Abonnez-vous à nos infolettres. Obtenez en plus et assurez-vous de ne rien manquer directement dans votre boîte courriel.
Brigitte Breton
Plus d’argent d’Ottawa, plus de soins aux aînés?

Brigitte Breton

Plus d’argent d’Ottawa, plus de soins aux aînés?

CHRONIQUE / Même si Québec et les autres provinces obtenaient plus d’argent d’Ottawa par le biais des transferts en santé, rien n’assure que les fonds supplémentaires serviraient à améliorer les soins de longue durée aux personnes âgées. Après la crise, lorsque nous ne compterons plus quotidiennement les victimes de la COVID-19 dans les CHSLD, les soins aux aînés vont-ils demeurer dans la liste des priorités? 

La santé est une compétence des provinces. De voir Justin Trudeau, en pleine période de pandémie, tenter d’accroître le rôle d’Ottawa en cette matière est sûrement agaçant, voire insupportable pour François Legault et d’autres premiers ministres ailleurs au pays. 

Il doit y avoir certaines tensions lors des échanges téléphoniques du jeudi soir entre M. Trudeau et les premiers ministres provinciaux. 

Le Québec et l’Ontario sont de plus dans une position inconfortable. Les deux provinces ont dû faire appel aux Forces armées canadiennes pour combler le manque de personnel et limiter les dégâts dans leurs centres d’hébergement et de soins de longue durée. M. Legault réclame même que l’armée y reste jusqu’au 15 septembre. 

«Le Québec paie sa part pour l’armée», a-t-il répondu jeudi au journaliste qu’il lui demandait s’il serait déçu d’un refus. « (…) il me semble que la priorité actuellement, je n’en vois pas de plus urgente que de s’occuper de notre monde dans nos CHSLD puis même chose dans les centres de soins de longue durée en Ontario».

À la lecture des rapports produits par les Forces armées canadiennes cette semaine, il est difficile pour Québec et l’Ontario de prétendre que les aînés et les centres de soins de longue durée étaient en tête de leur liste de priorités avant et aux premiers jours de la pandémie.

En Ontario, les coquerelles vues dans certains centres ne sont certainement pas apparues avec le coronavirus. 

Est-ce que la situation aurait été moins catastrophique si les CHSLD étaient sous l’égide de la Loi canadienne sur la santé? Justin Trudeau a évoqué cette idée en avril. 

Est-ce que le nombre de décès liés à la COVID-19 aurait été moindre dans les CHSLD du Québec si Ottawa n’avait pas réduit ses transferts en santé aux provinces au fil des décennies?

François Legault soutient que si Justin Trudeau veut aider au financement des soins de longue durée, il doit augmenter les transferts fédéraux en santé. « (…) quand on a commencé, c’était 50% du financement des coûts de la santé qui venait du fédéral. On est rendus à 23% seulement des coûts de la santé qui viennent du fédéral. Donc, c’est un fardeau très lourd sur les budgets des provinces parce que les budgets en santé ont augmenté plus rapidement que l’inflation, à peu près dans toutes les provinces, depuis les 10 dernières années», a répété mercredi le premier ministre.

Ces prédécesseurs libéraux et péquistes faisaient le même constat et exprimaient la même demande.

Ce qui n’a pas empêché le gouvernement Couillard et son ministre de la Santé, Gaétan Barrette, de consacrer une généreuse part du budget de la santé au rehaussement de la rémunération des médecins, alors qu’ils se plaignaient qu’Ottawa ne versait pas sa juste part. Un choix fort discutable qui ne contribuait pas à améliorer l’accessibilité et les soins aux malades québécois.

Un exemple qui illustre qu’une hausse des transferts en santé ne se traduirait pas automatiquement et forcément par une augmentation des investissements des provinces dans les soins à domicile ou les services aux personnes âgées malades et non autonomes. 

Un gouvernement pourrait notamment faire le choix de consacrer davantage de fonds aux soins ultra-spécialisés, à la fécondation in vitro, à la santé mentale. Le ministère de la Santé est grandement sollicité. 

Quant à la Loi canadienne sur la santé, Ottawa n’est pas toujours très prompt à la faire respecter. 

On l’a constaté avec le dossier des frais accessoires que des cliniques médicales ont exigés aux patients pendant des décennies sans qu’Ottawa et Québec interviennent pour y mettre fin.

Les principes d’accessibilité, d’universalité et d’intégralité contenus dans la loi canadienne sont bien théoriques s’il faut payer pour obtenir plus rapidement une vasectomie ou une colonoscopie.

Ce n’est qu’en 2018, face à des poursuites devant les tribunaux et la menace d’Ottawa de réduire ses transferts en santé, que la situation a été corrigée. 

Avant, tant à Ottawa qu’à Québec, les élus fermaient les yeux.

Les politiciens, de même que bon nombre de citoyens, ont aussi longtemps fermé les yeux sur les ajustements qu’exige le vieillissement de la population québécoise et canadienne. 

Le réveil est brutal et coûteux. Les citoyens veulent des solutions et non une chicane de compétences entre Ottawa et les provinces.

Mylène Moisan
Et la vie a suivi son cours

Mylène Moisan

Et la vie a suivi son cours

CHRONIQUE / Après son emploi d’été au camping du rang Laberge, en 1973, Marie est allée comme prévu au cégep de Rivière-du-Loup pour étudier en loisirs, elle rêvait déjà de s’occuper des personnes handicapées. «Une partie des projets que je faisais, c’était pour les personnes qui ont soit un handicap physique, soit une déficience intellectuelle.»

Elle a toujours été portée vers ça. «Je ne sais pas d’où ça me vient, peut-être du fait que j’avais une sœur qui avait une déficience intellectuelle sévère.»

Peut-être.

Ça a pris quelques années et quelques détours dont la vie a le secret, mais elle s’est retrouvée un jour à Saint-Anselme, à se promener avec Louise Brissette, qu’on surnomme la «mère Teresa de Bellechasse, qui a adopté 37 enfants handicapés en une quarantaine d’années. «J’avais lu un article sur elle, je suis entrée en contact avec elle et un jour, elle m’a appelée, elle m’a dit: «je suis à Québec, j’ai deux enfants avec moi, viens et tu pourras les rencontrer».»

Marie est allée, le contact a été bon, elle est allée donner un coup de main à Louise une fois de temps en temps.

C’était au milieu des années 1980. «Le jour où je me promenais avec elle, je lui parlais de l’idée que j’avais eue, de ce que j’aimerais faire, une maison de répit. On est passées devant une maison qui était à vendre, elle avait été mise en vente le lundi, et Louise m’a dit OK, elle l’a achetée et on a fait une maison de répit. Ça ressemblait à la petite maison dans la prairie!»

Marie est restée un peu plus de cinq ans dans cette maison, tout près de celle de Louise Brissette, à s’occuper des enfants qu’on lui confiait, tous très hypothéqués. «J’en avais toujours au moins cinq. J’habitais là, c’était mon milieu de vie. Ça a été une période vraiment extraordinaire. J’ai découvert ce que c’était l’accueil inconditionnel par ces enfants que j’avais.» 

Elle était à sa place.

Elle se rappelle le petit Jessy, qui devait avoir autour de trois ans, qui ne pouvait rien faire seul, qui ne disait pas un mot. «C’était l’enfant d’une mère héroïnomane, on devait lui fournir tous ses besoins essentiels. Un jour, on était toute la gang à dîner, les autres enfants se sont mis à rire de bon cœur, ils riaient… et Jessy s’est mis à rire à son tour, c’était incroyable! Il n’avait jamais fait ça avant, et il ne l’a plus jamais refait.»

La vie dans un seul éclat rire.

Il y a eu aussi Jonathan, «il devait avoir sept, huit ans, c’était un petit bonhomme que tu ne pouvais pas lâcher lousse dans la maison, il grimpait partout. Si on sortait avec lui, on devait l’attacher à une corde. Avec le temps, j’en suis arrivée à ce qu’il puisse marcher dehors, qu’il puisse me suivre. Et une fois, on est allés glisser, il y avait Yannick et lui, ils avaient du fun, Jonathan a été capable de monter tout seul avec sa traîne…»

La chose aurait été impensable avant. 

Comme cette dernière scène, quand Marie est partie de la maison. «J’ai eu le bonheur de le voir au salon, avec les autres enfants.»

Autant de petits miracles.

Autant de petits miracles qui auraient pu ne jamais se produire parce que la vie de Marie a bien failli s’arrêter au camping du rang Laberge – aujourd’hui la Base de plein air de Sainte-Foy–, quand sa «Capri jaune pétant» s’est renversée dans le lac. 

Elle a failli ne jamais aller au cégep, ne jamais croiser Louise Brissette, ne jamais faire rire Jessy.

«C’était le matin, il devait être 8h, on se préparait pour le 10e anniversaire des jeux nationaux de sauts aquatiques. J’ai embarqué une monitrice avec moi et je suis passée sur le chemin entre les deux lacs. Il y avait un peu d’érosion sur le côté, j’ai dû faire une fausse manœuvre… on s’est retrouvées coincées dans l’eau la tête à l’envers.» Il y avait un peu d’air dans l’habitable. «On n’a pas paniqué. Je voyais qu’il y avait une bulle d’air, je me disais qu’on avait une marge de manœuvre…» 

Mais il y avait encore bien peu de monde sur le site et, rapidement, la voiture aurait pu se retrouver en plus fâcheuse position.

Les vies de Marie et de Louise étaient en suspens. 

«Un moment donné, un homme est arrivé, d’où qu’il vient celui-là ? Il m’a tendu la main, c’était plein de douceur, il m’a dit «viens-t’en»…» Marie lui a tendu la main, l’homme l’a tirée de la voiture. Et c’est là qu’elle a réalisé qu’elle avait frôlé la mort. «Quand je suis sortie, je tremblais de partout, j’étais sous le choc, je n’étais plus là...»

Tellement qu’elle n’a pas porté attention à celui qui lui avait sauvé la vie.

L’homme est reparti.

«Après ça, mon frère est venu me chercher, on est allés à l’île d’Orléans chez mes parents pour que je reprenne mes esprits. Quand on est arrivés, mon père m’a dit «qu’est-ce que tu fais là, t’étais pas supposée être occupée toute la journée? On lui a raconté ce qui s’était passé… disons qu’il s’est pris un p’tit gin!»

Il a failli perdre sa fille.

Marie est retournée au camping quelques jours plus tard. Elle a su qui l’avait sauvée. «C’était le même homme qui avait sauvé un petit garçon de six ans en juillet et qui avait fait d’autres sauvetages l’année d’avant si je me souviens bien. On l’appelait notre «ange gardien», on ne savait pas son nom.»

