ai tendance à penser un peu comme lui.

M. Melnyk a défrayé les manchettes plus souvent qu’à son tour, au cours des deux dernières années. De façon générale, il a été chanceux. La couverture médiatique de ses nombreux faux-pas a été très respectueuse, dans la région d’Ottawa. Certains d’entre vous diront que je suis biaisé, et ils auront sans doute raison, mais j’estime sincèrement que les journalistes d’ici ont fait leur travail de façon rigoureuse et professionnelle.

M. Melnyk a fait parler de lui dans d’autres villes, récemment. Et c’est précisément là qu’on a constaté des dérapages.

Un chroniqueur du New York Post a lancé le bal, la fin de semaine dernière. Il a profité du passage des Rangers à Kanata pour demander aux dirigeants de la LNH d’intervenir pour obliger le « ténébreux propriétaire » des Sénateurs à vendre son équipe.

The Ringer, un webzine américain qui s’intéresse aux sports ainsi qu’à la pop culture, en a rajouté une couche. Selon une de leurs scribes, dans toute l’Amérique du nord, c’est à Ottawa qu’on retrouve « le pire propriétaire d’un club sportif professionnel ».

Selon cette consœur, Eugene Melnyk serait encore pire que le proprio des Redskins de Washington, Dan Snyder.

Ce n’est pas une mince affirmation ! En début de semaine, ce Snyder a convoqué son entraîneur-chef à cinq heures du matin, au stade, pour le simple bonheur de lui annoncer qu’il était congédié.

Dans leurs papiers, les collègues américains présentent des arguments valables. Des choses dont nous avons déjà traité, abondamment, dans les pages de ce journal.

Le problème, c’est le reste. Tous les sujets que nous avons choisi d’ignorer. Pour toutes sortes de raisons, en fait. Parfois, des histoires abracadabrantes font surface au sujet de Melnyk. Ce sont des histoires dures à croire. Qui ne sont pas nécessairement fondées.

Quand il y a absence de preuve, le journaliste responsable s’abstient. Le reporter sans scrupule, celui qui cherche par tous les moyens à donner plus de punch à son histoire, n’a pas cette retenue. Il prend des risques inutiles. Il crée parfois des amalgames douteux. Il va parfois trop loin.

Bill Daly faisait peut-être référence à ce type de débordements, cette semaine, dans son échange de textos avec Pierre LeBrun.

Quand j’ai lu le texte relayé par The Ringer, je me suis demandé si quelqu’un se porterait à la défense d’Eugene Melnyk. Je me suis demandé, instantanément, s’il lui restait un allié, quelque part, qui serait prêt à aller au bâton, pour lui.

Eh bien, maintenant, on sait. On sait que M. Melnyk peut compter sur le soutien d’un allié. Et Bill Daly n’est pas n’importe qui. À certains égards, il a plus de poids que son patron Bettman, dans le petit monde du hockey.

Tout cela ne veut pas dire que la LNH est complètement satisfaite de ce qui se passe à Ottawa, ces temps-ci.

(On m’a quand même dit, récemment, que l’organisation des Sénateurs n’est pas celle qui donne le plus de maux de tête au commissaire. Mais ça, c’est une autre histoire.)

Ça veut simplement dire que M. Melnyk dispose d’une petite marge de manœuvre. Il n’est pas encore au bout de ses ressources.

Patrick Duquette

Des débats convenus

CHRONIQUE / L’élection fédérale ?

Je ne sais pas pour vous, mais j’ai de la misère à m’y intéresser. Moi, qui suis pourtant un passionné fini de politique.

C’est peut-être à cause de l’élection de 2015 qui avait été si passionnante. Vous vous rappelez ?

À LIRE AUSSI : L'environnement suscite les passions chez les candidats

Thomas Mulcair qui recentre le discours du NPD. Qui part résolument en tête. Avant de plonger, plombé par l’affaire du niqab. Stephen Harper, usé par 10 ans au pouvoir des conservateurs, qui fait du surplace.

Et Justin Trudeau, parti bon troisième, qui coiffe tout le monde au fil d’arrivée avec un discours d’ouverture et de belles valeurs. En se payant le luxe de dépasser le NPD par la gauche avec sa promesse de déficits « légers ». Qui n’ont finalement pas été si légers que ça.

Il y avait du suspense. De l’inattendu. Une vraie course avec une finale à la hauteur.

Alors que cette fois-ci…

J’écoutais le débat en anglais lundi. Et… bof. C’est comme si les chefs livrent chacun exactement le discours qu’on attend d’eux. Sans en dévier d’un iota. Et ils le font très bien. 

