Denis Gratton

«Tout ça m’attriste beaucoup»

CHRONIQUE / Le Commissariat aux services en français de l’Ontario a été créé en 2007. François Boileau est à la tête de ce bureau depuis le premier jour. Le 15 novembre 2016, on renouvelait le mandat de M. Boileau pour cinq autres années.

Mais jeudi, à la stupéfaction générale, le gouvernent de Doug Ford a décidé d’abolir ce commissariat et de transférer d’ici quelques mois les 13 employés qui y œuvrent sous la direction de l’ombudsman de l’Ontario, Paul Dubé.

Sylvain St-Laurent

Le miracle, trois ans plus tard

CHRONIQUE / Personne n’a oublié ce qui s’est passé, la dernière fois où Ottawa et Hamilton ont croisé le fer, dans le Glebe, dans la Finale de l’Est de la Ligue canadienne de football.

Les deux équipes à égalité, avec une minute et 25 secondes à écouler au quatrième quart. Toute la pression sur l’attaque du Rouge et Noir, au deuxième essai, quand il reste 25 verges à franchir pour réussir le premier jeu.

Patrick Duquette

Du Doug Ford tout craché

CHRONIQUE / C’est lors d’une journée pareille que tu réalises à quel point les acquis des Franco-Ontariens ne tiennent qu’à un fil.

En un seul énoncé budgétaire, le gouvernement de Doug Ford vient de donner deux solides claques sur la gueule aux communautés francophones de l’Ontario.

Sylvain St-Laurent

Le cancer frappe, encore une fois

CHRONIQUE / Le cancer a frappé un peu trop souvent, chez les Sénateurs, au cours des cinq dernières années.

On pense tout de suite à Bryan Murray, bien sûr.

Personne n’oublie Mark Reeds, l’entraîneur-adjoint qui a remporté une première bataille, pour succomber la deuxième fois.

Nicholle Anderson, Dieu merci, est aujourd’hui assez forte pour profiter de la vie avec ses deux jeunes garçons.

Ce n’est pas fini.

« On dirait que, chaque année, la maladie s’en prend à un membre de notre famille », me disait Cody Ceci en secouant la tête, jeudi matin.

Cette fois, c’est Mike Foley qui mène le combat de sa vie, contre le cancer du côlon.

Vous n’avez probablement jamais entendu parler de Mike. Durant ses 17 années de service, il a joué un rôle crucial, mais effacé, en tant que préposé à l’équipement.

Les conversations avec Mike n’étaient jamais longues. Il se faisait un devoir de saluer les gens qu’il croisait, dans le couloir, mais il n’avait jamais le temps de s’arrêter.

En plus de s’occuper des Sénateurs, il devait souvent s’assurer du confort des clubs visiteurs. Disons que ça lui faisait de grosses journées.

Vous n’avez jamais entendu parler de Mike parce que Mike ne voulait jamais attirer l’attention.

Il a quand même trouvé le moyen de se faire de bons amis.

« J’ai fait sa connaissance quand je suis arrivé ici », rappelle Zack Smith, le joueur qui compte le plus d’ancienneté au sein de l’équipe.

Le vétéran attaquant a pris le temps de rendre visite à son ancien collègue, récemment, dans un centre de santé de Kanata.

« Il n’est jamais facile de rendre visite à des amis qui sont dans cette situation », dit-il.

« Les liens qu’on tisse avec les préposés à l’équipement sont aussi forts que liens qui unissent les coéquipiers, enchaîne Smith. On voyage aux quatre coins de l’Amérique du Nord avec ces gens. Ils nous soutiennent durant les bonnes séquences et durant les moins bonnes. À certains égards, je dirais que les préposés à l’équipement font plus partie de l’équipe que les entraîneurs ou les dirigeants. Ils sont dans les tranchées, avec nous, chaque jour. »

Mike n’était pas du genre à se plaindre. Pendant longtemps, selon ce qu’on me dit, il n’a informé personne de sa maladie.

« C’est dur. J’ai l’impression qu’il était parmi nous, hier. En ce moment, on pense à lui. On pense à sa famille », commente Smith.

***

Thomas Chabot n’a pas trop passé de temps avec Mike Foley. Jeudi, il voulait rendre hommage à David « DK » Kelly, l’homme qui fut son préposé à l’équipement chez les Sea Dogs de Saint-Jean.

