Denis Gratton

«Le Canada dans une ville»

CHRONIQUE / Ainsi, la Ville d’Ottawa a un nouveau slogan. Je ne savais pas qu’elle en avait déjà un. Mais celui dévoilé lundi pour souligner le cap franchi du million d’habitants a été présenté comme le «nouveau» slogan.

Je connais bien le slogan sarcastique et légèrement mesquin que les anglophones ont collé à la Ville d’Ottawa. «The city that fun forgot», s’amusent-ils à surnommer la capitale fédérale. Mais ce n’est évidemment pas le slogan officiel.

Sylvain St-Laurent

Grosse semaine pour les agents

CHRONIQUE / Je n’ai pas pu m’empêcher de rire.

J’ai écrit un mot à l’agent de joueurs Serge Payer, ce week-end. Je voulais prendre le temps de lui parler, alors que débute la semaine du repêchage de la Ligue nationale de hockey.

Chronique

Aînés: donnez l’heure juste Mme Blais

CHRONIQUE / Quelles sont les exigences que le gouvernement dictera pour prévenir un autre décès tragique et évitable comme celui d’Hélène Rowley Hotte Duceppe dans une résidence privée pour personnes âgées? Jeudi dernier, la ministre des Aînés, Marguerite Blais, indiquait que «certains irritants» seraient bientôt enlevés dans la certification des résidences privées pour aînés. Il presse que Québec donne l’heure juste aux personnes âgées et à leur famille.

La compassion et les bons mots exprimés par les élus lors d’un décès d’un aîné ou lors du dépôt du rapport du coroner ne suffisent pas pour prévenir des manquements humains et techniques comme ceux relevés par la coroner Géhane Kamel. 

Personne ne voudrait vivre ce qu’ont vécu Hélène Rowley Hotte Duceppe et les membres de sa famille. La femme de 93 ans a passé six heures dehors alors qu’il faisait - 35 °C et qu’une caméra captait ses efforts pour sortir de la cour sans pour autant qu’un membre du personnel l’aperçoive et se porte à son secours. 

Aucun employé du Lux Gouverneur n’a fait le décompte des résidents après l’alerte d’incendie pour s’assurer qu’aucun d’entre eux n’était encore à l’extérieur en ce matin glacial de janvier. Mme Rowley Hotte n’avait pas non plus le bon code de couleur pour signifier que ses problèmes d’audition exigeaient un soutien particulier de la part du personnel. 

Quel est le plan du gouvernement Legault et de sa ministre des Aînés pour éviter ce type d’événement qui n’est pas le premier à se produire? D’autres aînés ont connu une fin similaire à cause d’une porte qui se verrouille automatiquement derrière eux.

La construction d’une trentaine de maisons des aînés — promesse de la CAQ en campagne électorale — est loin de répondre à l’ensemble et à la variété des besoins des Québécois de plus de 65 ans, autonomes, semi-autonomes ou non, de plus en plus nombreux.

Quelque 450 résidences privées pour aînés ont fermé leurs portes depuis 2014, rappelait la semaine dernière la ministre Blais, à l’Assemblée nationale. 

Le Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA) a déjà indiqué que «l’augmentation importante des dépenses d’exploitation des résidences pour aînés et le resserrement des exigences gouvernementales font partie des facteurs qui expliquent cette situation». L’association pointe également du doigt la capacité de payer limitée des aînés. 

Comme les centres d’hébergement publics pour personnes âgées, les résidences privées doivent également composer avec le manque de main-d’œuvre. 

Quel est le plan?

Dans ce contexte, quelle est la stratégie du gouvernement pour assurer la santé et la sécurité des 140 000 personnes âgées qui ont quitté leur domicile pour s’établir dans 1800 résidences privées comme le Lux Gouverneur et d’autres plus modestes en région? 

Quels sont les irritants dans la certification que Mme Blais souhaite corriger? Elle a signalé jeudi à l’opposition qu’un nouveau programme de gicleurs serait annoncé «très prochainement». Un tel programme existe depuis qu’un incendie a fait 32 victimes à la résidence du Havre de L’Isle-Verte, en janvier 2014.

Mais encore? 