À la fin du débat, tout le monde est capable de placer Trudeau, Scheer, Singh, May et Bernier sur une ligne gauche-droite sans se tromper. Avec Yves-François Blanchet, le chef du Bloc québécois, dans une case à part. 

Tout le monde connaît son rôle. Chaque chef est capable de vous réciter par cœur ses lignes sur l’environnement, l’économie, l’immigration. Mais pour les surprises ? Les vrais débats ? On repassera.

Et j’ai eu l’impression de vivre un peu la même chose lors d’un débat organisé entre des candidats locaux à l’élection fédérale, mercredi, à l’Université du Québec en Outaouais. 

Prenez les échanges sur l’environnement. Les candidats devaient dire s’ils seraient prêts à taxer fortement le carbone pour atteindre les cibles de l’accord de Paris.

Oui, a dit la candidate bloquiste Geneviève Nadeau. « Les gens de droite essaient de me faire peur avec une carte de crédit bien pleine. Mais moi, ce qui m’inquiète, c’est une planète non viable ! »

Sur ce coup-là, et sur bien d’autres, Nicolas Thibodeau du NPD était d’accord avec la bloquiste. « Nous allons même créer un bureau de la responsabilité climatique qui fera rapport quant à l’atteinte des cibles », a-t-il renchéri. Sans surprise, la candidate verte Josée Poirier-Defoy, a aussi insisté sur l’urgence d’agir alors que le climat se dérègle à toute vitesse.

« Nous pouvons atteindre les cibles de Paris, et c’est ce que nous ferons », a promis le libéral Greg Fergus, la main sur le cœur, en rappelant la promesse de son chef de rendre le Canada carboneutre d’ici 2050.

Une promesse qui n’a pas impressionné son rival conservateur Dave Blackburn, inquiet pour les gens du Pontiac qui n’ont pas les moyens de troquer leur Ford F-150 pour une voiture électrique. « En plus, vous parlez des deux côtés de la bouche, a-t-il ajouté. Votre chef se promène avec deux avions de campagne. Et c’est vous qui avez le plus d’affiches électorales avec des tie-raps en plastique. »

À l’autre bout du spectre, il y avait Mario-Roberto Lam du Parti populaire du Canada. Un climatosceptique, tout comme son chef Maxime Bernier. « Vous savez, l’environnement, ce n’est pas mon fort », a-t-il glissé.

Vous voyez ce que je veux dire ?

Chaque candidat de chaque parti dit ce qu’on attend de lui. Ce n’est pas qu’ils sont mauvais. Au contraire. Geneviève Nadeau a été excellente. Nicolas Thibodeau aussi, avec ses répliques bien placées et ses traits d’humour. La candidate verte était très convaincue. Dans un registre plus sérieux, Greg Fergus et Dave Blackburn ont aussi été pertinents.

Mais quand le débat est convenu, c’est difficile de briller. Même pour le meilleur orateur au monde.

Denis Gratton

Tout le monde en parle...

CHRONIQUE / Il n’y a pas à dire, Denise Bombardier ne laisse personne indifférent…

J’ai rédigé une chronique lundi dernier (publiée mardi) à la suite du deuxième passage de Mme Bombardier à l’émission Tout le monde en parle (TLMEP). Le titre de ce papier: «Restez chez vous, Mme Bombardier». Ce titre résume assez bien mes propos…

Vous avez été nombreux à réagir à cette chronique. Très nombreux. En fait, j’ai rarement reçu un si grand nombre de courriels pour une seule chronique. Des courriels provenant d’un peu partout au Québec et en Ontario. Approximativement trois quarts des lecteurs et lectrices qui m’ont écrit se sont dits d’accord avec moi. Les autres, non. Et c’est bien correct. On a tous droit à notre opinion. Et quand notre métier consiste à publier notre opinion dans un quotidien, il faut s’attendre à parfois recevoir des fleurs, parfois recevoir les pots.

Je partage aujourd’hui avec vous des extraits de certains courriels reçus au cours des derniers jours. 

Allons-y d’abord avec « les fleurs »:

—«Merci beaucoup de mettre sur papier le fond de nos pensées. Elle (Mme Bombardier) devrait se tenir loin des studios de télévision. Partout où elle passe dernièrement, elle fait des ravages.»

Manon L.