Et elle n’a jamais su son nom, jusqu’à lundi, quand elle a lu ma chronique sur Michel Thiboutot, qui racontait comment il avait sauvé neuf personnes de la noyade au cours de sa vie. De celles-là, deux jeunes femmes dans une voiture, au camping du rang Laberge, en 1973. 

«C’était moi.»

Je suis allée la rencontrer pour qu’elle me raconte l’histoire de cette journée-là, surtout de sa vie qui a suivi son cours. Elle aimerait bien revoir son ange gardien, dont elle ne se rappelle même pas le visage, seulement la main, pour lui dire ce qu’elle n’a jamais pu lui dire.

Merci.

Jean-Marc Salvet
PEQ, prise deux: un ministre averti en vaut deux

Jean-Marc Salvet

PEQ, prise deux: un ministre averti en vaut deux

CHRONIQUE / La nouvelle mouture du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) est plus convaincante que la première. Exit les listes restreintes de domaines admissibles! Pour avoir droit à cette voie royale pour immigrer au Québec, les candidats devront toutefois désormais soit ajouter une expérience de travail, soit prolonger celle qui était déjà exigée. C’est défendable.

Le projet présenté jeudi par le ministre Simon Jolin-Barrette se tient. Tout à l’inverse de sa première mouture, qui s’appuyait sur des listes non seulement limitatives, mais incohérentes de «formations en demande et d’emplois en déficit».

Elle modifiait les règles en cours de route. Elle abandonnait des milliers de personnes qui pensaient en toute bonne foi avoir droit à ce parcours. C’est moins le cas avec cette mouture. Elle ajoute des conditions d’expérience de travail, certes, mais ne dit à aucun candidat que c’est terminé pour lui.

Quelques jours après la présentation de son premier projet, l’automne dernier, M. Jolin-Barrette avait dû le suspendre. Il avait dû le faire en raison du tollé. Mais aussi parce que ni lui ni le gouvernement ne pouvaient défendre un projet mal ficelé qui, de surcroît, avait pris par surprise les chambres de commerce et les réseaux universitaire et collégial du Québec. Il était indéfendable.

Un ministre averti en vaut deux! Même si ce deuxième projet peut requérir des ajustements, Simon Jolin-Barrette et son gouvernement seront en mesure de le défendre.

Politiquement, c’est le jour et la nuit par rapport au premier.

Mais l’objectif du gouvernement sera-t-il atteint? Il est de réduire la part du Programme de l’expérience québécoise dans le total de la sélection québécoise de l’immigration. Le PEQ compte actuellement à lui seul pour quelque 86% de ce total. Une très grosse part sur laquelle Québec n’a à peu près pas de contrôle, puisque le PEQ donne automatiquement droit (ou presque) au Certificat de sélection du Québec (lequel mène à l’obtention de la résidence permanente au Canada et, éventuellement, à la citoyenneté canadienne).

Québec aimerait voir croître la part des immigrants provenant d’Arrima, un programme qui lui permet véritablement de choisir les candidats à l’immigration en fonction des besoins qu’il estime être ceux du marché du travail.

Il est cependant difficile de voir en quoi ou pourquoi la part des certificats de sélection délivrés à travers le PEQ baisserait significativement en raison des expériences de travail qui seront dorénavant exigées, soit des diplômés internationaux ayant étudié ici, soit des travailleurs temporaires déjà en sol québécois. C’est un pari. Rien de plus.

Même si plusieurs déplorent cette nouvelle exigence placée sur l’autoroute du PEQ, il est difficile de voir en quoi elle découragerait les postulants désireux de s’installer au Québec.

Le Québec devrait demeurer attractif. Surtout lorsqu’il aura retrouvé son élan économique.

Cette condition supplémentaire ne devrait pas plus décourager les étudiants étrangers de choisir le Québec que ne l’avait fait — et malgré tout ce que l’on entendait alors — la hausse des droits de scolarité à l’université pour les étudiants français sous le gouvernement de Philippe Couillard. Ces étudiants ont continué d’être plus nombreux chaque année à choisir le Québec.

Parmi les ajustements qui pourraient néanmoins être apportés à cette mouture, mentionnons l’idée étonnante qu’elle contient d’exclure du PEQ certaines catégories d’emplois peu qualifiés, alors qu’un domaine comme la transformation alimentaire ou le secteur manufacturier en général ont depuis longtemps d’immenses besoins. De tels candidats seront-ils recrutés à travers l’autre programme administré par Québec? Est-ce cela que l’on doit comprendre?

Par ailleurs, si l’on part du principe que l’immigration doit répondre aux besoins de main-d’oeuvre, on doit noter avec effarement qu’à peine 115 préposés aux bénéficiaires ont été sélectionnés à travers les programmes d’immigration du Québec depuis 2013. On comprend mieux, dès lors, la mise en place, annoncée par Simon Jolin-Barrette, d’un «projet pilote» visant à recruter à l’étranger 550 préposés aux bénéficiaires par année.

Plus tôt cette semaine, le premier ministre François Legault avait déjà entrouvert la porte à quelques centaines de demandeurs d’asile oeuvrant dans les CHSLD et désireux de demeurer au Québec.

Tout ça va, enfin, quand même dans le bon sens.

Sylvain St-Laurent
La cavalerie est là, en quelque sorte

Sylvain St-Laurent

La cavalerie est là, en quelque sorte

CHRONIQUE / En décembre, j’ai pondu une chronique sur les anciennes gloires hulloises qui devaient rentrer au bercail, armées de leurs chéquiers, pour «sauver» les Olympiques.

Un peu comme la cavalerie qui débarque, à la fin d’un mauvais film western de série B, et qui dénoue l’impasse en moins de temps qu’il ne faut pour le dire.

Les «orphelins» de Montfort [VIDÉO]

Denis Gratton

Les «orphelins» de Montfort [VIDÉO]

CHRONIQUE / Il y a un gros vide dans l’Hôpital Montfort depuis le début de la pandémie. Un grand trou dans l’âme de «notre» hôpital.

Dès le début du confinement, en mars dernier, la direction de l’institution a pris la déchirante décision de retourner les bénévoles à la maison. Bien que leur présence soit indispensable, la santé de ces quelque 270 bénévoles était potentiellement en danger.

Mylène Moisan
Qui sauve un enfant sauve une famille

Chronique

Qui sauve un enfant sauve une famille

CHRONIQUE / Ce soir-là pour souper, comme la veille, Claude Auclair était à table avec sa femme Aline et leurs trois gars, Christian, Martin et Stéphane.

Sauf que ce soir-là, Martin, six ans, a failli ne pas être là.

Ne plus jamais être là.

Plus tôt dans la journée, toute la famille était allée se rafraîchir à la plage, c’était début juillet 1973, une chaude journée d’été avec un humidex frôlant les 35 degrés. Au bout du fil, Claude me raconte. «On était l’après-midi, il faisait chaud, je me souviens, j’ai dit à ma femme : “on va-tu se baigner à la plage de Sainte-Foy?”»

Ce qu’on appelle aujourd’hui la base de plein air.

«On est arrivés là-bas, on a mis notre linge, on s’est dit qu’il y en a un qui resterait pour surveiller nos affaires.» Aline est restée avec Stéphane, deux ans, Claude s’est enligné vers l’eau. «Aline m’a dit : “je pense que Martin se noie!” Je me suis retourné, je voyais Martin, comme un dauphin, il suivait la vague…»

Le temps de le dire. «J’ai couru vers lui, je me suis dit : “comment je vais faire pour faire sortir cette eau-là, je l’ai pris par les pieds, je le tenais par les pieds pour faire sortir l’eau, y a rien qui sortait”. Je me suis dit : “il est noyé”… Et puis, un homme est arrivé et il me l’a pris des bras, il faisait des mouvements pour le réanimer, mais il n’y avait pas d’eau qui sortait…»

Cet homme-là, c’est Michel Thiboutot, je vous en parlais lundi, il a sauvé neuf personnes de la noyade dans sa vie.

Une de celles-là, c’est le petit Martin.

Michel a fait le bouche-à-bouche à partir du moment où il a pris l’enfant dans l’eau jusque sur la plage, devant Claude et Aline. Il a eu peur de ne pas pouvoir le ramener à la vie, puis il a vu deux doigts bouger. 

Il a continué. 

Christian, le grand frère de Martin, a lu le texte lundi, il a tout de suite reconnu l’histoire. Il avait huit ans quand c’est arrivé. Il m’a écrit pour me dire que Martin habitait Montréal, qu’il allait bien. Il m’a parlé de son père Claude, qui habite à Québec, 85 ans, juste deux ans de plus que Michel. 

J’ai appelé Claude, il se souvenait évidemment de cette journée, de la rapidité à laquelle son gars, qui savait nager, a échappé à son attention. «On ne sait pas trop comment ça s’est passé. On avait une piscine de deux, trois pieds à la maison, il marchait dans l’eau. On pense qu’il a fait la même chose dans le lac, qu’il a marché comme il le faisait à la maison, mais qu’il a perdu pied. Mais on ne saura jamais…»

Martin n’a aucun souvenir.

Sylvain St-Laurent
Dix ans avec Daron

Sylvain St-Laurent

Dix ans avec Daron

CHRONIQUE / Les dernières semaines nous ont permis de découvrir qu’il y a des limites à ce qu’on peut accomplir dans le monde «virtuel».

Les événements de course à pied qui offrent des médailles à ceux qui complètent leurs demi-marathons en solitaire, chez eux? Je ne sais pas pour vous. J’ai du mal à embarquer.

Jean-Marc Salvet
Élan du coeur et intérêt bien compté

Chronique

Élan du coeur et intérêt bien compté

CHRONIQUE / C’est par élan du coeur, mais aussi un peu par intérêt bien compté que François Legault a soudainement entrouvert la porte aux demandeurs d’asile oeuvrant dans les CHSLD.

M. Legault a bien sûr mis l’accent sur le fait que permettre à ces demandeurs d’asile de demeurer au Québec serait une façon de les remercier de ce qu’ils accomplissent. Ce serait en effet une façon de reconnaître leur précieux apport.

Il a aussi par la suite — rapidement, mais tout de même — fait référence à la grave pénurie de main-d’oeuvre dans ce secteur d’activité et aux besoins que comblent déjà ces demandeurs d’asile. Cela avait le mérite de la clarté.

Quoi qu’il en soit, c’est un revirement heureux de sa part. Jusque-là, le premier ministre avait refusé tout accommodement pour ces personnes.

Un accommodement raisonnable est donc enfin recherché! C’est très bien.

L’expression «accommodement raisonnable» sied bien à la situation, puisque M. Legault veut, en même temps qu’il entrouvre une porte, éviter de lancer le message selon lequel tout demandeur d’asile en attente d’une décision sur son sort pourrait s’établir à demeure au Québec dès lors qu’il dénicherait un emploi. Il créerait ainsi, il est vrai, de nombreux faux espoirs.