Est-elle prête à apporter du soutien financier aux résidences pour qu’elles répondent aux exigences de la certification ou à baisser les normes de certification?Songe-t-elle à aider financièrement les aînés moins favorisés afin qu’ils puissent assumer les frais d’une résidence sécuritaire?

Mardi, le cabinet de la ministre a refusé la demande d’entrevue qui aurait permis d’en savoir plus sur les intentions de Mme Blais. Il fallait se contenter d’une déclaration transmise par courriel, une annonce aura lieu en temps et lieu.

«Mes premières pensées vont à la famille de Mme Rowley Hotte Duceppe et à tous ses proches. Nous prenons acte du rapport de la coroner Me Géhane Kamel de façon sérieuse et approfondie. Même si le rapport ne comporte aucune recommandation à l’égard du MSSS, nous appuyons les recommandations de la coroner afin d’éviter la récurrence d’un tel événement malheureux. À titre de ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, ma priorité est d’assurer le bien-être et la sécurité en RPA, comme dans tous les types d’hébergement.»

Vous êtes rassurés et confiants pour la suite des choses?

Il ne faut pas attendre un autre décès tragique pour évaluer le travail accompli par le gouvernement et les résidences privées.

Dans son rapport sur la tragédie de L’Isle-Verte, feu le coroner Cyrille Delâge, signalait avoir rencontré en 2014 les mêmes obstacles que ceux qu’il déplorait 20 ans plus tôt. 

Mardi, l’avocat de la famille Duceppe mentionnait que nous sommes devant un enjeu de société important. En effet, le Québec vieillit et il ne peut prendre à la légère la sécurité des personnes âgées. 

Sébastien Pierroz

Un nouveau coup d’épée dans l’eau

CHRONIQUE / On l’espère, d’autres la promettent. La modernisation de la Loi sur les services en français (LSF) attend toujours. Et malgré le projet de loi présenté il y a quelques jours par la députée Nathalie Des Rosiers, il y a très peu de chances que cette refonte se fasse très bientôt.

Mais qu’a proposé au juste l’élue d’Ottawa-Vanier ? 

Grosso modo, que les règles linguistiques « s’appliquent partout » dans la province, et non aux 26 régions désignées en vertu de la LSF. 

Aussi, l’Assemblée législative, les cours et les tribunaux, les municipalités fonctionneraient dans les deux langues officielles. 

L’offre active dans les bureaux de ServiceOntario deviendrait aussi obligatoire.

Sylvain St-Laurent

Mélodie, made in Gatineau

CHRONIQUE / Un truc m’a tout de suite frappé, lundi matin, en arrivant à la Sporthèque de Gatineau. Ça saute aux yeux. Mélodie Collard a encore grandi.

Il paraît que tout le monde lui fait ce commentaire, ces temps-ci. C’est une illusion, répond-elle chaque fois.

Chronique

Pour un vrai nouveau parlement

CHRONIQUE / En fermant le livre de la session parlementaire, François Legault a évoqué la nécessité d’une réforme pour rendre plus efficace le temps passé en commission parlementaire, pour éviter que les partis d’opposition n’étirent la sauce. Les propos qui suivent en témoignent éloquemment. Mais attention, ils ne sont pas du premier ministre. De qui sont-ils?

«L’Assemblée nationale mériterait une bonne réingénierie en termes de temps passé à la délibération. Souvent, on est dans une délibération qui cherche simplement à étirer le temps.»

Des «cadres temporels» devraient être «associés» aux projets de loi, ajoutait notre personne mystère.

Ces propos ont en fait été prononcés par Jean-Marc Fournier. Il les a tenus en mars 2018. Il était encore leader parlementaire du gouvernement de Philippe Couillard à ce moment-là.

Cadres temporels? Les partis d’opposition s’étaient inquiétés, un peu comme ils s’inquiètent aujourd’hui devant la suggestion lancée par François Legault. Une seule chose a changé en la matière, c’est que la Coalition avenir Québec et le Parti libéral du Québec ont interverti leurs rôles.

Le problème, lui — car, oui, c’en est un —, demeure entier.

François Legault n’a pas été aussi explicite que Jean-Marc Fournier, mais je suis convaincu qu’il pourrait faire siens tous les propos de l’ex-ministre libéral sur le sujet.

