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Denis Gratton

Permettre à son fils de rêver

CHRONIQUE / «Si tout va bien, les opérations auront lieu d’ici la fin de l’année », pouvait-on lire dans notre édition du lundi 14 mai 2018.

Nicolas Blais était confiant. Ce résident du secteur Aylmer allait sauver la vie de son fils de 12 ans, Louis-Frédéric, en lui donnant un rein. « Ma décision était prise avant même que je sache que j’étais compatible », dit-il.

Sébastien Pierroz

Moment charnière pour les libéraux

CHRONIQUE / TORONTO — Quatre années de purgatoire, c’est ce qu’avaient récolté les libéraux ontariens après l’échec aux élections de juin 2018. Avec sept députés, la formation en lambeaux perdait son statut de parti officiel à Queen’s Park. Mais les trois premiers mois de l’année 2020 offrent au Parti libéral de l’Ontario la possibilité d’une relance.

Les possibles arrivées de nouveaux députés vont apporter un peu d’oxygène. La semaine dernière, le ralliement pour les libéraux de l’élue indépendante de Glengarry-Prescott-Russell, Amanda Simard, est allé dans ce sens. Nimbée d’un statut d’icône francophone depuis la crise linguistique de l’automne 2018, l’ancienne progressiste-conservatrice est un atout intéressant.

Dans les prochaines semaines, les regards seront tournés vers les élections partielles dans Ottawa-Vanier et Ottawa-Orléans. Deux scrutins pour remplacer respectivement Nathalie Des Rosiers et Marie-France Lalonde, parties vers de nouveaux défis, au courant de l’été.

Dans Ottawa-Vanier, on voit mal comment la candidate libérale Lucille Collard pourrait échapper à la tradition historique voulant depuis 1971 que les libéraux provinciaux l’emportent. Du côté d’Orléans, Stephen Blais, investi par la formation, partira avec une petite longueur d’avance sur la conservatrice Natalie Dimitra Montgomery.

Mais plus que le nombre d’élus, c’est surtout le chef choisi le 7 mars prochain qui déterminera l’avenir du parti. Ils sont six à vouloir succéder à Kathleen Wynne : un ancien ministre, Steven Del Duca, deux actuels députés, Mitzie Hunter et Michael Coteau, et trois « nouveaux », Alvin Tedjo, Brenda Hollingsworth et Kate Graham.

Et ces aspirants entrent dans le vif du sujet dès ce lundi avec un premier débat tenu à Ottawa.

Pour lire la chronique de Sébastien Pierroz dans son intégralité, rendez-vous sur le site Web d'#ONfr.

Chronique

Vie et mort d’une plainte contre un médecin

CHRONIQUE / Un an. C’est le temps qui s’est écoulé entre le moment où M. a envoyé sa plainte au collège des médecins et celui où il a reçu la réponse. «Je n’ai pas eu de nouvelle de personne, on ne m’a pas appelé, pas contacté.»

Il a reçu une lettre par courrier recommandé, sa plainte a été rejetée.

M. déplorait la façon dont sa chirurgie pour une cataracte s’était déroulée, il reprochait à l’ophtalmologiste de ne pas l’avoir suffisamment informé, d’avoir demandé son consentement à la présence d’une résidente alors qu’il était sous l’effet d’un calmant, puis refusé de répondre à ses questions après la chirurgie.

C’était pourtant sa cinquième opération aux yeux, et jamais ça ne s’était déroulé de cette façon.

Il a voulu savoir pourquoi il avait eu si mal. «J’ai senti qu’il me frottait l’œil avec son pouce, ça faisait très mal, me raconte M., que j’ai rencontré chez lui. J’ai déjà eu des douleurs dans ma vie, mais rarement comme celle-là. Ça faisait tellement mal que mes fesses et mes pieds levaient, je ne pouvais pas les contrôler, c’était des spasmes de douleur.»

Il a serré les poings jusqu’à ce que ça finisse. 

Quand il a rencontré le médecin après la chirurgie, il a voulu savoir ce qui s’est passé. «Le médecin remplissait un formulaire, il cochait des cases. Il cochait, il cochait, il ne parlait pas. Quand je lui ai demandé ce qui s’était passé, il m’a répondu : “C’est du passé.” Je lui ai redemandé et il a répondu la même chose : “Ça, c’est du passé.” Et il a continué à cocher sa feuille.»

M. était fâché, il lui a dit sa façon de penser.

Et il est parti.

M. aurait aimé que l’ophtalmologiste lui demande à l’avance s’il consentait à ce qu’une résidente participe à l’intervention, il a vécu par le passé une mauvaise expérience avec un résident lors d’une chirurgie à l’oreille. «Il ne m’en a jamais parlé avant. Il m’en a fait la demande quand j’étais dans les vapes, juste avant l’opération. Je n’ai pas dit un mot, pas fait un son. Ce n’est pas un consentement clairement exprimé.»

M. s’est senti mis devant le fait accompli.

M. n’a pas perdu son œil, mais il estime tout de même que son médecin n’a pas bien agi, qu’il a enfreint le Code de déontologie. Ledit code est catégorique : «le médecin doit chercher à établir et à maintenir une relation de confiance mutuelle et s’abstenir d’exercer sa profession d’une façon impersonnelle».

Il doit chercher à obtenir «un consentement libre et éclairé».

L’homme de 89 ans a pris un stylo et des feuilles lignées et il a écrit à la Direction des enquêtes du Collège des médecins pour porter plainte. Il a raconté ce qu’il a vécu, comment il s’est senti et expliqué ce qu’il reprochait au médecin. 

Il s’attendait à être contacté, à ce qu’on lui pose des questions.

Rien.

Un an plus tard, l’été dernier, il a reçu la réponse du Collège des médecins. La syndique adjointe, une médecin, a résumé les faits reprochés par M., puis a expliqué avoir consulté son dossier et demandé à l’ophtalmologiste visé par la plainte sa version des faits et ses explications.

Sur le consentement, il est écrit que «selon [le médecin], vous avez signifié votre accord. Toutefois, il comprend maintenant que le contexte dans lequel on vous a fait cette demande n’était pas optimal pour vous sentir libre d’y consentir».

Pas optimal, c’est un euphémisme.

Pour ce qui est de la douleur, le médecin affirme que M. n’en a pas eue. «Aucune mention à votre dossier ne témoigne que vous avez été souffrant pendant la chirurgie.»

Point.

Et pour les réponses aux questions de M., «le médecin affirme avoir pris le temps de répondre à vos questions et à vos inquiétudes et qu’à ce moment vous sembliez satisfait des explications. Cette affirmation est corroborée par les notes du médecin inscrites à votre dossier.»

Le médecin s’est dit «désolé» pour M.

Voilà, en tout et pour tout «l’enquête» menée par le Collège des médecins, qui est «d’avis que l’ophtalmologiste “a agi conformément à ses obligations déontologiques”». Aucun élément de la plainte n’a été retenu, comme si M. avait tout imaginé. «Ils ont pris la version du médecin, c’est tout.»

M. a demandé la révision du dossier, il a demandé à être contacté, la décision a été maintenue.

Selon les données obtenues auprès du Collège des médecins, la Direction des enquêtes a reçu 2659 plaintes pour l’année 2018-2019. Du lot, 599 ont été jugées non recevables, 407 ont donné lieu à des interventions non disciplinaires, souvent volontaires. Un peu plus de 400 étaient des signalements informatifs, c’est-à-dire qu’une personne, souvent un autre professionnel de la santé, veut porter un comportement problématique d’un médecin à l’attention du Collège sans en faire une plainte formelle.

Les autres 1249 demandes d’enquêtes ont conduit à la création d’un dossier, c’est-à-dire que des démarches ont été faites pour évaluer si un médecin a enfreint ou non son Code de déontologie. Si le syndic est d’avis qu’il n’a pas respecté ses obligations, une plainte est alors déposée devant le comité de discipline.

Sur 1249 enquêtes, combien ont donné lieu à une plainte devant le comité de discipline?

Seulement 27.

Lorsque la Direction des enquêtes reçoit une plainte, elle ne communique pas avec le plaignant, juste avec le médecin. «Le syndic informe le médecin visé par la plainte lorsqu’il a besoin de ses explications [afin que le médecin lui donne sa version des faits, qu’il lui donne accès à ses dossiers médicaux ou à tout autre document permettant de faire avancer l’enquête]», a détaillé la porte-parole du Collège par courriel.

Dans le cas de M., on a demandé au médecin ce qui s’est passé il a dit que tout s’est bien passé.

Dossier clos.

Quant au délai d’un an avant d’avoir une réponse, le Collège des médecins n’est «pas en mesure de donner une durée moyenne pour le traitement d’une plainte. Selon la gravité des faits reprochés, la durée du processus est variable».

M. n’aurait pas pu se plaindre au Protecteur du citoyen, qui ne peut traiter aucune plainte contre les médecins, les dentistes et les pharmaciens. Pour ces trois professions, la seule autre option est le médecin examinateur de l’établissement, qui reste lui aussi un médecin chargé de juger ses consœurs et confrères.

On assure qu’il est impartial, il faut le souhaiter.

M. est resté avec un arrière-goût amer, il a l’impression que les dés étaient pipés. «Ils ont parlé au médecin et pas à moi! C’est un processus de plainte qui est complètement archaïque. J’ai appelé au comité de discipline pour leur dire ce que je pensais, ils m’ont dit : “Si vous n’êtes pas content, appelez votre député…”»

Opinions

Une démocratie en danger

ANALYSE / Depuis trois ans, j’ai écrit régulièrement dans les journaux du Groupe Capitales Médias sur les dangers que représente la présidence de Donald Trump pour la démocratie américaine. Pour ce faire, je ne me suis pas limité aux analyses des journaux libéraux comme le New York Times et le Washington Post ou les déclarations de politiciens démocrates. J’ai même recouru davantage aux critiques formulées par des ténors républicains comme John McCain et Mitt Romney, deux anciens candidats républicains à la présidence, et de grands représentants du mouvement conservateur américain comme George Will et David Frum.