D’où l’insistance qu’il a mise sur l’étude au cas par cas des dossiers de ces demandeurs.

On pouvait imaginer que ce serait le cas : dès lors que Québec s’est montré ouvert à une certaine régularisation, Ottawa a indiqué être d’accord avec lui — ce qui a été dit par Justin Trudeau.

Il était difficile de concevoir que le gouvernement canadien avance sur ce terrain sans que le Québec en exprime d’abord la volonté. C’est le gouvernement Legault qui détenait la clé politique dans ce dossier.

La question des immigrants en général ainsi que celle des demandeurs d’asile ont régulièrement divisé les gouvernements Legault et Trudeau ces derniers mois.

Ces questions ont été politiquement sensibles, c’est le moins qu’on puisse dire.

Elles ont fait perdre des points au gouvernement Trudeau dans l’opinion publique au Québec. Voilà pourquoi c’est Québec qui détenait et détient toujours la clé dans ce dossier.

M. Legault a-t-il, lui, été sensible à la cause de ces demandeurs d’asile parce qu’elle semblait recueillir de plus en plus d’appuis dans l’opinion publique québécoise? C’est un élément qui a pu jouer.

Cela étant, il faut apprécier le chemin parcouru par son gouvernement après le refus ferme qu’il avait exprimé le 13 mai à une demande de la députée indépendante Catherine Fournier. La proposition de la députée embrassait peut-être trop largement, mais on y trouvait déjà l’essentiel de ce que cherche désormais le gouvernement, soit de régulariser le statut des demandeurs d’asile oeuvrant dans les CHSLD — bien que M. Legault ait précisé que ce ne serait pas une régularisation générale, mais individuelle. Au cas par cas.

Ces demandeurs d’asile ayant trouvé à s’employer dans les CHSLD sont majoritairement d’origine haïtienne. Beaucoup ont franchi la frontière canado-américaine par le chemin Roxham, un passage qui a été au coeur de bien des polémiques et de querelles politiques en 2017 et en 2018. Particulièrement entre Québec et Ottawa.

Ces polémiques et ces querelles ont été si nombreuses que bien des gens ne pouvaient plus voir les individus derrière ces «illégaux».

La reconnaissance que François Legault souhaite maintenant accorder à plusieurs d’entre eux nous permet de mieux les voir. C’est en soi précieux.

Denis Gratton
«Retour vers le futur» à la Maison Bisson

Denis Gratton

«Retour vers le futur» à la Maison Bisson

CHRONIQUE / C’est un retour dans le temps que Québec a imposé il y a quelques semaines en obligeant la fermeture des épiceries le dimanche. Un retour au XXe siècle.

C’était les belles années, diront les nostalgiques comme moi qui ont connu cette époque. Une époque où les dimanches étaient consacrés à la famille. À l’église aussi, il faut le dire, alors que d’assister à la messe du dimanche était une obligation plutôt qu’un choix. Mais c’était une belle époque.

Jean-Marc Salvet
Le proverbial plat de bonbons

Chronique

Le proverbial plat de bonbons

CHRONIQUE / Il est vrai que les partis politiques fédéraux ne peuvent pas solliciter autant de dons qu’habituellement pendant la période actuelle. Pas autant qu’avant en tout cas. N’empêche qu’ils ont l’air de piger dans un plat de bonbons en recourant au programme de subvention salariale; qu’ils paraissent chercher à préserver un trésor de guerre électorale. Surtout les libéraux et les conservateurs, qui ne manquent pas nécessairement de moyens financiers importants.

Le Parti libéral du Canada, le Parti conservateur, le NPD et le Parti vert canadien ont recours au programme de subvention salariale afin de rémunérer leurs employés en cette période de crise sanitaire (ou ont l’intention d’y recourir).

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, avait un boulevard devant lui pour fustiger la décision des libéraux et des conservateurs fédéraux de faire appel à ce programme mis en place par le gouvernement de Justin Trudeau.

Ni sourds ni aveugles, les deux principaux prétendants à la direction du Parti conservateur n’ont pas tardé à comprendre que cette affaire horripilait une bonne partie de l’opinion publique des deux côtés de l’Outaouais. Peter Mackay et Erin O’Toole ont ainsi promis, chacun de leur côté, que leur parti rembourserait les sommes obtenues à ce titre s’ils en prenaient la barre.

Justin Trudeau lui-même ne devait pas se faire d’illusions lundi en expliquant que les partis politiques doivent aussi pouvoir recourir à ce programme dans la mesure où il leur évite de procéder à des mises à pied. Il ne devait pas croire qu’il convaincrait de nombreux citoyens en faisant valoir que les employés de ces partis n’ont pas moins besoin que d’autres de conserver leur boulot.

Les partis politiques ont beau ne pas avoir la cote, le premier ministre canadien a raison sur le fond : les partis ne doivent pas avoir plus de droits que toute autre organisation. Mais ils ne doivent pas en avoir moins.

D’ailleurs, et même si on peut facilement ironiser sur la chose, le Parti québécois, sur la scène provinciale québécoise, se demande lui-même actuellement s’il ne recourra pas à cette subvention salariale du gouvernement Trudeau. Il est en réflexion. Mais ne partons pas sur des chemins de travers. Restons au coeur du sujet.

Même si elles ne doivent pas avoir moins de droits, les formations politiques, compte tenu de leur situation particulière, ont néanmoins une obligation sociale et morale que d’autres n’ont pas, soit celle de faire dès à présent la démonstration qu’elles ont besoin de cet argent pour conserver leurs employés. 

Les partis ont cette obligation parce que l’on sait que les programmes d’urgence mis en place depuis le début de cette crise donnent lieu à des abus. Cela ne veut pas dire que tous ces programmes ne sont pas nécessaires. Pas du tout! Sans ce train de mesures exceptionnelles, la crise sanitaire aurait déjà plongé toute la société dans une épouvantable crise économique et sociale. Gardons toujours cela à l’esprit. Entre deux maux, on choisit le moindre.

Si les partis ont l’obligation morale de faire dès à présent la démonstration publique du besoin réel qu’ils ont, c’est parce qu’ils sont situés à la confluence du pouvoir.

Dans une configuration de gouvernement minoritaire, à Ottawa, tous les partis en sont d’ailleurs proches.

En raison de leurs moyens, les libéraux et les conservateurs fédéraux ont, plus que les néo-démocrates et les verts, l’obligation de faire très rapidement la démonstration de la nécessité qu’ils ont de passer par ce programme. La cohérence le commande, de surcroît. Car les conservateurs ont aboli le financement public des partis sous Stephen Harper et les libéraux ont préféré ne pas le rétablir par la suite. Cela, c’est sans compter le fait que ces derniers forment le parti duquel provient l’actuel gouvernement.

Résumons-nous : même s’il est facile et tentant de casser du sucre sur le dos des partis politiques, le recours à la subvention salariale n’est pas condamnable en soi. Sans cette subvention, les partis mettraient à pied des salariés, qui se tourneraient ensuite vers... la Prestation canadienne d’urgence. Celle-ci ne rapporterait pas nécessairement autant aux employés licenciés, mais l’État paierait quand même quelque chose.

En fait, la seule question qui se pose vraiment est la suivante : des partis font-ils appel à cette subvention salariale pour de mauvaises raisons? C’est pourquoi, si l’on reste sur la scène fédérale, le bureau du directeur parlementaire du budget devrait être mandaté pour donner rapidement un avis là-dessus. Ou celui du directeur général des élections du Canada. C’est la proposition que nous formulons.

De façon plus générale, cet épisode donne envie de rappeler que le système de financement des partis politiques provinciaux au Québec est préférable à celui gouvernant les formations fédérales. Au Québec, le financement des partis s’appuie surtout sur l’État. Il est lié au nombre de votes qu’ils recueillent. Ce système réduit la possible influence de puissants donateurs et a le mérite d’assurer un financement stable et, donc, prévisible. Ce qui ne veut pas dire que la situation actuelle ne leur rend pas les choses difficiles, comme le prouve l’exemple du Parti québécois. Mais ce système de financement essentiellement public basé sur les résultats électoraux est globalement plus juste.

Richard Therrien
Finale de TLMEP: ça a bien été

Télé

Finale de TLMEP: ça a bien été

CHRONIQUE / «Ça va bien aller.» De rassurante au début, cette devise arc-en-ciel finit par en irriter plusieurs, tout comme l'invitation à «se réinventer». Pendant que le pays se déconfine progressivement, Tout le monde en parle a conclu sa saison prolongée et en direct après avoir gâté son public de cinq émissions supplémentaires.

Martin Petit trouve très dur d'écrire en ce moment, dur de créer de l'humour quand on sent la détresse des gens autour. «Il y a aucun chef d'oeuvre qui s'est écrit avec deux enfants qui courent partout», a blagué l'humoriste, pourtant fort inspiré et drôle dimanche soir, et à qui je décerne l'étoile du match. La lecture de son journal de pandémie était hilarante. Sur le deux mètres de distance: «On dirait que le Québec a pogné la sentence d'Éric Salvail.» Martin Petit déteste quand on dit que «la culture doit se réinventer», une formule qu'il trouve insultante et qui «cache une intention qui n'est pas sincère». L'humoriste ne parle pas pour lui mais pour l'ensemble des artistes, qui l'ont appuyé en masse dans sa position. «Même Monique Miller!» s'est-il étonné. Il déplore une déconnexion entre les artistes qui chantent que «ça va bien aller» et les nombreux Québécois qui ont recours aux banques alimentaires. «J'aime pas qu'on se fasse croire que ça va bien quand ça ne va pas bien.»

C'est un Guy Laliberté barbu, au look aventurier, qui s'est présenté sur le plateau, une invitation négociée l'après-midi même. L'invité surprise venait annoncer officiellement vouloir racheter le Cirque du Soleil avec un groupe d'investisseurs. «Le Cirque m'a tellement donné, que de voir la situation dans laquelle il est, si je peux aider, on va être là», affirme le cofondateur de l'institution. «On a un bon plan, on pense qu'on est capable de ramener le feu sacré là-dedans», poursuit Guy Laliberté, qui ne regrette aucunement d'avoir vendu le Cirque. L'homme d'affaires et créateur, qui s'est contenté de hausser les épaules au sujet des intentions de Pierre Karl Péladeau, affirme que la transaction pourrait se faire avec ou sans une aide gouvernementale. Le processus de vente de ses actions du Cirque a été entrepris l'automne dernier, bien avant les rumeurs de pandémie, s'est-il défendu avant de quitter le plateau pour remplir son rôle de DJ.

La ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, veut dès maintenant mettre l'accent sur le maintien des aînés à domicile. «On est en deuil au Québec», dit-elle à propos de la situation tragique dans les CHSLD depuis le début de la pandémie. La ministre a souligné les ratés de la réforme Barrette, tant sur la communication dans le milieu de la santé que la pénurie de personnel. «Il n'y a pas de bois mort, il manque de bois», affirme-t-elle. Pour rattraper les retards importants des opérations dans la région de Montréal, la ministre compte recourir aux cliniques privées ou d'envoyer des patients à l'extérieur de la métropole. «On a fait en deux mois ce que normalement ça nous aurait pris deux ans à faire.» «Sentez-vous surtout pas obligée de faire une deuxième saison», a badiné Dany Turcotte sur les conférences de presse de 13h.

Habituée de l'émission, Chantal Hébert s'étonne particulièrement d'une chose durant cette pandémie: «c'est le plus grand moment d'harmonie entre le fédéral et le provincial, comme on n'en a jamais vu». L'analyste politique parle d'Andrew Scheer comme «l'exemple à ne pas suivre», au point que ce sera difficile pour le futur chef de reconstruire le parti. «C'est une question de ton», croit Chantal Hébert, qui a défendu le travail de The Gazette, pourfendu par le premier ministre François Legault. Mme Hébert, dont on a souligné les 45 ans de carrière, se demande si Justin Trudeau, plutôt que de déclencher des élections, ne voudra pas aller au bout de ses quatre ans d'un mandat minoritaire avant de se choisir de se retirer.

«La normalité n'existe plus», martèle François Audet. Le directeur général de l'Observatoire canadien sur les crises et l'action humanitaire considère qu'on fait une erreur quand on parle de «retour à la normalité». «Penser pouvoir retourner là n'existe pas», dit-il, avant de rappeler qu'on devra apprendre à cohabiter avec le coronavirus. Un rapport de son organisme établit que Taiwan a adopté le meilleur modèle de déconfinement, alors que la Suède ne devrait surtout pas servir de modèle pour le Québec. «La Suède a le plus haut taux de mortalité par habitant», observe-t-il, rappelant que la stratégie de ce pays était basée sur l'immunité collective. Le Canada et le Québec se situent dans la moyenne des pays occidentaux.

Le bal MAMMOUTH ne remplacera jamais les vrais bals de finissants, mais sera un baume sur la déception des élèves de secondaire 5, croient ses animateurs Pier-Luc Funk et Sarah-Jeanne Labrosse. Fouki, Marie Mai, Julien Lacroix, Roxanne Bruneau et Math Duff ont déjà confirmé leur présence à cette soirée, qui sera diffusée à Télé-Québec le 19 juin. Sarah-Jeanne Labrosse croit que les tournages de Révolution risquent de reprendre avant les séries de fiction, jugeant le format «potentiellement plus malléable» et l'équipe «ultra motivée».

L'avocat et entrepreneur social Fabrice Vil souligne le rôle essentiel des travailleurs issus de l'immigration dans des vidéos intitulées «Je me souviendrai» et «Marchons unis». Il souhaite que cette devise modifiée devienne un mouvement, pour qu'on n'oublie pas tous les travailleurs de première ligne, la pandémie nous ayant «ramené à l'essentiel», croit-il. Une motion proposée par la députée Catherine Fournier pour régulariser la situation des demandeurs d'asile qui ont travaillé durant cette crise a été rejetée par la CAQ. «Je suis furieux, je ne suis pas juste déçu», dit-il à propos de cette motion appuyée par tous les autres partis.

Mylène Moisan
L’homme qui a sauvé neuf vies

Chronique

L’homme qui a sauvé neuf vies

CHRONIQUE / J’aurai bientôt 46 ans, j’ai vu une seule fois quelqu’un qui était en train de se noyer, et ce n’est pas moi qui l’ai sauvé.

Michel Thiboutot, lui, a sauvé neuf personnes.

Allez savoir pourquoi, il était toujours au bon endroit quand quelqu’un était dans un mauvais moment. Bon nageur, il avait sa formation de sauveteur, mais il n’était jamais celui qui assurait la surveillance quand il a dû intervenir. Une fois, deux sauveteurs étaient en poste, ils n’ont rien vu du drame qui se jouait.

Michel, oui.

Il devait avoir autour de 17 ans la première fois, c’était à «l’été 54 ou 55», il n’est pas certain, au lac Clément à Notre-Dame-des-Laurentides. Une fille de son âge sur une pierre à 50 pieds de la rive, «je la trouvais jolie, de beaux cheveux noirs. Elle a plongé, elle n’avait pas l’air de savoir nager. Elle calait… elle remontait… au début, je pensais qu’elle faisait des farces. À l’époque, les gens faisaient des blagues, ils allaient dans l’eau et ils criaient «au secours»…»

Elle ne blaguait pas.

Michel a plongé d’un bond, il a réussi à la sortir de l’eau en l’agrippant par ses beaux cheveux noirs. 

Sur la rive, elle tremblait de tout son corps. 

Deux ans plus tard au même lac, Michel est avec son frère, il voit un gars musclé d’une quarantaine d’années. «Il est environ à 100 pieds de la rive. Il se retourne pour revenir sur la grève… le regard fixe. De toute évidence, il demande de l’aide.» Michel et son frère plongent, se rapprochent, mais ils ne peuvent se rendre à l’homme, «c’est trop dangereux». Michel lui parle, le regarde dans les yeux, il l’encourage à avancer «jusqu’à ce qu’il puisse prendre ma main droite.»

Et de deux.

Puis presque 20 ans plus tard au Lac Auclair, une femme avec un petit bébé dans les bras disparaissent sous l’eau. Michel dit à sa sœur d’aller chercher le surveillant, il plonge encore, mais en se posant une question tragique : «la mère ou l’enfant»? Il va vers la mère, l’agrippe par son maillot de bain. Le surveillant finit par arriver, à temps pour sauver l’enfant.

Sans Michel, les deux seraient morts.

Juillet 1973, Michel est au camping du rang Laberge, connu aujourd’hui comme la base de plein air de Sainte-Foy, il voit un homme avec un enfant dans les bras. L’enfant est noyé, «verdâtre», le père est figé. Michel prend l’enfant et commence tout de suite ses techniques de réanimation, l’enfant ne bouge plus. Sur la grève, la mère perd connaissance, elle s’effondre sur Michel, qui continue le bouche-à-bouche.

Michel voit un doigt bouger.

Puis, l’enfant ouvre les yeux, se met à pleurer.

Sauvé.

L’été suivant, encore à la base de plein air, deux jeunes de 15 ans, le «p’tit Veilleux et le p’tit Landry» s’éloignent en jouant avec une bouée. «Le p’tit Landry ne sait pas nager, il s’agrippe à la taille de Veilleux, il est en panique, cherche de l’aide des yeux désespérément. Ils calent trois fois…» Malgré une blessure à la cheville, Michel n’écoute que son courage, met son sandwich de côté et plonge. «J’en agrippe un et j’essaye de le monter sur le quai. La marche casse. Je m’enligne vers la marche plus haute, je vois deux têtes, j’avais sauvé les deux! Je me demande encore comment j’ai réussi à faire ça…»

À la fin de l’été, Michel est en vélo avec son fils. «Mon gars me dit qu’il y a une voiture dans l’eau, qu’il y a deux monitrices dedans. J’ai tiré mon bicycle par terre, tellement que mon miroir a cassé, j’ai sauté dans l’eau et je l’ai redressé, il y avait une porte qui était prise dans la bouette. J’ai donné un coup, la porte a ouvert, j’ai pris une des filles, «toute» revolait, le collier revolait, elle est sortie… Mais là, l’auto revirait, j’ai failli me noyer, j’ai tiré et là, j’ai réussi à sauver l’autre…»

Louise et Marie lui doivent la vie.

Ce que j’ai retenu du récit que fait Michel de ses sauvetages, mis à part évidemment son courage, c’est que jamais personne n’a crié au secours ni fait de grands signes avec les bras comme dans les films. Chaque fois, c’est par le regard que Michel a compris que la vie était tirée par le fond.

En ce début de saison de baignade, ce n’est pas mauvais de le rappeler. Une personne qui se noie appelle à l’aide en silence, le regard figé.

Denis Gratton
Rouvrir les ponts

Denis Gratton

Rouvrir les ponts

CHRONIQUE / Certains lecteurs ont compris que je blaguais, que j’étais sarcastique. D’autres, non. Et ce sont surtout ces «autres» qui ne se sont pas gênés pour m’écrire et me dire leur façon de penser.

Mercredi dernier, j’ai signé une chronique que j’ai sarcastiquement intitulée «Ces maudits séparatisssses». Dans ce papier, je suis revenu sur les propos du conseiller municipal du quartier Rideau-Vanier d’Ottawa, Mathieu Fleury, qui a déclaré la semaine dernière que la fermeture des ponts entre Ottawa et Gatineau pour contrer la propagation de la COVID-19 était une décision politique prise par des élus québécois aux «affiliations et ambitions séparatistes». Le conseiller Fleury a même nommé le premier ministre du Québec, François Legault, et le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin.

Gilles Vandal
La stratégie électorale de Donald Trump

Opinion

La stratégie électorale de Donald Trump

Chronique / Depuis son entrée à la Maison-Blanche, Donald Trump est en mode électoral. Il formait dès janvier 2017 son comité organisateur pour 2020. Alors que les présidents en exercice attendent habituellement les primaires pour tenir des réunions électorales, Trump n’a pas cessé d’en tenir. Il redoutait d’être aux prises en 2020 avec une récession. La situation est pire encore, car le monde affronte une pandémie.

Avec une économie en chute libre à cause du coronavirus, le président Trump est confronté à une réélection difficile, d’autant plus qu’il aura Joe Biden pour adversaire. Même si ce dernier est confiné dans sa maison du Delaware, il jouit d’un soutien populaire indéniable. Il risquait de représenter un adversaire coriace même dans une élection ordinaire. Or, les temps ne sont pas ordinaires. Les États-Unis subissent la pire contraction économique de leur histoire, pire que celle de la grande dépression.

Étant acculé au mur par la pandémie et sachant que le virus ne disparaîtra pas d’ici un an, Donald Trump a essentiellement besoin pour gagner d’avoir une participation électorale très faible tout en s’assurant que ses partisans sortiront voter. À 160 jours des élections, sa stratégie prend forme. Pour faire oublier sa mauvaise gestion de la pandémie, il ne peut esquiver le débat simplement en recourant à sa stratégie privilégiée, soit en créant controverse sur controverse. Toutefois, il n’est pas prêt à concéder l’élection sans se battre bec et ongles.

