Gilbert Lavoie

Mes clins d’œil de la semaine

Tartuffe au Salon bleu

Amir Khadir est un homme de grande culture. Jeudi, il a tenu un discours inhabituel pour ridiculiser une réponse de Gaétan Barrette:  «Pour paraphraser Molière, je dirais que par de pareilles réponses, l’intelligence est blessée et cela pourrait faire venir de coupables pensées».

Ce n’est pas de santé mais de sexe dont traitait Molière à l’époque, dans cet échange entre Tartuffe et Dorine :

-Tartuffe :  «Couvrez ce sein que je ne saurais voir : par de pareils objets les âmes sont blessées, et cela fait venir de coupables pensées».

-Dorine :  «Vous êtes donc bien tendre à la tentation, et la chair sur vos sens fait grande impression! Certes je ne sais pas quelle chaleur vous monte: mais à convoiter, moi, je ne suis pas si prompte, et je vous verrais nu du haut jusques en bas, que toute votre peau ne me tenterait pas».

Gaétan Barrette avait là une belle occasion de faire un peu de théâtre, mai il s’en est abstenu. Dommage.

Remède contre l’insomnie

La ministre de l’Environnement Isabelle Melançon aurait-elle un œil sur la santé ? Jeudi, elle a fait la recommandation suivante au Vice-Président de l’Assemblée nationale, François Gendron. «Si vous faites de l’insomnie et que vous cherchez à lire la plateforme en environnement de la CAQ, vous allez continuer à faire de l’insomnie, parce qu’ils n’en ont pas».

Question? Est-ce à dire que si vous lisez la plateforme libérale, ça va vous endormir?

Si c’était à refaire, Mme Melançon aurait du conseiller la lecture de la plateforme de la CAQ pour combattre l’insomnie en expliquant que c’est aussi ennuyant que de compter les moutons.

Histoire de casinos

La proposition de la Coalition avenir Québec d’évaluer la possibilité d’installer un casino à Québec pour aller chercher l’argent des croisiéristes fait réagir. À titre d’exemple, voici deux commentaires de lecteurs : 

-«Juste un petit mot en passant ....est-ce qu’on oublie que tous les bateaux de croisières ont des casinos ?»

-«Concernant le déménagement du Casino, il m’apparaît inopportun, car les croisiéristes ne sont présents que quelques heures dans le Vieux-Québec, arrivant vers 07:00 hres et quittant souvent vers 17:00 hres. Ce qui laisse peu de temps pour le casino. De plus, ces mastodontes marins possèdent tous des casinos à bord».

Gaspillage

Les députés et ministres, comme tout le monde, sont très occupés. Du moins, la majorité… Alors pourquoi faut-il consacrer une partie de leur précieux temps à écouter les déclarations des élus avant la période de questions? Des déclarations qui n’intéressent personne ou presque.

Voici la liste des sujets qui ont fait l’objet de déclarations de mardi. À vous de juger si ça vaut la peine de prendre le temps de nos élus pour écouter les petits discours sur ces thèmes.

-Féliciter les lauréats du Défi OSEEntreprendre de la Côte-du-Sud. 

-Souligner le 25e anniversaire du Groupe Action Nouvelle Vie .

-Féliciter des élèves des écoles primaires de Laval-des-Rapides pour leur engagement bénévole. 

-Souligner le 100e anniversaire du Cercle de fermières Saint-Janvier, Mirabel. 

-Souligner le 15e anniversaire du Symposium de peinture de Boischatel. 

Souligner la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie 

-Souligner l’élection de la première personne transgenre au Canada. 

-Souligner le succès de la coupe provinciale de gymnastique Dessins Drummond .

-Souligner le 10e anniversaire de l’organisme Fusion Jeunesse. 

-Féliciter les lauréats des prix Reconnaissance de l’Alliance des cadres de l’État. 

En série

Fleury, leader à tous les points de vue

CHRONIQUE / Notre gardien, notre pilier, notre joueur le plus important.

C’est probablement le cliché le plus ancien, le plus usé du hockey.