Menteur pathologique, Trump adhère aussi à toutes sortes de théories de complot qui sapent les fondements de la démocratie américaine. Gouvernant comme un autocrate, il rejette le principe de séparation des pouvoirs et le droit de contrôle du Congrès sur son administration. En conséquence, il fait obstruction systématiquement aux demandes du Congrès lorsque ce dernier veut exercer son droit de vérification sur les scandales dans lesquels lui et son administration sont impliqués.

Chroniques

Maudits véganes!

CHRONIQUE / Oui, je sais, ils vous énervent. Oui, je sais, je vous en parle très souvent ces temps-ci, mais je vais quand même vous reparler des véganes et du véganisme, car ils ont mauvaise presse au Québec, notamment depuis qu’un groupe de militants a investi le restaurant Joe Beef, à Montréal, et ce, afin de sensibiliser les clients à la problématique de l’élevage industriel et de la cruauté envers les animaux.

Les réactions n’ont pas tardé et elles ont été assez violentes. Certains chroniqueurs, dont j’éviterai de mentionner le nom ici, ont en outre saisi cette occasion pour casser du sucre sur le dos des véganes à coups d’arguments fallacieux et de propos malveillants.

Isabelle Légaré

La vie en blanc

CHRONIQUE / Matthieu Montembeault ne compte plus le nombre de fois où on lui a demandé s’il avait des origines scandinaves. C’est un fait connu, les blonds sont plus nombreux dans les pays nordiques.

«Tes cheveux sont donc ben beaux! Est-ce ta couleur naturelle?» C’est l’autre question souvent adressée au jeune homme de 21 ans.

Les gens sont curieux. Matthieu ne s’en formalise pas quand l’intérêt est sincère.

Alors oui, c’est sa vraie couleur, mais non, ses cheveux ne sont pas blonds. Ils sont blancs. Ses cils et ses sourcils aussi. Sa peau est également dénuée de pigmentation. D’un blanc éclatant.

Matthieu est albinos, tout comme William Boulinguez, 18 ans, dont la peau plus rosée n’est pas moins fragile au soleil. Peu importe la saison, particulièrement l’été, ils ne mettent pas le pied en dehors de la maison sans casquette ni crème solaire appliquée plusieurs fois par jour.

«Je mets de la 60», spécifie William en parlant du facteur de protection qui ne doit pas être pris à la légère. Il en a déjà payé douloureusement le prix en oubliant de couvrir ses coudes qui ne sont pas à l’abri d’un coup de soleil.  

J’ai renoué avec eux cette semaine, onze ans après notre première rencontre initiée par leur mère respective, Manon Royer et France Bertrand. 

Les deux femmes de Bécancour m’avaient contactée dans le but de sensibiliser les gens à la réalité de leur fils. À l’époque, ce sont elles qui se faisaient questionner par madame ou monsieur Tout-le-Monde.

«Mais à qui il ressemble pour être blond de même?»

Je me souviens que Manon avait insisté sur l’importance d’utiliser le terme albinos et que France avait renchéri en disant que ceux et celles qui sont nés avec cette anomalie congénitale ne sont pas des «extraterrestres».

Cette expression fait sourire les gars qui se sont épanouis en faisant fi des regards qui dévisagent ou des commentaires qui en disent tout aussi long. Mathieu, pour l’un, ne fait pas grand cas de la fois où, enfant, des garçons ont raillé en l’apercevant: «Regarde le grand-père à lunettes!»

Sa mère, elle, n’a pas oublié, mais à l’exemple de son petit devenu grand, la femme met aujourd’hui cette moquerie sur le dos de l’ignorance.

Matthieu et William n’ont pas changé, ou si peu, sinon qu’ils ont gagné en âge, en centimètres et en maturité, déjà qu’ils l’étaient beaucoup pour des enfants de 10 et 7 ans.

Cela faisait longtemps qu’ils ne s’étaient pas revus lorsque je les ai réunis pour prendre de leurs nouvelles. Matthieu étudie au Cégep de Sainte-Foy, à Québec, pour devenir technologue forestier, alors que William s’est laissé tenter par des études professionnelles en électromécanique du côté de Trois-Rivières.

Ça va bien. On les sent sur leur X. Matthieu, un adepte de plein air, revient même d’un voyage en Islande où en janvier, les heures  d’ensoleillement se font rares. L’aventurier n’a pas choisi cette destination pour cela, mais c’est vrai qu’en y repensant bien, cette terre de glace et de feu était parfaite pour lui.

Si la première chose que l’on observe chez Matthieu et William est la pâleur de leurs cheveux et du visage, il faut savoir que cette absence de mélanine affecte également les yeux. Dans leur cas, on parle d’albinisme oculocutané. Leur vision centrale est très basse et sensible à la lumière. Si le soleil avait été présent lors de notre rencontre, la photo accompagnant cette chronique aurait difficilement pu se prendre à l’extérieur sans les obliger à porter des verres teintés.  

À ce trouble s’ajoute une autre pathologie, le nystagmus. Leurs yeux bougent constamment de gauche à droite. Les gars ne s’en rendent pas compte, mais nous, on peut voir ce mouvement incontrôlable de va-et-vient.

Dans une classe, ne cherchez pas Matthieu ou William, ils sont assis en avant. Dans ma première chronique, ces élèves du primaire m’avaient montré les différents instruments mis à leur disposition pour faciliter leurs apprentissages. Ça allait de la télévisionneuse au clavier d’ordinateur dont les lettres sont grossies en passant par la loupe, les cahiers aux dimensions plus grandes, etc.

Les deux écoliers m’avaient également parlé d’un mini télescope pour voir de plus près ce qui était écrit au tableau. C’est un petit dispositif semblable, le «système télescopique bioptique», qui leur permet aujourd’hui d’avoir les deux mains sur le volant. Installé sur leurs lunettes, le STB améliore notamment la capacité à détecter les détails sur la route et augmente, du coup, le temps de réaction du conducteur ayant une basse vision.

L’obtention du permis de conduire est sans contredit le plus grand défi à ce jour de Matthieu Montembeault et de William Boulinguez. Notamment élaborée par l’Institut de réadaptation en déficience physique (Centre François-Charon) de Québec, la formation à laquelle ils doivent se soumettre sur les axes routiers de la capitale est plus longue, plus exigeante, plus pointue, plus... s

William possède maintenant son permis et Matthieu a confiance de réussir l’examen à venir au cours des prochains mois. Le jeune homme ne se laisse pas décourager même si la route pour se rapprocher de cette autonomie implique des détours.

Son regard sur la suite des choses est aussi clair que ses cheveux.  

«Depuis que je suis jeune, je m’adapte. Ça ne m’a jamais vraiment freiné dans ce que j’ai entrepris.»

Science

L’essence tombera-t-elle du ciel un jour ?

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «On parle beaucoup d’urgence climatique mais aucun programme clair n’est proposé, à l’exception d’une augmentation de taxes carbone donnant un permis de polluer pour les plus riches. Cependant, il y a des entreprises comme Carbon Engineering Ltd au Canada et BFS en France qui proposent des technologies pour capter le CO2 directement dans l’air et le transformer en carburant. Alors quelle est l’efficacité réelle de ces technologies ? Est-ce que c’est «pour vrai» ou est-ce que c’est une autre fabulation de l’internet ?», demande Stéphan Raymond, de Québec.

«La question est un peu compliquée parce que la capture directe du CO2 dans l’air est plus récente que d’autres approches. Ça fait une dizaine d’années qu’on en parle, ce qui est relativement court comparé à la séquestration géologique du carbone, par exemple. Et encore, il y a des projets en séquestration, mais toujours rien à des échelles suffisamment grandes pour avoir un effet notable», dit d’emblée Louis-César Pasquier, chercheur au centre Eau, Terre et Environnement de l’INRS qui mène justement des travaux sur le stockage et l’utilisation du CO2.

Les technologies de capture directe du CO2 dans l’air — à ne pas confondre avec les technologies qui prennent le CO2 «à la source», dans des cheminées industrielles — fonctionnent bien dans l’ensemble, leurs principes scientifiques sont prouvés, mais «ces compagnies-là sont rendues à faire la démonstration concrète de leurs technologies, parce qu’elles n’ont pas encore été mises en place à grande échelle», ajoute M. Pasquier.

Mine de rien, c’est une étape qui peut s’avérer plus ardue qu’on s’y attendrait à priori. «C’est toujours plus facile des faire des choses de manière contrôlée dans une éprouvette que dans des équipements industriels beaucoup plus grands», indique-t-il.

Mais il y a quand même des progrès qui se font et des technologies qui sont testées très concrètement, hors des labos. La firme Carbon Engineering dont parle M. Raymond, par exemple, a une usine-pilote en Colombie-Britannique qui fonctionne depuis 2015. Il s’agit essentiellement d’un gros ventilateur qui pousse de l’air au-dessus d’un bassin contenant des composés chimiques qui réagissent avec le CO2, qui est alors «capturé».

Dans un article paru dans la revue savante Joule en 2018 [http://bit.ly/2QZsWKl], la compagnie a détaillé les résultats de ses trois premières années d’activités et, si certains aspects étaient vraiment très encourageants, d’autres forçaient plutôt au réalisme. Ainsi, le projet-pilote a été capable d’extirper du CO2 de l’atmosphère à un coût variant (selon les configurations choisies, les sources d’énergie, etc.) entre 94 et 232 $ la tonne, ce qui est déjà une énorme amélioration sur les quelque 600 $/t que calculait en 2013 l’American Physical Society pour la capture directe.