—«Merci pour votre article qui m’a fait sourire d’un bout à l’autre. Je n’ai aucune prétention de connaître les francophones hors-Québec, mais ils me semblent bien plus courageux et engagés envers leur langue et leur culture que ne le sera sans doute jamais Mme Bombardier. Nous la reverrons sans doute à TLMEP nous dire à quel point elle n’a pas été comprise.»

Carmen R.


—«Je trouve que vous avez une bonne réponse à tout ce cirque. Quand j’ai vécu dans l’Ouest canadien, j’évitais toujours de corriger ou reprendre les francophones. Ça les mettait en confiance et ils étaient plus portés à me parler en français. Bon travail.»

Michel S.


—«Que j’aime votre article vrai et sincère d’un authentique Franco-Ontarien. Je suis Québécois et j’appuie sans réserve les minorités francophones au pays. Que ces gens parlent leurs dialectes ou variantes de notre belle langue m’importe peu, car il s’agit de l’épice qui différencie la recette de matante Thérèse et celle de grand-maman. Le tout forme une langue vivante. Merci M. Gratton et keep up votre bon travail.»

Denis P.


—«Tu as dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas. J’ai grandi dans le petit village de Earlton, dans le Nord de l’Ontario, un petit village pratiquement 100 % francophone et fier de l’être. Comme bien des endroits dans le Nord de l’Ontario, des Québécois venus de partout se sont installés à Earlton pour bâtir leur vie et ils y sont restés pour toujours. Ils sont aujourd’hui de fiers Franco-Ontariens. Ce que Mme Bombardier a dit, je l’ai souvent entendu, et c’est désolant.»

Roch G.


Et pour ma préférée dans ces petits échantillons des « fleurs », ce courriel de mon ami Zachary Richard:

— «Cher Denis, J’ai lu avec beaucoup de plaisir ta pièce sur notre Denise infernale. D’accord avec toi sur toute la ligne. Tout ce remous a l’avantage de nous obliger à se questionner sur le pourquoi et nous même. Lâche pas la patate, bien qu’elle devient chaude. Amitiés.»

Zachary


Passons maintenant aux pots:

—«C’est peut-être vous, M. Gratton qui dites n’importe quoi. Si Mme Bombardier vous a laissé complètement indifférent, vous n’auriez pas écrit votre article. Pensez-y deux fois avant de dire que cette madame ne connaît rien. Je serais bien curieux de mettre vos connaissances à côté de celles de Denise Bombardier. Pas sûr que vous feriez bonne figure. Respectueusement, respectez les autres s’il vous plaît.»

Paul H.


—«Comment pouvez-vous affirmer que le documentaire (Denise au pays des Francos) est bidon si vous ne l’avez pas vu, pauvre bonhomme ! Elle ne serait pas allée, vous auriez dit qu’elle parle au travers son chapeau; elle prend la peine d’y aller, vous n’aimez pas le portrait qu’elle dépeint de votre communauté, appuyé par Statistiques Canada. Lorsqu’on est aveugle, on n’aime pas se le faire dire.»

Jean-Eudes B.


—«M. Gratton, arrêtez de jouer les vierges offensées et n’essayez pas de nous faire croire que le français se porte bien à l’extérieur du Québec, votre jupon dépasse, on sent les effluves de la jalousie dans vos remarques.»

Michel T.


Je termine avec mon «pot» favori:

— «Seriez-vous victime des effluves de drogues et/ou des produits enivrants pour écrire pareil article ? Votre état second vous fait-il divaguer ? Je le crois ! Étant né et ayant grandi dans l’Est de l’Ontario, j’ai compris, très jeune, que les Francos ne seraient jamais considérés à leur juste valeur et qu’ils vivaient sous une tente d’oxygène, mourant à petit feu. J’ai choisi de m’établir au Québec pour y pratiquer ma profession et ne pas souffrir de la discrimination et de l’absence de considération des Ford de ce monde. Un conseil gratuit: sortez de chez vous à jeun, Monsieur Gratton !»

Me Alain V.

Merci Maître. Je prendrai votre «conseil gratuit» en considération… hic !

Chronique

Les leçons du jardinier

CHRONIQUE / La journée était parfaite pour aller voir des fleurs et des plantes, il pleuvait.

Gaston Beaudet m’attendait.

Il m’avait donné rendez-vous à la serre derrière l’école secondaire de Sainte-Croix-de-Lotbinière, où il se retrouve tous les vendredis avec huit élèves en cheminement particulier, des garçons et des filles âgés de 15 à 17 ans, pour qui le système d’éducation a à peu près renoncé.

Pas monsieur Beaudet.