Pourtant, à l’occasion, c’est vrai.

À Las Vegas, par exemple, Marc-André Fleury joue un rôle capital — sur la patinoire comme à l’extérieur.

Dans les heures qui ont précédé le match numéro cinq de la Finale de l’Association Ouest, les leaders des Golden Knights se sont réunis. Il fallait prendre une décision importante. Comment fallait-il se comporter en présence du trophée Clarence-Campbell ?

Des hommes de hockey superstitieux croient dur comme fer qu’il ne faut pas toucher ce trophée qu’on remet avant la fin des séries éliminatoires. Faut-il leur accorder de l’importance ?

Un petit groupe de joueurs participait à la rencontre, mais une seule opinion comptait vraiment.

« Marc-André, c’est la colonne vertébrale de notre équipe. En gros, nous lui avons demandé ce qu’il en pensait », explique Deryk Engelland.

Les Knights ont gagné le match numéro cinq. Fleury a, une fois de plus, été brillant. Après avoir éliminé les Jets de Winnipeg sur leur propre patinoire, les Knights ont pu récupérer leur trophée.

Engelland, vétéran qui porte un « A » sur son chandail, s’est chargé de cette mission. Il n’a pas hésité à empoigner le butin à deux mains.

Fleury lui avait donné le feu vert.

Denis Gratton

Le retour de Beast

CHRONIQUE / C’est la fin de la route pour le valeureux Beast.

Beast, c’est le petit chien de Ghislaine Beaudoin, cette Gatinoise de 61 ans qui marche depuis le 1er avril en direction du Texas, à approximativement 3000 kilomètres de sa résidence de Buckingham.

Sébastien Pierroz

« Le réveil de la force »

TORONTO — L’image avait fait sourire. Sur une affiche de campagne électorale, début mai, Andrea Horwath, grimée en chevalier Jedi, promettait la rébellion contre le « mauvais et le pire ». Le slogan « un nouvel espoir » vantait la chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) comme une alternative à Kathleen Wynne et Doug Ford.

Deux semaines et demie plus tard, il faut admettre qu’Andrea Horwath a repris du terrain à ses deux principaux adversaires. La voilà maintenant en deuxième position dans les sondages, à environ cinq points du chef progressiste-conservateur, Doug Ford. Les partisans néo-démocrates rêvent à un retour de leur parti au pouvoir, 23 ans après la fin du mandat de Bob Rae. Un coup qui rappellerait les élections fédérales de 2015, où Justin Trudeau, longtemps troisième dans les enquêtes d’opinion, avait fini par l’emporter. 

Mais comment interpréter l’embellie de Mme Horwath dans les sondages ? La première explication est mathématique. Beaucoup d’électeurs ne veulent plus de Kathleen Wynne, mais sont mal à l’aise à voter pour Doug Ford. Prêts à tout pour barrer la route à la chef libérale, les électeurs estiment qu’un vote stratégique passe par le NPD.

Toujours favori des élections le 7 juin, l’aîné de la « Ford Nation » a tout de même perdu quelques plumes, ces derniers jours. La faute à quelques controverses (propos extrêmes de ses candidats, violation présumée des règles électorales), mais aussi à son incapacité à clarifier son programme fiscal. Doug Ford fait aussi partie de ces politiciens qui sont aussi aimés que détestés.

Second argument en faveur de la chef néo-démocrate : sa personnalité. Si les débats à l’Assemblée législative de l’Ontario sont bien souvent une lutte de programmes et de querelles d’argent, une campagne électorale reste une affaire de style. Or, les coups de sonde ont toujours montré une inclination naturelle des Ontariens pour la personne d’Andrea Horwath.

Depuis le début de la campagne, le 9 mai, la chef néo-démocrate soigne son image via les médias sociaux, plus souriante et accessible qu’à l’accoutumée. Pendant ce temps, Mme Wynne ne cesse de sortir les couteaux pour dénoncer telle ou telle déclaration des candidats progressistes-conservateurs.

