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Sylvain St-Laurent

Le hockey a beaucoup changé

CHRONIQUE / On salue l’initiative des chaînes spécialisées qui se transforment en «diffuseurs rétro» en ces temps difficiles.

Je sais, je sais. Un plat réchauffé, c’est rarement aussi bon que du «tout frais» qui vient de sortir du four.

Denis Gratton

Un honneur en quarantaine

CHRONIQUE / C’était le 11 mars dernier, à Queen’s Park, quelques jours, voire quelques heures avant que le temps s’arrête. Le gouvernement remettait l’Ordre de l’Ontario à 21 citoyens, la plus haute distinction de la province.

La Dre Lyne Pitre, de l’Hôpital Montfort, était du nombre des récipiendaires. Et la seule Franco-Ontarienne du groupe à recevoir ce prestigieux honneur.

Chronique

Tous masqués bientôt?

CHRONIQUE / Mine de rien, le discours du directeur national de la santé publique du Québec, Horacio Arruda, évolue sur le port du masque, même artisanal, par des citoyens ne présentant pas de symptômes de la  COVID-19.

Ces derniers jours, M. Arruda a soufflé un peu plus de chaud sur cette idée, mais encore pas mal de froid — après avoir jusque-là, comme la plupart de ses pairs en Occident, tout fait pour décourager le plus possible la population de porter un masque de manière préventive.

Depuis le début de la crise sanitaire, le message était même très clair : on risquait de se contaminer à vouloir porter un masque parce qu'on le manipulerait avec nos mains.

Parallèlement, depuis quelque temps, de plus en plus de voix se sont fait entendre dans le corps médical et chez les autorités des pays occidentaux pour dire qu’un masque porté par un individu en santé n’est peut-être pas aussi inutile qu’on le disait, qu’il pouvait constituer une barrière de protection supplémentaire. Pour autant — c’est aussi essentiel qu’incontournable — que tous comprennent qu’il ne peut pas et ne pourrait aucunement remplacer les mesures de prévention-protection visant à freiner la propagation du virus, soit de rester chez soi, de respecter les distances physiques prescrites entre les individus (si l’on doit sortir) et de se laver les mains régulièrement.

On ne parle pas ici nécessairement des masques médicaux de protection, qui doivent et devront aller en toute priorité au personnel soignant. Mais de ceux en tissu qu’il est possible de confectionner chez soi, voire d’un foulard. On parle des masques «faits maison»; des masques «alternatifs» aux masques médicaux. Autrement dit, de tout ce qui pourrait réduire la transmission du virus par voie aérienne en se couvrant les voies respiratoires.

Ce ne serait pas l’idée du «mieux que rien». Ce serait l’idée du «mieux que pas».

La mise à l’index du port du masque préventif dans nos pays a consterné bien des Asiatiques depuis le début de cette crise sanitaire (et économique et sociale et humaine). Dans les grands aéroports du monde, il y a quelque temps, le contraste était flagrant entre les voyageurs provenant de ces deux univers.

Samedi, Horacio Arruda a fait évoluer son discours un peu plus que les jours précédents. Il y avait une ouverture : «On verra ce que les experts nous recommanderont. On va suivre ça de très, très près et si ça va être ajouté pour les gens asymptomatiques. Mais il ne faut pas avoir l’impression que le masque va nous protéger à tout prix.»

Voilà le problème des autorités sanitaires et de M. Arruda : la sécurité sanitaire ne doit souffrir d’aucun relâchement sur l’essentiel.

Il ne faudrait pas créer un faux sentiment de sécurité avec ces bouts de tissu.

Dans tous les cas, ces masques artisanaux ne pourront être qu’une mesure complémentaire. C’est ce que martèlerait M. Arruda s’il devait officiellement faire évoluer la position québécoise sur le sujet.

Si ce devait être le cas, et compte tenu de sa popularité et de sa crédibilité au Québec, ce qui suit ne se produirait heureusement probablement pas ici. Le changement de cap des autorités sanitaires ailleurs dans le monde charrie avec lui des tombereaux de commentaires selon lesquels c’est uniquement en raison de la pénurie de masques médicaux de protection qu’elles ont découragé les individus de recourir à des moyens du genre s’ils ne sont pas eux-mêmes malades. Il fallait empêcher les gens de se ruer vers ces produits. C’est un élément de plus dans le procès d’impréparation auquel font face de nombreux gouvernements ailleurs dans le monde.

C’est un peu court et c’est ce sur quoi je voulais insister : c’est oublier que ces autorités en ont appris chaque jour un peu plus sur la propagation de cette maladie et sur les façons d’y faire face le mieux possible — et qu’elles continuent d’en apprendre tous les jours. Les procès de salon sont toujours désespérants.

À ce stade-ci, on peut penser, au regard de ce qui se passe aux États-Unis et en Europe, que les instances compétentes québécoises et canadiennes recommanderont bientôt le port de masques même artisanaux (ou qu’elles ne le décourageront plus). Ce qui pourrait être utile lorsque l’on commencera à lever, par zone géographique et par secteur d’activité, les restrictions mises en place pour stopper la propagation.

À condition, bien entendu, que les consignes portant sur le respect des distances physiques entre les individus et le lavage régulier des mains soient toujours suivies en toute priorité.

L’essentiel d’abord.

Chronique

Il faut aider les aidants

CHRONIQUE / C’était avant la pandémie, je suis allée prendre un café chez Robert* qui s’occupe seul depuis des années de sa femme. L’Alzheimer, à un stade très avancé. «Elle me reconnaît encore. Elle est bien mieux ici.»