Et comme Carbon Engineering entend éventuellement convertir à grande échelle ce CO2 en carburant, certains observateurs ont tout de suite annoncé que cela laissait entrevoir un avenir pas si lointain où l’essence serait carboneutre.
Mais d’un autre côté, les quantités d’énergie que cela prend pour extirper ce carbone de l’atmosphère montrent que cela ne peut pas être une solution miracle applicable mur-à-mur — pas à l’heure actuelle, en tout cas. «Le nerf de la guerre, ça va être l’énergie parce que pour faire du carburant, il faut remonter la pente énergétique», dit M. Pasquier, qui fait référence au fait que l’énergie contenue par le carburant doit bien venir de quelque part.

Par exemple, l’article de 2018 montre que dans la «configuration» de l’usine pour transformer le CO2 capturé en carburant, Carbon Engineering a dû dépenser 1535 kiloWatts-heure en gaz naturel et en électricité pour chaque tonne de gaz carbonique capturé. Pour donner une idée de ce que cela représente en vue d’une éventuelle production à très grande échelle, supposons que l’on veuille utiliser cette technologie pour rendre tous les transports routiers du Québec «carboneutres». En 2017, les voitures et camions circulant dans la Belle Province ont émis 27 millions de tonnes de CO2, alors avec l’usine de Carbon Engineering, il faudrait dépenser autour de 41 téraWatts-heure (TWh) pour retirer tout ce de CO2 de l’atmosphère. Pour fin de comparaison (et même si une partie du gaz naturel n’est pas facilement remplaçable par de l’électricité dans ce procédé), c’est une quantité d’énergie supérieure à toutes les exportations d’Hydro-Québec, qui sont d’environ 36 TWh par année, et cela représente une bonne part de ses ventes annuelles totales, qui tournent autour de 210 TWh. C’est considérable.

Et encore, ce n’est même pas toute l’énergie qu’il faudrait dépenser pour produire du carburant — juste celle qu’il faut pour extraire le gaz carbonique de l’air. Selon ce que spécifie l’article de Joule, il faudrait ensuite fournir d’autre énergie pour faire ce que les chimistes appellent l’«électrolyse de l’eau», qui consiste à séparer les atomes d’hydrogène et d’oxygène des molécules d’eau (H2O). On ferait ensuite réagir cet hydrogène avec le carbone du CO2 pour faire des hydrocarbures (du carburant). Il y aura donc encore de grosses dépenses énergétiques à prévoir. Ce n’est pas pour rien, note M. Pasquier, que l’usine de Carbon Engineering est situé à côté d’une rivière : c’est pour avoir accès à une source d’énergie renouvelable.

Et tout cela a un coût. Dans la configuration pour produire du carburant, qui n’est pas la plus onéreuse à 100$ la tonne, juste la capture du CO2 représente une dépense de 23¢ par litre. Sans compter, encore une fois, les étapes suivantes.

Cela ne signifie pas que la capture du gaz carbonique directement dans l’air n’a aucun avenir, remarquez bien. Le fait que des gens comme Bill Gates aient investi de fortes sommes dans ces technologies, sans être une garantie, montre le sérieux de l'affaire. Mais cela implique que, pour l’instant, ces technologies ne sont pas encore «matures». Et que quand elles le seront, il se peut bien qu’elles répondent plus à des besoins de niche — Carbon Engineering vise le marché du carburant d’avion, illustre M. Pasquier — qu’à une demande plus générale.

Sylvain St-Laurent

Il ne faudrait pas oublier Maxence Guénette

CHRONIQUE / Deux défenseurs d’avenir des Sénateurs ont monopolisé l’attention, dans les dernières semaines. On a beaucoup parlé de Lassi Thomson. On a probablement dit encore plus de bien de Jacob Bernard-Docker.

C’est normal. Ils se sont tous les deux retrouvés sous le plus grand projecteur sur la planète, au Championnat mondial junior. Et ils ont tous les deux brillé.

Bernard-Docker a été le défenseur le plus utilisé au sein de l’équipe qui a fini le tournoi sur la plus haute marche du podium.

Thomson n’a pas rapporté de médaille. À 18 ans, il a quand même été le capitaine d’une coriace petite équipe scandinave qui s’est bien battue.

Avec ces deux jeunes hommes, croit-on, l’avenir est radieux à Ottawa. La relève semble assurée, du côté droit, en défensive.

Et le pire, c’est que ça ne s’arrête même pas là.

Cette chronique sera un petit rayon de soleil, en ce samedi de blizzard. Les Sénateurs ont subi neuf revers consécutifs. Ils vont tout faire pour ne pas en subir un 10e, quand les Flames passeront par le Centre Canadian Tire.

La relève est vraiment solide, défensivement, du côté droit.

Les Sénateurs ont Maxence Guénette. On l’oublie vite, lui, parce qu’il n’a pas joué des matches devant des centaines de milliers de téléspectateurs, au temps des Fêtes.

On a perdu Guénette de vue, à la fin du mois de septembre, quand il a quitté le camp d’entraînement des Sénateurs.

Il était de retour dans le coin, vendredi soir. Il était là pour affronter les Olympiques de Gatineau, avec ses coéquipiers des Foreurs de Val-d’Or.

Je suis allé à sa rencontre. J’ai parlé à son entraîneur.

Il connaît une très bonne saison.

 ***

Guénette a surpris bien des gens, en septembre. Personne ne s’attendait à ce qu’un adolescent de 18 ans, choix de septième ronde au repêchage, passe plus de quelques jours au camp.

Il est tombé dans l’œil des nouveaux entraîneurs. Ces derniers lui ont même permis de participer à un match préparatoire.

Guénette a surpris bien des gens. Il s’est probablement surpris lui-même.

On m’a dit un truc très intéressant à son sujet, à ce moment-là. « Maxence doit prendre conscience de certaines choses. Il devrait d’abord prendre conscience de son propre talent. »

J’en parlais notamment avec Mathieu Turcotte, un entraîneur qui connaît Guénette depuis longtemps. Ils ont commencé à travailler ensemble à l’époque où le gamin donnait ses premiers coups de patin dans le MAHG. Une dizaine d’années plus tard, ils ont travaillé ensemble avec les Chevaliers de Lévis, dans la Ligue midget AAA du Québec.

« Souvent, les gars qui ont autant de talent ont trop confiance en leurs moyens. Avec Maxence, c’est le contraire », me dit-il.

Guénette sourit, quand on lui parle de cela.

« Tu n’es pas le premier à m’en parler », réagit-il.

Les yeux de Pascal Rhéaume s’écarquillent quand le sujet tombe sur la table. 

Entraîneur-chef des Foreurs depuis bientôt deux ans, il commence à bien connaître son protégé. Selon lui, les choses ont commencé à changer, pour le mieux, lorsque le joueur est rentré en Abitibi. « Ça lui a fait réaliser certaines choses, son séjour à Ottawa. Il est revenu avec une attitude A-1, un désir de s’améliorer chaque jour. »

Pas que son attitude faisait défaut, dans le passé.

Avec son humilité caractéristique, il a toujours été un joueur assez facile à diriger.

Les Sénateurs lui ont simplement fait comprendre qu’il avait tout ce qu’il fallait pour connaître une belle et longue carrière... À condition de continuer à mettre toutes les chances de son côté.

« Les forces que les Sénateurs ont identifiées, il trouve des façons de les mettre en valeur », estime Rhéaume.

« Ses principales forces, c’est son coup de patin et l’exécution des passes. Quand il utilise ses forces, dans le feu de l’action, il devient un défenseur très dangereux, pour nous. Il devient pratiquement un quatrième attaquant. »

Contrairement à Bernard-Docker et Thomson, Guénette n’évoluera pas dans les rangs professionnels, l’an prochain. Il aura besoin d’un peu plus de temps.

Combien ? C’est dur à prédire.

Vous savez, cette séquence de cinq années de « succès sans précédent » promise par Eugene Melnyk aux partisans ? Il devrait être en mesure d’y contribuer.

Vu d'même

Pourquoi tant de haine ?

CHRONIQUE / Ça s’appelle La Purge.

On compte déjà quatre films — un cinquième et dernier long-métrage devrait sortir en salles à la mi-juillet — et une série télévisée comptant deux saisons disponible en visionnement continu sur Internet.

CHRONIQUE NFL

Une répétition du Super Bowl I?

CHRONIQUE / Il ne reste que quatre équipes en lice pour mettre la main sur le trophée Vince Lombardi dans les séries éliminatoires de la Ligue nationale de football (NFL). Si la logique a été respectée dans la conférence Nationale avec un affrontement entre les Packers de Green Bay et les 49ers de San Francisco, dans la conférence Américaine, les Titans ont réussi à se faufiler après avoir obtenu la sixième et dernière place en séries et croiseront le fer avec les Chiefs, à Kansas City. À la 100e année d’existence de la NFL, le match du Super Bowl pourrait être une reprise du tout premier match ultime en 1966, lequel avait mis aux prises les Chiefs et les Packers.

Packers (13-3) - 49ers (13-3): un duel qui promet d’être serré

Le duel mettra en vedette les deux meilleures équipes de la conférence Nationale en saison régulière et qui ont profité d’une semaine de congé lors de la première ronde éliminatoire. Les deux équipes ont toutefois eu des matchs bien différents la semaine dernière, à domicile.