« Quand j’ai commencé, dans la LHJMQ, je ne parlais pas un seul mot d’anglais. DK m’a pris sous son aile », raconte le jeune Beauceron.

La langue anglaise n’a plus de secrets pour Chabot. Même si DK a récemment annoncé sa retraite du hockey pour consacrer son énergie à la lutte contre la maladie, il n’a pas oublié ses vieux amis.

« On se parle, encore, quelques fois par année », souligne le meilleur marqueur des Sénateurs.

***

Quand on parle de cancer à Matt Duchene, il pense tout de suite à Haven Anderson, une fillette qui combattait un neuroblastome, un cancer infantile sévère, à l’époque où il jouait au Colorado.

« Les pronostics n’étaient pas très bons, à l’époque où je l’ai rencontrée. Ses parents étaient si forts, dans cette épreuve. Ils n’ont jamais rien laissé paraître. Elle va mieux maintenant. Je vais lui envoyer une photo du ruban lilas, sur mon bâton. Je pense à elle », me dit-il.

Heureusement, la maladie ne gagne pas chaque fois.

Denis Gratton

«Here we go again»

CHRONIQUE / Misère…

Adieu université de l’Ontario français ! Adieu Commissariat aux services en français ! Désolé Mme Dyane Adam et votre équipe pour tout ce temps qu’on vous a fait perdre. Merci monsieur le commissaire François Boileau pour vos onze années de services et bonne chance dans vos plans futurs.

Quelle triste journée.

Je pense à tous ces gens - tous ces jeunes surtout - qui ont travaillé corps et âme pendant toutes ces années pour convaincre le gouvernement ontarien de l’importance d’une éducation postsecondaire gérée par et pour les francophones. Je pense à eux et j’ai le coeur gros.

Quel recul pour la communauté franco-ontarienne. Quel choc. Et pourtant, le premier ministre Doug Ford s’était engagé durant la campagne électorale à poursuivre la mise sur pied de la nouvelle université de langue française à Toronto. La ministre déléguée aux Affaires francophones, Caroline Mulroney, s’était aussi prononcée en faveur. Et à plus d’une reprise. Elle l’a répété sur toutes les tribunes au cours des derniers mois.

Et on les a crus…

On aurait dû s'en douter, hein ? On aurait dû savoir que les bons vieux conservateurs referaient surface tôt ou tard. Chassez le naturel, il revient au galop.

J’ai la drôle d’impression aujourd’hui que nous sommes les Charlie Brown de l’Ontario. Et que les conservateurs sont les «Lucy» de la communauté franco-ontarienne. «Oui, oui, Charlie Brown, dit Lucy. Tu peux botter le ballon, je ne le retirerai pas à la toute dernière seconde cette fois-ci. Promis.» Et vlan ! Sur le cul encore une fois.

Et comme si nous retirer notre université n’était pas suffisant, le gouvernement de Doug Ford abolit en plus le Commissariat aux services en français, l’officier indépendant de l’Assemblée législative de l’Ontario qui s’assure que la Loi sur les services en français - la Loi 8 - soit respectée par le gouvernement provincial, ainsi que par les institutions et les municipalités désignées sous cette loi.

Qui verra à nos droits maintenant ? Qui nous défendra ? Les enquêteurs de ce commissariat étaient déjà surchargés. Qui accomplira ce travail maintenant ? Qui prendra la relève ?

En abolissant ce bureau, Doug Ford nous dit ni plus ni moins qu’il s’en balance de la Loi 8. Et en démolissant notre université avant même qu’elle soit érigée, il nous dit ni plus ni moins qu’il s’en balance de nous, Franco-Ontariens.

Quelle triste journée. Une double gifle au visage. Un autre recul.

Alors on fait quoi, là ? C’est bien simple. On fait ce qu’on a toujours fait. On remonte au front et on se bat. Encore une fois. «Here we go again». 

Nous l’aurons, notre université. Nous gagnerons ces luttes. Elles ne seront pas faciles. Elles ne le sont jamais. Mais chez les Franco-Ontariens, perdre n’a jamais été une option. Jamais.