Pour lire l'analyse de Sébastien Pierroz dans son intégralité, rendez-vous sur le site Web d'#ONfr.

Patrick Duquette

La messe gatinoise

CHRONIQUE / Je l’ai, la solution, pour revigorer la pratique religieuse. Faut changer la messe. La rendre plus olé, olé.

Tiens, on commence par remplacer le cantique final par… un rigodon.

Chronique

Le «Lucien Bouchard» de Couillard?

CHRONIQUE / Quand l’équipe du «Oui» au référendum de 1995 a constaté que Jacques Parizeau ne parviendrait pas seul à convaincre les Québécois, elle a fait appel aux talents de communicateur et à la passion de Lucien Bouchard. Cette année, Philippe Couillard a compris qu’il ne parviendrait pas seul à convaincre les Québécois de lui donner un autre mandat. Il a donc fait appel à Alexandre Taillefer, un autre communicateur passionné.

Dans les deux cas, les machines politiques se sont tournées ou se tournent aujourd’hui vers des personnalités offrant une plus grande capacité que MM. Parizeau et Couillard à faire passer leurs convictions. D’ailleurs, on pourrait dire la même chose de Jean-François Lisée, qui est allé chercher Véronique Hivon pour asseoir son autorité sur une équipe davantage à l’écoute de la population.

En 1995, la décision de Jacques Parizeau d’amener Lucien Bouchard à ses côtés a eu un effet positif pour la campagne du «Oui». L’arrivée d’Alexandre Taillefer sera-t-elle un facteur dans le choix des électeurs aux élections générales du 1er octobre? La réponse à cette question est beaucoup moins évidente. 

Même si la notoriété des gens attire toujours l’attention des médias, elle ne donne pas toujours les résultats souhaités. L’arrivée de Gabriel Nadeau-Dubois n’a pas fait bouger l’aiguille des sondages d’opinion en faveur de Québec solidaire, même s’il est très connu et qu’il fait un excellent travail à l’Assemblée nationale.

L’autre grande question concernant Alexandre Taillefer est sa capacité de plonger aussi rapidement et profondément dans la bataille politique sans commettre d’impairs, et plus encore, sans créer de malaises au sein de la machine libérale.

L’homme est un excellent communicateur et il a une image sympathique dans ses entrevues. Mais qu’en sera-t-il dans les coulisses de l’organisation de campagne du PLQ? Contrairement à Daniel Johnson, qui a présidé de haut la dernière campagne électorale de Philippe Couillardm laissant l’autorité nécessaire au directeur de la campagne, M. Taillefer veut s’y investir très profondément. Il a même annoncé son intention de prendre place dans l’autobus de campagne du chef. Or c’est Jean-Marc Fournier qui doit y accompagner M. Couillard. Trop de conseillers à bord, ça risque de créer des tensions. Issu du milieu des affaires, M. Taillefer sera tenté d’intervenir à tous les niveaux, à celui de la présidence, de la direction de la campagne, et de l’entourage immédiat du chef. Comme c’est Philippe Couillard en personne qui l’a recruté, il se sentira investi de son autorité. 

C’est dangereux dans une équipe. D’autant plus dangereux que les ministres qui ont un œil sur le leadership du parti ont probablement sourcillé en voyant M. Couillard donner la présidence de la campagne libérale à un outsider qui dissimule mal son intention de devenir leur chef un jour.

S’il y a un «effet Taillefer» et que la campagne électorale va bien, tout le monde l’applaudira. Mais si les sondages sont mauvais et que le parti se dirige vers la défaite, les querelles éclateront au grand jour et il sera le bouc émissaire. 

Pour Philippe Couillard, l’arrivée d’Alexandre Taillefer s’inscrit dans le renouvellement du Parti libéral, de ses politiques et de ses communications. Les attentes sont énormes et les embûches seront nombreuses. Ses commentaires sur le journalisme pratiqué par les médias de Québecor lui ont déjà valu les foudres de Pierre Karl Péladeau. Taillefer vient d’apprendre que la moindre critique de PKP donne à ce dernier un prétexte apprécié pour dénigrer ses concurrents ou ses adversaires. C’est le métier qui rentre, mais il a peu de temps pour apprendre.