Pendant que les 49ers n’ont pas éprouvé trop de problèmes face aux Vikings, les Packers en ont eu plein les bras face aux Seahawks, mais ont réussi à avoir le dernier mot, non sans une petite controverse qui n’avait pas lieu d’être. Les doutes étaient nombreux sur les Packers malgré leur dossier en saison régulière en raison de leur calendrier facile, mais cette victoire les a dissipés. La grande force des Packers, c’est Aaron Rodgers. Avec une arme comme le receveur Devante Adams et le porteur de ballon Aaron Jones qui s’est mis en marche dès le début de la rencontre face aux Seahawks, le vétéran quart-arrière devient très difficile à stopper.

Grâce notamment au brio du demi de coin Richard Sherman et une pression constante, les 49ers ont affiché la meilleure défensive contre la passe cette saison en plus d’accorder la deuxième plus basse moyenne de verges à l’adversaire. Ils ont encore prouvé leur domination sans le ballon face aux Vikings, mais Kirk Cousins est loin d’être Rodgers. Jimmy Garoppolo a remporté la semaine dernière son premier match éliminatoire et n’a pas commis d’erreurs impardonnables, si ce n’est qu’une interception au deuxième quart. 

Il ne profitera pas de la même latitude face aux Packers alors que le duel promet d’être beaucoup plus serré. Pas plus tard que le 24 novembre, les 49ers ont lessivé
–et le mot est faible – les Packers au compte de 37-8. Il s’agit d’ailleurs de la dernière défaite de la formation du Wisconsin qui devra avoir un plan de match différent pour espérer renverser la vapeur. 

Choix : 49ers

Denis Gratton

À vous la parole

CHRONIQUE / J’ai reçu plusieurs courriels et commentaires sur les réseaux sociaux à la suite de la publication de ma chronique de jeudi intitulée «L’art de tuer un quartier». Merci pour vos mots, chers lecteurs, chères lectrices.

À LIRE AUSSI : L’art de tuer un quartier

Je partage trois commentaires ce matin. D’abord, Sylvie G. a écrit ce qui suit pour réagir à un passage de ma chronique dans lequel j’ai dit que la Ville d’Ottawa a repoussé les prostituées du marché By vers le secteur Vanier :

« (Vous parlez) de repousser la prostitution à Vanier. Mais ce n’est pas nouveau, Vanier a toujours été reconnu pour son fort taux de prostitution ».

Faux, ma chère Sylvie. Le Vanier de ma jeunesse n’attirait pas les travailleuses du sexe.

Vrai, il y a le bar de danseuses nues The Playmate qui a ouvert ses portes sur le chemin de Montréal dans les années 1960 et qui s’y trouve toujours. Mais ça s’arrêtait là. Les prostituées étaient ni vues ni connues à l’époque dans la Ville de Vanier.

C’est au début des années 1990 qu’elles sont apparues dans ce secteur lorsque l’ancien conseiller municipal d’Ottawa, Richard Cannings, a décidé de « faire le ménage » dans le marché By, lieu de prédilection des travailleuses du sexe et de leurs clients à l’époque.

Une fois ce « ménage complété », les élus de Vanier ont remarqué l’arrivée des prostituées du marché By et ils se sont plaints de cette situation auprès de la Ville d’Ottawa et du conseiller Cannings. Mais ce dernier leur a répliqué d’aller se faire cuire un œuf et que c’était à leur tour de régler ce problème. Mais, on n’enraye pas le plus vieux métier du monde d’un coup de baguette magique… et les prostituées y sont toujours.

Alors oui, Sylvie, Vanier est aujourd’hui « reconnu pour son fort taux de prostitution », comme vous le dites, et c’est fort malheureux. Mais ce ne fut pas toujours le cas. 

***

Autre courriel, de Christine P. qui n’a pas apprécié que j’utilise les mots « filles de joie » dans la chronique en question :

« L’appellation «travailleuses du sexe» a remplacé l’infâme «filles de joie». C’était la joie de qui, en fait ? Pas celle des pauvres femmes (ou femmes pauvres) qui exerçaient et exercent toujours — par nécessité pour la plupart — ce métier millénaire ».

Vous avez tout à fait raison, Christine. Vous remarquerez d’ailleurs que je n’ai pas utilisé l’appellation « filles de joie » dans les paragraphes précédents. Ce terme est effectivement dépassé et sexiste. Leçon retenue. Merci.

***

Un dernier courriel, celui de Carole F. qui porte sur le marché By et ses environs :

« … La très grande majorité des crimes commis au marché By surviennent surtout en dehors des heures d’opération du marché By et il conviendrait d’en faire la distinction à l’avenir. Quand un crime a lieu sur la rue King Edward, par exemple, bien que cette section fasse partie du marché By sur le plan politique et administratif, elle ne se situe pas au centre fréquenté par les touristes, surtout dans la journée. Ce genre de nouvelles à sensation ne sert qu’à éloigner les touristes potentiels, au grand détriment du marché By ».

Je vous comprends très bien, Carole. Exemple : lorsque je lis dans les journaux ou que j’entends à la radio ou à la télévision qu’un crime a été commis sur la rue Donald, dans le secteur Vanier, ça m’irrite. La rue Donald se trouve dans le secteur Overbrook, voisin de Vanier. Les médias font souvent la même erreur avec d’autres rues situées à proximité de Vanier, et c’est frustrant pour les Vaniérois. Déjà que leur quartier ne jouit pas de la meilleure réputation qui soit…

Par contre, si un crime est commis dans le secteur Vanier, les médias doivent le dire. Ils doivent situer leurs lecteurs et auditeurs et ceux-ci veulent savoir si le crime s’est déroulé dans leur quartier ou non. C’est la même chose pour le marché By. Le fait qu’il soit l’attrait touristique numéro un d’Ottawa ne change rien, si un meurtre survient sur son territoire, il faut le souligner. C’est notre devoir.

Vrai, Francine, la rue King Edward n’est pas très fréquentée par les touristes. Et je crois que les médias pourraient parler de la Basse-Ville dans le cas de cette artère et certaines autres qui se trouvent près du marché By. 

Mais jamais nous ne donnerons de fausses informations en toute connaissance de cause afin de ne pas nuire à la réputation d’un quartier ou d’un autre.

Les faits sont les faits. 

Jean-Marc Salvet

Jean Charest, la pénible suite

CHRONIQUE / La diffusion des motifs pour lesquels l’UPAC s’intéresse au collecteur de fonds Marc Bibeau n’aidera en rien Jean Charest à devenir le prochain chef du Parti conservateur du Canada — s’il décide de se lancer dans la course à la succession d’Andrew Scheer. Ces motifs n’établissent pas de culpabilité, mais leur diffusion lui complique et lui compliquera les choses, même si ni lui ni Marc Bibeau ne sont accusés de quoi que ce soit.

La victoire de Jean Charest n’était déjà pas acquise avant la diffusion de ces informations, qui concernent d’abord et avant tout Marc Bibeau.

Il y a quelque temps, on pouvait déjà relever que l’ex-premier ministre du Québec était plus ou moins désiré chez les conservateurs. Les jours qui ont suivi l’ont amplement démontré, ne serait-ce qu’avec le barrage qu’entend dresser Stephen Harper sur sa route.

Chose certaine, quel contraste pour lui avec l’année 1998, lorsqu’il jonglait avec l’idée d’abandonner la direction du Parti progressiste-conservateur pour prendre celle du Parti libéral du Québec. Je le rappelle encore une fois : il était ardemment désiré par les fédéralistes québécois. La seule évocation de sa candidature suscitait déjà l’effervescence chez les libéraux du Québec. Il était alors attendu, réclamé.

L’homme a beau ne pas rechigner à la bataille, il est dans une situation totalement différente aujourd’hui.

S’il se lance, on entendra beaucoup parler d’éthique dans la course conservatrice…

Engagé lui aussi dans une course à la direction, le Parti libéral du Québec se passerait bien de cette possible suite. Elle l’égratignerait au passage.

Brigitte Breton

Une bonne note pour le Québec

CHRONIQUE / Le Québec est loin d’échouer sur toute la ligne avec ses enfants. À travers le Canada, le Québec est la province qui affiche le plus bas taux de pauvreté infantile (15,2 % comparativement à 18,6 % à l’échelle nationale). Il n’y a pas que de mauvais côtés au poids de notre fardeau fiscal.

L’organisme Campagne 2000 a publié mardi un nouveau rapport sur la pauvreté des enfants et des familles au Canada. Pour un pays dont les élus s’étaient unanimement engagés, il y a 30 ans, à enrayer la pauvreté infantile, on est loin du compte.

Un enfant sur cinq (plus de 1,3 million de jeunes de moins de 18 ans) vit encore en situation de pauvreté dans «le plus meilleur pays du monde», comme le décrivait l’ancien premier ministre libéral, Jean Chrétien.

Les enfants de familles autochtones, immigrantes ou monoparentales dirigées par une femme sont plus nombreux que ceux d’autres familles à être confrontés à cette réalité au quotidien.

En trois décennies, le Canada a seulement réussi à réduire son taux de pauvreté infantile de 22 à 18,6 %, selon la grille utilisée par Campagne 2000. 

Selon ce réseau de 120 organismes, à ce rythme, 155 années devront encore s’écouler pour que le Canada atteigne l’objectif qu’il s’était fixé en 1990. 

Impossible d’éradiquer la pauvreté?

On gagne collectivement à réduire les inégalités de revenus et à offrir à tous les enfants des conditions de vie qui leur permettront de bien vivre et de se développer. 

Le Québec semble l’avoir mieux compris en adoptant des mesures fiscales et sociales pour épargner les jeunes familles de la pauvreté.

Campagne 2000 mentionne notamment comme éléments positifs l’assurance-médicaments et les fonds publics qu’investit le Québec dans ses services de garde.

