Chronique

Poudre de perlimpinpin et Hydro-Québec

CHRONIQUE / L’épineux dossier des fameux trop-perçus d’Hydro-Québec n’est pas clos pour le gouvernement Legault. Il risque de revenir l’embêter. Et pour cause : il y a un peu de poudre de perlimpinpin, de prestidigitation, dans le projet de loi sur les tarifs d’Hydro-Québec présenté en juin.

L’étude de la proposition législative se déroulera cet automne, ce qui ramènera le fantôme des trop-perçus à l’avant-scène de l’actualité.

Le Parti libéral du Québec, Québec solidaire et le Parti québécois s’allieront lors de la commission parlementaire à venir, comme ils le font depuis des mois — et avec fougue — à celle portant sur les maternelles 4 ans.

L’étude du projet du ministre Jonatan Julien sera l’occasion, une fois de plus, de constater que le gouvernement invite à un acte de foi en faisant valoir que les abonnés d’Hydro-Québec épargneront quelque 1,5 milliard $ au cours des cinq prochaines années grâce à son intervention — ce qui compenserait en quelque sorte les trop-perçus que la Coalition avenir Québec dénonçait lorsqu’elle était dans l’opposition.

1,5 milliard $?

Mercredi, une étude de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques, classé à «gauche», a ajouté sa voix au groupe des sceptiques, qui était déjà assez large et qui provenait de plusieurs horizons. L’analyste en énergie, Jean-François Blain, y a participé.

Un rappel : la proposition gouvernementale s’appuie entre autres sur la remise l’an prochain par Hydro-Québec de 500 millions $ à ses clients.

Or, ces dollars, constitués du solde des «comptes d’écart», auraient de toute façon fini par être retournés aux consommateurs. Le ministre Jonatan Julien l’a lui-même reconnu ces dernières heures.

Un autre volet du projet législatif prévoit un gel des tarifs pour 2020, suivi d’une indexation tarifaire «limitée» au taux d’inflation les quatre années suivantes. Le gouvernement calcule que ce volet de son plan fera économiser 1 milliard $ aux consommateurs.

Or, rien ne dit que la Régie de l’énergie n’aurait pas autorisé des hausses en deçà de l’inflation. Elle l’a fait ces dernières années.

En fin de compte, l’opération du gouvernement pourrait théoriquement — restons pour l’heure au conditionnel — se solder par une certaine compensation des trop-perçus. Mais croire qu’elle s’élèvera à 1,5 milliard $ ou que rien n’aurait été reversé aux consommateurs sans elle est une chimère.

Malgré tout...

Après avoir défendu pendant des mois le fait que les «bénéfices additionnels» d’Hydro-Québec ne soient pas retournés à ses abonnés, le gouvernement a fait volte-face à la fin du printemps avec la présentation du projet de loi visant «à simplifier le processus d’établissement des tarifs de distribution d’électricité».

Les partis d’opposition le chauffaient depuis des mois là-dessus. Un sondage Léger publié dans les médias de Québecor a achevé, au printemps, de le convaincre qu’il devait faire quelque chose. Plus de 90 % des Québécois exigeaient qu’on leur retourne les trop-perçus.

Mais ce quelque chose ne convainc pas.

Malgré tout, et parce que l’équipe gouvernementale soutiendra qu’elle agit, les difficultés qu’elle rencontrera encore avec ce dossier seront moindres que celles qu’elle a vécues dès le lendemain de son arrivée au pouvoir et pendant des mois. Dans la joute politique, rien n’est pire que de n’avoir rien à dire ou de n’avoir rien à opposer à ses adversaires.

Richard Therrien

La garderie idéale

CHRONIQUE / Imaginez un centre de la petite enfance où tous les enfants sont les bienvenus. Pas d’exception : qu’ils aient un problème de langage, un retard de développement, ou qu’ils n’aient aucun handicap. Entourés de camarades de toutes origines, avec leurs différences, ils apprendraient la tolérance, le vivre ensemble.

Nous ne sommes pas au pays des licornes, mais bien dans Une garderie pour tous, une nouveauté qui m’a complètement conquis au lancement de programmation de Canal Vie. Cet endroit, c’est la garderie Papillon à Montréal, où évoluent, à des rythmes différents, des enfants de trois à cinq ans. Parmi ces 75 marmots, certains affichent une quinzaine de handicaps différents, physiques ou intellectuels. Qu’importe, on ne fait pas de différence entre eux. La «normalité» n’existe pas.

Si le petit Myko, trois ans et demi, tripe sur les licornes et aime porter une robe de princesse, pourquoi pas? Manika, quatre ans, elle, éprouve un problème du langage, mais ne se sentira pas inférieure à Samuel, cinq ans et demi, qui lui, grandit malgré un retard du développement. Tous reçoivent la même attention dans ce qu’on appelle une garderie d’intégration. On a tout à apprendre de cette horde d’enfants attachants, qui n’ont rien à faire des préjugés qui viennent à l’adolescence puis à l’âge adulte. Si ça se trouve, ils y échapperont peut-être un peu, et ce sera déjà une grande victoire. Une série de 10 demi-heures, assurément inscrite à mon agenda, à partir du jeudi 17 octobre à 21h.

Canal Vie entre dans la vague des émissions sur les animaux avec Un safari près de chez nous, sur le travail des gardiens du Parc Safari de Hemmingford, dont celui de la technicienne en santé animale Joanie Lamoureux, connue des habitués des Poilus. Vous y ferez la connaissance de Carole et Jeannot, couple d’éléphants de 36 ans (!), de bébés antilopes, et d’un tas d’autres espèces, parmi lesquelles plusieurs sont en voie d’extinction. Quand un jeune guépard se fracture le métatarse, on doit l’opérer. Et le téléspectateur prie pour que tout se passe bien. À partir du jeudi 17 octobre à 21h30.

D’autres nouveautés retiennent l’attention, dont Survivre aux soupers de semaine, avec la «mère à boutte» Marie-Ève Piché et la chef Caroline McCann, qui concoctent cinq recettes faciles — c’est juré! — pour chaque jour de la semaine. Le lundi à 18h30 dès le 2 septembre. Au fait, Mères à boutte revient pour une deuxième saison le mercredi 11 septembre à 21h. Mathieu Baron revient, non pas dans Tous pour un chalet, mais bien dans Les héros de la réno, avec l’entrepreneur Félix Ménard et le designer Erik Maillé. Le trio fera des miracles de réno à l’intention de personnes du public, pour qui la tâche est trop énorme. C’est le mardi 21h, à compter du 3 septembre. Tous pour un chalet prend une pause, mais il n’est pas exclu que la compétition revienne.

Dans Belle à ma façon, Chantal Lacroix permet à trois femmes, chaque lundi à 20h, de regagner leur estime d’elles-mêmes. Ce sont souvent des femmes qui ont vécu des épreuves difficiles, comme l’intimidation à l’école, un cancer ou un handicap. La comédienne Ingrid Falaise et son conjoint Cédrik Reinhardt s’embarquent dans toute une aventure en retapant un duplex en piteux état pour mieux le revendre. Notre premier flip est prévu à l’horaire, le mardi à 19h30 à partir du 15 octobre.

Dans cette grille orientée vers la famille, je voudrai voir la deuxième saison de L’unité des naissances, qu’on annonce aussi émouvante que la première, le mercredi à 21h30. En prime, le documentaire L’unité des naissances, un an plus tard revient sur des histoires de la saison 1. La famille Groulx, qui attend un 11e enfant, est à préparer le mariage de Tara et Pascal. L’émission chouchou de la chaîne reprend l’antenne pour une troisième saison le jeudi 17 octobre à 20h.

À en croire les patrons de chaînes spécialisées, celles-ci sont toutes en croissance. Canal Vie se proclame toujours «la» référence chez les femmes de 25 à 54 ans et se vante d’avoir rajeuni son public, féminin à 68 %. Ceux qui souhaitent le retour des Naufragés de l’amour et de Vendre ou rénover au Québec, les deux émissions les plus regardées l’hiver dernier, devront patienter à janvier prochain.

Chronique

L’éducation yo-yo

CHRONIQUE / Quand les petits Québécois qui entreront sous peu à la maternelle sont nés, le ministre de l’Éducation de l’époque ne voyait aucun problème à ce que les écoles achètent moins de livres. Que des élèves en difficulté soient privés de services professionnels à cause de la rigueur budgétaire n’ébranlait pas non plus le gouvernement libéral.

Cette année, deux adultes auront la responsabilité de onze enfants, en moyenne, dans les classes de maternelle 4 ans, et le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, assure que les autres élèves des écoles ne seront pas négligés. Québec promet aussi davantage de places dans les centres de la petite enfance (CPE) et plus de services de dépistage et de suivi pour les 0-4 ans.

Pourquoi ce rappel aujourd’hui, cette comparaison?