Nous sommes à la table de la cuisine, elle dort paisiblement sur une chaise près de nous. «Elle est belle, hein?»

Il l’aime.

Dans l’état où sa femme est, Robert ne peut pas s’absenter de la maison, même pas pour aller acheter un litre de lait. «Je suis là pour elle 24 heures sur 24.» Depuis un certain temps, il dort dans le sofa près de la chambre de sa conjointe, équipée comme une chambre d’hôpital.

C’est lui qui a fait tous les travaux, dans la salle de bain aussi, où il a dû poser un lève-personne. Tout à ses frais. «Les programmes d’adaptation de domicile, ça prend un an, alors que c’est maintenant qu’il le faut. Là, il lui faudrait un nouveau fauteuil, ça va prendre des mois…» 

Il se sent oublié. «On est prisonnier de notre situation. Le répit est limité, on est laissés à nous-mêmes. C’est ça, la réalité des aidants.»

Depuis les directives de confinement, il est plus isolé que jamais. Lui-même ayant plus de 70 ans, il ne peut plus aller faire les courses. De toute façon, le peu de répit qu’il avait pour sortir de la maison a diminué comme peau de chagrin. Il n’est pas tout seul, les besoins sont plus criants que jamais.

Les entreprises d’économie sociale ne fournissent pas.

Les services en ligne non plus d’ailleurs, Robert peut passer des heures à tenter de faire son épicerie à distance, parfois sans succès, les sites étant très achalandés en ces temps de pandémie. Et encore, il est chanceux, il est à l’aise avec l’informatique, ce qui n’est pas le cas de toutes les personnes âgées.  

Il a essayé le téléphone, «c’était toujours occupé».

Selon des données du ministère de la Santé et des Services sociaux publiés il y a un an dans La Presse, environ 140 000 personnes reçoivent des services à domicile de longue durée comme Robert et plus de 160 000 personnes ont des services de courte durée. Plus de 30 000 personnes étaient en attente, la moitié depuis plus de trois mois.

De l’argent a été investi depuis — le gouvernement a annoncé en septembre l’ajout de 280 millions $, pour mais il y a encore beaucoup de chemin à faire.

Parce qu’il n’y a pas que l’argent. Pour améliorer et augmenter le maintien à domicile, il faut aider les aidants. «La solution, c’est les aidants», tranche Robert, qui plaide pour plus d’efficacité. D’abord, avoir les services — et assez de services — quand les gens en ont besoin, puis être mis dans le coup. «Il faut que les aidants soient mieux informés. Par exemple, pour l’Alzheimer, on devrait avoir un document qui nous explique concrètement chacune des étapes de la maladie, ce dont on va avoir besoin. Par exemple, j’ai dû refaire la salle de bain en 2018 et là, j’ai dû enlever la porte pour installer le lève-personne. Si je l’avais su avant, j’aurais fait les choses autrement.»

Ça me semble un minimum.

Et il y a le répit, ce fameux répit que réclament les aidants, qui leur permet de tenir bon. Robert avait quelques heures par semaine et, quand il était trop fatigué, il se tournait vers le répit en CHSLD, qui est loin d’être l’idéal. «Je l’ai fait, pour des périodes de trois ou quatre jours. Quand je pars, elle ne me regarde pas partir. Et au retour, ça prend environ un jour et demi avant de reprendre le contact. Elle ressent l’abandon.»

Elle ressent l’amour de Robert, aussi.

Robert veut continuer à s’occuper de sa femme tant qu’il le pourra, il aimerait qu’on lui facilite la vie au lieu de la lui compliquer. C’est simple. Il aimerait aussi qu’on reconnaisse ce que les aidants font, qu’ils ont un rôle à jouer important dans le maintien des personnes à domicile.

Quand je me suis levée pour partir, sa femme a ouvert les yeux, Robert lui a parlé doucement, lui a dit ce que je faisais là, peut-être ne se posait-elle même pas la question, peut-être nous écoutait-elle tout le long.

Oui, Robert, elle est belle.

*Prénom fictif.

Opinions

Un assaut sans précédent sur les institutions américaines

CHRONIQUE / Je m’apprêtais au début de mars à rédiger un texte sur How Democracies Die, un livre publié par les professeurs Steven Levitsky et Daniel Ziblatt, deux politicologues de l’Université Harvard qui démontrent en long et en large comment les démocraties sont aujourd’hui attaquées dans le monde par les forces de l’autoritarisme. Plus précisément, ils examinent aussi comment la démocratie américaine est assaillie depuis trois ans par Donald Trump. 

Alors que je commençais la revue de ce livre, je reçus par Internet une copie du prochain article de George Packer qui est encore plus percutant. Ce dernier, un grand journaliste et romancier américain, a rédigé un très long article de 30 pages intitulé «The President is Winning his War on American Institutions» qui va paraitre en avril 2020 dans The Atlantic

Packer commence son article en affirmant que les grands bureaucrates à Washington croyaient que grâce à leur contrôle de l’immense machine administrative, ils pourraient aisément dominer Donald Trump. Après tout, celui-ci donnait l’impression d’être dépassé par la gestion de l’appareil fédéral. Et ce, d’autant plus que ces grands bureaucrates, aguerris par une longue carrière dans l’administration fédérale, percevaient le nouveau président comme un individu impétueux, fondamentalement ignorant et inattentif. 