Cette dernière mesure, qui coûte plus de 2 milliards $ par année au trésor public québécois, a accru la présence des jeunes mères sur le marché du travail, a facilité la conciliation travail-famille des parents, en plus de fournir de meilleurs services éducatifs aux tout-petits.

Si une famille du Québec paie moins de 200 $ par mois pour le service de garde d’un enfant, celle de Toronto doit débourser 1150 $, celle d’Ottawa 1007 $, celle de Calgary 1015 $ et celle d’Halifax 867 $. 

La dernière édition du Bilan de la fiscalité au Québec, préparé par la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke, a relevé une fois de plus récemment la forte pression fiscale exercée sur les contribuables québécois comparativement à ceux du reste du Canada et d’autres pays de l’OCDE.

La Chaire constate par ailleurs que les inégalités de revenus sont moindres au Québec qu’ailleurs au pays.

Des allocations pour soutenir les jeunes familles et leurs enfants, des services publics de qualité et des programmes sociaux plus étendus ne sont pas que des bonbons pour séduire les électeurs. Ils peuvent faire toute la différence dans la vie d’enfants, de futurs adultes.

Dans son dernier portrait des jeunes Québécois de moins de cinq ans, l’Observatoire des tout-petits signalait en novembre qu’un enfant de trois ans en milieux défavorisés connaît 600 mots de moins qu’un bambin du même âge de milieux plus aisés.

Un tel écart de développement est susceptible d’influencer négativement son parcours à l’école primaire et secondaire, mais aussi, son niveau d’étude à l’âge adulte, note l’Observatoire.

Celui-ci relevait aussi qu’un ménage sur dix avec un enfant de moins de cinq ans se trouvait en situation d’insécurité alimentaire au Québec en 2018. Pour aider ces ménages, l’Observatoire suggère notamment d’investir dans des programmes de logements abordables.

Réduire les inégalités de revenus et la pauvreté infantile s’inscrit dans une vision à plus long terme. En investissant maintenant, on s’évite de devoir dépenser plus tard pour pallier aux mauvais départs dans la vie.

Sylvain St-Laurent

Ces joueurs gâtés pourris

CHRONIQUE / Les responsables des communications des Golden Knights nous ont dit que le directeur général serait disponible aux environs de 12 h 30.

Kelly McCrimmon a fait son apparition, au bout du couloir, à 12 h 29. Quand il a commencé à répondre aux questions des journalistes, il était – précisément – 12 h 30. Les Knights ne font rien à peu près.

Denis Gratton

L’art de tuer un quartier

CHRONIQUE / La Ville d’Ottawa devrait offrir un cours sur l’art de détruire un quartier comme elle l’a fait avec l’ancienne Ville de Vanier. Ce cours pourrait se donner en huit courtes leçons. Allons-y.

LEÇON 1

Approuvez toute demande de modifications à un bâtiment sans trop poser de questions. Exemple : si un promoteur veut convertir une maison unifamiliale de ce quartier en un bâtiment à deux, quatre ou six logis, donnez-lui le feu vert. Résultat : les maisons unifamiliales qui abritaient à l’époque de grosses familles canadiennes-françaises deviendront des édifices à logements à prix modiques et subventionnés pour gens seuls, moins bien nantis ou en transit, tuant ainsi l’esprit de quartier, l’âme francophone et le sentiment d’appartenance qui régnaient dans ce secteur.

Sylvain St-Laurent

Toute la pression sur Dorion

CHRONIQUE / «Les gens qui évoluent dans le monde du hockey depuis un certain temps savent qu’un contrat, ça peut se négocier assez rapidement. »

Ces mots sont importants parce qu’ils sortent de la bouche de Pierre Dorion.

Sylvain St-Laurent

Cinq équipes, un seul Alexis

RUBRIQUE À TRAVERS LA LNH / On a senti que de nombreux partisans du Canadien ont décroché, la semaine dernière. En plein cœur d’une séquence de huit revers consécutifs, nombreux sont ceux qui ont rejoint les fans des Sénateurs. Le prochain repêchage amateur est désormais plus important que l’issue de la saison en cours.

L’opportunité de repêcher une future superstar francophone, au premier rang, ne se présente quand même pas chaque année.

Denis Gratton

L’alerte « tout va bien »

CHRONIQUE / Dimanche matin, 7 h 23. L’alarme de mon téléphone intelligent retentit. Une alarme au son distinct d’une alerte Amber.

Se faire réveiller par une telle alerte à 7 h 23 le dimanche est un peu agaçant, disons-le. Mais si un enfant est sauvé grâce à cette intervention, tant mieux. Émettez des alertes à toute heure de la nuit s’il le faut et si la vie ou la sécurité d’un enfant en dépend.

Sébastien Pierroz

Tory francophile, vraiment ?

CHRONIQUE / TORONTO — Il y a des choses qui passent bien mal, surtout dans une région métropolitaine comme Toronto où résident plus de 50 000 francophones. Diminution de 18 % du nombre de livres en français, et fin de ces mêmes ressources dans 25 bibliothèques publiques, la municipalité de la Ville Reine a déclenché une vive polémique, jeudi, avant d’annuler cette décision, le lendemain.

Pendant plus d’une journée, la Bibliothèque publique de Toronto, l’organisme parapluie dépendant de la municipalité, défendait ce choix, arguant la faible utilisation des livres en français. Mais ce total de 26 000 livres enlevés soulevait des questions.

Sur les réseaux sociaux, la ministre des Affaires francophones de l’Ontario, Caroline Mulroney, et son homologue fédérale, Mélanie Joly, se sont donné le crédit de cette volte-face, faisant chacune référence à leur discussion avec le maire torontois, John Tory. 

Tout est bien qui finit bien, mais une ombre persiste. La volonté de la municipalité de centraliser l’offre de livres signifie-t-elle que les ressources seront maintenant disponibles dans un univers plus restreint ? 

Mystère. 

Ce n’était en tout cas pas la première fois que l’administration dirigée par John Tory agissait à l’encontre des Franco-Torontois. En 2017, la Ville avait par exemple modifié en catimini sa politique de communication, en ôtant l’obligation de la présence du français dans les documents municipaux lorsqu’une autre langue que l’anglais s’y trouvait. Un vrai recul.

Force est d’admettre que John Tory a donné peut-être trop d’espoirs aux Franco-Torontois.

Pour lire la chronique de Sébastien Pierroz dans son intégralité, rendez-vous sur le site Web d'#ONfr.

Chronique

Entendre n’est pas comprendre

CHRONIQUE / Son entrevue avec Dominique Brown terminée, Kim Auclair se demandait bien ce qu’elle allait écrire sur l’homme d’affaires, fondateur de Beenox, qui s’est lancé dans l’aventure de Chocolats favoris.

Elle avait compris trois mots.

Kim est sourde de naissance, avec quelques traces d’audition à l’oreille droite, amplifiées tant bien que mal par un appareil auditif. «Je n’avais rien compris de ce qu’il m’avait dit. Je suis partie des quelques mots que j’avais saisis et j’ai fait des recherches sur Internet pour voir ce qu’il avait déjà dit autour de ces propos-là.»

On n’y a vu que du feu.

Mais Kim pédalait comme elle a toujours pédalé, depuis la petite école où sa mère a insisté pour qu’elle soit dans une classe régulière. «Ça a été dur, j’en ai arraché. J’ai tellement travaillé fort, au moins deux fois plus que les autres. Je voulais être comme tout le monde, j’ai refusé toutes les aides qu’on m’offrait, je ne voulais pas être différente.»

Et pourtant, elle l’était.

Au début de chaque année, sa mère allait rencontrer ses professeurs pour leur expliquer la situation. «J’ai eu des parents extraordinaires, ils m’ont toujours aidée, ils ont fait ce qu’ils pouvaient, c’est moi qui refusais toutes les aides. Ma mère a eu un impact positif, elle voulait que je sois autonome.»

Kim a développé plein de trucs, a appris à lire sur les lèvres.

Elle a choisi de s’orienter en graphisme, en se disant qu’elle s’organiserait comme elle s’était toujours organisée. «J’essayais de me trouver un emploi, je n’indiquais pas dans mon curriculum vitae que j’étais malentendante. Je ne parlais pas de ma surdité, je ne voulais pas faire pitié.»

Le Web a été sa planche de salut. «Je ne sais pas où je serais sans le Web. Ça a été ma deuxième porte d’entrée pour ma vie professionnelle.» D’un écran à l’autre, l’illusion était parfaite, Kim pouvait communiquer comme si de rien n’était. Elle s’est fait un nom, a développé son réseau.

Elle faisait de la radio à CKRL, tenait un blogue sur lesaffaires.com, donnait même des conférences et des formations

Elle a écrit un livre sur l’entrepreneuriat.

Mais nourrir l’illusion lui bouffait tellement d’énergie, comme à la petite école, tellement qu’elle a dû prendre une pause. Elle parle d’un épuisement de communication, trop fatiguée pour tendre l’oreille, toujours, et essayer de comprendre ce que les gens disaient autour d’elle.

Comme si elle vivait en Chine sans comprendre le mandarin.

Et c’est là, il y a quelques années, qu’elle a rencontré Audrey Grenier, qui milite pour la défense des personnes avec des limitations auditives, elle venait d’avoir un premier implant cochléaire, un dispositif connecté directement sur le nerf auditif. «Audrey, c’est la première fille à qui je pouvais m’identifier, elle est jeune, dynamique. Elle m’a dit : “Allez, fais ta demande!”» 

Kim l’a fait.