Pour illustrer que les priorités des élus, les finances publiques et le contexte économique peuvent changer considérablement en l’espace de 4-5 ans, et modifier tout aussi considérablement une mission aussi sensible, aussi fondamentale et aussi déterminante pour une société que l’éducation. 

Le gouvernement précédent coupait à l’aveugle en éducation.

Le gouvernement de François Legault dépense sans compter lorsqu’il s’agit d’implanter les maternelles 4 ans. 

Un petit retour dans le passé récent permet également de voir comment une idée fixe, un objectif qu’un gouvernement veut atteindre à tout prix peut lui faire perdre de vue des enjeux importants et engendrer des effets collatéraux non désirables.

Ce fut le cas du gouvernement de Philippe Couillard et sa détermination à rétablir l’équilibre des finances publiques. Un objectif louable qui a entraîné des conséquences négatives chez les plus démunis et les plus vulnérables parce que le gouvernement a agi rapidement et fait fi des mises en garde. 

Le gouvernement Legault et son ministre de l’Éducation sont bien partis pour faire le même type d’erreur avec leur promesse d’instaurer à travers le Québec 3000 classes de maternelles 4 ans d’ici cinq ans. 

Qu’importe les coûts, qu’importe le manque de personnel enseignant ou d’éducatrices en service de garde, qu’importe les effets sur les autres classes des écoles primaires et secondaires et sur les services de garde à la petite enfance que l’État finance également, qu’importe les préférences des parents, qu’importe que le transport scolaire ne soit pas adapté pour des petits de 4 ans, qu’importe que les municipalités ne soient pas prêtes à accueillir les tout-petits dans leur camp de jour d’été, qu’importe l’avis des experts qu’ils n’ont pas payés. Ils ne dérogent pas de leur plan. 

Comme le mentionnait en commission parlementaire la députée péquiste Véronique Hivon, le discours du gouvernement serait tenable dans un système où les ressources sont illimitées. Mais ce n’est pas le cas. 

Rappelons que la croissance des dépenses en éducation, en hausse cette année de 5,1 %, descendra à 3,8 % les années suivantes. Le prochain renouvellement des conventions collectives pourrait bien par ailleurs faire grimper les coûts de système. Il y a aussi les imprévus qui marquent chaque mandat d’un gouvernement. 

Il faut donc «hiérarchiser les besoins» en éducation comme dans d’autres secteurs, éviter de vampiriser les centres de la petite enfance, cesser de faire croire aux parents qu’ils auront toujours le libre choix entre la maternelle 4 ans et les services de garde éducatifs. 

Que Québec prévoit la création de 12 500 places en CPE ne rassure pas la députée Christine Labrie de Québec solidaire puisqu’on ignore si ces places seront pour les poupons, les 1- 2- 3 ou les 4 ans. Si l’accès à une maternelle 4 ans devient un droit et que le service de garde éducatif ne l’est pas, le gouvernement veillera toujours à assurer et à financer d’abord les maternelles pour éviter les poursuites.

La députée libérale Marwah Rizqy expose également le double standard dans le réseau scolaire. Des classes de maternelle 4 ans aménagées qu’importe les dépassements de coûts, des classes «de luxe» pour les uns tandis que d’autres élèves passeront l’année dans des roulottes ou mangeront leur lunch dans des corridors. 

Double standard, mais aussi double discours de la part du ministre Roberge. 

Dans ses remarques préliminaires lors de l’étude du projet de loi 5, le ministre de l’Éducation dit agir dans un souci d’équité, dans un souci de justice sociale, de justice régionale. Il soutient qu’il y a autant d’enfants qui sont vulnérables en milieu défavorisé qu’ailleurs et que Québec doit donc implanter partout des maternelles 4 ans. 

«Grosso modo, partout au Québec, que les parents fassent 20 000 $ par année ou 120 000 $ par année, il y a deux à trois jeunes sur 10 qui arrivent en maternelle cinq ans, pas prêts». 

Très bien, mais il est dommage que le souci d’équité et de justice sociale qui anime le ministre et le gouvernement ne se transpose pas pour tout le parcours scolaire des jeunes Québécois.

Avec ses écoles privées fortement subventionnées et ses écoles publiques à deux vitesses (programmes particuliers — sports, langues, arts, éducation internationale, nouvelles technologies — et classes ordinaires), le système scolaire québécois est devenu le plus inégalitaire au Canada, signalait en 2016 le Conseil supérieur de l’éducation. 

Environ 42 % des élèves du secondaire fréquentent une école privée ou publique à projet particulier au Québec. Ceux-ci ont deux fois plus de chances d’accéder au cégep, et respectivement neuf et six fois plus de chances d’aller à l’université que ceux inscrits à une école ordinaire publique.

C’est Égide Royer, professeur à l’Université Laval, expert québécois apprécié du gouvernement Legault, et favorable à la maternelle 4 ans qui le dit.

Le ministre de l’Éducation fait bien peu pour corriger cette iniquité. Il se contente d’ajouter des activités parascolaires. Pourtant, mardi, il répétait que chaque jeune doit pouvoir développer «son plein potentiel». 

M. Roberge se demandait aussi mardi si le Québec vivrait la même pénurie de main-d’œuvre s’il avait diplômé plus de jeunes. Pour lui, la maternelle 4 ans contribuera à diminuer le décrochage scolaire. Très bien, mais son ambition doit aller au-delà de l’école secondaire. 

Patrick Duquette

La paire de bas

CHRONIQUE / Ceux qui ont le «malheur» d’être généreux en donnant régulièrement à des organismes de charité savent de quoi il en retourne. Bien souvent, ils seront inondés de bidules et de cadeaux non sollicités par l’organisme en question.

C’est arrivé à un ami lecteur. Dans un élan de bonté, il a fait un don de 100 $ à la Croix-Rouge canadienne, le printemps dernier, alors que les inondations chassaient des milliers de Québécois de leurs foyers. Touché par le sort de ces sinistrés transis et trempés, mais aussi par l’excellent travail de la Croix-Rouge, il a voulu contribuer… sans rien attendre en retour.

Patrick Duquette

Un goût amer d’injustice

CHRONIQUE / Même un très bon règlement municipal peut créer son lot d’injustices. Parlez-en à Andrée Lavoie. Son compte de taxes municipales a explosé de 81 % cette année en raison de la nouvelle taxe sur les terrains vagues desservis à Gatineau.

Cette nouvelle taxe visait au premier chef les vastes stationnements et les grands espaces vides du centre-ville. 

Comme je le disais, c’est une bonne taxe, destinée à forcer les gros joueurs immobiliers à développer leurs terrains.

Richard Therrien

Autisme: bienvenue dans la réalité

CHRONIQUE / Moi et cie a le don ces dernières années de nous faire voir l’absurdité de nos réactions. Je l’ai déjà écrit et je le maintiens : je ne vois plus les personnes itinérantes de la même façon depuis «Face à la rue», la série documentaire de Jean-Marie Lapointe. Je n’agis plus de la même façon en leur présence non plus. C’est la force de la télévision.

Autiste, bientôt majeur, qui commence ce soir à 19h30, est de ce type-là. Un docu-réalité de 10 épisodes de 30 minutes, duquel je sens que je sortirai transformé, du moins après avoir vu les deux premiers au lancement de programmation de Moi et cie. Dans cette production initiée par Charles Lafortune, qui vit cette situation tous les jours, nous suivrons sept jeunes autistes de 15 à 21 ans et leurs parents, avec tous les défis associés à ce trouble, qui touche un enfant sur 63 au Québec. Il y a autant de formes d’autisme que de personnes autistes, du cas le plus léger au plus lourd.

Pourquoi montrer leur vie alors qu’ils approchent l’âge adulte? Parce que les ressources, nombreuses pour les enfants autistes, disparaissent soudainement lorsqu’ils atteignent l’âge de 21 ans, mais qu’ils ont pourtant un besoin d’aide criant pour aborder cette nouvelle réalité. Cette lacune évidente plonge les parents dans une angoisse compréhensible. Qui s’occupera de mon enfant si je ne suis plus là? Comment trouvera-t-il du travail? Comment vivra-t-il sa vie, point? Toutes ces questions obsèdent ces parents impuissants et souvent épuisés et on souhaite que la série puisse «leur ouvrir des portes».

Parents de Mathis, 17 ans, Charles Lafortune et Sophie Prégent font preuve d’une belle franchise. Quand celle-ci fait lecture à haute voix des commentaires odieux envoyés à Charles après qu’il ait dénoncé Walmart d’avoir momentanément interrompu son programme d’intégration, on a envie de grafigner. C’est après cet épisode douloureux que l’animateur de La voix a eu envie de montrer la réalité des familles d’enfants autistes.