Le premier ministre a estimé qu’il faut revoir la procédure parlementaire pour «s’assurer d’avoir un vrai débat», mais aussi pour être capable, à un moment donné, de «conclure» sans avoir à recourir à des bâillons législatifs.

Christian Dubé

Tous les gouvernements sont toujours en faveur de davantage d’«efficacité». Et si la question était uniquement posée ainsi aux partis d’opposition, ils se montreraient eux aussi d’accord avec cette idée de réforme parlementaire. Mais, au-delà du principe, il faudra que tous s’entendent sur son application et ses modalités. Et ça, ce sera une autre paire de manches.

À mes yeux, toutefois, le plus grave problème des délibérations à l’Assemblée nationale ne réside pas du tout dans le temps passé en commission parlementaire. Car, sauf exception, les projets de loi finissent par en sortir et en sortent améliorés.

Le principal problème réside dans l’exercice de l’«étude des crédits» budgétaires. (Et non, il ne concerne pas les questions «plantées» des députés membres du gouvernement. Zoomer là-dessus distrait toujours de l’essentiel.)

Le vrai problème réside dans le fait que nos députés approuvent chaque année des dizaines de milliards de dollars de dépenses à l’aveugle. Ils votent sur des enveloppes globales sans savoir quels objectifs concrets sont poursuivis par tel ministère ou tel organisme, ou par telle ou telle mission.

Ce constat, c’est le caquiste Christian Dubé qui l’établissait en 2013. L’actuel président du Conseil du trésor était alors dans l’opposition. M. Dubé a promis d’y voir, mais la situation a peu évolué depuis son très juste constat d’il y a six ans. Je ne doute pas de sa volonté de changer les choses, cela dit.

Oui, donc, à la réforme parlementaire évoquée par M. Legault pour autant, bien évidemment, que les partis d’opposition y trouvent autant leur compte que le gouvernement — qu’un équilibre soit maintenu, autrement dit.

Mais, oui, surtout, à un exercice renouvelé d’étude des crédits budgétaires, une affaire parlementaire qui vaut, elle, des dizaines de milliards et qui concerne l’efficacité de tout l’État québécois. Cet exercice renouvelé créerait vraiment un nouveau parlement. Celui-ci gagnerait alors véritablement en efficacité et en pertinence.

Chronique

Écoute à deux vitesses

CHRONIQUE / Le gouvernement Legault se targue d’être à l’écoute de la population, mais force est de constater que les parents d’enfants handicapés n’ont pas l’écoute et l’attention qu’ils méritent de sa part.

Oui, je sais, Québec a annoncé la semaine dernière une bonne nouvelle aux parents d’enfants handicapés. Le gouvernement caquiste a ajouté non pas 22 millions $ comme promis, mais bien 30 millions $ pour soutenir davantage de familles.

Il a aussi allégé quelque peu la procédure de demandes d’aide, prévu une rétroactivité et il donne un peu d’oxygène aux proches aidants en ajoutant également des fonds pour eux. 

C’est un bon début, mais il presse de livrer toute la marchandise promise en campagne électorale aux parents d’enfants handicapés. 

Les mères, les pères ou les proches d’enfants handicapés, notamment ceux devenus adultes, devront attendre encore pour voir la concrétisation de la promesse de la Coalition avenir Québec (CAQ) d’établir une équité entre les familles naturelles et les familles d’accueil qui veillent sur des gars et des filles qui ne sont pas devenus autonomes et indépendants le jour de leur majorité.

Selon le tableau fourni par la firme Raymond Chabot Grant Thornton au Réseau d’entraide pour parents d’enfants handicapés L’Étoile de Pacho, une famille naturelle touchait en moyenne 20 458 $ de soutien gouvernemental en 2016, comparativement à 35 454 $ en moyenne pour une famille d’accueil. Si la personne handicapée devait se retrouver en milieu hospitalier, l’État déboursait 62 056 $ par année pour elle.

Le gouvernement Legault assure qu’il tiendra sa promesse et trouvera une formule plus juste. «On n’a qu’une seule parole», a déclaré le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe.

Le hic, est que le ministre et le premier ministre signalent que leur gouvernement a quatre ans pour respecter son engagement.