Trump et les républicains sont engagés depuis plusieurs années dans une stratégie consistant à faire baisser le taux de participation électorale chez les minorités, les personnes à faible revenu et les étudiants, qui ont tendance à voter davantage démocrate. Ainsi, depuis 2016, ils ont premièrement épuré les listes électorales de 17 millions de votants, processus touchant largement les minorités et les étudiants. Deuxièmement, sachant que les Afro-Américains aiment aller voter le dimanche, ils restreignent le vote par anticipation. Troisièmement, en dépit de la pandémie, ils s’opposent à une généralisation du vote par la poste, sous le faux prétexte qu’un tel vote risque plus d’être frauduleux.

Après avoir sciemment nié les dangers d’une pandémie, Trump a changé de discours. Il s’affiche maintenant comme ayant été un modèle de prévoyance en sauvant plus de deux millions de vie. Engagé dans une stratégie d’autopromotion, il a fait envoyer par le Département du Trésor une lettre portant sa signature dans laquelle il louange sa générosité en distribuant une aide de près de trois trillions de dollars de fonds publics. Un tel geste est sans précédent de la part d’un président américain. Il veut ainsi obtenir tout le mérite du versement d’une aide d’urgence votée par le Congrès de manière pourtant bipartisane.

Comme beaucoup de ses partisans s’opposent, parfois même violemment, aux politiques de confinement, il les encourage en affirmant qu’il comprend leur frustration. Il a même lancé des appels à «libérer» le Minnesota, le Michigan et la Virginie. D’ailleurs, lorsque des manifestants, un grand nombre étant armés, ont pris d’assaut le capitole du Michigan, il a soutenu ces derniers en déclarant y voir de «très bonnes personnes» qui veulent s’assurer une vie prospère.

Ici, sa stratégie est claire. Plutôt que d’être un président rassembleur, il joue sur la division et mise sur la montée de la colère de ses partisans. Cela s’avère particulièrement dans les États tampons. Incidemment, dans plusieurs États dirigés par des républicains, 97% des personnes arrêtées pour avoir enfreint les consignes de confinement sont issues de minorités, surtout des Afro-Américains.

Par ailleurs, Trump recourt à l’approche xénophobe qu’il avait largement utilisée en 2016 et en 2018. Tout son populisme conservateur repose sur des attaques nativistes mues par la rage culturelle des ouvriers blancs. Sa rhétorique anti-immigration lui permet de mobiliser aisément ses partisans.

Aujourd’hui, en plus d’interdire par décret toute immigration afin de protéger les emplois des Américains, il cible les Chinois dans ses discours et ses tweets. Selon lui, ces derniers sont les grands responsables de la pandémie, car un virus chinois en serait à l’origine. Ce serait comme si on affirmait que la grippe espagnole a été causée par les États-Unis, puisque ce virus américain est apparu d’abord au Kansas.

Depuis deux ans, Trump anticipe que Joe Biden sera son principal adversaire. Il s’est donc engagé dans une stratégie visant à miner la crédibilité de cet ancien vice-président, n’hésitant pas à recourir à la théorie du complot. Il a d’abord cherché à impliquer Biden et son fils dans un scandale de corruption en Ukraine. Ce fut d’ailleurs la stratégie qu’il utilisa contre Hillary Clinton en 2016. Cela ayant échoué contre Biden, il soutient maintenant des pseudo-allégations d’agression sexuelle contre son adversaire.

Le comité de Barack Obama en 2008 mit deux mois à scruter attentivement toute la carrière de Biden avant de désigner ce dernier comme candidat à la vice-présidence. Il n’a rien trouvé. Reade n’a jamais soulevé le moindre problème en 2008. Aujourd’hui, dans la foulée du mouvement «Moi aussi», les Américains sont confrontés à la parole de Biden versus celle de Reade.

Mais en tenant compte des pratiques habituelles de Trump, je dirais personnellement qu’il faut se demander, comme Cicéron l’affirmait, à qui le crime paie et deuxièmement bien «suivre l’argent». En tout cas, Trump salive déjà en y voyant l’occasion de détruire la crédibilité de Biden.

La stratégie de Trump est claire. En 2016, il n’hésita pas par exemple à accuser le défunt père de Ted Cruz d’être associé à l’assassinat de Kennedy. De sa part, les électeurs américains ne peuvent s’attendre à aucune décence. La prochaine campagne présidentielle promet d’être sale comme jamais auparavant. Si Biden veut l’emporter, il devra se battre farouchement et rendre coup pour coup. Trump est un intimidateur né.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.


Sébastien Pierroz
Doug Ford face à la COVID-19: le cœur a ses raisons

Sébastien Pierroz

Doug Ford face à la COVID-19: le cœur a ses raisons

CHRONIQUE / Il y a deux ans jour pour jour, Doug Ford multipliait les bains de foule lors de la campagne des élections provinciales. Pugnace, fort en gueule, le futur premier ministre promettait de lutter contre les élites, et d’assainir les finances publiques.

Changement d’attitude en mai 2020, alors que le coronavirus plonge le monde entier dans l’incertitude. Au ton martial et belliqueux du printemps 2018, c’est un Doug Ford à priori plus empathique qui se présente quotidiennement en conférence de presse.

Patrick Duquette
Injection d’humanité

Patrick Duquette

Injection d’humanité

CHRONIQUE / Laurie-Anne Vézina, 17 ans, rêve d’une carrière de pédiatre.

Par un curieux détour, la pandémie l’amène depuis un mois à travailler auprès des vieux, dans un CHSLD frappé par une éclosion de COVID-19 à Gatineau.

«Je travaille avec des personnes âgées qui se sentent seules, plus seules que jamais», raconte l’étudiante en secondaire V du Collège Saint-Alexandre.

Comment s’est-elle retrouvée là?

Rien de compliqué: après un mois de confinement, elle en avait assez de se tourner les pouces. Son employeur avait fermé ses portes, l’école aussi. «J’étais disponible à temps plein et je me cherchais quelque chose à faire», résume-t-elle en riant.

Sur Facebook, elle a vu passer une annonce. On cherchait du monde pour prêter main-forte au personnel débordé des CHLSD.

Elle a donné son nom…

Une entrevue et une formation plus tard, elle commençait à travailler, fin avril, comme aide-préposé au CHSLD Lionel-Émond. À temps plein, 40 heures par semaine, à près de 22 $ de l’heure. Pas mal pour une étudiante…

Même si elle oeuvre en zone froide, elle est à deux pas de la ligne de front. La COVID a infecté 21 résidents de l’établissement, et provoqué 6 décès…

Jean-François Cliche
La COVID-19 survit bien dans l’eau (mais on ne l'attrapera pas en nageant)

Science

La COVID-19 survit bien dans l’eau (mais on ne l'attrapera pas en nageant)

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Est-ce que le virus de la COVID-19 peut survivre dans l’eau non chlorée comme celle des lacs ? Son enveloppe «graisseuse» le fait-il flotter en surface pour lui permettre ensuite d’infecter les personnes qui profitent d’une bonne baignade ?», demande Paule Boisseau, de Québec. De son côté, Marie Morneau, elle aussi de Québec, aimerait savoir : «Quand les piscines vont rouvrir, privées comme publiques, est-ce que le fait qu’on y mette du chlore assurera la sécurité des baigneurs contre la COVID-19 ?»


De manière générale, oui, la «famille» des coronavirus (qui inclut la COVID-19, mais bien d’autres aussi, dont quatre virus bénins qui donnent le rhume) survit bien dans l’eau douce, du moment qu’elle n’est pas trop polluée. Une étude parue en 2009 dans la revue savante Food and Environmental Virology a trouvé qu’il faut environ 10 jours pour que 99,9 % des coronavirus soient éliminés dans l’eau du robinet à 23 °C, et plus de 100 jours lorsque l’eau est maintenue à 4 °C. D’autres travaux du même genre parus la même année dans Water Research ont pour leur part conclu que, dans l’eau d’un lac, il faut de 10 à 15 jours avant que 99 % des coronavirus ne meurent dans l’eau d’un lac.

Maintenant, est-ce que cela signifie que la baignade en lac ou dans les piscines publiques — si celles-ci finissent pas réouvrir — sera dangereuse ? Essentiellement, non, parce que «le virus est tellement dilué dans ces conditions-là que les risques sont infinitésimaux», répond le chercheur de l’Institut Armand-Frappier (INRS) et spécialiste des coronavirus Pierre Talbot.

Comme les autres coronavirus humains, la COVID-19 se transmet très principalement par les gouttelettes que les malades expulsent quand ils toussent, éternuent ou autre. Quand une gouttelette arrive sur la main de quelqu’un ou sur une surface solide, elle reste entièrement en place avec tous les virus qu’elle contient. Mais quand elle tombe dans l’eau, c’est une autre histoire : la gouttelette étant elle-même presque entièrement composée d’eau, elle va se mélanger à celle de la piscine ou du lac, et les virus qu’elle contient vont alors se disperser au lieu de rester tous concentrés au même endroit. Alors si un baigneur passe par là, la quantité de virus qu’il risque d’avaler a toutes les chances d’être infime, insuffisante pour provoquer la maladie.

En outre, les lacs sont de grandes étendues d’eau fréquentées par relativement peu de gens, ce qui réduit encore plus les risques. Les piscines, elles, sont bien sûr plus densément occupées, mais leur eau est chlorée et les microbes y meurent rapidement.

Cela ne signifie pas que toute contamination est impossible dans l’eau chlorée. On connaît des virus qui ont la capacité de se transmettre dans les piscines publiques, surtout lorsque l’eau n’est pas convenablement traitée. Mais en général, ce ne sont pas les coronavirus qui le font.  L’an dernier, l’International Journal of Environmental Research and Public Health a publié une revue de toutes les éclosions virales associées à des piscines publiques et documentées dans la littérature médicale depuis les années 1950. Aucune n’impliquait de coronavirus. Il s’agissait surtout de virus qui se propagent principalement par la voie oro-fécal, comme les entérovirus et les norovirus (sources très fréquentes de gastroentérites) et l’hépatite A. Seule exception : les adénovirus, qui peuvent eux aussi provoquer des gastros mais également des infections respiratoires. Cependant, les adénovirus sont connus pour être très résistants hors du corps humain, ce qui n’est pas (du tout) le cas des coronavirus.

Bref, dans les piscines publiques, c’est beaucoup plus la proximité des baigneurs entre eux (tant dans l’eau qu’à l’extérieur, dans les vestiaires, dans la file d’attente pour le plongeon, etc.) que la présence du virus dans l’eau qui peut être problématique.

Steve Bergeron
Ne faites pas « à semblant »

Séance d'orthographe

Ne faites pas « à semblant »

CHRONIQUE / «J’entends souvent des gens dire «faire à semblant». Il me semble que l’expression correcte serait «faire semblant». Qu’en est-il exactement? Merci (Gaétan Laroche, Québec).