La qualité principale d’un bon docu-réalité réside dans ses «personnages», ici très attachants. Fils de Mathieu Gratton et de Patricia Paquin (qui n’apparaît pas dans la série), Benjamin est déjà connu de plusieurs, notamment pour ses capsules Le monde de Benjamin. Impossible de ne pas s’attacher à ce garçon de 17 ans, qui ne s’en fait avec rien et que ses parents laissent de plus en plus libre de ses déplacements. Mathis et Benjamin sont les seuls enfants de parents connus. Vous vous prendrez d’affection pour Raphaël, 20 ans, qui a étudié au Collège Bart à Québec avant de déménager à Montréal pour mener sa propre vie en solo. Ses idoles : Woody et Buzz des films Histoire de jouets. Nous verrons comment se débrouille en société ce jeune homme qui a pourtant causé bien des soucis à ses parents lorsqu’il était enfant. Son père raconte un épisode particulièrement violent, qui montre à quel point l’autisme peut transformer la vie en cauchemar.

Mais le cas le plus déchirant concerne une mère monoparentale qui a dû se résigner à «placer» sa fille dans un centre spécialisé. Plus jeune, Malika pouvait mordre, pincer, tirer les cheveux et même frapper sa mère, qui devait se coucher sur elle pour la calmer. 

Aussi producteur de la série chez Pixcom, Charles Lafortune sollicite à l’écran une rencontre avec le premier ministre François Legault. «Le système les laisse tomber», nous disaient en choeur les trois parents vedettes hier. Le lancement de programmation a d’ailleurs permis à certains parents de la série d’exprimer leur joie et leur soulagement de voir leur réalité enfin dépeinte en toute franchise à la télévision. Des témoignages touchants de parents, parmi lesquels on percevait une certaine détresse.

Vous les verrez dans des situations aussi banales que chez la coiffeuse, à la maison au réveil ou à cuisiner des burgers. Banales pour nous, mais qui prennent une toute autre dimension ici. Magnifiquement réalisée par Isabelle Tincler, Autiste, bientôt majeur est une série qu’il faut voir. Pour saisir l’ampleur de la tâche, et pour que les malaises tombent quand vous croisez une personne autiste au magasin ou dans la rue. Parce que ça fait partie de la vie.

La grille d’automne de Moi et cie compte plusieurs titres intéressants, dont le documentaire Mont tétons, signé Anick Lemay. La comédienne, qui a elle-même surmonté un cancer du sein, accompagne cinq femmes atteintes de la même maladie dans leurs traitements. Un documentaire d’une heure qui s’annonce très émouvant, prévu pour le 30 septembre à 19h.

J’ai très hâte de voir la deuxième saison d’Infractions, un de mes coups de cœur chez Moi et cie la saison dernière. Cette année, des jeunes de 14 à 17 ans s’ajoutent aux cas d’adultes accusés d’infractions diverses, et qui font face à la justice. Une série très instructive qui démystifie le travail des avocats et tout l’appareil judiciaire. Début ce soir à 20h. Une curiosité pour Distorsion, où deux spécialistes de la culture numérique, Emile Gauthier et Sébastien Lévesque, explorent les vols d’identités, le sexe à l’ère numérique et les dangers du dark web, à partir d’histoires réelles. À partir du mercredi 25 septembre à 20h30.

Avec son virage docu-réalité des dernières années, on peut dire que Moi et cie a visé dans le mille. La chaîne a vu ses parts de marché augmenter de 46% depuis l’année dernière chez les 25 à 54 ans. Il s’agit de la plus forte hausse dans ce groupe d’âge, toutes chaînes confondues. Autre réussite : les 10 émissions les plus regardées sont des productions originales et non des traductions. Au printemps, les nouveautés Fins de mois et Urgence santé mentale ont trôné au sommet. J’ai bien l’impression qu’Autiste, bientôt majeur permettra à la chaîne du Groupe TVA de maintenir cette courbe ascendante.

Mylène Moisan

Perdus corps et biens

CHRONIQUE / « SOS EN PERDITION QUELQUES MILLES AU SO ILES DE LA MADELAINE POSITION EXACTE IMPOSSIBLE A DETERMINER A PEU PRES DIX MILLES SO DES ILES DE LA MADELEINE LES CANOTS SONT A LA MER PAR GROSSE MER SOS.»

20h10, 7 décembre 1917.

On n’aura plus aucune nouvelle du Simcoe, un navire du gouvernement canadien parti de Terre-Neuve avec 200 tonnes de charbon pour ravitailler les phares des Îles-de-la-Madeleine. La mer est à ce point déchaînée qu’aucun bateau n’ose aller à son secours. Un seul se lance à sa recherche de Pictou le lendemain, il revient bredouille. 

La mer a avalé le CGS Simcoe.

Et 44 hommes.

Le naufrage passe pratiquement inaperçu, on ne retrouve à peu près aucune information dans les médias de l’époque. L’attention médiatique est ailleurs, un bateau chargé de munitions a explosé la veille dans le port d’Halifax, défigurant la ville, tuant presque 2000 personnes, en blessant 6000.

Qu’à cela ne tienne, Charles Cormier s’est mis en tête de retrouver le Simcoe à partir de presque rien, aucune position précise à part celle contenue dans le message de détresse, dix mille au sud-ouest des Îles. «Ça en fait grand», convient le chef mécanicien de la Garde côtière canadienne, qui a tracé sur une carte un long corridor où pourrait reposer l’épave du bateau.

Comme chercher une aiguille dans un champ de foin.

Marin aguerri — il a entre autres navigué sur le Sedna IV — Charles est également un plongeur en eau froide. Un et un font deux, il a entrepris depuis cinq ans de quadriller les fonds marins avec son bateau, qu’il a équipé d’un puissant sonar. Une patiente battue presque à l’aveugle. «Il faut passer lentement, sinon je risque de passer tout droit sans le voir.»

Il fait ça à temps perdu, pendant ses vacances, quand les conditions météo sont favorables. Il n’est pas encore sorti cette année, trop de vent.

Charles ne s’intéresse pas seulement à la carcasse du Simcoe. «Ce n’est pas tant le bateau qui m’intéresse, mais l’histoire qu’il y a autour. C’est fascinant.» Il veut en savoir plus sur les 44 hommes qui ont péri, le fil des événements qui ont conduit au naufrage, par ce funeste vendredi de grosse mer et de tempête de neige.

Les phares qu’ils approvisionnaient ne lui ont été d’aucun secours.

«La visibilité était nulle.»

Il a passé trois journées à Ottawa pour fouiller dans les archives, il a réussi à trouver l’identité des membres de l’équipage. «Il y en avait de Gaspé, de L’Islet, beaucoup de Lévis. Il y avait beaucoup de Québécois», les autres venant pour la plupart de St John au Nouveau-Brunswick, où le bateau devait se rendre après avoir complété la tournée des 24 phares. Le Simcoe devait remplacer un bateau qui n’avait pas suffisamment de puissance pour naviguer dans ce secteur.

«C’était sa première sortie dans le Golfe», la seconde pour le capitaine W.J. Dalton, qui connaissait donc peu l’endroit.

Le dernier message avant le SOS a été envoyé à 11h15 le 7 décembre, Charles a tenté d’imaginer l’itinéraire entre les deux. Il a même réussi à trouver la direction et la force du vent ce soir-là, en tenant compte de la vitesse du bateau, du poids du chargement et des conditions météo.

Il a déjà suivi une fausse piste, une rumeur qui l’a envoyé au large de Old Harry. «Il n’est pas là.»

Jean-Marc Salvet

Le ciment de la CAQ

CHRONIQUE / Pour répondre à ceux qui le soupçonnaient de toujours souhaiter au fond de lui-même la souveraineté du Québec, François Legault avait constamment la même réponse, jusqu’ici du moins : les Québécois ne veulent pas entendre parler de souveraineté.

Le premier ministre et chef caquiste éludait. Il ne répondait jamais vraiment sur le fond.

D’où l’autre questionnement, qui pouvait chaque fois surgir : que ferait M. Legault si les Québécois devenaient plus nombreux un jour à vouloir en entendre parler?

Que ferait-il non pas dans ce mandat-ci, évidemment, mais plus tard? Que dirait-il le cas échéant?

Interviewé la semaine dernière sur les ondes d’une radio de Sept-Îles, Plaisir 94,1, François Legault n’a pas escamoté la question cette fois. Il ne s’en est pas remis à l’état de l’opinion publique. Il a livré un jugement sur le fond.

Il a estimé que la souveraineté n’était tout simplement plus un projet «moderne». «Je pense que la souveraineté du Québec, ce n’est plus un projet moderne», a-t-il laissé tomber.

Les mêmes mots prononcés à Montréal ou à l’Assemblée nationale auraient eu plus de retentissement médiatique.

Les sceptiques étant sceptiques par nature, cette déclaration du premier ministre ne fera probablement pas taire leur scepticisme. Ils décevront par contre des citoyens indépendantistes.

C’est vrai. L’avenir n’est jamais écrit d’avance. Quoi qu’il en soit, ces mots de M. Legault existent bel et bien désormais. 

Le credo

Au fil des mois, François Legault a embrassé son credo : le nationalisme. Dimanche, au congrès des jeunes caquistes, il en a fait une profession de foi politique.