Doug Ford l’apprendra. 

Denis Gratton

Racontez-moi l’objet de votre vie

J’ai une question à vous poser, chers lecteurs. Une question un peu bizarre. Un peu indiscrète aussi. Mais je vous la pose tout de même.

Y a-t-il un objet dans votre vie dont vous ne voudriez pas vous départir pour tout l’or du monde ? Un objet qui vous suit depuis toujours et dont la perte ou la disparition créerait un grand vide dans votre vie et dans votre cœur ?

Télé et radio

Mon nouvel ami Léo

CHRONIQUE / En visionnant les quatre premiers épisodes de «Léo», la nouvelle comédie de Fabien Cloutier sur le Club illico, je sentais que nous vivions quelque chose. Un peu comme lorsqu’on avait vu «Les Bougon» la première fois. Léo nous montre des gens qu’on préfère tenir loin de la télé, un monde loin du raffinement des villes et de ce qui est à la mode. Et ça fait franchement du bien.

Remarquez, l’excellente série Faits divers est allée dans cette talle depuis deux saisons, l’emballant dans une enquête policière. Dans Léo, une production Encore Télévision, ce sont eux qu’on raconte, tout cru, sans le prétexte d’une grande histoire. Un récit qui n’est pas si loin du conte, avec ses personnages entiers, bien définis, francs et sincères. N’y cherchez pas de deuxième ou de troisième couche, ils nous apparaissent tels qu’ils sont.

Léo, un personnage que Fabien Cloutier avait créé au théâtre, entreprend la quarantaine sans jamais avoir eu d’emploi, dans le village fictif de Walton, qu’on imagine à trois heures de Mont­réal. Au premier épisode, il mène une vie pathétique, sans but, se laissant aller avec le courant. Quand son meilleur ami Chabot (Steve Laplante, aussi coauteur) décide de se ranger en se mariant et en fondant une famille, Léo se retrouve fin seul, avec ce grand vide qui lui apparaît soudainement immense. Plutôt que de continuer à jouer au Monopoly contre lui-même, Léo décide de se prendre en main et de faire quelque chose de sa vie.

La suite est enthousiasmante. On vit avec lui tous les obstacles qui se dressent sur son chemin, quand il se lance à la recherche d’un job, alors qu’il n’a pas complété son 3secondaire. Sa rencontre avec la propriétaire d’une «cour à scrap» (Brigitte Poupart) est absolument hilarante. Et on le suit aussi quand il se cherche une blonde. Aussitôt engagé dans une usine de gâteaux, il n’a d’yeux que pour Cindy (Marie-Laurence Moreau), l’adjointe administrative, qui lui ferait une parfaite compagne. On ne perd pas de temps avec Léo, qui lui fera savoir bien assez vite ses intentions.

Les acteurs sont fabuleux, y compris les enfants, tous justes. D’ailleurs, quelle distribution. Anne Dorval, dans le rôle de la mairesse et coiffeuse, est truculente et d’une vérité sans nom. Marc Labrèche fait un patron macho irrésistible. Et que dire des «Vainqueurs», l’ancienne gang de Léo, quatre mal engueulés auxquels il ne veut surtout plus ressembler. Vincent Leclerc, Sébastien Dubé, Hubert Proulx et Luc Boucher forment ce quatuor grossier et indésirable. Pour eux, Léo n’est qu’une «moumoune» de vouloir sortir de son quotidien paisible.

Léo n’est pas une série sage. On y sacre, le pot qu’on y fume ne vient pas de la SQDC, et la représentation qu’on y fait des régions est presque folklorique. J’ai demandé à Fabien Cloutier, lui-même originaire de Sainte-Marie en Beauce, s’il craignait que le monde rural n’apprécie pas la façon dont il le dépeint et qu’il crie au stéréotype. «J’ai pas peur. Ils sont beaux, ces personnages-là», me répond-il. Et on le sent qu’il aime chacun d’entre eux, tout au long de la série. «Et puis, on joue partout avec les stéréotypes», plaide-t-il. À l’inverse, l’auteur affirme croiser des gens beaucoup plus stéréotypés, qu’il serait impensable de décrire à l’écran.