Je l’appelle monsieur Beaudet parce que tout le monde ici l’appelle monsieur Beaudet, c’est sa neuvième cohorte, la neuvième année qu’il enseigne bénévolement les rudiments de l’horticulture à des jeunes qui n’ont probablement jamais, avant de mettre les pieds dans sa serre, arrosé une plante de leur vie.

Mais avant de leur parler de pousses, monsieur Beaudet leur parle de lui. Né à Arvida pendant la guerre, il a déménagé dans Lotbinière à l’âge de deux ans avec ses parents, s’est mis à la culture de la terre à 20 ans. «Chaque année, je leur raconte comment j’ai commencé, comment j’en suis arrivé à comprendre les plantes, et puis à devenir producteur maraîcher. Je n’ai jamais été agronome, je n’ai jamais étudié les sciences, j’ai tout appris par moi-même.»

Il travaille encore à temps plein comme conseiller en sécurité financière du lundi au jeudi, passe son vendredi à la serre.

Monsieur Beaudet enseigne à ses élèves les rudiments de l’horticulture, de l’importance, d’abord et avant tout, d’avoir une bonne terre. Il part le plus souvent d’une simple bouture, leur montre comment elle développe ses propres racines, comment elle deviendra une plante à son tour.

Il leur parle de plantes, il leur parle de la vie.

«Quand les jeunes arrivent le vendredi, je les emmène en premier voir ce qu’on a fait la semaine dernière, pour qu’ils voient comment les plantes ont poussé», qu’ils réalisent que les soins qu’ils leur apportent les font grandir.

Comme pour un humain.

Il sait que les jeunes qui sont avec lui en ont manqué, justement. «Mes élèves viennent presque tous de familles qui sont désorganisées. Je ne leur demande que leur prénom pour éviter de les lier à des personnes que je pourrais connaître. Au début, je leur demande : “Combien il y a ici qui envisage d’avoir une maison ou d’aller habiter en appartement?” Il y a en toujours un ou deux, sur huit, qui ne lève pas la main, qui n’est pas capable de s’imaginer là. C’est épouvantable.»

Monsieur Beaudet fait ce qu’il peut. «J’essaye de les emmener à se fixer des objectifs à la hauteur de leurs capacités, des choses atteignables, et aussi leur montrer qu’il faut se forcer pour les atteindre.»

Cette année, ils doivent produire 250 géraniums pour la commission scolaire.

Et 200 cannas pour financer un voyage humanitaire.

Des fois, d’anciens élèves viennent faire leur tour, et monsieur Beaudet sait qu’il a fait une différence, même petite. «Chaque année, il y en a un ou deux qui veulent s’orienter vers l’horticulture. Il y en a même un qui est venu ici et que son rêve maintenant, c’est de travailler dans un centre jardin.»

Monsieur Beaudet fait pousser des rêves.

«Il y en a eu un, il était autiste, il a vraiment cliqué sur les plantes, il était meilleur que le prof pour les identifier! Il a dit qu’il a eu sa meilleure année à la polyvalente. Il y en a eu un autre, il voulait que je lui donne des responsabilités, il aimait ça. Celui-là était dans les cadets et il apportait son linge à l’école pour le repasser, il n’y avait pas de place pour faire ça chez lui, dans sa famille d’accueil.»

Parfois, les jeunes lui parlent, entre deux rempotages.

Quand une plante est prête, monsieur Beaudet lui trouve une place dans l’école sur une des grandes tables fabriquées avec du bois récupéré, ça donne des corridors verdoyants et fleuris, ça donne des bananiers, des cactus et des citronnelles qui embaument l’air quand les élèves passent. «J’en ai aussi qui sentent le jus d’orange.»

Ce sont ses huit jeunes qui les arrosent.

Monsieur Beaudet n’a jamais acheté ni un pot ni une plante, il fait se multiplier celles qu’on lui donne, comme les érables d’amour, comme les bananiers cœurs de lotus. «Le philodendron, ici, on me l’a donné quand ma mère est décédée il y a six ans. Je l’ai pris au salon, je l’ai multiplié, on a 10, 12 maintenant.»

La vie continue.

Et, peu importe, elle vaut la peine. «J’ai toujours été comme ça, peu importe les obstacles, ça va bien. J’essaye de transmettre ça aux jeunes.» Il est comme sa plante préférée, le mandevilla, qu’il cultive avec les élèves. «C’est toujours en fleurs et les fleurs durent très longtemps.»

Mais pour fleurir, le mandevilla a besoin d’un terreau qui nourrit.

Même chose pour un enfant.