Mais avant, elle devait faire ce qu’elle n’avait jamais fait, accepter sa surdité. «J’ai toujours dit que j’étais malentendante, je n’arrivais pas à dire que j’étais sourde. Avant d’avoir l’implant, je devais me rapprocher de mon univers, accepter ma surdité. J’ai fait sortir mon dossier depuis mon enfance, le chemin que j’avais parcouru, tout ce que mes parents avaient fait pour moi.»

Elle a pleuré.

Et elle s’est acceptée.

Le 17 septembre dernier, elle s’est endormie dans une salle d’opération et s’est réveillée avec un bidule branché derrière son oreille droite. Mais la partie n’était pas gagnée, tous les nouveaux sons qu’elle allait entendre n’allaient avoir aucun sens, ils n’en avaient jamais eu. Elle devait s’entraîner à comprendre. «Ce n’est pas parce que tu entends que tu comprends. C’est beaucoup d’entraînement, il y a beaucoup de suivis à faire, beaucoup de travail. Là, je commence à écouter de la musique, je mets de la musique de relaxation avec des voix douces.»

On n’est pas encore à Metallica.

À 35 ans, Kim s’est remise au dessin, elle a eu l’idée d’illustrer ce qui se passait, les nouveaux bruits qu’elle entendait, comme le chien qui lape, les camions qui passent devant chez elle, le bruit «vraiment gossant» de ses doigts qui pianotent sur le clavier. «Je me suis mise à dessiner tout ce qu’il y avait de nouveau.» 

Au jour 60, elle a, pour la toute première fois de sa vie, commandé un sous-marin chez Subway.

Elle a partagé ses dessins sur Facebook sans trop savoir comment ça serait reçu. «Je ne voulais pas tanner les gens avec ça, mais la réception a été très bonne.» Non seulement elle a accepté sa surdité, mais elle arrive maintenant à en parler. 

Ses dessins, colorés et joyeux, aident même certains parents dont les enfants reçoivent des implants.

Ils comprennent ce qu’ils vivent.

Et, ironiquement, jamais de toute sa vie n’a-t-elle eu autant besoin du silence. «Quand tu entends, tu te rends compte qu’il y a toujours un bruit de fond, il y a toujours quelque chose, un son qui vient de quelque part. Les gens qui méditent, ils ne sont jamais vraiment en silence.»

Elle, oui. «Chaque matin, je reste dans le silence pendant trois ou quatre heures, j’ai besoin de ce silence pur.»

Puis, elle se branche au monde des entendants.

Chronique

À surveiller en 2020 en politique québécoise

CHRONIQUE / Le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, passera de l’arrière à l’avant-scène politique cette année.

La très attendue présentation du nouveau plan québécois de réduction des gaz à effet de serre (GES) est prévue pour bientôt. Mais parce qu’on n’attend pas que des postures et de la communication, ce plan devra nécessairement être costaud. Il devra l’être pour réellement viser une réduction de 37,5 % des émissions de GES par rapport à 1990.

S’il existe un État sur la planète qui possède les atouts pour parvenir à cette réduction, c’est bien le Québec.

Parmi les nombreuses mesures du plan à venir, l’une concernera les entités possédant des flottes de véhicules.

Difficile toutefois d’imaginer que le projet sera suffisamment étoffé aux yeux de Québec solidaire. Ce parti veut faire de la lutte contre les changements climatiques un quitte ou double politique.

Gabriel Nadeau-Dubois a répété plus d’une fois que sa formation érigera un «barrage parlementaire» contre le gouvernement Legault s’il n’a pas soumis d’ici le 1er octobre prochain un plan crédible de lutte contre les changements climatiques et mis définitivement fin aux projets d’exploitation et d’exploration d’hydrocarbures.

Québec solidaire tente de s’arroger ce dossier, de le faire sien. Il ne sera toutefois pas seul sur le terrain. Avec un chef comme Sylvain Gaudreault, le Parti québécois s’engagerait résolument dans le combat contre les changements climatiques.

Pour le gouvernement, le projet de terminal d’exportation de gaz naturel d’Énergie Saguenay constituera encore plus que l’an dernier un caillou dans la chaussure.

Idem pour le troisième lien entre Québec et Lévis, dont les coûts et les contours seront dévoilés de façon plus précise par le ministre François Bonnardel. Dans le contexte actuel et avec le temps, le «troisième lien» est susceptible de faire grincer des dents des caquistes de l’extérieur de la région de la capitale.

Avant le plan de réduction des GES, Benoit Charette dévoilera son projet de consigne élargie. On sait déjà que l’implantation complète du système à proprement parler mettra du temps à se concrétiser.

Simon Jolin-Barrette

Chroniques

Éthique et culture religieuse 2.0

CHRONIQUE / La semaine dernière, nous avons appris que le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, avait l’intention d’abolir le cours d’éthique et culture religieuse (ECR) pour le remplacer par un nouveau programme dont le contenu exact reste à déterminer. À y regarder de plus près, on constate cependant qu’il ne s’agit peut-être pas d’une abolition à proprement parler, mais davantage d’une refonte ou d’une révision en profondeur. En effet, le cours ne portera plus le même nom, mais certains de ses éléments de contenu demeureront vraisemblablement au programme.

Pour tout dire, on a l’impression que cette démarche vise essentiellement à réviser à la baisse la place de la religion dans le corpus scolaire. Globalement, je crois que c’est une bonne chose, mais encore faut-il garder à l’esprit que la religion a toujours été et continue d’être un fait anthropologique et sociologique important. Pour le meilleur et pour le pire, en effet, les religions maintiennent leur emprise sur de nombreuses personnes un peu partout à travers le monde. Ne serait-ce que pour cette raison, il apparaît incontournable que les jeunes acquièrent certaines connaissances à propos du fait religieux.

Opinion

Le slogan de Joe Biden

ANALYSE / Les huit années que Joe Biden passa auprès de Barack Obama en tant que vice-président représentent la ligne la plus éloquente de son CV. Comme Obama est demeuré le plus populaire des dirigeants démocrates, Biden profite de cette association politique. Néanmoins, celle-ci ne peut pas à elle seule expliquer le soutien constant depuis huit mois de l’électorat démocrate à son égard.

Depuis l’annonce de sa candidature à la présidence américaine en avril dernier, Biden martèle un message simple, mais efficace. Il propose tout simplement d’oublier les trois dernières années et il promet, s’il est élu, un retour à la normale en redonnant de la civilité au discours politique américain.

Avec son slogan, Biden ne fait pas preuve d’une très grande originalité. En 1920, Warren Harding utilisa cette expression pour conquérir la Maison-Blanche comme porte-étendard républicain. Néanmoins, cet apophtegme lui permit de remporter 37 États et d’obtenir 404 des 531 votes au collège électoral.

Contrairement à la plupart de ses adversaires démocrates qui proposent un agenda très radical, Biden a compris que la majorité des Américains désirent par-dessus tout que les choses reviennent à la normale. Les Américains veulent simplement avoir un président dont ils seront heureux de montrer la photo à leurs petits-enfants. Ils veulent un président démontrant qu’il sait comment faire fonctionner le gouvernement et affiche la souplesse nécessaire pour conclure des compromis avec le Congrès.

Biden décode clairement le besoin généralisé de ses concitoyens. Ces derniers ne veulent pas d’une révolution ou d’un héros pouvant dramatiquement transformer la situation. Ils ne veulent plus d’agitation politique ou d’une grande chirurgie sociale, mais une simple restauration de l’ordre des choses, un simple retour à la normalité.

Face à Donald Trump, Biden est généralement perçu comme un antidote. Aussi, il mène en conséquence une campagne astucieuse basée sur des interventions entrecoupées de courtes pauses. Dans ses apparitions publiques, il offre aux électeurs ce que Trump ne peut pas leur offrir : la normalité. Par sa simple présence, il reflète l’image qu’il est capable de diriger un gouvernement fonctionnant normalement.

Les démocrates sont habitués de choisir des porte-étendards inspirants comme Roosevelt, Kennedy, Clinton ou Obama. Être un candidat sans trop de charisme qui propose simplement un retour à la normalité peut paraître quelque peu ennuyeux. Mais en 2020, les électeurs démocrates et les indépendants ne recherchent pas les émotions fortes. 

Après avoir connu Trump, de nombreux électeurs ne veulent pas d’un dirigeant fougueux. Ils veulent simplement un peu de calme, de sérénité et de confort. Ils ne veulent pas un dirigeant avec lequel ils seront en amour, mais un avec lequel ils vont se sentir familiers, avec lequel ils seront à l’aise.

Le message du « Retour à la normale » semble être tout aussi efficace en 2020 qu’il l’a été en 1920. La promesse contenue dans ce slogan est efficace tout simplement parce qu’elle survient dans la foulée de l’administration Trump. Gouvernant exclusivement au profit de sa base, Trump exaspère la majorité des électeurs par sa détermination à accentuer — plutôt qu’à aplanir — les divisions déchirant la nation américaine. Tout ce qu’il fait sort de la normalité.

Différents sondages nationaux, incluant ceux de Fox News, révèlent que la majorité des démocrates partagent un objectif bien simple : battre Trump pour ramener la politique américaine à la raison. En conséquence, ils désirent avoir un candidat qui est capable d’unir leurs concitoyens, non pas un qui cherche à mener une guerre contre l’extrême droite. 

En désaccord avec la façon de gouverner de Trump, ils s’inquiètent des dommages que ce dernier cause à la démocratie américaine. Par ses attitudes de fanfaron et ses sorties intempestives sur Twitter, Trump continue sans arrêt de perturber la vie normale de ses concitoyens. Aussi, Biden représente pour eux le candidat pouvant ramener l’Amérique à une vie politique normale.