Chronique

Le voleur à la cigarette

CHRONIQUE / Ça arrive partout, bien sûr, et chaque fois que quelqu’un signale un vol dans sa voiture, on lui demande tout de suite si les portières étaient verrouillées.

Après, s’il a appelé la police.

Des fois, le voleur prend des CD ou carrément la radio. Ce printemps, un voleur est parti avec une boîte à lunch avec des Tupperware pas lavés. Un autre avec un siège d’auto pour enfants. Une fille que je connais avait, dans sa boîte à gants, une lampe de poche et des lunettes fumées. 

Parfois, pour entrer, il casse la vitre.

À Limoilou, le mois dernier, un homme a sévi plusieurs fois, assez pour que les gens du quartier le remarquent et partagent son modus operandi sur Facebook. On avait une description sommaire, maigre, environ cinq pieds huit pouces, un vieux sac à dos vert. 

Un autre, peut-être est-ce le même, prend le temps de fumer une cigarette pendant qu’il fait l’inventaire de ce qu’il y a à voler.

Il laisse parfois des cendres dans l’auto.

On a aussi partagé un cambriolage où le filou s’était coupé, laissant derrière lui une traînée de 150 mètres de son ADN.

Les vols dont je vous parle se sont produits à Limoilou, d’autres se produisent à Val-Bélair, ou un peu partout en ville. Il y a quelques années, une connaissance s’est fait voler un gigantesque pot de fleurs devant sa maison, dans un quartier que les agents immobiliers qualifieraient d’homogène.

Dans la plupart des cas, les vols sont déclarés à la police.

Et que fait la police? 

Elle donne, essentiellement, un numéro de dossier dont la seule fin, pratiquement, est de remplir la demande de réclamation auprès de sa compagnie d’assurances. Même pas besoin d’appeler à la centrale, on peut faire la plainte en ligne, après quoi un reçoit son numéro d’événement.

C’est que, m’a-t-on expliqué à la police, les vols dans les voitures empruntent un «cheminement particulier». À moins de prendre l’escroc sur le fait et d’arriver à le retenir jusqu’à l’arrivée des policiers, les chances qu’on lui mette la main au collet sont infinitésimales.

«Pour les vols de moins de 5000 $ où on n’a ni suspect, ni indice, ni témoin, on soumet un numéro et le dossier est mis en suspens, m’explique Cindi Paré, porte-parole du Service de police de la Ville de Québec. Le dossier n’est pas transféré à un enquêteur. Après ça, les personnes peuvent faire le cheminement de leur côté.»

Lire, appeler les assurances.

Aux gens qui voudraient retrouver leurs objets, on suggère d’aller sur Kijiji ou de faire le tour des prêteurs sur gages.

Le dossier à la police est, en somme, clos. Même si des citoyens jouaient les Sherlock Holmes et arrivaient à trouver des indices menant vers un suspect, tout porte à croire que ça n’irait pas plus loin. 

Et, chaque dossier étant considéré comme un cas isolé, bien peu de chance non plus de détecter une vague de vols. Récemment d’ailleurs, une femme a signalé ce qu’elle percevait être une recrudescence d’infractions dans Limoilou, ce n’est pas allé plus loin. «Les enquêteurs n’ont rien remarqué.»

Le contraire serait étonnant, vu que les dossiers de vols de moins de 5000 $ sans indices ni témoins ne leur sont pas transférés.

Oui, évidemment, il faut verrouiller ses portes et ne laisser rien à la vue. Ou se munir d’un système d’alarme ou de surveillance. La plupart des personnes qui ont partagé leur mésaventure sur Facebook n’avaient pas été négligentes, certaines ont dû réclamer une vitre cassée.

Selon les chiffres fournis par le SPVQ, il y a eu depuis le début de l’année dans «l’arrondissement au complet de Limoilou», 167 vols à l’intérieur de véhicules. C’est quand même plus d’un vol par jour.