La bonne tournure est effectivement «faire semblant», mais tellement de gens disent «faire à semblant» dans la langue de tous les jours que j’ai tenté d’en savoir un peu plus sur les origines de cette variante.

Mon premier réflexe a été de penser à une ancienne tournure française préservée chez nous. Mon instinct me disait qu’il y avait peut-être un rapprochement à faire avec deux autres vieux verbes français toujours employés ici : «assavoir» et «accroire». Si les Québécois se font «assavoir des choses» et se font «accroire des affaires», c’est peut-être pour la même raison qu’ils font «à semblant»... ou «assemblant» (notez que la première orthographe ressort quand même 30 fois plus souvent sur Google).

Malheureusement, aucune des sources consultées n’affirme textuellement que «faire à semblant» est une vieille locution qui aurait pu être en vogue à la Renaissance ou au Moyen Âge. Mais j’ai malgré tout fait des trouvailles intéressantes.

D’abord, cette façon de dire n’est pas que québécoise. J’en ai découvert des traces en Suisse, plus précisément dans le glossaire vaudois de Pierre-Moïse Callet, publié en 1861. Le «Glossaire fribourgeois» (1864) la relève aussi (le sous-titre de cet ouvrage est «Recueil des locutions vicieuses»...).

Voilà qui nous confirme qu’il s’agit d’une vieille variante de «faire semblant» et que nous n’avons pas à culpabiliser outre mesure: elle n’est pas propre à nous. En fait, peut-être l’est-elle aujourd’hui, mais pas dans le passé.

Autre trouvaille intéressante, cette fois plus près de nous: Chantal Naud, dans son «Dictionnaire des régionalismes des Îles de la Madeleine» (2011), fait un rapprochement entre «à semblant» et «la semblant», une tournure répandue dans les Antilles françaises. Par exemple: «Fais pas la semblant malade!»

Quant à lui, le Dictionnaire Godefroy (1881) donne à l’expression «à semblant» le sens d’«à ce qu’il semble». Il cite un écrivain du XIVe siècle, Jean d’Outremeuse: «Et astoit a semblant a II piez pres de solea [et était à ce qu’il semble à 11 pieds près du soleil].»

À partir de là, peut-on penser que «faire à semblant», c’est simplement «faire à ce qu’il semble»? Par exemple, faire semblant de dormir, ce serait donc «faire à ce qu’il semble dormir»?

Fait intéressant: Godefroy relève une tournure canadienne, «à mon semblant», qui voulait dire «à ce qu’il me semble, à mon avis» à l’époque.

Évidemment, tout ça, ce ne sont que des hypothèses. Un linguiste spécialisé en ancien français vous aurait peut-être répondu plus catégoriquement et plus rapidement que moi. Ce qu’il faut retenir (et vous aurez peut-être l’impression que je me répète), c’est que si «faire à semblant» est à éviter dans le discours soutenu, qu’il soit oral ou écrit, il n’y a aucun problème à l’employer dans ses conversations privées, dans une œuvre poétique ou un ouvrage littéraire de fiction. L’important est de se rappeler à quel registre de langue cette tournure appartient.

Perles de la semaine

Un examen sur les rois de France, ça donne des perles... royales!


«François 1er aimait la culture italienne. C’est pourquoi il est allé faire des guerres là-bas.»

«Louis XIII était toujours fourré dans les jupes de Richelieu.»

«Louis XIV n’est devenu veuf qu’après la mort de sa femme.»

«Louis XV a fait la guerre de Sept Ans, parce que la guerre de Cent Ans avait été trop longue.»

«Louis XVI est mort courageusement sur un échafaudage.»

Source: «Le Sottisier du bac», Philippe Mignaval, Hors Collection, 2007.


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.

Marc Allard
Comment prévenir les Tanguy

Nous, les humains

Comment prévenir les Tanguy

CHRONIQUE / J’ai le bonheur de vous annoncer que j’ai réduit des deux tiers ma charge de travail parentale dans la cuisine. Le matin et le midi, j’ai cessé de préparer les repas de mes enfants. Maintenant, la règle, c’est : «débrouillez-vous».

Au début de l’année, ce n’était pas comme ça. Ma blonde et moi, on préparait les déjeuners le matin, puis les boîtes à lunch, pendant que nos filles de 7 et 9 ans se remplissaient le bedon, échappant quelques bâillements entre deux bouchées de gruau.

Quand elles venaient dîner à la maison le midi, même scénario : les parents préparaient la bouffe pendant que les enfants attendaient de se faire servir.

Mais quand les écoles ont fermé à la mi-mars et que nos filles sont revenues à temps plein à la maison, je me suis dit que c’était une belle occasion d’alléger le fardeau parental. Soudainement, les enfants avaient le temps en masse d’apprendre à se débrouiller dans la cuisine. Et papa pouvait faire autre chose pendant ce temps-là, comme lire le journal.

Ç’a l’air insensible comme ça, mais c’est pour leur bien. Après tout, un de nos objectifs les plus importants comment parent est d’élever des enfants qui deviendront plus tard des adultes indépendants et autonomes.

Ça ne veut pas dire qu’on empiète sur leur «vie d’enfant» ou qu’on les empêche de jouer. Il y a de la place pour les Lego et la vaisselle, pour Fortnite et le lavage.

Mais avec la course contre la montre quotidienne, c’est tentant de faire les choses à leur place. C’est plus rapide quand maman et papa vident le lave-vaisselle, font la liste d’épicerie, sortent les poubelles, arrosent les plantes, nourrissent le chat, rangent les vêtements propres, passent l’aspirateur, nettoient les salles de bain, etc.

Sauf que plus on procrastine sur la responsabilisation, plus on tolère longtemps l’inutilité des enfants dans la maison. Et plus tard, nos rejetons traîneront leur inutilité partout où ils déménageront. À moins, bien sûr, qu’ils décident de rester chez leurs parents jusqu’à la trentaine, beaucoup trop confortables pour décoller.

En cette période covidienne, où les enfants et les ados passent beaucoup de temps à la maison, c’est l’occasion idéale d’accélérer la prévention des Tanguy.

Mais comment développer leur autonomie? Pour les tâches ménagères, du moins, le meilleur guide que j’ai trouvé est un organigramme très simple de Daniel T. Willingham, un professeur de psychologie cognitive à l’Université de Virginie, spécialiste renommé de l’apprentissage.

Voici ses suggestions, dans l’ordre : A) Si l’enfant (ou l’ado) peut faire la tâche tout seul, demandez-lui de la faire. B) S’il ne peut pas, demandez-lui de la faire avec des instructions ou le minimum d’aide possible. C) S’il ne peut pas, demandez-lui d’en faire une partie. D) S’il ne peut pas, demandez-lui s’il aimerait vous observer.

Comme vous le constatez, c’est une approche graduelle. On ne peut pas lâcher nos oisillons dans le vide tout d’un coup. Mes filles cuisinent avec nous depuis qu’elles sont toutes petites. Et j’ai jugé qu’elles étaient bien capables de préparer leur déjeuner et leur dîner en solo.

À ma grande surprise, elles n’ont pas protesté. J’ai même réalisé à quel point j’avais sous-estimé leur potentiel. Dès l’amorce du «débrouille-toi», mon aînée s’est préparé du pain doré sans aucune aide un matin. Elle était fière et m’a fait un sourire en coin : qu’est-ce que tu attendais pour me laisser faire?

Bien sûr, je ne suis jamais loin. J’interviens si mes filles chauffent trop leur poêle ou si elles tiennent mal leur couteau pour couper les fruits. Mais si ce n’est pas trop compliqué ou périlleux, je leur laisse le maximum de latitude possible dans la cuisine. Je retire progressivement l’échafaudage. Et, à un moment, elles n’ont plus besoin de papa ou de maman.

Évidemment, la préparation des repas n’est qu’une partie de la longue liste de tâches que mes filles auront à apprendre en route vers la vie adulte. Mais chaque fois qu’elles en cochent une nouvelle, je me dis qu’elles s’éloignent un peu plus de Tanguy.

Brigitte Breton
Des garanties pour les infirmières

Brigitte Breton

Des garanties pour les infirmières

CHRONIQUE / Si le gouvernement Legault veut pourvoir rapidement les postes d’infirmières qu’il a créés depuis un an et demi, il devra sans doute se résoudre à établir des ratios infirmière/patients sécuritaires dans les CHSLD et les hôpitaux. Trop onéreux? Le manque de personnel nous coûte cher aussi collectivement. Encore plus lorsqu’il faut lutter contre une pandémie.

Si les infirmières et les infirmières auxiliaires avaient l’assurance de ne pas se retrouver avec un nombre trop élevé de patients, de ne pas risquer de faire des erreurs professionnelles à cause d’une surcharge ou d’heures supplémentaires de travail, elles seraient peut-être plus nombreuses à appliquer sur les postes à temps plein que le gouvernement caquiste a affiché depuis son arrivée. 

Les infirmières attendent en quelque sorte des garanties, des mesures de protection. 

Elles ne veulent pas se retrouver à faire leur job à la hâte et risquer de gaffer, vivre une dépression ou devoir devancer leur retraite parce que la tâche s’avère trop lourde et stressante.

Nancy Bédard, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), estime que le premier ministre et son équipe auraient intérêt à envoyer un signal clair sur les ratios. «C’est un choix politique. Il faut du courage et changer de paradigme et de mode de gestion.» 

Selon elle, la qualité et la sécurité des soins doivent primer et ne plus reposer uniquement sur les épaules du personnel soignant.

Même si le premier ministre s’est dit mardi ouvert à examiner les ratios, il semble mettre beaucoup d’espoir sur une hausse du nombre de préposées aux bénéficiaires et une bonification des salaires. Plus de préposées qualifiées soulageront une partie du travail des infirmières, a-t-il affirmé. 

Est-ce vraiment le cas et est-ce aussi simple? 

«Il met le focus sur les préposées et occulte tout le reste», constate Mme Bédard qui représente des infirmières, des infirmières auxiliaires et des inhalothérapeutes. Cela témoigne, selon elle, d’une méconnaissance du terrain. 

Bien sûr, il faut plus de gens formés pour nourrir et donner des bains. Tout le monde reconnaît que les préposées doivent être mieux rémunérées et que leur travail doit être valorisé.

Mais, il faut aussi des infirmières en poste dans les CHSLD pour établir des plans d’intervention, administrer les médicaments, surveiller l’hypertension et le diabète, traiter les infections urinaires, etc.

Les syndicats d’infirmières réclament que des ratios infirmière/patients soient fixés par loi pour éviter qu’une infirmière se retrouve avec trop de patients à sa charge. 