Selon eux, que le nouveau président soit dysfonctionnel et imprévisible, cela importait peu. Il y avait dans l’appareil gouvernemental américain des «adultes» qui pourraient réparer les pots cassés ou déjouer ses politiques les plus extravagantes. Ces derniers étaient convaincus qu’ils étaient «soit plus intelligents que le président, ou qu’ils peuvent tenir bon contre lui, ou qu’ils peuvent protéger l’institution contre ce dernier parce qu’ils comprennent les règles et les règlements et comment cela est censé fonctionner, et qu’ils seront en mesure de défendre l’institution qu’ils aiment ou ont servie auparavant contre ce qu’ils perçoivent comme étant, je dirai en toute neutralité, les actions inappropriées du président.»

En somme, ils sauraient bien dominer le président et déjouer ses politiques, soit par une résistance passive ou en évitant de l’informer de certains dossiers. Aussi, Packer conclut que ces grands bureaucrates se sont tous complètement fourvoyés. Il s’est avéré que Donald Trump était à des années-lumière devant eux. De plus, il note qu’après trois ans de présidence de Trump, tous les «adultes» ont démissionné ou ont été congédiés. Aucun département ou agence gouvernementale n’a échappé à la purge menée par le président. 

Packer argumente que les «adultes» étaient trop imbus d’eux-mêmes et incapables de percevoir les talents politiques particuliers de Trump. Or, ce dernier possède un instinct naturel pour percevoir la faiblesse de chacun de ses adversaires, en plus d’avoir un dévouement fanatique à sa propre personne et une détermination implacable à imposer sa volonté. Plus encore, ces hauts bureaucrates n’ont pas compris l’attitude de nombreux Américains qui savourent le mépris que Trump affiche «pour les normes démocratiques et son absence totale de décence fondamentale».

Packer examine en détail chacun des grands départements ou agences. Il commence par le FBI où les principaux ténors, dont Comey et McCabe, furent renvoyés pour avoir refusé de prêter un serment personnel de loyauté au président et non à la constitution. En plus, dans le cas de James Baker, Trump était irrité par sa détermination à poursuivre ses enquêtes contre la mafia russe.

Les grands généraux Mattis, Kelly et McMaster qui avaient accepté de servir dans l’administration Trump, soit comme secrétaire à la défense, chef d’état-major de la Maison-Blanche ou conseiller à la sécurité nationale, ont tous quitté sans oser critiquer ouvertement le président. Ici encore, au Pentagone, le président veut avoir des généraux qui lui soient personnellement loyaux. 

Au département de la Justice, il a remplacé le juge Jeff Sessions, trop tatillonneux concernant les principes légaux à son goût, qui fût renvoyé pour être remplacé par un homme de main en William Barr. De même, l’assistant procureur général Rosenstein, lui aussi nommé par Trump, a choisi de quitter. Le grand ménage s’est ensuite poursuivi dans le département de Justice.

Mais là où la purge a été la plus grande, c’est au secrétariat d’État. Des centaines de postes de hauts cadres n’ont jamais été pourvus. Et Trump s’est acharné à forcer les diplomates de carrière à quitter le département. La saignée est telle que cela va prendre possiblement une génération pour redonner sa stature à la diplomatie américaine.

La stratégie du président est simple et efficace. Il demande une loyauté inconditionnelle aux fonctionnaires de l’appareil gouvernemental, comme il le faisait pour ses entreprises privées. Pour arriver à ses fins, Trump s’est montré plus brillant que les sages de Washington. Il a trouvé le moyen de contourner le système de contrôle prévu par la constitution, soit la nécessité que la nomination de tout haut fonctionnaire soit entérinée par le sénat. Il utilise une lacune de la loi fédérale qui permet de nommer des hauts fonctionnaires sur une base temporaire. Ainsi, plus besoin de soumettre leur nomination au sénat. En plus, il obtient une loyauté totale de ces personnes dont l’avenir de leur carrière dépend du président.   

Trump avait promis en 2016 de nettoyer le marais à Washington. Mais ce qui est le plus renversant dans cette épuration effectuée par Trump, selon Packer, vient du fait que les gens partent presque silencieusement. Dans le processus, les institutions américaines que les États-Unis avaient pris deux siècles à développer sont fortement ébranlées. 

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.


Chroniques

Pas de panique

CHRONIQUE / Selon le dictionnaire Larousse, la panique est définie comme une «terreur soudaine et irraisonnée, souvent collective». Dans la croyance populaire, on imagine effectivement souvent la panique comme une sorte de sentiment exacerbé et incontrôlable, voire carrément comme un état d’affolement dans lequel un individu ou un groupe sombre lorsqu’il est confronté à une situation inhabituelle ou dangereuse.

On a tous déjà vu une scène semblable dans un film: une bombe explose, ou alors il s’agit d’une fusillade, puis les gens se mettent à courir dans tous les sens pour fuir le danger immédiat. Bref, c’est la panique! Enfin, c’est ce qu’on dit, mais est-ce bien le cas? Car si la panique est bel et bien une terreur irraisonnée, alors voulez-vous bien me dire en quoi ce serait irraisonné de prendre ses jambes à son cou dans de telles circonstances? Il me semble au contraire que la réaction la plus rationnelle (c’est-à-dire la plus adéquate) face à une menace immédiate est précisément de chercher à la fuir le plus rapidement possible.

Éducation

Pas de vainqueur ni de vaincu entre l’AEFO et le gouvernement

CHRONIQUE /  Dans un contexte mondial inédit, les enseignants francophones et le gouvernement se sont enfin entendus la semaine dernière. Une nouvelle passée sous le radar du fait de la crise de la COVID-19, mais qui a mis fin à un bras de fer de plusieurs mois.