Me semble que c’est beaucoup.

Et me semble que la police envoie un drôle de message aux malfaiteurs, qui savent trop bien qu’ils n’ont à peu près pas de risques de se faire pincer, que le dossier sera réglé en quelques minutes, «classé en suspens» dans un serveur avec les centaines d’autres dossiers en suspens.

Qu’ils ont, en volant, le temps d’en griller une.

Nous, les humains

Le pouvoir du Post-it

CHRONIQUE / Il a l’air de rien comme ça, suspendu à votre écran d’ordinateur, inséré entre les pages d’un livre ou collé sur une pile de feuilles, mais le Post-it est une redoutable arme de persuasion.

Je vais vous dire pourquoi dans un instant. Mais avant, je vais m’étendre quelques paragraphes sur la persuasion.

Quand on y pense, on passe tous beaucoup de temps à tenter de persuader les autres de faire quelque chose. On essaie de convaincre nos enfants de manger des légumes, notre ado de se lever moins tard, notre partenaire amoureux de faire un voyage, notre patron de nous accorder une augmentation.

Certains gagnent aussi leur vie à persuader. Et je ne parle pas juste des vendeurs, des publicitaires ou des promoteurs. Je parle aussi de tous ces métiers de la relation d’aide — infirmière, médecin, psychologue, conseiller d’orientation, physiothérapeute, etc. — qui vous incitent à prendre soin de vous.

Et ça, c’est sans compter les enseignants qui doivent sans cesse persuader leurs élèves d’apprendre des notions beaucoup moins attrayantes que les écrans dans leurs poches.

Or, parmi ces professionnels de l’influence subsiste une horde de grincheux qui aurait avantage à comprendre une chose : ce que vous dites est moins important que ce que vous êtes.

Déballez autant d’arguments que vous voulez, les gens ne se laisseront pas convaincre s’ils ne vous aiment pas la face. La relation compte plus que le contenu.

Ce qui m’amène au Post-it, cette petite feuille de papier collante qui a ceci de merveilleux qu’elle peut donner le sentiment aux autres qu’ils sont importants pour vous.

Dans ce qui est décrit comme une «brillante série d’expériences» scientifique par le Harvard Business Review, Randy Garner de l’Université d’État Sam Houston à Huntsville, au Texas, a voulu vérifier le pouvoir du Post-it.

Il a demandé à 150 de ses collègues professeurs d’accomplir une des tâches les plus plates jamais inventées : remplir un sondage.

Trois groupes de 50 profs ont reçu trois demandes différentes, comme suit :

Le groupe 1 a reçu un sondage accompagné d’une note autocollante demandant le retour du sondage complété.

Le groupe 2 a reçu le sondage avec le même message écrit à la main sur la lettre d’accompagnement.

Le groupe 3 a reçu un sondage avec une lettre de présentation, mais aucune note manuscrite.

Résultat? 76 % des profs qui avaient reçu le Post-it ont renvoyé le formulaire complété, 48 % dans le deuxième groupe et 36 % dans le troisième.

Évidemment, ce n’est pas la note autocollante en elle-même qui a triomphé, mais ce qu’elle représente : une note personnalisée, qui a fait en sorte que l’autre personne ne se sent pas comme un numéro.

C’est tellement vrai que Garner a aussi montré que le Post-it raccourcissait le délai de renvoi du sondage et améliorait la qualité des réponses des répondants. Et quand il ajoutait un «Merci» et ses initiales sur la note autocollante, le taux de réponse grimpait encore plus.  

Évidemment, il ne faut pas comprendre de cette étude qu’il faut se mettre à coller des Post-its partout. Comme on dit : trop, c’est comme pas assez.

Mais si vous en avez une pile qui traîne quelque part dans un tiroir, il serait peut-être temps de la ressortir...