À la réalisation, Jean-François Chagnon, ex-Appendice, accomplit un travail admirable, vraiment. Le ton un peu décalé, juste assez amplifié, qu’il donne à Léo est franchement réjouissant. Jamais je n’ai regardé ma montre durant les quatre épisodes, qui passent trop vite. Il m’en reste sept, j’en voudrais plus. Une deuxième saison est en préparation, mais en attendant, les 11 premiers épisodes d’une demi-heure sont sur le Club illico jeudi vers 10h.

V: fini le talk-show

V abandonne la formule du talk-show de 22h, et va plutôt de l’avant avec une quotidienne de variétés humoristique, diffusée du lundi au jeudi à 21h, dès février prochain. Cette nouveauté de 30 minutes sera produite par Julie Snyder chez Productions Toros, mais ne sera pas animée par celle-ci. L’émission n’a pas encore de titre, n’aura pas d’animateur unique, et sera plutôt portée par plusieurs humoristes, désignés dans les prochaines semaines. C’est parce que la formule de talk-show à 22h n’attirait pas le groupe cible des 18-49 ans que V a choisi d’abandonner cette case, et opte plutôt pour celle de 21h, actuellement occupée par des séries américaines. Celles-ci seront décalées à 21h30. V a décidé il y a quelques semaines de ne pas renouveler Le show de Rousseau, le talk-show qui avait succédé à En mode Salvail depuis mars dernier, mais qui obtenait des cotes d’écoute décevantes.

Josélito Michaud avec Pierre-Yves Lord

J’apprends que c’est à Josélito Michaud qu’a été confiée la réalisation de la nouveauté de Pierre-Yves Lord, dont une émission pilote a été enregistrée mercredi dernier. La direction d’ICI Radio-Canada Télé n’a voulu donner aucun détail sur ce concept, et préfère ne pas se prononcer avant d’avoir vu le montage final de cette émission, bâtie autour d’histoires de vie de personnalités connues et de parfaits inconnus.

Chronique

«J’aimerais aller voir si je suis encore là»

CHRONIQUE / Pour Marie-Pier Tremblay, le 11 novembre n’est pas le jour du Souvenir, c’est le jour des Souvenirs.

«Il y en a tellement.»

Marie-Pier a 30 ans, elle été déployée en Haïti en 2010, puis en Afghanistan en 2012. Elle n’est jamais tout à fait revenue d’Afghanistan. «Je travaillais sur le tarmac, à 50 degrés, j’étais heureuse. C’est sûr que ce jour-là, les souvenirs remontent. Il y en a des millions. Il y a des odeurs, il y a l’odeur du siège en cuir devant moi quand on a fait un accident. Je le sens encore.»

Ces odeurs lui manquent.

Tout comme les gens avec qui elle s’était liée d’amitié, dont ce bijoutier de Kaboul chez qui elle avait pris l’habitude d’aller partager le repas. «On mangeait dans sa boutique, on s’asseyait par terre, il y avait du poulet, et plein de choses. Et du thé, tellement bon. On était rendus amis.»

Elle est partie sans lui dire au revoir. «Je n’ai pas pu lui dire que je m’en allais, pour une question de sécurité.»

Dimanche, alors que les dignitaires du monde entier se sont rassemblés autour de couronnes de fleurs en souvenir des soldats qui ont servi leur pays, Marie-Pier, elle, est restée avec son chum qu’elle adore et leur fille de presque deux ans. 

«J’étais plus là-bas qu’ici.»

Je vous ai parlé de Marie-Pier il y a deux ans, elle venait d’apprendre que l’armée la «libérait», parce que trop amochée. «Quand ils t’annoncent ça, tu es dans un bureau, ils te disent : “Tu vas être libérée telle date.”» Après 10 années de service et autant de commotions cérébrales, elle a dû se rendre à l’évidence.

Le 31 mai 2017, elle allait devenir une ancienne combattante.

À 28 ans.

Elle était enceinte de 30 semaines et son chum, dans l’armée aussi, était déployé au Koweït. Elle était en train de compléter son cours secondaire. Quand je l’ai rencontrée, elle venait de terminer un examen de maths, elle avait posé sur la table une plaquette qu’elle venait de recevoir. 

Élève du mois.