Il faut dire que les différentes déclinaisons du nationalisme constituent un ciment permettant d’unifier la Coalition avenir Québec. Et qu’elles lui valent des bons points dans l’opinion publique.

Il faut rappeler que le mot ne revêt pas les mêmes significations au Québec que dans le reste de la francophonie. Et qu’il est vu positivement par une majorité de Québécois.

Le terme est redevenu incontournable et populaire sur la scène politique québécoise. Il correspond à une attitude; à une façon de gouverner, de revendiquer; à une manière d’être devant Ottawa et le reste du Canada.

Il est si populaire que plusieurs libéraux du Québec veulent même se le remettre en bouche, ce mot. Entendu que chez eux, s’empressent-ils de préciser, il correspondrait à un concept «rassembleur».

Au Parti québécois, on reproche au gouvernement Legault de se «prétendre» nationaliste. On croit que ce n’est que de l’affichage.

Un PQ campé

Même si François Legault a déclaré à Sept-Îles que la souveraineté n’est plus un «projet moderne», la Coalition avenir Québec, en hissant haut son nationalisme, a davantage investi le terrain du Parti québécois des dernières années que celui du Parti libéral du Québec.

Aux prochaines élections générales, le Parti québécois n’aura pas le choix. Pour se distinguer de la large coalition politique de François Legault, il devra tourner le dos à la stratégie de son ex-chef Jean-François Lisée et proposer aux Québécois de réaliser la souveraineté le plus rapidement possible — même si cela ne doit pas lui valoir de points supplémentaires. Ce n’est qu’ainsi qu’il pourra reconsolider son noyau et une partie de sa base.

Richard Therrien

Le salaire de Maripier

CHRONIQUE / En connaissez-vous plusieurs des stars qui accepteraient de dévoiler leur salaire? C’est ce que promet de faire Maripier Morin dans la série «Mais pourquoi?» cet automne à Z, dont la nouvelle programmation commence le 2 septembre.

Maripier Morin dit qu’elle n’est plus la même femme depuis le tournage de cette série de six épisodes d’une heure, où elle s’est littéralement mise à nu. L’animatrice y investit des milieux qui l’interpellent, comme ceux du fitness et des jeux vidéo, pour mieux les comprendre et moins les juger. Et elle n’y est pas allée à moitié. Pour aborder la parentalité, elle a accepté de faire congeler ses ovules, une expérience dont elle est sortie bouleversée. Autres sujets : la religion, la nudité et les jeux vidéo. J’y reviendrai, puisque la série commence à la fin octobre.

Savez-vous quoi? J’ai envie de rire un peu. Et j’ai l’impression que Jean-François Mercier a l’émission cet automne qui y parviendra, avec des sujets aussi délicats que la maladie mentale, les handicaps et même la mort. Pour chaque émission de Rire sans tabous, l’humoriste passe trois jours dans un chalet — c’est plus que pour La vraie nature — avec des invités du public souvent victimes de préjugés. Mercier compte faire la preuve qu’on peut rire d’à peu près n’importe quoi. Par exemple, dans l’émission sur la santé mentale, l’animateur reçoit une personne qui souffre de schizophrénie, une autre ayant un choc post-traumatique, une autre vivant avec un trouble panique anxieux. À partir de leurs témoignages, il écrit des numéros d’humour qu’il présente au Lion d’or, avec parmi le public, ses quatre ou cinq invités du chalet.

Le seul gag qui m’a fait grincer des dents concernait des personnes qui se savaient condamnées par la maladie. Mais celles-ci rient de bon cœur. Comme quoi aucun tabou ne fait peur à Jean-François Mercier, qu’on découvrira plus sensible. La première de huit émissions est prévue pour le mercredi 4 septembre à 21h.

Pour En rodage, Réal Béland a suivi plusieurs collègues humoristes partis faire la tournée des bars pour tester leur nouveau matériel. Des loges qui ressemblent à des placards à balais et souvent quatre spectacles le même soir dans quatre bars différents font partie de ces tournées de «rodage». Martin Petit, Simon Gouache, Les grandes crues et plusieurs autres laissent entrer les caméras. À partir du jeudi 5 septembre à 19h30.

Deux autres nouveautés au programme, dont Les combattants : la relève, pour les amateurs d’arts martiaux mixtes. Parmi les cinq athlètes de pointe suivis dans l’émission, une hygiéniste dentaire affirme réparer les dents de ses clients en semaine avant d’en casser d’autres la fin de semaine! Le lundi à 21h. Puis, Au volant d’une belle Cubaine permet à José Gaudet de partir à la recherche de la voiture ancienne idéale à ses yeux. Heureusement, Gildor Roy, qui parle espagnol couramment, l’accompagne à Cuba, loin des tout-inclus. À compter du lundi 14 octobre à 21h. 

Comme l’humour est très prisé sur cette chaîne regardée à 60 % par des hommes, Pierre Hébert revient dès le jeudi 5 septembre à 21h, à Ceci n’est pas un talk show, deuxième plus gros succès de la chaîne la saison dernière, avec une émission qui a dépassé les 300 000 téléspectateurs. Un record pour Z. Comédie sur mesure est de retour pour une troisième saison et 13 émissions, le jeudi à 21h30. Au tour de Fabien Cloutier, Phil Roy et Philippe Laprise, entre autres, de se rendre dans des villages du Québec pour se payer un peu la tête de ses habitants. L’émission la plus regardée des chaînes spécialisées de divertissement, Roast Battle : le grand duel, a aussi battu un record en obtenant une moyenne de plus de 200 000 téléspectateurs pour toute la saison. Alexandre Barrette reviendra à l’hiver avec de nouveaux affrontements.

Opinions

Une belle démonstration

CHRONIQUE / Les temps changent. Pour quelqu’un qui étudie les questions environnementales depuis plus de 40 ans, c’est l’évidence. Dans les années 1970, l’environnement était loin des préoccupations des citoyens et encore plus de celles de l’industrie. Il a fallu attendre 1980 pour que le Québec se dote d’un vrai ministère de l’Environnement. À l’époque, la majorité des entreprises rejetaient leurs déchets dans l’air et dans l’eau sans traitement et on trouve encore des sols contaminés par des années d’occupation industrielle. Bref, comme l’avait écrit Jean-Pierre Rogel, dans un livre publié chez Québec Science, éditeur en 1981, le Québec était un véritable paradis de la pollution.

À l’époque, l’industrie forestière ne laissait pas sa place. Au palmarès des pratiques courantes, on comptait le flottage du bois, le creusage des rivières, les rejets toxiques et les dépotoirs à écorces. La ressource était considérée comme infinie et l’efficacité était une vertu ignorée. Telle était la situation il y a quarante ans. Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Au début d’août, j’ai eu l’occasion de participer à une visite de terrain avec des acheteurs américains de produits forestiers québécois. Ils souhaitaient obtenir des réponses devant les affirmations de groupes écologistes qui accusent les forestiers québécois de gaspiller les ressources et de pratiquer la déforestation. Bien que je sois un observateur critique, j’ai eu de belles surprises.

Brigitte Breton

Demandez des congés aux mamans

CHRONIQUE / Si les nouveaux papas veulent plus que cinq semaines de congés de paternité, ce n’est pas vers le gouvernement qu’ils doivent se tourner, mais vers les mamans.

Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, préfère inciter les parents d’un nouveau-né à un partage plus équitable des 32 semaines du congé parental plutôt que de modifier le régime québécois d’assurance parentale (RQAP) pour allonger le congé de paternité.

Alexandre Leduc, le porte-parole de Québec solidaire en matière de travail, de solidarité sociale, de justice et de sécurité publique, vient d’écrire au ministre pour lui demander de bonifier de trois semaines le congé de paternité.

Étant donné les surplus du régime d’assurance parentale, Québec solidaire souhaiterait que le congé réservé exclusivement aux pères passe de cinq à huit semaines, et que le couple continue de partager à sa guise le bloc de 32 semaines du congé parental.

Selon le député solidaire, mieux vaut utiliser les surplus en bonifiant ainsi le régime, plutôt que de baisser de 6 % le taux de cotisation des employeurs et des travailleurs à partir de janvier 2020. Il précise toutefois que sa position sur les surplus n’est pas dogmatique. 

Irréaliste de réclamer trois semaines de congés supplémentaires pour le père alors que plusieurs entreprises s’arrachent déjà les cheveux pour combler leurs besoins de main-d’œuvre et pour faire les remplacements lorsqu’un employé ou une employée part en congé de paternité, de maternité ou parental? 

Pour M. Leduc, qui a profité du «faussement appelé congé parental» de 32 semaines, l’ajout de trois semaines pour le père ne sera pas «terrible» à gérer par les ressources humaines des entreprises. «Ce ne sera pas la mer à boire».

Il estime que l’intérêt visé doit être le bien de l’enfant et l’harmonie de la famille. Valoriser la paternité va, selon lui, en ce sens. 