Lors du renouvellement des conventions collectives, en 2015, le gouvernement Couillard et la FIQ avaient convenu de mener des projets pilotes pour tester la méthode appliquée notamment en Californie.

Il a fallu le témoignage de l’infirmière Émilie Ricard sur Facebook pour que le ministre Gaétan Barrette lance enfin les travaux en 2018. Le dernier projet pilote a pris fin en décembre. 

La FIQ rapporte que les projets sont positifs tant pour le personnel que les malades. Le projet mené à l’unité de médecine de l’Hôtel-Dieu de Lévis aurait permis par exemple de réduire de 42 % le nombre de réadmissions dans les 30 jours. 

Ailleurs, l’ajout de personnel lié au projet ratio aurait motivé les troupes, augmenté la satisfaction au travail, réduit l’absentéisme, repoussé les retraites, et diminué l’anxiété des patients, de même que l’usage de médicaments et les chutes.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux ne peut pour sa part nous livrer son appréciation. «Les bilans sont actuellement en analyse au MSSS. Le MSSS fera ensuite part de ses conclusions à la ministre et en informera la FIQ et la FSQ-CSQ», a répondu mercredi le service de communications par courriel. 

Dans un document, la FIQ indique que des employeurs ayant participé aux projets pilotes ont été invités par le comité patronal de négociations à ne pas se prononcer sur la pertinence et la faisabilité des ratios.

Lors d’une conférence de presse, le premier ministre Legault a cette semaine évoqué les coûts reliés à la fixation de ratios. Il a signalé que l’ancien ministre de la Santé, Gaétan Barrette, avait évalué le coût à 1,2 milliard $ il y a cinq ans.

Évidemment, il y a un coût à augmenter le nombre d’infirmières et d’infirmières auxiliaires le jour, le soir et la nuit. Dans les CHSLD, il en faudrait de 35 à 40 % de plus. Dans le cadre d’un projet pilote, l’infirmière de nuit d’un tel établissement avait entre 37 et 44 patients, et non plus entre 76 et 96.

La FIQ reconnaît qu’il y a un effort budgétaire à faire et propose d’étaler l’implantation des nouveaux ratios sur trois ans. «Oui, il faut décaisser. Mais si le gouvernement ne met pas ces millions en santé, il les donnera à des entreprises, à Bombardier.»

Nancy Bédard signale que «la non-qualité des soins coûte cher». Des erreurs de médicaments, des plaies de lit, des chutes de patients, des accidents de travail, des hospitalisations prolongées, des heures supplémentaires, des congés de maladie longue durée, des patients qui perdent trop rapidement leur mobilité et leurs capacités cognitives, le recours à des agences privées de placement, ça exige aussi beaucoup de fonds publics. 

Les ratios entraînent de nouvelles dépenses, mais ils représentent aussi des économies à d’autres postes budgétaires.

La pandémie nous révèle que les conséquences d’un manque de personnel dans les établissements de santé peuvent être énormes, tant au plan humain qu’économique. Évitons de revivre le même cauchemar.

Marie-Ève Martel
Quelle valeur, vos valeurs ?

Vu d'même

Quelle valeur, vos valeurs ?

CHRONIQUE / Alors que la semaine dernière j’invitais à une réflexion sur la valeur d’une vie humaine, voilà qu’on apprenait que la femme au cœur de la célèbre décision Wade c. Roe, ayant permis à la Cour suprême américaine de trancher en faveur du droit à l’avortement chez les femmes, avait été payée pour changer son fusil d’épaule durant les années 1990, un revers qui avait d’ailleurs causé la controverse chez nos voisins du Sud.

Norma McCorvey est décédée en 2017 à l’âge de 69 ans. Rebaptisée « Jane Roe » dans le cadre des longues procédures judiciaires ayant culminé en 1973 avec le célèbre jugement décrétant les lois anti-avortement anticonstitutionnelles, elle était devenue la figure de proue de la cause pro-choix aux États-Unis.

Lucie Mandeville
Jouer dehors… enfin!

Sport, santé et rencontres

Jouer dehors… enfin!

CHRONIQUE / Les sportifs d’activités individuelles se réjouissent d’aller jouer dehors. Ceux qui pratiquent un sport d’équipe attendent leur tour. Ils entrevoient sans grand bonheur des mesures qui limiteraient le contact. Mon fils est un grand fervent de hockey. Des tirs de barrage pendant trois périodes, ce n’est pas du hockey, me dit-il. De mon côté, je continue de courir chaque jour. C’est bon pour ma santé… psychologique!

Le lien entre la santé physique et psychologique n’est plus à démontrer. La recherche a prouvé nombre de fois les bienfaits de l’activité physique sur le moral, ainsi que sur les aptitudes mentales. L’exercice apporte de l’oxygène au cerveau, le rendant plus vif. À l’école, des enseignants ont compris ce principe. Ils font bouger les enfants avant de rentrer en classe ou de faire un examen. Le sport et le plein air sont des antidotes naturels à la maladie mentale. Des médecins et des psychologues recommandent l’exercice comme remède contre la dépression ou l’anxiété. Trente minutes par jour, minimum. La méthode la plus efficace pour stimuler la sérotonine, l’une des hormones du bonheur, est de marcher, courir, danser… quotidiennement. Et chacun peut y aller à son rythme, dans la mesure où les toxines sont libérées.

L’interdiction est levée pour le tennis, le golf, le kayak… la liste est longue. Ce n’est pas trop tôt. À l’ère de la covid, deux types de mesures sont prises par la sécurité publique. Les mesures pour réduire les risques liés à la maladie et les mesures pour favoriser la santé. L’équilibre entre ces mesures est généralement indiqué. Il arrive toutefois que l’attention soit portée exclusivement sur les risques. Par exemple, le confinement est une mesure centrée sur le risque de propagation du virus. 

Des mesures pour réduire les risques de la maladie peuvent provoquer, par contrecoup, des effets néfastes sur la santé. Le confinement a créé nombre de problèmes, dont certains très graves. La malnutrition, l’obésité, l’isolement, la démotivation, la perte de sens à la vie, et plus généralement la détresse. Un bilan des dégâts permettra de constater l’état de nos jeunes et de nos moins jeunes, après la crise. 

Il arrive un moment dans cette crise où les mesures visant la réduction des risques doivent faire place aux mesures permettant de retrouver la santé. 

En région, nous sommes privilégiés comparativement à la grande ville. Nous pouvons marcher dehors, avec un sentiment de liberté, plus ou moins grand. Plusieurs d’entre nous profitent du temps d’arrêt et de la belle température pour entretenir la terrasse et faire des rénovations extérieures. De plus, nous avons de vastes espaces verts qui nous entourent et de grands terrains sur lesquels sont construites nos maisons. Ces espaces et ces terrains forment une distanciation naturelle, où les virus se perdent dans la nature. Nous pouvons donc nous promener, courir, jouer et bientôt profiter de la SÉPAQ qui rouvrira ses portes. 

Le contact humain, à travers le sport, répond à un besoin fondamental

Durant les deux derniers mois, nous avons maintenu un contact avec nos proches et nos amis, grâce aux médiums de communication Internet. Mais cela ne remplace pas le contact plus chaleureux et humain que l’on retrouve entre autres en faisant du sport avec des copains ou des copines. Dans une période où le mot clé est « sécurité », il faut penser qu’il existe une sécurité psychologique, sans laquelle nous nous sentons vulnérables. Cette sécurité, nous la trouvons entre autres dans la camaraderie. Passer une heure avec de bons amis ou de bonnes amies, à jouer au golf, à faire du vélo, à se promener dans la nature répond à notre besoin d’être en connexion. Ce besoin est fondamental.  

Des pédiatres et pédopsychiatres insistent pour que les jeux d’équipe extérieurs reprennent le plus rapidement possible. Ces jeux n’entrainent pas de risques significatifs de propagation qui justifient leur interdiction, nous disent les spécialistes. C’est urgent d’offrir aux jeunes des occasions de participer à des activités physiques entre pairs. L’absence de telles activités, en plus de l’interdiction de se revoir à l’école, pour les adolescents, crée des situations très problématiques. Décrochage scolaire, sentiment de ne pas être considérés par la société, conflits familiaux, pour ne nommer que ces situations. Il est temps de passer en deuxième vitesse, en ce qui concerne les activités extérieures de groupe, afin de permettre à tous de recouvrer la santé. 

À lire aussi :
Le sport, le médicament le plus efficace
Ne pas oublier les sportifs de salon
Retomber en enfance
Bouger peu importe l’intensité
Une marche à la fois
Leur monde en suspens
L’amour de la raquette de mère en fils
Et comment ça se passe pour nos athlètes du Vert et Or?

Le premier jour dans le premier aréna

Sylvain St-Laurent

Le premier jour dans le premier aréna

CHRONIQUE / Depuis le temps, j’ai appris à reconnaître les symptômes.

Parce que j’ai de l’expérience, moi, monsieur. 

Comme journaliste spécialisé en hockey, j’ai déjà couvert deux lock-outs.

Durant la saison 2004-05, puis à l’automne 2012, j’ai développé une certaine expertise. Je sais très bien comment parler de sport, alors que les portes des arénas sont cadenassées.

J’ai retrouvé mes vieux réflexes assez vite, quand le virus est venu gâcher notre printemps. La vie continue, les semaines passent vite. On ne s’ennuie jamais, dans ce merveilleux métier.

Ça ne prend pas grand-chose, toutefois, pour que la machine s’emballe.

Je vous donne un exemple de 2012.

Tannés de tourner en rond sur des patinoires de Kanata, les lock-outés des Sénateurs avaient décidé d’organiser un match amical. Comme ils n’étaient pas assez nombreux pour former deux équipes, ils ont lancé une invitation aux lock-outés de Montréal. Les deux groupes se sont rencontrés à mi-chemin, au Complexe civique de Cornwall, par un froid lundi soir de novembre.

Je m’y suis rendu... avec un peu trop d’enthousiasme.

J’étais juste, trop content d’assister à un match de hockey en direct. Je tweetais avec diligence et empressement, chaque fois que Guillaume Latendresse marquait un but grâce à une passe de Derick Brassard.

Trop content de me sentir utile pour vrai.

Je me sentais un peu comme ça, jeudi matin, quand je me rendais au Minto Skating Centre.

On avait entendu dire que ce complexe sportif privé allait ouvrir ses portes. Et on avait entendu dire que des joueurs de la Ligue nationale feraient partie des premiers à en profiter.

Je suis donc sorti avec entrain pour effectuer cette première couverture «sur le terrain» en deux mois.

J’ai traversé le pont Champlain en direction d’Ottawa, je vous jure, j’en avais presque la chair de poule.