Je l’ai revue mardi, on a pris un café ensemble, je voulais qu’elle me parle de son jour du Souvenir à elle. Elle aimerait pouvoir retourner en Afghanistan, juste une fois. «Mon père dit que sa fille n’est pas revenue. J’aimerais ça pouvoir y aller juste pour voir si je suis encore là.»

Son gros problème, ce sont les migraines. Elle tient un calendrier depuis deux ans sur lequel elle colore chaque jour. Rouge quand sa tête veut fendre, en vert quand c’est mieux. «Au début, c’était tout en rouge, maintenant, il y a un peu plus de vert. Mais le mois passé, sur 31 jours, il y en a eu 29 en rouge.»

Dimanche, le jour du Souvenir, c’était rouge.

Elle avale une douzaine de comprimés chaque jour, plus du CBD, le composé non psychotrope du cannabis. «Pour la douleur, le CBD fonctionne bien. Quand j’ai une migraine, c’est le THC.»

Elle a décidé de donner un coup de main à d’autres vétérans pour qu’ils aient une prescription. Elle les rencontre, les aide avec la paperasse, les informe des différents effets. «J’en ai aidé une vingtaine». Elle passe du temps en famille, avec sa petite, elle travaille un peu au restaurant de son beau père.

Présentement, dans le couple, c’est elle qui «garde le bateau». Son chum est dans une mauvaise passe. Des crises hallucinatoires. Il est aussi tombé au combat après avoir servi pendant 17 ans.

Il sera libéré bientôt des Forces. 

Choc post-traumatique.

Pour s’endormir, il écoute du heavy métal. Marie-Pier aime ça aussi. «On dirait qu’il faut qu’il y ait plus de bruit en dehors qu’en dedans.» Ils viennent de poser une clôture autour de leur maison. «On l’a faite la plus haute possible. En noir. On se sent mieux chez nous depuis qu’on est comme enfermés. On est comme dans un FOB.»

— Un FOB?

— C’était comme une mini-base en Afghanistan.

Marie-Pier a accepté cette année d’être un des «visages de l’honneur des vétérans». Sa photo est exposée à l’hôpital Sainte-Anne à Montréal (dédié aux Anciens combattants) à côté d’autres militaires qui ont aussi laissé une partie d’eux-mêmes à la guerre. «Il y en a qui pensent qu’il n’y a plus de vétéran, qu’on a tous 65 ans...»

Quand on la voit, avec ses beaux yeux et son grand sourire, on ne peut pas imaginer ce qu’elle a vécu. Ses débuts comme fantassin qu’elle m’avait racontés la première fois. «Je me suis ramassée à Valcartier, ça n’a pas marché. Ils ne voulaient pas de femmes. J’ai été maltraitée, je me suis fait fendre la tête sur un conteneur, ils m’ont attachée à un arbre en plein hiver...»

Elle a été mutée comme technicienne en approvisionnement en 2008, mais le mal était fait, sa tête était brisée. 

Elle a craqué en 2014, s’est ramassée en psychiatrie.

Pour s’être si souvent relevée, elle sait maintenant que chaque épreuve finit par passer. Elle s’est fait tatouer ces mots juste en haut du cœur, This too shall pass (Ceci devrait aussi passer), c’est aussi la phrase qu’elle a choisie pour accompagner sa photo de vétéran. Elle sait, pour être passée par là, ce que son chum traverse. 

Est-ce qu’il retournerait, lui, en Afghanistan? «Je ne sais pas, il ne parle pas beaucoup. Peut-être que ça lui ferait du bien. Il est peut-être encore un peu là-bas...»

Denis Gratton

Les «mots de cœur» de Julie

CHRONIQUE / Le mot fait peur et fait frémir les plus forts et les plus braves gens sur cette Terre. Le cancer.

Julie Boulanger le connaît bien ce mot. Disons que le cancer et elle se connaissent intimement. Si bien, que cette Gatinoise de 47 ans lancera un livre cette semaine sur sa « relation » avec cette satanée maladie.