À partir du mois de février, le conflit avait même connu son point d’incandescence avec plusieurs journées de grève incluant tous les enseignants de la province. Une situation d’ampleur exceptionnelle à laquelle le gouvernement ontarien n’avait pas été confronté depuis 1997.

Affaires

Achats par Internet: trois cas de figure

CHRONIQUE / En ces temps de confinement, la part des achats par Internet a sans aucun doute pris de l’élan dans plusieurs secteurs de consommation. Dans ce contexte, il importe de bien connaître les règles applicables et les protections dont vous pouvez bénéficier selon la Loi sur la protection du consommateur (LPC).

Faisons le tour des principaux écueils que les consommateurs sont susceptibles de rencontrer.

Patrick Duquette

Le virus se fout des frontières

CHRONIQUE / Dans le fond ce satané virus a instauré un nouveau code moral dans notre société. Une nouvelle hiérarchie du bien et du mal. Qui se mesure, le plus souvent, à deux mètres de distance.

Comme la guerre, comme le terrorisme, le virus vient réduire par la bande nos libertés individuelles. L’intérêt du plus grand nombre prime soudain sur celui des individus. Au temps de la COVID-19, la liberté des uns s’arrête là où elle met en danger la vie des autres.

Sylvain St-Laurent

Mon fauteuil, mes bouquins

CHRONIQUE / Vous tenez le coup?

La troisième semaine de confinement est sur le point de se terminer. 

Trois semaines sans sport organisé.

Je répète ma question. Vous tenez le coup?

Vos soirées ne sont pas trop longues? Ennuyantes?

Il ne faut pas trop penser à ce que ce maudit virus nous fait rater. Il ne faut surtout pas regarder le calendrier de la Ligue nationale de hockey. Si on le fait, on va s’apercevoir que la saison régulière devait prendre fin ce week-end. Automatiquement, on va se mettre à penser à la première ronde des séries éliminatoires, qui aurait débuté dans le milieu de la semaine prochaine. Automatiquement, on va se mettre à rêver aux programmes triples télédiffusés, sept soirs par semaine, pendant deux semaines.

Je vous le dis, mieux vaut ne pas penser à cela.

J’ai trouvé une petite recette bien efficace, pour passer le temps.

C’est bien personnel. J’ai redécouvert le fauteuil le plus confortable, dans mon salon. J’ai fouillé dans ma bibliothèque, j’ai trouvé une biographie sportive qui traînait depuis Noël. Je l’ai lue d’un trait. J’en ai ramassée une autre. Puis une autre.

Nous voici donc, trois semaines après le début de notre combat contre le coronavirus. J’ai déjà trois suggestions de bouquins à partager.

***

Les amateurs de hockey en général — et les partisans du Canadien de Montréal en particulier — auraient intérêt à jeter un coup d’oeil à Serge Savard, Canadien jusqu’au bout.

Le personnage frappe l’imaginaire. Il a été le pilier défensif du Tricolore, à l’époque où le défilé de la coupe Stanley sur la rue Sainte-Catherine était un événement annuel.

En tant que directeur général, il a été l’architecte des deux dernières conquêtes du championnat.

Il a surtout choisi de complètement se retirer du monde du hockey, à l’âge de 49 ans, au moment de son congédiement. Il ne s’est jamais donné le droit d’agir en «belle-mère», par la suite.

Savard a occupé le fauteuil de DG à une époque charnière de l’histoire du Canadien. On apprend, en lisant, que les bonzes du Forum ont vraiment eu peur de passer au second rang, dans le coeur des Québécois. Il rend hommage aux Nordiques de Québec. «Ils nous ont fait travailler plus fort.»

On découvre, au fil des pages, à quel point le métier d’entraîneur-chef du Tricolore est ardu. À l’exception de Scotty Bowman, tous les hommes qui ont occupé le poste à son époque ont eu du mal à gérer la pression.

À titre personnel, on aime ce bouquin parce que son auteur, le journaliste sportif Philippe Cantin, a consulté des centaines d’articles de journaux des années 1970 et 1980. Il partage des citations succulentes, qui nous ramènent à une époque où les hockeyeurs professionnels n’étaient pas protégés par des spécialistes en communications qui leur apprennent l’art de ne pas répondre aux questions.

***

Steve Bégin n’a pas la même stature que Serge Savard. Sa biographie parue cet automne, intitulée Ténacité, Courage, Leadership, n’en demeure pas moins intéressante.

On connaissait déjà les premiers chapitres de l’histoire. Issu d’un quartier défavorisé de Trois-Rivières, élevé par son père dans une famille mono-parentale, il a réussi à se frayer un chemin jusqu’à la LNH en misant sur sa seule ténacité.

Bégin se confie quand même avec franchise à l’auteur, notre ami Luc Gélinas. On peut par exemple apprendre qu’il n’était pas particulièrement heureux d’avoir été réclamé au ballottage par le Canadien, en 2003. Il a fait le trajet entre Buffalo et Montréal en rageant. Il craignait l’écosystème médiatique québécois et les langues de vipères qui sévissaient en fin de soirée, à TQS, à 110 %.

On apprécie aussi le court chapitre, sur ce qui l’occupe depuis le jour où il parle de son après-carrière. Il se montre plutôt dur envers les parents du hockey mineur. Ces derniers l’ont convaincu de mettre un terme à sa collaboration avec l’agent de joueurs Yves Archambault après seulement un an...

***

Je triche un peu, en terminant. J’ai lu l’autobiographie de Jacques Beauchamp, pionnier du journalisme sportif au Québec. Puisqu’elle a été publiée en 1979, elle pourrait être un peu difficile à trouver, en librairie.