Le ministre Boulet veut bien lui aussi valoriser le rôle des pères. Mais pour lui, cela passe par un partage plus équitable des 32 semaines du congé parental. Il y a, selon lui, trop peu de négos dans le couple. 

En entrevue, il rappelle que le régime d’assurance parentale du Québec est l’un des plus généreux au monde. 

Dans sa lettre, le député Leduc signale toutefois que l’Espagne vient de hausser le congé de paternité de cinq à huit semaines, qu’il passera à 12 semaines l’an prochain, puis à 16 semaines à 2021, rejoignant l’exemple des pays scandinaves.

M. Boulet promet néanmoins des bonifications au régime d’assurance parentale. Il compte toujours présenter un projet de loi à cette fin cet automne. Il juge que des pistes contenues dans le défunt projet de loi libéral sont intéressantes. Les libéraux ne proposaient pas non plus de congés supplémentaires pour les papas.

Le ministre rappelle que la Coalition avenir Québec a promis de remettre de l’argent dans les poches des citoyens. «Avec la diminution de 6 % du taux de cotisation au RQAP, c’est 141 millions $ de plus dans l’économie québécoise».

En 2015, le Conseil du statut de la femme avait réclamé un ajout de trois semaines au congé de paternité. Il suggérait cependant qu’il soit pris à même le congé parental, qui plus est, le Conseil prévoyait que le congé de paternité soit prolongé à condition que le père soit le seul prestataire du RQAP durant ces trois semaines, «afin de développer le sentiment de compétence parentale des pères et de favoriser un plus grand partage des soins aux enfants». Il préconisait un essai de cinq ans de cette nouvelle mesure.

Au lieu d’écrire noir sur blanc que les pères auront davantage de congés pour s’occuper de leur nouveau-né, le ministre Boulet invite plutôt les pères et les mères à une meilleure discussion entre eux sur ce sujet. Son ministère pourrait y contribuer, dit-il, en faisant de la pédagogie et en menant des campagnes de sensibilisation. 

Si tous les gouvernements précédents avaient misé uniquement sur la pédagogie et la sensibilisation, bon nombre de Québécoises seraient encore à la maison pour s’occuper de leurs enfants pendant que les papas travaillent. Des femmes devraient encore mettre leur carrière en veilleuse, ou en danger, pour profiter de la maternité. On ne parlerait pas de conciliation travail-famille.

Sans loi et sans politique gouvernementale, des hommes hésiteraient encore à prendre congé pour s’occuper de leur petite marmaille et vaquer aux tâches domestiques au quotidien, et des employeurs leur diraient encore de «demander à leur femme» de rester avec les «petits».

Si les pères prennent aujourd’hui cinq semaines de congés à l’arrivée d’un enfant et s’impliquent davantage, c’est notamment parce que le régime d’assurance parentale prévoit et facilite cette implication. 

Un petit coup de pouce est parfois nécessaire pour faire changer les mentalités, les pratiques et atteindre l’égalité entre les hommes et les femmes. La sensibilisation a des limites.

Entre les lignes

La chance du grand singe

CHRONIQUE / Lors d’une visite à l’hôpital Sainte-Justine, récemment, ma grande et moi avons eu le sentiment de jouer dans la campagne publicitaire de Loto-Québec #tudevraisacheter-un 6/49. Pas parce qu’elle a eu la chance de voir de nombreux spécialistes en un temps record. Non. À cause du jeu Trivia Crack.

Pour « monter Montréal », on passe toujours par l’autoroute 10. C’est plus rapide que la 112.

Actualités

Abonnement au gym: les bonnes informations pour faire le bon choix

En matière de centre d‘entraînement, il est raisonnable de formuler le postulat selon lequel les consommateurs demeurent relativement fidèles à leurs habitudes et, du moins pour une certaine période, tendent à fréquenter le même gym.

Pour ceux qui songent à fréquenter un nouvel établissement ou pour les profanes qui en sont à leurs premières armes, plusieurs éléments peuvent motiver le choix d’un gym : proximité, plages d’heures d’ouverture, communauté d’habitués, qualité des équipements, qualification des entraîneurs, etc. Naturellement, le prix de l’abonnement peut aussi constituer un critère déterminant.

Mylène Moisan

Tout sauf l’hiver de force

CHRONIQUE / Presque trois ans déjà que la Buvette a pignon sur rue sur La Grave, avec ses tapas et ses spécialités, son loup-marin au chimichurri est apparemment un délice.

Je n’y suis pas allée.

Ce n’est pas parce qu’il y a trop de restaurants aux Îles, au contraire, il n’y en a jamais eu aussi peu, et ceux qui restent doivent parfois réduire leurs heures d’ouverture, ils n’arrivent pas à trouver assez de personnel.

La pénurie de main-d’œuvre frappe fort.

En fait, aucun des quelque 80 000 touristes venus aux Îles cet été n’est allé trinquer ou souper à la Buvette, personne n’a remarqué en marchant sur le chemin de la Grave qu’il y a un restaurant à l’intérieur de la maisonnette en bardeau de cèdres gris, celle avec quatre petites fenêtres et deux portes vertes.

Il faut revenir fin novembre.

Sonia Painchaud aura alors accroché l’enseigne et son amoureux Étienne se sera remis aux fourneaux, pour un troisième hiver.

«C’est vraiment un restaurant pour les gens des Îles», explique Sonia, ceux qui y passent l’hiver et ceux qui les visitent. Les restaurants de l’archipel font habituellement l’inverse, ils roulent à plein régime entre la Saint-Jean et la fête du Travail, accrochent leurs tabliers pendant la froide saison.

C’est surtout vrai sur La Grave, reconnue site patrimonial en 1983 par le gouvernement québécois, aussi achalandé l’été que déserté l’hiver. Restent ceux qui y sont ancrés à l’année comme Sonia, Étienne, les voisins autour. «La faune de La Grave l’hiver, c’est vraiment trippant.»

Des irréductibles Gaulois.

Jean-Marc Salvet

L’avenir du Québec

CHRONIQUE / Que ce soit dans l’ensemble canadien ou pas, l’avenir du Québec passe par la langue française. Si un jour lointain, même très lointain, celle-ci ne devait devenir qu’un hochet, qu’un élément folklorique, ce territoire ne serait plus le Québec. Il serait autre chose.

Voilà pourquoi le devoir fondamental de tout gouvernement québécois est d’assurer non seulement la pérennité de la langue française au Québec, mais son épanouissement constant.

Dit ainsi, c’est une grande généralité. Mais il existe des vérités même dans des lieux communs. C’est le cas ici.

Certes, le gouvernement de François Legault donnera suite à son engagement de créer un poste de Commissaire à la langue française. Celui-ci aura pour tâche «de recevoir les plaintes du public et de présenter des recommandations visant à assurer le statut du français comme langue commune au Québec». Très bien.

C’était un engagement électoral. Et ces années-ci, la norme est de respecter les engagements électoraux. Normal que M. Legault aille de l’avant, donc.

À terme, son gouvernement mettra par ailleurs en vigueur une disposition phare d’une loi adoptée il y a 17 ans par l’Assemblée nationale — disposition qui demeure inappliquée à ce jour. Elle stipule que les communications écrites de l’administration publique québécoise avec les personnes morales établies au Québec doivent être rédigées uniquement en français.

On sait depuis le 29 mai que le gouvernement fera appliquer cette disposition. On le sait, car, ce jour-là, il a appuyé une résolution parlementaire le réclamant. Et il ne veut pas être accusé — le moins souvent possible, en tout cas — de ne pas donner suite à une résolution parlementaire à laquelle il a souscrit. Pas plus qu’à un engagement électoral.

La proposition du PQ

Mais ces deux mesures ne peuvent être considérées que comme des points de départ pour assurer la pérennité du français au Québec.

L’objectif ne sera jamais aussi bien atteint que par l’adoption d’une proposition que le Parti québécois porte depuis longtemps, soit d’étendre l’application de la loi 101 aux entreprises de 25 à 50 employés.

À la Coalition avenir Québec, de nombreux ex-péquistes sont favorables à cette idée.

Que le gouvernement veuille mieux faire appliquer la loi 101 avant d’élargir sa portée peut se comprendre. En matière de langue au travail, pour s’en tenir à cet aspect des choses, environ 13% des près de 7000 entreprises inscrites à l’Office québécois de la langue française ne détiennent même pas de certificat attestant que le français est la langue normale et habituelle de travail chez elles, selon des données de l’an dernier.

Le gouvernement Legault enverrait un message porteur d’avenir en indiquant qu’il n’écarte pas le projet d’étendre la loi 101 aux entreprises comptant de 25 à 50 employés — même s’il devait préciser du même souffle qu’il ne concrétiserait cet élargissement que dans un éventuel deuxième mandat.

Cet élargissement ne peut plus être écarté.

La trop longue discussion acrimonieuse sur les signes religieux ces dernières années a remplacé, dans les préoccupations dites identitaires, la vigilance que nos parlementaires et nous tous aurions dû avoir, et que nous devons toujours avoir, à l’égard de la place du français au Québec.