Son livre intitulé Mots de cœur porte sur sa lutte, ses peines, ses craintes. « Mais aussi sur les belles choses qui m’arrivent depuis le diagnostic, dit-elle. L’appui de la communauté, le clin d’œil des gens, les clins d’œil de l’univers, les rencontres avec des gens merveilleux. Le beau comme le moins beau, tout y est. Et en bout de ligne, j’espère que mon livre apportera un peu d’espoir dans le cœur des gens. »

Julie Boulanger a perdu sa mère, Lauraine, il y a 19 ans. « Ma mère a appris qu’elle avait le cancer du col de l’utérus en janvier 1999 et elle est décédée en novembre de la même année, se souvient-elle. C’était un cancer virulent, elle n’avait que 63 ans. J’étais l’aidante naturelle de ma mère durant sa maladie. La première de mes trois filles n’était âgée que de 15 mois, mais j’ai été très présente au côté de ma mère durant sa lutte. Je voulais être là pour elle, j’y tenais. Ce fut ma première expérience réelle avec le cancer. »

La deuxième allait être encore plus « réelle »…

En 2010, alors que Julie était âgée de 39 ans et que ses trois filles avaient six, neuf et 11 ans, elle a été diagnostiquée d’un lymphome non hodgkinien, une forme de cancer du sang. « J’étais renversée, dit-elle. J’ai craint pour un bref moment d’être atteinte du même cancer qui avait emporté ma mère. J’ai subi six traitements de chimiothérapie et mon corps a bien réagi. Les médecins croyaient devoir procéder à une greffe de moelle osseuse, mais ce ne fut pas nécessaire. J’étais en rémission. Les médecins m’ont cependant prévenue qu’une greffe serait nécessaire si le cancer devait récidiver. »

Quatre ans plus tard, en début de l’année 2014, le père de Julie, Yves Boulanger, apprenait à son tour qu’il était atteint de cette terrible maladie. Un cancer qui s’était propagé de ses poumons à ses intestins et à son foie.

« Les médecins lui donnaient un an à vivre, se rappelle Julie. J’ai accompagné mon père au début de sa lutte. Mais à peine quelques semaines après le diagnostic, j’ai trouvé mon père mort, dans sa chambre, victime d’un arrêt cardiaque. Mon père était un homme fier et il m’avait prévenue qu’il ne voulait pas être un fardeau pour qui que ce soit. En venant le chercher, je pense que le Bon Dieu a répondu à sa demande. »

Mais « l’aventure » entre Julie et le cancer n’en était pas à son dernier chapitre…

Quatre mois après le départ de son père, le cancer récidivait. Et cette fois-ci, le corps et la résilience de Julie allaient être réellement mis à l’épreuve afin d’anéantir une fois pour toutes la maladie.

Dix-huit journées de chimiothérapie, biopsies, greffe de moelle osseuse, 30 jours de zona, 15 traitements de radiothérapie, influenza et de nombreuses semaines d’hospitalisation…

« En janvier prochain, ça fera quatre ans que je serai en rémission, dit Julie. Après cinq ans, les médecins parlent de guérison », ajoute-t-elle en souriant.

Elle, son conjoint Lino et leurs trois filles se croisent les doigts.

« Je suis confiante, dit Julie. À travers tout ça, je n’ai jamais sombré dans le désespoir et la dépression. La vie est trop courte pour ne pas en profiter pleinement. Et j’espère que les gens qui liront mon livre réaliseront que malgré les maladies, les tempêtes, les obstacles et les deuils, il fait toujours soleil après la pluie. »

***

Le lancement du livre Mots de cœur se fera le jeudi 15 novembre, à la Grange de la Gatineau, à Cantley. Pour réserver une place ou pour obtenir une copie du livre : juliemotsdecoeur@gmail.com ou sur la page Facebook : Julie Mots de cœur.

À souligner qu’une fraction des profits seront remis au Centre Carmen de Gatineau.

Patrick Duquette

Comment anéantir l’Ontario français

CHRONIQUE / Au fil du temps, j’ai appris que les Franco-Ontariens possèdent un redoutable talent pour l’autodérision. Un talent très utile lorsque vient le temps de répliquer à la non moins redoutable romancière et chroniqueuse Denise Bombardier.

Vous le savez, Mme Bombardier a créé des vagues d’un bout à l’autre du pays en déclarant à la populaire émission Tout le monde en parle qu’à peu près toutes les communautés francophones du pays avaient disparu. C’est faux, et il s’en est trouvé quelques-uns pour le lui dire.