Je vous conseille donc Chantal Machabée, désavantage numérique. Publié en 2018, ce livre sera plus facile à trouver. Et il raconte le cheminement d’une autre pionnière de ma profession...

Denis Gratton

Ils lancent et comptent

CHRONIQUE / Pierre-Paul Lortie habite à deux pas du Centre alimentaire d’Aylmer, à Gatineau. Il a remarqué ces derniers jours un achalandage inhabituel à ce centre pour familles démunies du Vieux-Aylmer.

Il ne s’est pas posé de questions. On sait malheureusement tous pourquoi le va-et-vient est à la hausse dans toutes les banques alimentaires en province. Et on sait tous pourquoi il demeurera à la hausse pour encore plusieurs semaines.

Sylvain St-Laurent

Tout le monde perd

CHRONIQUE / Vous savez ce que représente la Fin de semaine des courses? Je pourrais facilement vous résumer ça en quelques mots. En ce qui me concerne, c’est le plus beau week-end de l’année à Ottawa.

Le beau temps commence à s’installer. Les gens qui sont en forme sortent de chez eux et se réunissent. On voit des enfants de six ou sept ans trottiner sur deux kilomètres avec leurs parents. Des sportifs du dimanche côtoient de véritables athlètes dans la zone de départ du marathon. Les endorphines sont dans le tapis. Tout se passe dans la bonne humeur.

Patrick Duquette

On n’en fait pas trop

CHRONIQUE / Aux États-Unis, le lieutenant-gouverneur du Texas, Dan Patrick, a tenu des propos troublants. Il a déclaré que les grands-parents, comme lui, devaient être prêts à mourir pour sauver l’économie du pays. Sous-entendu: les mesures de confinement, qui ralentissent l’économie, sont une menace plus grande encore que le virus lui-même.

Je n’ai rien entendu d’aussi radical au Canada. Mais de temps à autre, un lecteur m’écrit pour me dire qu’on en fait trop pour combattre la pandémie. Que ce n’est, après tout, qu’une grippe comme les autres. Et que mettre toute l’économie d’un pays sur pause, c’est cher payer pour contrer un virus.

Denis Gratton

Jouer au golf ou non ?

CHRONIQUE / Le golf est-il un service essentiel en ces temps de pandémie ?

Je ne parle pas du golf à la télé, des foules qui s’amassent autour de Tiger et du tournoi des Maîtres qui devait s’amorcer la semaine prochaine. Je vous parle du golf, de ce jeu qui, par temps normaux, reprendrait vie d’une semaine à l’autre sur les terrains de la région, à la grande joie des « laboureux de fin de semaine » dont je fais partie.

AU FRONT

[AU FRONT] Jean-François Deshaies, médecin d’urgence: de la bienveillance dans la tempête

Partout, des travailleurs et travailleuses sont au front malgré l’arrêt d’un nombre incalculable d’activités sociales, culturelles, économiques. Les médias de la Coopérative nationale de l’information indépendante (CN2i) poursuivent aujourd’hui une série de portraits de ceux pour qui il n’y a pas d’isolement à la maison. Ces héros du quotidien qui tiennent le fort dans nos vies chamboulées.

 Jean-François Deshaies fait partie d’une équipe d’environ 45 médecins d’urgence travaillant au CHUS Fleurimont et à l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke. Dr Deshaies a participé au plan de contingence mis en place pour contrer la pandémie, il a formé des professionnels de la santé à intuber des patients dans un contexte où il y a risque de contagion, il a organisé une simulation in situ visant à tester et optimiser les processus établis. Il est aussi un des médecins qui ont été assignés à la tente de dépistage de la COVID-19.

Q  Comment votre quotidien a changé depuis la pandémie?

R  Avant que le gouvernement annonce la fermeture des écoles, on était en mode plan de contingence. Le niveau de stress était déjà augmenté et plusieurs réflexions étaient faites pour voir comment on allait réagir. Par exemple, on a envisagé de réduire les heures d’enseignement des médecins pour leur donner plus de temps aux urgences.

Je me suis aussi impliqué dans la formation des équipes qui auraient à traiter des gens infectés. Par exemple, il est important de savoir intuber un patient de manière à ce que ce soit sécuritaire pour le personnel médical. Parce que si on est infecté, ça peut être dangereux pour nous, individuellement, mais surtout pour nous, collectivement, car on peut être un vecteur de transmission et, si on a la COVID-19, on sera retiré du travail.

Les horaires avaient été modifiés récemment. Avant, il y avait toujours un médecin de garde qui devrait être disponible au cas où le médecin prévu à l’horaire ne puisse pas travailler. Maintenant, au lieu d’avoir une personne en backup, il y en a cinq.

Aussi, un médecin de l’équipe est assigné à la tente de dépistage et quatre autres uniquement à des tâches administratives à cause de la pandémie. Tout le monde doit travailler davantage et, le niveau de stress étant plus élevé, les heures travaillées sont plus exigeantes. Les informations changent de façon continue, on doit rester alerte alors même quand on est en congé à la maison, on n’est pas mal moins en congé que d’habitude.

Q  Quelle est la situation dans les urgences?

R  C’est plutôt tranquille pour le moment. C’est la fin de la grippe saisonnière. Les autres virus ne se transmettent pas en période d’isolement. Et les gens ont peur de venir à l’urgence alors ça limite une portion de la population qui parfois n’aurait pas besoin de venir aux urgences, mais qui a besoin de voir un médecin de façon semi urgente. Mais évidemment tout peut changer de jour en jour.