Il est temps d’y voir.

Opinions

L’IA et la politique de l’autruche

ANALYSE / En dépit des déclarations à saveur populiste du président américain, l’intelligence artificielle (IA) et ses composantes telles que la robotique et l’automatisation sont là pour rester. Il est vrai que les changements technologiques générés par l’IA, beaucoup plus que la concurrence de la Chine ou du Mexique, sont responsables de la perte d’emplois non spécialisés aux États-Unis. Toutefois, l’IA a créé jusqu’ici plus d’emplois qu’elle en a fait perdre.

Avec son slogan de 2016 « Rendre sa grandeur à l’Amérique », Donald Trump agit comme si les États-Unis devraient nostalgiquement retourner à un âge d’or situé quelque part dans les années 1950. Il tend à idéaliser cette période où tout semblait si simple. Nous n’avons pour cela qu’à nous rappeler la série télévisée américaine Papa a raison. Il réagit comme un conducteur regardant constamment dans son rétroviseur, au lieu de surveiller la route en avant.

Dans sa vision économique, il propose essentiellement un retour à la 2e révolution industrielle, dominée par le pétrole, le charbon, l’acier et l’aluminium. Or, pour rendre rentables ces anciennes industries vétustes, il faudrait que les États-Unis fassent appel à l’IA qui se situe dans la 4e révolution industrielle.

Trump ne semble pas comprendre que l’humanité est à l’aube de la plus grande révolution technologique, économique et sociale de l’histoire depuis l’arrivée de l’Homo sapiens. L’IA va profondément transformer l’économie et les sociétés humaines dans les prochaines décennies. Les changements surviendront de manière exponentielle.

Depuis 1750, chaque nouvelle phase industrielle écartait des emplois pour en créer de nouveaux. Cela n’est pas différent avec la venue de l’IA. Par exemple, pour piloter à distance un drone, l’armée américaine a besoin de 30 personnes, en plus de recourir à plus de 60 autres individus pour analyser les données recueillies par ce drone. Avec l’arrivée de l’IA, les entreprises et les gouvernements auront besoin de plus en plus de travailleurs hautement qualifiés.

Les robots et l’automatisation ont déjà commencé à remplacer les humains dans toute une série de tâches considérées souvent comme ingrates, monotones ou non gratifiantes. Des centaines de millions de travailleurs non spécialisés dans le monde vont perdre leurs emplois. Ils auront tout simplement perdu leur valeur économique. Le problème social de demain ne sera plus l’exploitation des travailleurs, mais le fait que beaucoup d’entre eux auront été tout simplement rendus inutiles.

Les syndicats et les gouvernements peuvent bien mener une guerre d’arrière-garde en cherchant à préserver les emplois des travailleurs non spécialisés. Une telle politique pourrait s’avérer à la fois dangereuse et contreproductive. Tout pays adoptant la politique de l’autruche et cherchant à ralentir le changement risque gros. Il deviendra incapable d’affronter la concurrence provenant des pays ayant choisi avec enthousiasme de lier leur destin au développement de l’IA. 

Protéger les travailleurs, non les emplois

Pour affronter la situation, tous les gouvernements devront d’abord mener de véritables campagnes psychologiques auprès de leurs populations respectives. L’humanité va assister à un rapide changement des mentalités comme on n’en a jamais vu dans l’histoire. Toute personne désirant rester un travailleur actif devra apprendre à vite s’ajuster.

Le concept qu’un jeune puisse choisir une carrière et exercer le même métier ou la même profession pendant 30 ou 40 ans est révolu. Les travailleurs de demain auront besoin de s’ajuster constamment. Les changements à venir provoqueront d’énormes secousses économiques et sociales. La classe politique doit se préparer à affronter cette crise. Pour y faire face, Trump devrait abandonner son slogan « Rendre sa grandeur à l’Amérique » et adopter celui de la Scandinavie « Protéger les travailleurs, non les emplois ».

Pour affronter la révolution qui est déjà en marche, les gouvernements, y compris celui des États-Unis, doivent investir immédiatement et massivement dans l’éducation. Les jeunes doivent être particulièrement bien formés pour affronter les défis de demain. Car le travailleur de demain sera une sorte de centaure, une alliance entre un humain et un robot accomplissant conjointement différentes tâches. Comme les robots deviendront sans cesse plus performants, les travailleurs devront constamment s’ajuster à la situation. Sans quoi ils seront tout simplement écartés.

Les travailleurs vont avoir de plus en plus besoin de s’adapter à des changements rapides. Pour cela, ils vont avoir besoin de se recycler constamment pour mettre à jour leurs connaissances, car l’IA n’arrêtera pas de progresser. Pour aider les travailleurs à s’insérer dans une économie de plus en plus automatisée, les gouvernements doivent mettre d’urgence des programmes de formation permanente.

Toute idéologie de gauche, voire communiste, est devenue complètement désuète dans un monde où l’IA prédomine. Un retour au communisme comme moyen de fournir un filet social est impossible. Le système communiste reposait sur le principe de la classe ouvrière comme facteur essentiel à la vie économique. Or, avec l’IA, la majorité des travailleurs non spécialisés deviennent inutiles. L’IA fait entrer l’humanité dans une société post-travail.

De nombreux gouvernements ont déjà entamé le processus de réflexion pour une société post-travail. L’instauration d’un revenu universel sera probablement la meilleure façon s’assurer le minimum vital aux travailleurs qui auront perdu leurs emplois. Plusieurs pays européens, comme la Finlande, la Hollande, l’Italie et la Suisse ont commencé à adopter des politiques en ce sens. 

L’administration Obama avait examiné différentes stratégies permettant aux États-Unis de s’ajuster en douce à un monde post-travail. Toutefois, l’administration Trump a choisi de jouer à l’autruche en écartant du revers de la main les propositions d’Obama.

 Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Sébastien Pierroz

Commissariat et Université: une bien longue attente

CHRONIQUE / Fin de l’indépendance du Commissariat aux services en français, annulation du projet de l’Université de l’Ontario français… le 15 novembre 2018 reste une date noire pour l’histoire des Franco-Ontariens. En 2019, à défaut de rêver, il était au moins permis d’espérer.

D’une, parce que dès janvier, le gouvernement fédéral avait accepté de prendre à sa charge financièrement une partie du projet universitaire. 

Secondo, les incertitudes se dissipaient début mai lorsque l’ombudsman de la province reprenait les rênes du Commissariat aux services en français.

Richard Therrien

«L’effet secondaire», à la conquête des ados

CHRONIQUE / Depuis la fin de «Watatatow» en 2005 et de «Kif-kif» trois ans plus tard, Radio-Canada avait pour ainsi dire abandonné les ados en fin d’après-midi. Mais ICI Télé veut reconquérir ce public exigeant avec «L’effet secondaire», prévue dans la case du vendredi à 17h dès janvier 2020, et actuellement en tournage sur la rive sud de Montréal.

Adaptation québécoise d’une série des Pays-Bas intitulée Brugklas (The First Years en anglais), L’effet secondaire explore la vie des élèves de première secondaire de l’école Réjean-Ducharme, avec tout ce qu’elle comporte de conflits, de triangles amoureux et de premières expériences sexuelles. L’œuvre a aussi été adaptée en Suède, au Royaume-Uni, au Danemark, en Belgique et en Pologne.

Mais pourquoi ne pas créer du contenu original alors qu’on a tant de bons créateurs? La directrice principale d’ICI Tou.tv, webtélé et jeunesse, Christiane Asselin, souligne que l’œuvre originale cartonne partout où elle est adaptée. Dans son pays d’origine, elle accapare 30% des 10-15 ans et des 6-12 ans. «En Hollande, c’est tellement un succès qu’ils ont fait le film et préparent la comédie musicale!»

Mme Asselin affirme aussi que la série permettra de faire connaître plusieurs jeunes acteurs. «Nous avons 50 premiers et deuxièmes rôles, et nous avons reçu 300 personnes en casting. Outre quelques exceptions, personne n’est très connu. Emi Chicoine (Emma), qui jouait dans Plan B, est probablement la plus connue.» Ceux qui ont vu le film Jeune Juliette, en salles depuis le 9 août dernier, reconnaîtront aussi Alexane Jamieson, qui joue cette fois le rôle de Maude. Vu au grand écran dans Les affamés et Les démons, Édouard Tremblay-Grenier se voit quant à lui attribuer le personnage d’Alex. Les autres comédiens qui héritent des rôles principaux sont Kaly Roy (Anouk), Nicolas Germain-Vien (Marco), Axelle Michaud (Fanny), Dounia Ouirzane (Safa) et Amédamine Ouerghi (Ahmed).

On explique que la série sera tournée à la façon d’un docu-réalité, avec caméra à l’épaule. «Quand il y a une chicane, on suit les personnages en conflit. C’est suivi d’entrevues individuelles, comme un docu-réalité. Ça permet d’entrer dans l’action et de comprendre très vite la situation.»