David Goudreault

Uber vs Jipé

CHRONIQUE / « L’exemple est toujours plus puissant que le précepte. » - Samuel Johnson

Hubert et Fanny ont passionné les téléspectateurs cette année. Cette série dramatique a soulevé les passions et relancé le romantisme à la sauce adultérine. Je devrai faire du rattrapage, je n’ai pas eu le temps de suivre les péripéties d’Hubert et Fanny. En revanche, Uber et Jipé ont captivé mon attention et m’ont offert des rebondissements où la réalité dépassait la fiction. Une grande histoire de trahison, avec de la résilience, des voitures qui éclatent et du bruitage hollywoodien. En attendant que ce soit porté au petit écran, laissez-moi vous résumer l’histoire.

Jipé est un rockeur. Un vrai rockeur, pas une pâle imitation de Jim Morrison qui vomit sa Coors light, sur une groupie, dans l’ascenseur du Best Western de Repentigny. Jipé Dalpé, c’est un vrai de vrai qui compose, écrit, interprète, met en scène, se bat pour faire vivre chacun de ses albums, roule sa bosse aux quatre coins du Québec et de la France, organise des tournées, des spectacles-bénéfices, se démène et recommence. Depuis une quinzaine d’années. Il ne s’est pas encore taillé un chemin jusqu’au sommet des palmarès, mais il arpente toujours la montagne et s’acharne à parfaire son art. Un véritable artisan de la musique.

Uber est une personne morale, une compagnie qui révolutionne le monde du transport urbain, une entreprise américaine qui envahit la planète, avec la complicité de particuliers qui arrondissent leurs fins de mois en jouant au taxi avec leurs voitures. Valorisée à 50 milliards de dollars en 2015, l’entreprise a les moyens d’affronter les polémiques entourant ses pratiques commerciales (concurrence déloyale, travail au noir, etc.). Le modèle d’affaires d’Uber est tellement efficace que plusieurs secteurs d’activités s’inspirent du nouveau géant, au point où le terme « ubérisation » s’installe parmi nos néologismes. Un des secrets de ce succès? Les chauffeurs, qui ne sont pas salariés par Uber, sont considérés comme des tierces parties, ce qui dégage la responsabilité légale de la compagnie. Boom!

Bang, crash, aaargh, ouch… Voilà quelques-uns des bruits entendus à l’intersection des rues Saint-Joseph et D’Iberville à Montréal, le 18 juillet 2015 à 3 h 27. Jipé profitait de sa belle relation avec Uber ce soir-là. Peinard, un refrain au bout des lèvres, le rockeur a remarqué une lumière rouge, il s’est empressé d’en informer le chauffeur d’Uber qui ne ralentissait pas. Malgré l’avis avisé de notre troubadour, le chauffeur en question s’est engagé avec élan dans l’intersection, d’où le Bang susmentionné.

« Sécurité pendant la course : notre engagement envers les passagers. Uber met tout en œuvre pour assurer votre sécurité sur la route. Notre technologie nous permet de veiller à la sécurité des passagers avant, pendant et après chaque course. » Petite perle puisée sur le site d’Uber, mais ces belles paroles n’engagent en rien la compagnie. Jipé l’a appris à la dure. Dure comme la longue réhabilitation, dure comme les centaines d’heures de physiothérapie, de neurologie, d’ergothérapie et de psychologie auxquelles il doit se soumettre. Dur comme accepter qu’en une fraction de seconde, l’homme en pleine santé qu’il était doive encaisser une fracture du sternum, une commotion cérébrale, une entorse cervicale, six hernies discales, un déficit vestibulaire, un trouble de la vision, des difficultés de concentration, une dysarthrie, des troubles aux nerfs des quatre membres et un trouble permanent à l’oreille interne gauche (rappelons ici que l’homme est musicien). Une lumière rouge, un chauffeur d’Uber trop téméraire et notre rockeur se retrouve sur le cul pour plus de deux ans. Des contrats et des spectacles annulés, un album mis sur la glace et un corps à la dérive.