Q  Avez-vous eu peur d’être infecté en travaillant dans la tente de dépistage?

Je me suis senti bien protégé alors je n’ai pas eu particulièrement peur d’être infecté.

La tente est davantage un lieu de dépistage populationnel qu’une clinique médicale. Les gens se présentent s’ils ont les critères pour être dépistés. Si l’infirmière est inquiète de l’état de santé d’un patient, le médecin est présent pour l’examiner et décider si ce dernier est conduit à l’intérieur de l’hôpital pour d’autres examens. Le jour où j’étais sous la tente, j’ai fait entrer deux patients.

Q  Quel est l’état d’esprit du personnel médical?

La peur, la fatigue et le stress ont un impact sur notre comportement et c’est important de se souvenir qu’il faut s’entraider plutôt que, par exemple, faire un commentaire qui pourrait être blessant. C’est vrai pour tout le monde, incluant les médecins et tout le personnel médical.

J’aime l’image du bateau, son capitaine et l’équipage dans une tempête. Pendant la tempête, il faut s’unir et travailler dans le même sens. Ce n’est pas le temps de se demander comment on s’est ramassé dans la tempête. Quand on sera arrivé à bon bord, on fera des analyses pour comprendre et éviter que la situation se reproduise. Il y aura un avant et un après, tout le monde le dit. Je ne parle pas juste du système de santé, mais aussi de l’économie, des déplacements, des voyages.

Le message présentement est de rester souder pour amener le bateau à bon bord. On ne sait pas combien de temps la crise dura et on ne peut pas se permettre de perdre des gens à cause d’épuisement professionnel. Il faut prendre soin les uns des autres.

Q  Est-ce qu’il y aura du bon qui ressortira de cette crise?

Je crois que oui. Il y a plusieurs changements qui ont été effectués en accéléré et j’espère que certaines nouvelles pratiques seront maintenues. Je pense aux dossiers médicaux électroniques qui évoluent, aux consultations à distance rémunérées qui ont été permises et aux cliniques qui ont augmenté leurs visites à domicile. Il y a plusieurs changements qui seront bénéfiques pour les patients et idéalement, on devrait continuer ainsi après pour pas revenir en arrière. Avec des 24h d’attente aux urgences et des civières qui débordent dans les corridors. Je suis très fier des gens pour l’avancement des choses.

Environnement

La crise de la COVID-19, un répit pour le climat?

CHRONIQUE / La pandémie de COVID-19 peut-elle être bénéfique pour le climat planétaire ? Est-ce que cela pourrait nous permettre d’atteindre les cibles de l’Accord de Paris ? Voyons de quoi il en retourne.

Dans la période de décembre 2019 à mars 2020, la Chine, plus grand pays émetteur de gaz à effet de serre (GES) de la planète, a réduit sa consommation de carburants fossiles de 25 à 30 %. Depuis le début mars, des mesures ont été prises pour limiter la vitesse de propagation de la pandémie. Les conséquences sur le tourisme sont dévastatrices. Plusieurs industries en Europe, au Canada et aux États-Unis ont réduit ou interrompu leur production. La consommation des ménages est fortement affectée par l’insécurité économique et la fermeture des commerces non essentiels. Les émissions de GES à l’échelle mondiale devraient donc être considérablement abaissées. C’est bien le cas, mais de combien ?

Télé et radio

Monsieur 600%

CHRONIQUE / Quand on parle des athlètes dopés, on pense rarement à leurs victimes. Tous ces deuxièmes qui se sont fait voler leur moment de gloire. Des années plus tard, on vous donne enfin la médaille d'or que vous avez toujours méritée, mais c'est trop tard: ce moment, le vôtre, vous ne le vivrez jamais.

Parlez-en à Colin Claxton, Néo-Zélandais de 72 ans, éternel deuxième derrière Gérard-Louis Robert, cycliste suspendu à 68 ans pour une période de huit années après avoir échoué un test de dopage; il dépassait de 600% le taux normal de testostérone. «C'était le pape du vélo au Québec», lance le journaliste et animateur Alain Gravel, qui a souvent croisé «Gérard» lorsqu'il prenait part à des compétitions. Vingt-quatre fois champion du monde, ce Français qui s'est installé au Québec après l'Expo 67 avait été pris une première fois en 2009 pour dopage. «J'ai toujours été clean», ose-t-il dire à la caméra aujourd'hui.

Alain Gravel s'intéresse au dopage sportif depuis le méga scandale Ben Johnson en 1988 aux Jeux de Séoul. Il a depuis arraché à Geneviève Jeanson des aveux qui ont donné un des reportages les plus mémorables de l'émission Enquête. Dans le documentaire Dopage: de Ben Johnson à Gérard, diffusé jeudi à 21h sur ICI Télé, il nous montre qu'il n'y a pas d'âge pour être dopé. Grand adepte de cyclisme, il sort à peine de quarantaine, justement revenu il y a deux semaines d'un voyage de vélo en Arizona. Durant longtemps, il a pris part à des compétitions de vétérans. Mais dégoûté par la tricherie d'un cycliste, qui a échoué un test de dopage et qui s'en est sorti indemne, il a eu envie de démontrer que le dopage ne concerne pas seulement les jeunes athlètes, ni les plus célèbres. De là ce documentaire, qui porte en grande partie sur «Monsieur 600%».