Avec une expérience politique s’étalant sur cinq décennies, Biden est perçu par les trois quarts des électeurs démocrates comme le candidat le plus apte à redonner un leadership stable et fiable aux États-Unis. Sa réputation de modéré fait en sorte qu’il est perçu comme le seul candidat de premier plan étant vraiment à l’écoute de son parti.

Ses principaux adversaires démocrates ont endossé un agenda audacieux promettant d’offrir aux Américains un programme unique et universel de santé, de rendre l’éducation universitaire gratuite et de donner à l’Amérique un New Deal vert, etc. Pour ces derniers qui adhèrent à un agenda progressiste identitaire, Biden projette un profil trop vieux jeu et pas assez progressiste. Aussi, ils n’hésitent pas à dénoncer son long bilan comme étant trop sexiste, voire raciste, pour ses compromissions passées.

La route de Biden vers l’investiture démocrate est loin d’être garantie. Mais depuis huit mois, il est perçu par la grande majorité des démocrates comme étant le candidat ayant les meilleures chances de réaliser leur objectif premier, celui de vaincre Trump. Son aura d’éligibilité représente son plus grand atout.

N’en déplaise à la frange progressiste du parti démocrate, Biden, avec son grand sourire, ses origines ouvrières, sa façon posée d’articuler ses propos, demeure pour la plupart un individu très sympa, le petit gars de Scranton. Le personnage de l’oncle Joe qu’il cultiva au cours des décennies le rend non seulement attachant, mais il fait aussi contraste avec l’image brutale de Trump.


Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Sylvain St-Laurent

Les choses «un peu» brisées

CHRONIQUE / Les Sénateurs ont embauché un nouveau chef de la direction. Il s’appelle Jim Little. Son mandat : élaborer « la stratégie commerciale globale » de l’organisation. Il devra s’attarder plus particulièrement au marketing, tout en tissant de nouveaux liens communautaires.

Déjà, c’est une bonne nouvelle.

Denis Gratton

Le Gîte Ami «d’adréna... Lise»

CHRONIQUE / Depuis le 31 décembre dernier, son conjoint la surnomme « adrénaLise ». Un peu parce qu’elle a carburé à l’adrénaline pendant 48 heures sans une seule seconde de sommeil. Surtout parce qu’elle a réussi en très peu de temps et en pleine nuit du Jour de l’An à reloger les 55 usagers du Gîte Ami jetés à la rue par un incendie qui s’est déclaré à ce refuge pour sans-abri il y a 11 jours.

Le Bye Bye 2019 venait à peine de débuter lorsque le téléphone a sonné au chalet familial de Lise Paradis, à Maniwaki. La directrice générale du Gîte Ami savait bien qu’on ne l’appelait pas pour lui souhaiter une bonne année en cette dernière heure de la décennie. Quelque chose n’allait pas au Gîte et elle craignait le pire. Ses craintes se sont vite concrétisées.

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>> Gîte Ami: la période des grands froids inquiète

Mylène Moisan

Le cercueil et la confiture

CHRONIQUE / «Vous avez de la confiture?» Le préposé à l’inspection des bagages de l’aéroport de Rouyn-Noranda a posé la question sur un ton presque contrit, il avait reconnu la silhouette de mes deux pots de confitures sur l’écran de sa machine à rayons X.

Je ne devais pas être la première.

Je voulais rapporter des petites douceurs à ma belle-mère, elle adore les confitures et on m’avait dit beaucoup de bien de celles de la Fraisonnée. Je suis donc passée à l’épicerie juste avant de sauter dans l’avion, j’ai fourré dans ma petite valise le sac en papier brun au travers de mes vêtements.

Le préposé a ouvert la valise et le sac, il en a sorti les pots de confiture.

— Vous pouvez les apporter, si vous voulez, il vous faut juste repasser à l’enregistrement et enregistrer votre valise comme bagage de soute.

— Est-ce qu’il y a des frais?

— Oui, 25 $.

— Je vais laisser faire, merci.

Je n’allais tout de même pas payer 25 $ en plus pour deux pots de confiture, c’était mon erreur de n’avoir pas pensé que leur contenu allait être considéré comme du liquide, donc soumis à la limite de 100 millilitres par contenant. J’avais un pot de 120 millilitres et un autre de 240, j’étais cuite.

J’ai demandé au préposé si je pouvais donner ma confiture à un autre passager dont le bagage était enregistré, il n’y voyait pas de problème. J’ai donc trouvé un monsieur qui allait à Montréal, qui était bien content de cet inattendu cadeau. Il a mis le sac dans sa valise avant qu’elle ne soit envoyée en soute.

Le préposé a pris ma valise.

— Elle va où?

— En soute. Tous les bagages vont en soute.

Voyez-vous, dans le type d’appareil que nous avions, il n’y a pas de place pour les bagages en cabine, ils vont tous en soute, qu’ils soient enregistrés ou non. Ça vaut donc pour ma valise et pour celle du monsieur à qui j’ai donné ma confiture, elles étaient peut-être côte à côte.

Alors pourquoi applique-t-on les normes des bagages de cabine?

Parce que parce que.

Parce que le gros bon sens, qui voudrait qu’un bagage qui va en soute soit considéré comme tel, n’est pas l’employé du mois.

Cette histoire est une anecdote, mais l’absence de jugeote peut parfois avoir des conséquences autrement plus dramatiques. Parlez-en à cette femme qui habite en Gaspésie, sa mère est décédée juste avant Noël et elle a demandé à être enterrée où elle est née, aux Îles-de-la-Madeleine.

Je vous épargne les difficultés qu’elle et d’autres membres de la famille ont eues pour trouver des billets, toujours est-il que, quand ils y sont parvenus, ils ont appris que le corps de la défunte devait d’abord passer par Québec pour y être embaumé dans une maison funéraire certifiée par Transports Canada.

La plus proche de Gaspé est à Québec.

La famille a donc dû débourser 2000 $ de plus pour accompagner le cercueil à Québec avant de revenir à Gaspé.

Et ainsi pouvoir repartir pour les Îles avec un corps certifié.

Mon collègue Gilles Gagné, qui a raconté l’histoire cette semaine dans Le Soleil, n’a pas eu de réponse d’Air Canada. Chez Transports Canada, on a expliqué que les cercueils doivent répondre depuis 2016 aux normes du fret visant à les sécuriser «en vue du transport aérien à bord d’un vol transportant à la fois des passagers et du fret».

Le fret est une marchandise.

Si on suit la logique — dites-moi si vous en trouvez une —, Air Canada a envoyé en avion un corps non certifié à Québec parce qu’on refusait qu’un corps non certifié prenne l’avion vers les Îles-de-la-Madeleine, même si le vol vers les Îles n’est que de 50 minutes, à peu près la moitié du temps qu’il faut pour aller à Québec.

Et tout ça, aux frais d’une famille en deuil.

Ça aurait été tellement — trop — simple de faire preuve d’un peu de compassion et d’humanité, ou à la limite d’un peu de jugement.

Il ne faut donc peut-être pas s’étonner de voir qu’Air Canada ait reçu entre le 15 juillet et le 15 décembre 2019 plus de 1500 plaintes. Le transporteur aérien est souvent montré du doigt pour les surréservations, les retards, les bagages perdus et, plus important encore, le manque d’égard à l’endroit de passagers.

Le cafouillage majeur avant les Fêtes à la suite de l’implantation du nouveau système informatique est à l’avenant, des centaines de passagers se sont butés à des problèmes et à des «votre appel est important pour nous».

Si important que personne ne répondait.

C’est tout dire.

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Nous, les humains

Pardonner sur l’oreiller

CHRONIQUE / Quand je n’arrive pas à m’endormir, j’utilise habituellement trois trucs qui ne fonctionnent pas. Je change mon oreiller de bord, je me couche sur le côté ou je compte jusqu’à 300.

Presque toujours, le sommeil finit par se pointer d’une autre façon — je ne sais pas trop comment, je ne suis jamais témoin de mon endormissement. 

Entre-temps, toutefois, ces pans d’insomnie m’apparaissent très longs. La dernière fois que ça m’est arrivé, j’aurais eu le temps de lire au moins deux chapitres du livre de Matt Walker, Pourquoi nous dormons : le pouvoir du sommeil et des rêves, ce que la science nous révèle... 

En 2020, je vais tester une nouvelle stratégie, cette fois appuyée par la science. Je vais apprendre à pardonner avant de dormir. C’est le magazine Greater Good, de l’Université Berkeley, en Californie, qui m’a mis sur la piste dans son palmarès 2019 des percées de la science du bien-être. 

Une équipe de chercheurs a demandé à 1423 adultes américains d’évaluer la probabilité qu’ils pardonnent aux autres de leur avoir fait du mal ou se pardonnent eux-mêmes d’avoir fait une gaffe majeure. Les participants ont aussi été questionnés sur leur quantité et leur qualité de sommeil, devaient évaluer leur niveau de santé physique et à quel point ils étaient satisfaits de leur vie. 

Les résultats de l’étude suggèrent que les personnes qui pardonnent davantage dorment mieux et plus longtemps. Ils suggèrent aussi que les gens qui pardonnent ont une meilleure santé physique et son plus satisfaits de leur vie. Se pardonner à soi-même améliore le sommeil, mais pardonner aux autres encore plus. 

Le pardon «peut aider les individus à laisser derrière eux les regrets et les offenses de la journée passée et offrir un tampon important entre les événements de la journée lorsqu’on est éveillé et l’amorce et le maintien d’un sommeil sain», ont écrit les chercheurs, dirigés par Loren Toussaint. 

Selon eux, le fait de pardonner aux autres et à soi-même pourrait atténuer les émotions négatives comme la frustration et le regret et nous aider à cesser de ruminer. 