Jipé est devenu témoin privilégié de l’avantage commercial d’utiliser des chauffeurs considérés comme des tierces parties. Le silence d’Uber face aux conséquences de l’accident était éloquent. Ce silence n’a cessé qu’au moment où Jipé a consulté une avocate. Uber aurait mieux fait de se taire. Aucun dédommagement possible, d’aucune nature. Se déresponsabilisant complètement, allant jusqu’à nier les faits malgré le rapport d’événement des policiers, les représentants de la compagnie ont finalement claqué la porte au nez de Jipé, lui recommandant de s’arranger avec la SAAQ.

À ce jour, la société Uber a cumulé 161,9 millions de dollars de condamnations pécuniaires dans le monde. The Guardian nous apprend que la compagnie a fait l’objet de plus de 170 procès seulement aux États-Unis. Le 20 décembre dernier, la Cour de justice de l’Union européenne a décrété qu’Uber présente un service de transport qui devrait être soumis aux mêmes réglementations imposées aux compagnies de taxis. Interdit d’opération dans de nombreux pays, dont l’Italie, la Chine et la Hongrie, le géant s’enracine au Canada. Après avoir opéré de façon illégale au Québec, la compagnie Uber le fait maintenant dans le cadre d’un projet pilote loin de faire l’unanimité.

Jipé et Uber ne s’aiment plus. Après les fractures est venue la rupture. Jipé se reconstruit tranquillement, il a repris la production de son album, il remonte sur scène et il apprend à composer avec les séquelles de l’accident. Il s’en remettra, c’est un rockeur. Uber aussi va s’en remettre, c’est une personne morale…

Chronique

Cracheurs de feu

CHRONIQUE / Aborder la semaine d’Alexandre Taillefer alors que sont en cause l’indépendance des institutions de presse, celle des journalistes et des chroniqueurs, la Loi sur l’accès à l’information, la lutte sans pitié (ni classe parfois) que se livrent des entreprises d’information et la pertinence d’interventions politiques pour à la fois soutenir financièrement et protéger législativement un appareil média mis à mal? Irrésistible.

Alexandre Taillefer n’est pas n’importe qui. Il vous le dira. Entrepreneur à succès, dragon de salon, téméraire en affaires, image savamment négligée... On refuse difficilement une subvention à Alexandre Taillefer à qui tout semble réussir. Pourtant, mettre en doute le succès de ses entreprises peut en déclencher la vindicte. Après un exhaustif et follement médiatisé tour du jardin, le «queer» politique s’est reconnu, entre tous, dans le progressisme de Philippe Couillard.

J’ai dit de l’atterrissage de Vincent Marissal chez QS qu’il s’était plutôt agi d’un écrasement. Dans le cas d’Alexandre Taillefer, le PLQ aura dû le déterrer ce mercredi pour un point de presse à peine moins manqué que la fuite calculée de lundi.

Chapelet de maladresses dont voici un florilège : 

Personne au Parti libéral n’a cru bon de vérifier le passé auprès des autres partis d’une recrue à la présidence de campagne pourtant «queer politique». 

Membre en règle du Parti québécois jusqu’en 2020, il sort la ridicule cassette de l’être… à son insu! C’est à quelqu’un qui ne regarde pas ce qu’il signe que le PLQ confie sa campagne? Bien sûr, il s’agit surtout que de brandir Taillefer comme preuve de renouveau, entrepreneur cool et enfant jusque-là chéri de l’infodivertissement. Quelqu’un de qualifié prendra la direction de la campagne. Ça presse.

Que M. Taillefer ait magasiné une adhésion politique pétrie de convictions sincères à faire pâlir Amir Khadir, on veut bien. Ce n’est pas une maladresse. Il en va autrement d’avoir fait confiance à François Legault qui s’empresse de trahir le caractère privé de la conversation. Une spécialité maison. Le chef de la CAQ nous apprend qu’entre maire de Montréal et premier ministre, le dragon se dandine.

Enfin, M. Taillefer accuse Pierre Karl Péladeau d’exercer des pressions idéologiques sur ses journalistes, chroniqueurs et autres professionnels. Si on ne provoque pas Pierre Karl Péladeau, il s’en chargera lui-même. Donnez-lui un prétexte pour activer ses pouces sur Twitter et vous en aurez pour votre argent. Le dragon a investi une phrase malheureuse chez Québecor que l’empereur a fait fructifier. À juste titre!