L’arrivée de L’effet secondaire fait partie d’un plan stratégique de Radio-Canada pour retenir les 9 à 17 ans, qui se désintéressent de la télé traditionnelle, au risque de ne plus y revenir par la suite. VRAK y parvient notamment avec Le chalet, qui prenait fin la saison dernière, et Jérémie, alors que Club illico connaît un beau succès avec La dérape et L’Académie. Jusqu’ici, le diffuseur public passait complètement à côté.

La série comportera 13 épisodes à l’hiver et 13 à l’automne, et est tournée dans une véritable école secondaire de Longueuil, le Collège Notre-Dame-de-Lourdes. «Ça prenait une immense école. Comme nous avions peu de temps, deux équipes tournaient en parallèle», explique Christiane Asselin. Le premier épisode sera diffusé au début de l’hiver, et les suivants seront aussitôt disponibles sur l’Extra d’ICI Tou.tv, dès la première semaine.

Sachez que, pour les plus vieux, il y a peu de chances qu’on soit tenté de comparer L’effet secondaire à Watatatow, qui occupait jadis cette case au quotidien. «Watatatow était extraordinaire quand ça a été diffusé, mais L’effet secondaire est plus proche de ce que les jeunes sont habitués de voir aujourd’hui, en regardant YouTube entre autres. Ils sont dans l’authenticité.» Un exemple bien simple : si une classe comporte une trentaine d’élèves, eh bien, on verra 30 figurants à l’écran, plutôt qu’une poignée de rôles muets, comme c’est souvent le cas dans ce genre de séries.

Ne vous attendez pas à une oeuvre très sombre, où il serait question de gangs de rue, de prostitution juvénile, ni même d’hypersexualisation; L’effet secondaire s’adresse surtout aux 10 à 14 ans, même si toute la famille pourra s’y intéresser. Nous ne sommes pas dans Fugueuse.

Dans sa nouvelle stratégie, le diffuseur public veut aller chercher les jeunes là où ils sont, particulièrement sur l’application TikTok, ultra populaire chez les ados, de même que sur YouTube et Instagram, mais pas Facebook. Plusieurs contenus originaux de la série y seront déposés régulièrement.

Jean-Sébastien Lord (Jenny) coécrit avec Anita Rowan et Joëlle Bond, en plus de réaliser la série conjointement avec Guillaume Lonergan (VRAK la vie). Diane England, qui en connaît un chapitre sur les séries jeunesse pour avoir produit Dans une galaxie près de chez vous et Subito texto, tient les rênes de cette nouvelle production chez Zone3.

Christiane Asselin insiste sur la diversité dont fait preuve le casting de comédiens, pas seulement dans leur origine mais aussi leur diversité corporelle. Comme dans la vraie vie.

Chroniques

Vivre sans cellulaire

CHRONIQUES / « Les choses que tu possèdes finissent par te posséder. » – Tyler Durden, dans Fight Club

J’ai lu avec intérêt la chronique de mon collègue Patrick Duquette du Droit, dans laquelle il nous explique pourquoi il ne pourrait pas se passer de son cellulaire. En fait, peut-être le pourrait-il, mais il ne le souhaite tout simplement pas. Il assume qu’il en est venu à voir son cellulaire comme un prolongement de lui-même, une sorte « d’excroissance de [s]on propre corps ». Et si j’ai bien compris son texte, son principal argument consiste à dire qu’en soi, la technologie n’est ni bonne ni mauvaise, mais que tout dépend de l’usage que nous en faisons. 

En lui-même, l’argument est bon. En effet, rien ne me lasse plus que ces gens qui diabolisent les nouvelles technologies, comme si ces dernières allaient faire de nous des bêtes sans âme, ou pire encore nous pousser à notre propre destruction. À bien des égards, le progrès technologique nous a rendu la vie meilleure, nous ne pouvons le nier. Mais depuis toujours, l’être humain entretient aussi un rapport trouble à la connaissance et à la technique, qu’il considère tantôt comme des bénédictions, tantôt comme des malédictions. Il suffit de lire des mythes comme Prométhée, Frankenstein ou même la Bible pour s’en convaincre. 

Personnellement, je n’ai pas de cellulaire et je ne souhaite pas vraiment en avoir un. Cela dit, je n’entretiens pas un rapport conflictuel avec la technologie pour autant. Je ne suis pas technophobe, bien au contraire. Je dirais même que les nouvelles technologies sont très présentes dans ma vie. 

À la maison, par exemple, nous avons un ordinateur de bureau, deux ordinateurs portables et deux tablettes numériques. Et au bureau, j’en suis arrivé au point où je n’utilise pratiquement plus de papier. De nos jours, presque tout peut se faire à partir d’un ordinateur ou d’une tablette, et c’est très bien ainsi. 

Bref, je n’ai aucun problème avec les nouvelles technologies, sauf lorsque celles-ci sont utilisées de manière immodérée, au point où elles en viennent à nuire aux relations humaines, voire carrément à la santé. 

Et c’est là que le bât blesse, car pour une majorité d’utilisateurs, il semble très difficile de garder la juste mesure. 

D’ailleurs, en tant que professeur au cégep, j’en aurais long à vous dire au sujet des cellulaires et de leur impact sur les étudiants, notamment dans la salle de classe. Dire que cela perturbe le processus d’apprentissage serait un euphémisme. 

N’empêche, je comprends les gens qui sont attachés à leur cellulaire. Je reconnais l’utilité de la patente. Mais trop, c’est trop ! 

Et quand je calcule la balance des bienfaits et des méfaits du cellulaire sur ses utilisateurs, je ne peux faire autrement qu’en arriver à la conclusion qu’il fait plus de mal que de bien. 

Oui, grâce à votre cellulaire, vous pouvez être joints partout et n’importe quand. Oui, grâce à votre cellulaire, vous pouvez suivre l’actualité en temps réel. Oui, vous pouvez faire votre magasinage en ligne pendant que vous attendez l’autobus. 

Mais à quel point tout cela est-il vraiment nécessaire ? Et à quel point ces avantages supplantent-ils les inconvénients, à savoir tous ces moments que vous perdez à scroller passivement plutôt que vivre le moment présent ? Tous ces moments que vous passez à « parler » à travers vos écrans, ne vaudrait-il pas mieux les prendre pour converser avec les gens autour de vous ? Réflexion faite, si je devais avoir un téléphone cellulaire, ce serait un bon vieux « flip-flop ». Vous savez, ces téléphones qui ne servaient qu’à téléphoner ? ! 

Je doute que nous ayons réellement besoin de plus que cela, de toute façon. 

Finalement, bien que je sois d’accord pour dire que le cellulaire n’est pas mauvais en soi, je demeure d’avis que son impact est généralement néfaste. 

Évidemment, il revient à chacun de nous de tracer la ligne entre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas, mais en sommes-nous capables ? 

Malheureusement, il semblerait que l’emprise du cellulaire sur ses propriétaires soit telle qu’ils en perdent parfois le contact avec la réalité. 

Dans ces conditions, il vaudrait peut-être mieux apprendre à vivre sans cellulaire.

Patrick Duquette

Je vous souhaite la paix, madame

CHRONIQUE / Il nous arrive encore de recevoir au Droit des lettres écrites à la main et envoyées par la poste comme au bon vieux temps. Des missives parfois très touchantes comme celle de Paulette Proulx. Elle débutait avec un avertissement en lettres majuscules : ATTENTION AUX LIVRES DE SIGNATURES !

La dame relate qu’après le décès de son mari, elle s’est retrouvée devant un fait accompli : on n’a pu lui remettre le registre de signatures qui accompagne le défunt tout au long des funérailles.

Opinions

Histoire de clous

CHRONIQUE / Peu avant le début de mes deux semaines de vacances, j’avais dressé une espèce de liste de choses à faire pendant mes congés et parmi les objectifs que je m’étais fixés, j’avais la ferme intention de finir d’arracher les clous au plafond de mon sous-sol.

Pour la petite histoire, mon amoureuse et moi avions décidé de rénover nous-mêmes notre sous-sol au printemps et comme vous l’aviez certainement deviné, le projet avait quelque peu traîné.

Denis Gratton

Avant les vacances...

CHRONIQUES / Deux petites choses avant de quitter pour les vacances…

D’abord, un rappel aux amis de l’Est ontarien que vous avez jusqu’au 31 août pour participer au concours Racontez-nous l’Est ontarien des Éditions David.

Sylvain St-Laurent

Des Z’amours à temps plein

CHRONIQUE / Brad Wilkerson a profondément aimé Montréal. Et les amateurs de baseball québécois. On l’a vu pleurer sur le terrain du stade olympique, à la conclusion du dernier match des Expos. Pas des larmes de crocodile.

Wilkerson est à la retraite depuis une dizaine d’années, maintenant, mais le sort qui est réservé aux jeunes athlètes lui tient à cœur. Il a délaissé le coaching, récemment, pour devenir agent de joueurs.