Quatre ans, c’est long pour des parents dont la tâche quotidienne est énorme, voire intenable.

Quatre ans, c’est long lorsque vous expliquez depuis des années aux députés, aux ministres et à la population que la situation actuelle n’a pas d’allure et qu’elle pénalise les parents qui veulent s’occuper de leurs grands enfants à la maison. 

«Cet enfant, c’est le mien. Je veux m’en occuper. Je ne veux pas déléguer mes responsabilités à l’État. Ce que je veux, c’est que l’État m’aide à supporter ma famille. […] C’est un plaidoyer pour garder les familles unies», témoignait au printemps 2017 Martin Houle, un père de famille membre de Parents pour toujours.

M. Houle participait à ce moment à une conférence de presse tenue au Parlement avec le député caquiste François Paradis qui appuyait la cause de Parents pour toujours et pressait le gouvernement Couillard d’agir.

Autre gouvernement, même attente

Deux ans plus tard, la voix du père de famille se fait une fois de plus entendre à Québec.

Chroniques

Alors, qui est de trop?

CHRONIQUE / C’était à Strasbourg il y a trente ans. J’enseignais aux futurs éco-conseillers les grandes problématiques environnementales qui affectaient déjà la planète et nous faisaient craindre pour le futur. Dans la classe, un étudiant me demande : « Professeur n’y a-t-il pas trop d’humains sur terre ? » La question méritait qu’on y réfléchisse.

Théâtralement, je descends de l’estrade et je vais à l’arrière barrer la porte. Puis, sans un mot, j’ouvre les fenêtres (Eh oui, les fenêtres s’ouvraient à cette époque !). Nous étions au quatrième étage. Je remonte sur la tribune et demande à la classe : « Alors, qui est de trop ? » Silence.

Actualités

Consommer local pour la fête nationale!

CHRONIQUE/ Les 23 et 24 juin prochains, plusieurs Québécois seront réunis autour d’un feu de joie, d’une guitare et, bien sûr, d’un produit d’ici à la main. Voici mes découvertes locales pour souligner la fête nationale.

Un vignoble d’ici

L’automne dernier, j’ai eu la chance de visiter le Domaine du Fleuve, situé à Varennes, sur la Rive-Sud de Montréal. Un magnifique endroit où il faudra vous arrêter en road trip cet été ou lors de votre prochaine balade à vélo. Depuis quelques années, Louis Thomas poursuit le rêve de sa mère de gérer un vignoble sur les terres familiales. La particularité du domaine : des cépages alsaciens (riesling, gewurztraminer et pinot gris) en sol québécois. Au moment de ma visite, j’ai aussi dégusté, pour la première fois, un cabernet franc d’ici. Les amateurs de ce cépage seront heureux d’apprendre que le résultat est concluant ! Profitez donc de la longue fin de semaine qui s’annonce pour aller faire des provisions au Domaine du Fleuve, afin de pouvoir apprécier une ou deux bouteilles à l’occasion de la
Saint-Jean !

Entre les lignes

L’orgasme de l’oiseau moqueur

CHRONIQUE / « Profites-en, Isa. Moi, ça fait super longtemps que j’en ai eu un... » Ces paroles sont celles d’une collègue jalouse. Cet après-midi-là, je n’avais pourtant reçu ni bouquet de fleurs ni compliment. Ce qu’elle m’enviait, c’est le fou rire qui venait de me frapper de plein fouet.

Pour vous mettre en contexte, au bureau, on parlait de « faire son épicerie ». Il était question d’endroits et de moments pour le faire. Une conversation somme toute banale, commune dans tous les bureaux. Tous les jours. Dans la discussion, j’attendais toutefois le moment idéal pour me moquer d’un collègue qui, un jour, avait partagé avec nous son grand plaisir d’arpenter les allées d’un supermarché en-prenant-tout-son-temps. À l’écouter, le temps passé à se promener entre les céréales et les cannes de soupes aux pois représentait le highlight de sa semaine. Pauvre lui. Il ne m’en fallait pas plus pour profiter du sujet pour lui balancer en pleine poire à quel point il menait une vie plate. Un sourire dans la voix, bien sûr.