Lorsque Monsieur Péladeau a formulé des allégations semblables à l’encontre du groupe de presse dont vous lisez présentement une publication, je n’y écrivais pas. Je ne me suis pour autant pas privé de le lui reprocher vertement. Ce sont des professions entières — journalistes, analystes, commentateurs, chroniqueurs, titreurs, photographes… — dont l’intégrité fut mise en doute. Venant du plus influent entrepreneur média au Québec, il y avait de quoi choquer. Pourtant, lorsqu’Alexandre Taillefer commet la même bourde, lui aussi propriétaire de médias, des voix s’élèvent pour le défendre et en faire reproche… à Péladeau. Injuste et incohérent. Malaise chez les professionnels hautement qualifiés qui œuvrent à L’actualité et au Voir, dont Taillefer est toujours propriétaire. Et si, sur les ondes du 98,5, Alexandre Taillefer met en doute la probité de PKP, ce dernier est absolument dans son droit de lui répondre.

Les médias québécois ont en effet été confrontés à une lourde séquence de crises au cours des derniers mois : surveillance de journalistes par la police, protection des sources, urgence d’une aide structurée et équitable, vol systématique de leurs contenus par les Facebook et autres Google, et ainsi que leurs revenus publicitaires, déclenchant une crise qui n’est pas que québécoise, mais qui s’y vit avec une acuité toute particulière.

La manne publicitaire ainsi ratatinée, il est tentant de jalouser toute aide que l’ennemi commercial et idéologique obtiendra. L’équité est en effet une valeur à laquelle un gouvernement ne devrait jamais se soustraire. Il est aussi tentant de souhaiter la disparition corps et biens du concurrent. Un tel monopole sur les tables des Tim Hortons du Québec ne servirait ni l’information, ni la diversité, ni la démocratie.

Ajoutez au buffet une loi archaïque qui, dans le cadre de la succession d’un propriétaire de La Presse, imposa en 1967 que toute transaction ultérieure reçoive l’aval de l’Assemblée nationale du Québec. Il n’en fallait pas davantage pour que le Parti québécois pose ses exigences et que tant QS que Martine Ouellet, de passage à Québec, ne prennent carrément en otage idéologique la transaction substituant une fiducie d’utilité publique à Power Corporation comme propriétaire de La Presse. Il s’agit pourtant d’une loi antérieure à la plupart de règles qui régissent désormais les médias et d’une contrainte qu’aucune autre entreprise ne subit.

Bref, le coude média se porte haut sur la patinoire politique.

Le perdant…

Le Parti libéral de Philippe Couillard espérait faire oublier la cascade des départs alors qu’il se morfond dans un sous-sol sans précédent chez les sondeurs. Mal lui en prit. On a oublié les départs, oui. Pour pire… Le sauveur autoproclamé qui devait rafraîchir un PLQ tristounet en a fait une risée.

… et le gagnant

Pierre Moreau, bien sûr. Alexandre Taillefer, membre en règle du séparatiste PQ, s’est confié à Paul Arcand du désir de devenir premier ministre. Ça remonte à sa tendre enfance. Presque de droit divin. Sauf que le PLQ n’a pas cette mansuétude. Pierre Moreau, enfant du sérail, brillant politicien, redoutable et pugnace, voit un adversaire à la direction du Parti libéral se disqualifier lamentablement. On dit toutefois que Taillefer n’est pas le seul dragon — ou dragonne — à lorgner le fond de commerce du PLQ.

Alexandre Taillefer s’est aventuré beaucoup trop tôt, sans entourage, sans conseil, sans lettres de créance, sur une patinoire qu’il n’a pas le souffle de parcourir. Coincé, il insulte à la fois deux équipes de journalistes — la sienne et celle de Québecor — et un magnat de presse qui, lui, ne sait que trop bien cracher le feu. Pour le meilleur et pour le pire, un seul des deux dragons dort sur un trésor.