Patrick Duquette

Dans le costume de la princesse

CHRONIQUE / Une heure du conte pour de jeunes enfants avec… une drag queen ? Pourquoi pas!

C’est l’activité inusitée qui se tiendra ce samedi dans un centre communautaire du quartier de Bells Corner — un fief pourtant réputé très conservateur de l’ouest d’Ottawa.

Chronique

CASA: une réno presque parfaite

CHRONIQUE / Le public ne se lasse pas des compétitions, dans la bouffe comme dans la rénovation. La nouveauté de CASA, «Viens voir mes rénos!», risque de faire gonfler l’auditoire de cette chaîne du Groupe TVA, qui a déjà connu une augmentation de son auditoire de 28 % depuis janvier dernier, chez les 25 à 54 ans. CASA a aussi fait le plein d’abonnés, ce qui est notable.

Dans Viens voir mes rénos!, qu’anime Kevin Raphael à partir du vendredi 23 août à 19h, trois personnes qui ont un projet de rénovation s’affrontent. Ils auront trois semaines pour retaper une pièce de leur maison. Dans la première, les trois refont leurs salles de bain, qui en ont bien besoin. Dehors les murs bruns ou vert pomme et les cadres laids d’anges qui pissent, bienvenue dans la modernité, le design pur et le style industriel.

L’idée n’est pas de confier son projet à l’équipe de Viens voir mes rénos!, mais bien de le réaliser devant les caméras. Avant qu’ils entreprennent les travaux, on leur remet la somme de 1000 $. Pour le reste, débrouillez-vous : pas de matériaux commandités ou d’ouvriers payés par la production. Par contre, le gagnant remporte la somme de 2000 $, ce qui m’apparaît bien peu. Comme à Un souper presque parfait et Ma maison bien-aimée, les participants accordent des notes sur 10 à leurs adversaires. Celles-ci vaudront pour les deux tiers de la note finale, le tiers restant étant basé sur la note du juge, l’expert en réno Pierre-Olivier Houde.

L’émission risque de susciter des débats dans les chaumières. En voyant la première, montrée aux journalistes, je n’étais pas toujours d’accord avec l’expert en réno, par ailleurs très bon à l’écran. M. Houde, qui admet donner priorité à la qualité d’exécution plus qu’au style et au choix des couleurs, a magnifié l’une des salles de bain, qui m’apparaissait la moins belle des trois. Pas sûr de la céramique disposée en chevrons (diagonale) sur les murs, et du bleu marine des armoires de salles de bain. Mais qui suis-je pour remettre en question les dires d’un expert? Par contre, pour l’exécution, rien à dire, c’était parfait, surtout que le candidat a tout fait tout seul ou à peu près.

Kevin Raphael, qu’on peut voir à TVA Sports, est parfait à l’animation de Viens voir mes rénos! Chapeau d’avoir pensé à cet anti-casting. Drôle, mais pas à outrance, il détend l’atmosphère. On s’identifie à l’animateur qui connaît le sport sur le bout de ses doigts, mais qui est (presque) nul en rénovation. De toute façon, il n’y a pas d’arbitrage à faire entre les participants, qui semblent tous de bonne foi, et qui ne font jamais preuve d’arrogance. Jamais de cris ou de colères ridicules, comme on en simule dans certaines émissions du genre.

Ce concept pourrait durer longtemps : l’heure passe vite, on ne s’ennuie pas une seconde, et il y a un élément de suspense à la fin, au dévoilement du gagnant. Les avis des participants et de l’expert peuvent diverger grandement, vous verrez. Mais pas de stress, on parle de télé de détente. Et qui sait? Peut-être changerez-vous vos plans si vous aviez l’intention de rénover votre cuisine ou votre chambre à coucher.

En ondes à partir du 19 août, la programmation d’automne de CASA comprend aussi la deuxième saison de la divertissante Combien vaut cette maison?, toujours animée par Saskia Thuot, et dans laquelle trois participants tentent d’évaluer quatre propriétés. La personne qui a vu le plus juste remporte 1000 $. Les 13 nouveaux épisodes commencent lundi à 20h. Bien entendu, les frères Scott sont de retour dans deux concepts : Scott VS Scott, le lundi à 21h, et Notre maison de rêve, le mardi à 21h. En attendant de nouveaux épisodes de la version australienne du Bloc cet hiver, on présente la version néozélandaise du lundi au jeudi à 17h, à partir du 16 septembre. Deux équipes de filles et deux équipes de gars doivent retaper des logements en piteux état pour espérer remporter le grand prix de 100 000 $.

La programmation de CASA se voue essentiellement à la réno, la déco et l’immobilier, mais quelques émissions font l’exception, comme Urgence vétérinaire. Un style d’Ambulances animales mais à grand déploiement, où une équipe de vets parcourt l’Australie à la rescousse d’animaux en détresse. Début : le jeudi 17 octobre à 19h.

Lien vers la bande annonce ici

Opinions

La superpuissance éducative canadienne

ANALYSE / L’arrivée au pouvoir de Donald Trump a eu des répercussions pas seulement économiques ou commerciales au Canada, mais aussi sur le plan culturel, plus particulièrement dans le monde de l’éducation. La transformation du pays en une superpuissance éducative était déjà largement amorcée avant 2017, mais ce phénomène s’est depuis fortement amplifié.

Les succès canadiens aux tests scolaires internationaux sont remarquables. Le Canada s’est hissé au premier rang mondial. Ces tests démontrent que le pays possède les systèmes d’éducation (compétence relevant des provinces) les plus performants du monde, capables de rivaliser avec ceux de Singapour, Corée du Sud, Norvège ou Finlande.

Denis Gratton

Bénévoles de la première heure

CHRONIQUE / Le Gatinois Jean-Pierre Lalonde est photographe amateur. Il y a 29 ans, il a capté sur pellicule des montgolfières qui prenaient leur envol des plaines LeBreton, à Ottawa.

Impressionné par ce spectacle, M. Lalonde a décidé, l’été suivant, de se joindre à l’équipe de bénévoles du Festival de montgolfières de Gatineau (FMG).

Patrick Duquette

Jouer moins, dormir plus

CHRONIQUE / Vos enfants manquent de sommeil et jouent trop longtemps sur leurs écrans ?

C’est un coquetel qui risque de les rendre plus impulsifs et de leur faire prendre de mauvaises décisions, ont découvert des chercheurs de l’institut de recherche du CHEO à Ottawa.

Sylvain St-Laurent

Tout ce qu’on ne savait pas sur Ceci

CHRONIQUE / Cody Ceci n’a pas toujours bien composé avec la pression qui vient avec son métier. Le rôle de hockeyeur d’élite, représentant sa ville natale, semblait parfois lourd à porter.

Il avait déjà des problèmes, à l’époque où il portait les couleurs des 67’s d’Ottawa.

La direction du club s’était éventuellement résignée à l’échanger à l’Attack d’Owen Sound, pour lui permettre de respirer plus à l’aise.

Mylène Moisan

En direct des Îles: là où paissent les vaches

CHRONIQUE / L’île d’Entrée est une ironie, une île tout en lenteur qu’on visite en vitesse.

Et pourtant.

Ceux qui s’y rendent, généralement, décollent aussitôt débarqués du bateau vers la Big Hill, le sommet le plus élevé de l’archipel, d’où on a par temps clair une vue hallucinante sur l’horizon tout autour. On monte les 174 mètres, on prend quelques photos, on lunche et on redescend vers le bateau.

Comme si on en avait fait le tour.

Jarrett Quinn y est né il y a 44 ans, il y a passé son enfance, jusqu’à neuf ans. «C’était l’fun, vraiment, c’était un gros terrain de jeu. C’était un autre beat, tu partais le matin et tu revenais le soir, t’avais mangé tes trois repas, mais pas nécessairement chez vous. Quand t’es jeune, tu n’as pas l’impression que tu vis isolé.»

Tu vis tout court.

Ils étaient environ 175 à habiter l’île, ils sont aujourd’hui une soixantaine. «On était quatre de mon âge, on jouait tout le temps. Il y avait plus de monde de 20 à 40 ans, c’était extrêmement actif, il y avait du hockey, de la balle-molle, les Madelinots y allaient la fin de semaine.»

Il n’y a plus rien de tout ça aujourd’hui.

L’école a fermé en 2015.

Mais elle pourrait revivre autrement, Jarrett – avec d’autres – travaille fort pour lui donner une nouvelle vie. «On voudrait faire une salle communautaire, une cuisine collective, y déménager le musée qui est trop à l’étroit. On veut aussi en faire un point de services pour les gens.»

On, c’est le Conseil des anglophones de l’archipel, CAMI, Jarrett y est depuis janvier agent de développement. 

Il a fait installer des bancs de parc cet été, amélioré la signalisation, il offre des visites guidées pendant la semaine. Ce qu’il voudrait surtout, c’est que les gens ne viennent pas à la va-vite. «Le monde passe, débarque du bateau, monte la butte, puis repart. Mais il y a tellement plus que ça…»