Je suis toujours impressionné par la faculté d'Alain Gravel d'obtenir les confidences des gens pris en faute. À force d'insister, il a fini par convaincre Gérard-Louis Robert de lui accorder une entrevue, lui qui plaide encore et toujours son innocence, malgré des tests fiables et sans équivoque. Il réfute la donnée de 600%. «J'aurais fait des sillons dans la piste», blague le cycliste de 71 ans, qui ne pourra reprendre le guidon avant 2024. Il a bien tenté après coup de convaincre Alain Gravel de le retirer de son reportage. Ce à quoi le journaliste a répondu non, bien évidemment.

Le documentaire est aussi un rappel des cas célèbres de dopage, des nageuses est-allemandes des Jeux de Montréal en 1976 au cycliste Lance Armstrong, qui a caché sa tricherie derrière sa maladie et sa fondation. Le fondeur Pierre Harvey, avec qui Gravel a décrit les compétitions de ski de fond à Sotchi, ne pourra jamais oublier toutes ces fois où il s'est fait voler, notamment à chacune de ses courses à Calgary en 1988. «Il n'a pas pu vivre son moment de monter sur le podium. Pour moi, le dopage, c'est ça», affirme Sylvie Bernier, qui raconte cette fameuse nuit où la délégation canadienne a appris la rumeur de dopage de Ben Johnson à Séoul. Cette nuit-là, la championne olympique a perdu sa naïveté.

Alain Gravel ne veut pas se prononcer sur la crédibilité du témoignage de la canoéiste Laurence Vincent Lapointe, blanchie en janvier des accusations de dopage au ligandrol qui pesaient contre elle. Mais alors qu'elle s'est dite malchanceuse, Gravel la croit au contraire chanceuse d'avoir pu compter sur un avocat aussi réputé, et sur des moyens dont très peu de canoéistes auraient pu rêver, du test de polygraphe aux analyses capillaires. «Ça a dû coûter une fortune», croit le journaliste.

Comme bien des gens à qui on parle depuis quelques semaines, Alain Gravel m'a répondu de chez lui, où il anime son émission de radio du samedi à midi sur ICI Première, Les faits d'abord. Après avoir perdu la matinale l'année dernière, il avait manifesté le désir de faire du documentaire et de revisiter des points de bascule historiques. Pour l'automne, il en prépare un deuxième, cette fois sur la crise d'Oka, dont on soulignera bientôt le 30e anniversaire. Il était alors journaliste à TVA aux côtés de Gaétan Girouard, un duo qui avait permis au diffuseur de gagner en crédibilité en information, ce qui n'était pas évident à l'époque. On en reparlera.

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Chronique

Préposé à 13$ l’heure, c’est pas assez  

CHRONIQUE / Cherchez l’erreur. En ce temps de pandémie, le salaire horaire d’employés d’épicerie, de Walmart, de Dollarama, de Couche-Tard ou d’usines de transformation de viande est augmenté temporairement, mais aucune hausse n’est prévue pour les quelque 10 000 préposés aux bénéficiaires qui touchent 13 $ ou 14 $ l’heure dans les ressources intermédiaires d’hébergement de personnes vulnérables, âgées ou en perte d’autonomie.

«Qui va prendre le risque de se contaminer ou de contaminer sa famille pour 13 $ l’heure», demande Johanne Pratte, directrice générale de l’Association des ressources intermédiaires d’hébergement du Québec (ARIHQ). «On perd du monde et on est incapable d’embaucher. Il faut pouvoir bonifier les salaires de nos préposés».

Le premier ministre François Legault l’a répété lundi lors de sa conférence de presse de 13h. Son gouvernement veut améliorer le salaire des préposés aux bénéficiaires. 

Le hic est qu’il n’est pas assuré que tous les préposés pourront en profiter.

Québec vient en effet de débloquer 73 millions $ pour aider les ressources intermédiaires d’hébergement d’aînés ou de personnes vulnérables à faire face à la crise sanitaire lié au coronavirus.

Cette somme pourra servir pour payer de l’équipement de protection et de désinfection, pour défrayer des heures supplémentaires de travail, pour embaucher du personnel additionnel, mais non pour augmenter les salaires des préposés qui gagnent déjà beaucoup moins que ceux qui travaillent dans les hôpitaux ou les CHSLD (centre d’hébergement et de soins de longue durée), explique Mme Pratte en entrevue téléphonique.

Le communiqué de presse de la ministre Marguerite Blais indique en effet que les montants dégagés permettront aux ressources d’hébergement «de composer avec leurs enjeux de ressources humaines (heures supplémentaires et embauche de personnel additionnel) ». 

La directrice générale se réjouit que Québec réponde à l’appel à l’aide lancé par son association il y a deux semaines. Elle soutient toutefois que les propriétaires ne pourront retenir et attirer plus de personnel s’ils sont incapables d’offrir plus de 13$ l’heure. 

Ce n’est pas la première fois que l’ARIHQ interpelle le gouvernement du Québec. Lorsque les libéraux étaient aux commandes, elle avait également fait part de ses difficultés de recrutement et de rétention de main-d’oeuvre. 

Dans les CHSLD, les préposés aux bénéficiaires touchent à leur arrivée près de 21 $ l’heure. «Si l’écart se creuse davantage, ça va devenir indécent», dit Johanne Pratte. Elle précise que le personnel est à 80 % féminin. 

Les ressources, dites intermédiaires, sont nécessaires pour accueillir des personnes âgées ou en perte d’autonomie qui ne peuvent demeurer à domicile ou dans des résidences privées pour aînés, mais dont l’état de santé ne requiert pas encore une place dans un CHSLD. 

Elles sont financées à 100 % par l’État et Mme Pratte assure que ses membres sont ouverts à une reddition de comptes. Quelque 16 000 personnes vivent présentement dans des ressources intermédiaires.