Sur l’oreiller, il nous arrive tous de repasser les moments qui nous ont secoués dans la journée. Mais il semble qu’une tête encombrée soit moins disposée à s’assoupir.

La recherche a cependant montré qu’il est inutile d’essayer de chasser une pensée de son esprit. Le psychologue Daniel Wegner a notamment demandé à des participants à une étude de ne PAS penser à un ours blanc pendant cinq minutes. Ils devaient sonner une cloche chaque fois qu’ils échouaient à supprimer cette pensée. En moyenne, ils ont sonné la cloche cinq fois, soit à peu près une fois par minute!

En pardonnant, on fait l’inverse. On dit bienvenue à la rancune, on observe pourquoi elle est là, puis on choisit de lâcher prise. Et c’est peut-être à ce moment qu’on tombe des bras de Morphée : quand on lâche prise. 

L’étude de Toussaint et ses collègues ne permet pas de conclure à un lien de cause à effet. Elle ne prouve pas que le pardon cause un meilleur sommeil — juste que les gens qui ont tendance à pardonner plus facilement sont aussi ceux qui dorment le mieux. 

Sachant que le sommeil est un des trois grands piliers, de la santé — avec l’alimentation et l’activité physique —, ça vaut peut-être la peine d’essayer de pardonner pour mieux dormir, non? Qui sait, vous ferez peut-être même de plus beaux rêves... 

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Au sujet de la poutine

Vous avez été nombreux à m’écrire à propos de ma résolution de ne pas manger de malbouffe en 2019. Vous aviez encore plusieurs questions auxquelles je n’ai pas répondu dans ma première chronique, notamment au sujet du poids et de la santé. J’y répondrai dans ma chronique de la semaine prochaine. Merci aussi de toutes vos suggestions de restos pour la poutine.

Brigitte Breton

La loterie des rentes

CHRONIQUE / «Une rente de retraite, ce n’est pas une loterie», affirme Marc Ranger, directeur québécois du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP).

Le Québec n’est pas la France, où des milliers de personnes descendent dans la rue depuis des semaines pour dénoncer la réforme des retraites. La question des régimes de retraite tient néanmoins sur le qui-vive bien du monde au Québec ces temps-ci.

D’un jour à l’autre, gouvernement, villes, syndicats et salariés sauront si le juge Benoît Moulin de la Cour supérieure invalide ou non la loi 15 (projet de loi 3) sur les régimes de retraite dans le secteur municipal, adoptée par le gouvernement Couillard en 2014. 

Policiers, pompiers, cols bleus et fonctionnaires municipaux ne manifestent plus. Représentants syndicaux, maires et politiciens n’argumentent plus sur la place publique sur le bien-fondé de la loi qui dictait notamment un partage 50-50 des déficits des régimes de retraite, mais aussi la suspension de l’indexation des rentes des retraités.

Le dossier n’est pas clos pour autant.

«C’est une cause qui se rendra forcément en Cour suprême», selon le directeur du SCFP, interrogé jeudi. Qu’importe de quel côté penchera la cour.

L’Union des municipalités du Québec, qui a agi comme intervenant en appui de la partie patronale dans cette cause, préfère ne pas commenter le dossier pour le moment. 

En attendant la décision du juge, l’UMQ se limite à dire que la cause pourrait avoir un impact potentiel pour plus d’une centaine de municipalités. La Ville de Québec est du lot.

Des milliards de dollars sont en jeux. Des droits et des principes aussi.

Ceux des employés municipaux, et ceux également d’autres travailleurs au Québec.

Si le gouvernement a légiféré pour alléger le fardeau des municipalités et assurer la santé et la pérennité des régimes de retraite à prestations déterminées, qu’est-ce qui l’empêcherait d’utiliser à nouveau le même remède pour d’autres ententes négociées, d’autres syndiqués et d’autres retraités?

Marc Ranger rappelle que c’est la première fois que le gouvernement légifère sur des ententes passées.

«Comment les gens peuvent-ils avoir confiance dans le processus de négociation si on peut tout changer dans l’avenir avec une loi?»

Le syndicaliste a trouvé bien spécial que le député libéral Gaétan Barrette soutienne récemment que le gouvernement Legault ne pouvait pas revenir sur une entente conclue avec la Fédération des médecins spécialistes du Québec. Il se souvient que dans le cas des employés municipaux, les libéraux n’avaient eu aucune gêne à modifier des ententes négociées et signées de bonne foi.

Des salariés ont beau mettre 10 % de leur rémunération dans un régime en prévision de leurs «vieux jours», compter sur une indexation de leur rente, ils n’ont pas la garantie que les règles du jeu ne changeront pas à la retraite, les forçant à réviser leurs calculs. Ils pourraient avoir payé en vain pour des avantages sociaux. Dans le secteur municipal, un régime sur quatre prévoyait une formule d’indexation.

Que devient le droit d’association et de négociation avec la loi 15? Pendant les 95 jours d’audience devant la Cour supérieure, les syndicats ont tenté de démontrer que celle-ci comportait beaucoup trop d’entraves injustifiées à la libre négociation. Qu’en dira le juge Moulin? 

M. Ranger souligne que la Cour suprême a rendu ces dernières années des décisions qui ramènent le balancier vers les associations de travailleurs.

Autre cible, autre priorité

La bataille juridique se poursuivra à un autre niveau lorsque la Cour supérieure aura rendu sa décision, mais le thème des régimes de retraite reviendra dans l’actualité lorsque le gouvernement caquiste déposera son projet de loi visant à instaurer des régimes de retraite à prestations cibles. 

Un projet dénoncé avant même son dépôt par la FTQ (Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec). Marc Ranger était sur le plancher du congrès lorsque l’organisation syndicale a adopté une proposition en ce sens.

La FTQ soutient que les rentes de tels régimes ne sont pas garanties et nivellent par le bas les revenus de ses membres à la retraite.

Au lieu d’investir du temps à un tel projet, au lieu de niveler par le bas, Québec devrait s’assurer que les personnes à la retraite n’aient pas la mauvaise surprise de vivre avec une baisse de leurs rentes. 

Marc Ranger a vu son beau-père, un travailleur du secteur de l’aluminium, voir sa rente réduite de 36 %. Sa prestation déterminée est devenue une prestation amputée.

À ce cas, s’ajoutent ceux des employés de la White Birch, de Sears, et plus récemment ceux (actifs et retraités) de Groupe Capitales Médias dont je fais partie. 

Ça n’arrive pas qu’aux autres. 

«Un jour, ce sera ton tour», clamait à une époque une pub de Loto-Québec, pour poursuivre avec l’image de la loterie utilisée par Marc Ranger, 

Les Québécois auraient intérêt à s’intéresser davantage au dossier des régimes de retraite et à exiger de meilleures mesures de protection de leur gouvernement.

Le Québec aime se comparer à l’Ontario. Il pourrait s’en inspirer et créer un fonds — une assurance — pour les bénéficiaires de régime de retraite privé comme il en existe un en Ontario.

Certains diront que les syndiqués se plaignent le ventre plein avec leur régime de retraite complémentaire alors que la majorité des Québécois doivent se débrouiller avec leurs économies, leur chèque de la Régie des rentes, leur pension de la sécurité de la vieillesse du fédéral et, pour certains, leur supplément de revenu garanti.

Si Québec a agi avec détermination pour modifier les régimes de retraite dans les municipalités, il s’est montré cependant beaucoup moins empressé à améliorer le sort de milliers de personnes sans régime privé collectif.

Il n’est pas superflu de rappeler que le gouvernement du Québec n’a pas adhéré spontanément à la bonification du régime des rentes préconisée en 2016 par Ottawa et les autres provinces canadiennes. 

Carlos Leitão, alors ministre libéral des Finances, se disait préoccupé par la capacité de payer des travailleurs et des entreprises qui venaient pourtant de profiter de modifications avantageuses aux règles des régimes de retraite à prestations déterminées.

Des syndicats, des associations de retraités, mais aussi l’Institut canadien des actuaires et des experts (Alban D’Amours, Bernard Morency, René Beaudry et Luc Godbout) ont finalement convaincu Québec de bonifier le Régime des rentes du Québec et de ne pas créer de disparités entre les retraités québécois et ceux des autres provinces. 

Assurer la sécurité financière des retraités est une responsabilité à la fois individuelle et collective.

Il ne faudrait pas l’oublier.

Chronique NFL

Un deuxième tour sans surprise

CHRONIQUE / Après quatre excellents duels lors de la première ronde éliminatoire en fin de semaine dernière, il reste huit équipes en lice pour la ronde de division qui marque l’entrée en scène des quatre formations qui profitaient d’un laissez-passer lors du premier tour.

Vikings (10-6) – 49ers (13-3)

Bien peu d’amateurs voyaient les Vikings l’emporter la semaine dernière en Nouvelle-Orléans, ce qu’ils ont réussi à faire en prolongation, non sans une petite controverse sur une pénalité sur l’ailier rapproché Kyle Rudolph et quelques prises de bec au cours de la rencontre sur les lignes de côté. Il s’agissait de la plus importante victoire de la carrière du quart-arrière Kirk Cousins qui n’a pas été vilain du tout, contrairement à sa réputation lors de matchs cruciaux. La redoutable défensive des Vikings a fait le reste du travail, limitant Drew Brees à seulement 208 verges par la passe et le porteur de ballon Alvin Kamara à un faible total de 21 verges au sol. Ils tenteront maintenant de faire le même coup aux 49ers qui ont terminé au sommet de la conférence Nationale après un renversement de situation complet par rapport à la saison précédente. Jimmy Garoppolo en sera à son premier départ en séries éliminatoires, lui qui a été très solide en saison régulière. Un match défensif à prévoir à San Francisco.

49ers