Trop content, huit ans plus tard, d’être investi d’une mission.

Cette fois-là, par contre, je suis rentré un peu déçu.

Avec quelques confrères, j’ai fait le pied-de-grue pendant environ deux heures, pour rien.

La patinoire a été réservée par la coach de patinage la plus connue en ville, Shelley Kettles.

La dame a flairé la bonne affaire. Tout en respectant les strictes directives de la santé publique ontarienne, elle est capable d’accueillir cinq élèves à la fois, pour donner des leçons de power skating. Sachant que des athlètes en manque de glace seraient prêts à payer pour avoir le bonheur de chausser leurs patins, elle a réservé des heures de glace, cinq jour par semaine.

Jean-Marc Salvet
La souveraineté? C’est-à-dire?

Jean-Marc Salvet

La souveraineté? C’est-à-dire?

CHRONIQUE / La question du titre est un peu une boutade. On sait très bien ce qu’est l’indépendance ou la souveraineté d’une nation. En fait, on croit le savoir. Mais, au fond, cet état de fait existe à géométrie variable.

Il a beaucoup été question cette semaine dans les médias des 40 ans du référendum de 1980. On y a fait l’analyse de la défaite du camp du Oui; ou de la victoire du camp du Non — selon le point de vue que chacun veut bien adopter.

Depuis longtemps, cependant, chaque fois qu’il est question de ce projet politique porté depuis le début de son histoire par le Parti québécois, on peut s’étonner de constater à quel point il est bien peu défini.

Certes, de très nombreux indépendantistes argueraient qu’il est au contraire parfaitement défini, puisque l’on sait qu’il s’agit pour une nation de pouvoir voter toutes ses lois et de signer les traités internationaux qu’elle veut...

Comment alors expliquer que d’aussi nombreux péquistes aient sursauté en 2014 lorsque Pauline Marois a dit qu’un Québec indépendant conserverait le dollar canadien et qu’aucune frontière ne le séparerait du reste du Canada?

Mais, au fond, comment s’étonner de leur étonnement? Ces questions sont sans cesse éludées par le Parti québécois.

Un parallèle avant de poursuivre : à notre époque, les programmes que les partis politiques présentent en campagne électorale sont précis et définis. Ils constituent des feuilles de route. Et un projet d’indépendance ne serait pas explicite? Voyons! Il y a là une incongruité.

Pour un parti, il vaut mieux avoir des réponses à ce que l’on propose que de ne pas en avoir. Il vaut mieux avancer à visière levée que de flouter les contours.

Le mot «indépendance» ne peut faire foi de tout. 

Quel type de souveraineté? Cette question est une marotte chez moi. J’y reviens souvent dans des termes identiques. C’est que je ne cesse de m’étonner que le Parti québécois laisse en plan cette interrogation.

On sait pourquoi. Les péquistes n’ont jamais vraiment partagé entre eux la même vision des choses. Et, surtout, s’avancer sur ce terrain a souvent été vu comme une prise de risque. Plus leur parti fournirait de détails, plus il donnerait de prises à ses adversaires...

Mais l’époque exige au moins qu’un parti portant un tel projet soit capable de nous dire s’il souhaite ou non une monnaie commune. C’est un chemin plus difficile, mais tellement moins incantatoire.

Après, au moins, il serait possible de discuter. Et, pour les souverainistes, ce serait une occasion de tenter de faire la pédagogie du projet qu’ils portent et de susciter et d’animer des débats, de surcroît.

Le plus difficile pour le Parti québécois n’a jamais été de réaffirmer sa foi en la souveraineté. Non plus que d’énoncer les bienfaits qui découleraient d’un Oui majoritaire lors d’un éventuel troisième référendum sur l’indépendance. Pas plus que de dresser le procès du «régime canadien». Tout ça, c’est son pain et son beurre. Il sait le faire.

Depuis au moins une génération — je le répète une énième fois —, le plus dur pour le Parti québécois a toujours été de dire aux Québécois si son projet comportait ou non l’adoption d’une monnaie québécoise; si l’armée devait être commune ou pas (avec ce qui resterait du Canada); s’il fallait créer ou pas des institutions politiques communes avec un Canada amputé du Québec (et encore moins de dire lesquelles, bien sûr). Autre question flottant dans les airs: quel type de frontières?

Sur toutes ces questions, les pages sont blanches. Y répondre serait pourtant, pour le Parti québécois, accepter de mener un long et vrai travail de reconstruction.

Y aura-t-il enfin du mouvement de ce côté? Plus tôt cette année, le Comité national des jeunes du Parti québécois a dit qu’un Québec indépendant devrait avoir la «piastre québécoise» comme monnaie. Mais les jeunes péquistes n’ont pas précisé si, dans leur esprit, elle devait être adossée au dollar canadien (si bien sûr cette devise voyait le jour un jour lointain, après un éventuel troisième référendum qui donnerait la victoire au Oui. Il y a quand même loin de la coupe aux lèvres).

Du mouvement? À la Commission politique du Parti québécois, on confie avoir la volonté de creuser des questions comme celles soulevées dans ce texte.

Quarante ans après le premier référendum lancé par ce parti, ce ne serait que normal.

Patrick Duquette
À vos barbecues!

Patrick Duquette

À vos barbecues!

CHRONIQUE / Sortez vos barbecues!

Les rassemblements extérieurs de 10 personnes seront permis au Québec à compter de vendredi. À condition qu’elles proviennent de trois ménages différents au plus.

Denis Gratton
Les vautours

Denis Gratton

Les vautours

CHRONIQUE / Je passais à la pharmacie m’acheter des masques.

Mais on ne se procure pas des masques comme on se procure une tablette de chocolat. Ils sont cachés, les masques. Ils sont précieux. Alors on les garde derrière le comptoir, là où les clients ne peuvent les voir. Des masques masqués, quoi.

Sylvain St-Laurent
Le sens du devoir

Sylvain St-Laurent

Le sens du devoir

CHRONIQUE / Vous n’avez sans doute pas oublié le point de presse de vendredi dernier. Le moral gonflé par des chiffres encourageants, le premier ministre s’est tourné vers l’avenir, en lançant un appel à tous les jeunes étudiants qui ne savent pas trop vers quels champs d’études se diriger.

«Considérez la santé parce qu’on a besoin de gens», a-t-il plaidé.

Mylène Moisan
Préposée <em>superstar</em>

Chronique

Préposée superstar

CHRONIQUE / Jacques Potvin a travaillé plus de 50 ans auprès des personnes âgées comme psychogériatre, il a passé beaucoup de temps en CHSLD, même jusque dans les dernières années.

Et là, comme tout le monde, il voit ce qui se passe.

Je vous avais parlé en 2015 de ses réflexions sur la surmédication en CHSLD et deux ans plus tard, alors qu’il venait tout juste de prendre sa retraite, du fait que le système manquait cruellement d’empathie. Il plaidait pour plus d’humanité, pour moins de procédures, afin d’adoucir les derniers miles.

Il parlait de confort, de bien-être.

Jacques Potvin n’a pas cessé depuis de réfléchir à cette question, il y a consacré toute sa vie, ça ne s’arrêtera pas maintenant, à 92 ans. Il m’a envoyé ses réflexions, presque l’aboutissement de sa pensée, la suite logique du moins. Le titre qui coiffe son texte a le mérite d’être clair, «nos ainés malades crient au secours».

Et ils crient en silence.

Je lui ai parlé au téléphone pour en discuter de vive voix, je m’attendais à une charge à fond de train contre les CHSLD. Bien au contraire. «Nous avons un bon système, qui est disponible partout dans la province, pour tous ceux qui en ont besoin. Il faut garder tout de ce système.»

Mais il faut reconnaître une chose. «C’est la préposée qui est le pilier du CHSLD, c’est elle qui est la plus importante, elle est là tous les jours, toutes les heures, elle fait ce que maman faisait, prendre soin.» C’est elle qui est la mieux placée pour «traiter l’humain, plutôt que la maladie».

Ça devrait être le slogan des CHSLD.

Ce n’est donc pas seulement le salaire qui est à revoir. «Ce n’est pas 50 $ de plus par jour qui va faire la différence, il va falloir que les préposées aiment leur travail. Elles doivent être considérées comme les soignantes les plus importantes du CHSLD», plus que le médecin, plus que l’infirmière. 

Personne ne connaît les résidents mieux qu’elles.

C’est ni plus ni moins une révolution qu’il propose, les préposées au centre et les autres autour. Parce que, contrairement à l’hôpital, personne ne sort guéri d’un CHSLD. «Puisque la ou les maladies vont évoluer, inexorablement vers la mort, au cours des mois ou des années, nous sommes donc en situation de soins palliatifs à plus ou moins longue échéance. Et comme il n’y a pas de traitement curatif, les soins à combler sont de la catégorie des besoins primaires», écrit M. Potvin.

Les spécialistes de ces soins, ce sont les préposées.

Et quand il est question de soins, on ne parle pas juste de changer des couches et de courir les cloches, ni de nourrir des malades à la chaîne en regardant sa montre, on parle de contacts humains, d’avoir le temps d’écouter le monsieur du 2e raconter encore une fois son enterrement de vie de garçon. 

Plusieurs y arrivent déjà, les avis de décès sont remplis de bons mots pour le personnel. Dans l’état du réseau, c’est un véritable tour de force.

Ça devrait aller de soi.

Mais la hiérarchie «traditionnelle» a la couenne dure, on l’a vu il y a un mois quand le premier ministre François Legault a appelé les médecins en renfort dans les CHSLD de la région de Montréal, alors qu’il manquait environ 2000 employés, dont beaucoup de préposés aux bénéficiaires.

Je ne sais pas pour vous, mais j’ai accroché quand il a dit : «Je ne veux pas insulter les médecins, mais ce que je demande aux médecins, c’est de venir aider dans les CHSLD. Je comprends qu’il ne manque pas de médecins, mais ils peuvent venir aider à faire du travail d’infirmières, puis on peut peut-être demander aux infirmières de faire le travail de préposés. […] Ce qu’on demande, c’est d’aider les infirmières, qui vont pouvoir aider les préposés, qui vont pouvoir aider à s’assurer que tout est propre, puis que tout est bien nettoyé.»

Donc, le médecin tasse l’infirmière qui tasse la préposée aux bénéficiaires qui devient préposée à l’entretien ménager.

Et on s’étonne qu’elles ne se sentent pas valorisées.

François Legault a promis de revoir leur rémunération dès que possible, arguant que si les salaires sont meilleurs, les préposées seront plus nombreuses et que leur travail s’en trouvera plus agréable. Mais apprécier le travail de quelqu’un n’est pas seulement y mettre un prix, c’est en reconnaître la valeur.

Et si on essayait ça?