L’ARIHQ souligne que le réseau de la santé compte sur ses services en temps de crise pour dégager des lits d’hôpitaux qui serviront à accueillir des malades atteints du coronavirus. 

Les ressources intermédiaires doivent donc avoir le personnel pour prendre soin des personnes qui devront être hébergées.

Or, pour un individu à faible revenu, il est plus avantageux de ne rien faire et de se tourner vers le programme d’aide d’Ottawa de 2000$ par mois, plutôt que de laver, nourrir ou changer les culottes d’incontinence de personnes âgées ou lourdement handicapées hébergées dans une ressource intermédiaire.

Le premier ministre Legault a indiqué lundi que son ministre des Finances concocte actuellement un programme qui assurera que les personnes qui travaillent dans les services essentiels gagneront au moins 2000 $ par mois. Cela s’impose.

Interrogé sur les négociations dans le secteur public, François Legault a aussi affirmé qu’il «va falloir que notre monde reste à long terme dans le réseau de la santé».

La même logique devrait s’appliquer dans les ressources intermédiaires d’hébergement.

Les personnes âgées et non autonomes qui vivent dans ce type de résidences méritent aussi d’avoir auprès d’eux du personnel qualifié qui ne change pas constamment.

Denis Gratton

Scènes de (corona)vie

CHRONIQUE / «Distanciation sociale». En voilà deux mots qui se sont vite glissés dans notre vocabulaire. Je ne me souviens pas d’une seule chronique sur des milliers écrites dans laquelle j’aurais déjà utilisé ce terme.

Mais nous y voilà. Virus oblige. Pratiquons tous ensemble la distanciation sociale et la Terre se portera mieux. Traduction: Reste chez vous si t’as hâte de sortir.

Carrefour des lecteurs

Mon Quotidien sur papier me manque déjà!

OPINION / Dans la foulée de la pandémie de la COVID-19 et devant les publicitaires qui ne sont presque plus au rendez-vous, Le Quotidien se voit obligé de cesser temporairement la publication de la version papier du journal du lundi au vendredi. Le même scénario s’applique pour les cinq autres journaux du groupe de la nouvelle coopérative. Cependant, l’édition papier du Progrès, avec son superbe cahier Le Mag, demeure et est donc publié et distribué.

Par solidarité, j’invite tous les lecteurs qui ne sont pas encore abonnés à la version papier du journal à le faire. J’invite la population sinon à acheter en magasin Le Progrès. Quand on y pense un peu, cela ne coûte pas plus cher que d’aller prendre un café au restaurant. Mais comme la plupart des restaurants sont fermés en ce moment, à cause de la crise qu’on connaît, voilà une raison de plus pour acheter le journal en prenant un bon café chez soi. Ainsi, on encouragera ses artisans qui nous offrent un produit d’une très grande qualité et des plumes journalistiques aiguisées. Solidarité, vous dis-je !

Voilà un beau journal qui doit continuer à perdurer le plus longtemps possible dans sa  version papier, en plus de celle en ligne tout aussi belle et bien fignolée. Tout ça en attendant, bien sûr, le retour éventuel du Quotidien version papier en semaine.

Yvan Giguère

Saguenay

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CECI N'EST PAS UNE ÉCOLE!

Un ordinateur portable, une connexion Internet, un serveur, une panoplie d’applications numériques ne peuvent pas, tant s’en faut, se substituer à l’école comme milieu de vie et encore moins au travail sur le terrain des enseignants et des enseignantes.

En cette période de crise sanitaire, sociale et économique, certains qui en doutaient encore vont l’apprendre rapidement, alors que d’autres, qui ne juraient que par ces technologies pour « réinventer l’école » ou pour « créer l’école du futur », vont perdre rapidement leurs belles illusions.

Car je vais vous faire une confidence : tout ce matériel informatique composé de plastique, de verre et de métaux est sans âme. Aucun sentiment, aucune émotion ne sont en mesure de se dégager de ce tas d’atomes. L’ordinateur peut bien dicter un ensemble de procédures des plus rationnelles, mais jamais il n’accompagnera les étudiants et étudiantes dans leur parcours scolaire, social et humain comme peuvent le faire les enseignants et enseignantes lorsqu’ils sont en relation étroite, réelle, physique et empathique avec eux.

J’enseigne au niveau collégial et voilà qu’on nous demande dans l’urgence et la précipitation de se retourner sur un dix cents afin de sauver, non pas des vies, mais la session de nos étudiants en misant le tout pour le tout sur les cours en ligne. Oui, je veux bien. Je vais « collaborer » à cet effort de guerre, je serai un bon soldat, j’irai au front. Mais attention ! Empruntant les habits du devin Tirésias, je vous préviens : les résultats seront lamentables, pour ne pas dire catastrophiques. Je fais bien sûr référence aux résultats scolaires, mais aussi, et surtout, aux répercussions que cette tyrannie numérique en cette période de crise sanitaire aura sur la santé mentale de nos étudiants, sur le taux de stress et d’angoisse qu’ils ressentiront tout au long de cette immense tentative d’improvisation technopédagogique.

À force d’entendre les chantres du tout numérique, on est porté à surestimer les vertus de ces applications et aussi la maîtrise de ces mêmes outils par nos étudiants. Bien qu’ils aient presque tous un téléphone intelligent, ils sont nombreux à ne pas posséder d’ordinateur à la maison et parfois même de connexion Internet. Mais ceci, tout compte fait, est secondaire. Ce qui est le plus préoccupant, c’est le milieu physique dans lequel ils vont se retrouver pour suivre ces cours en ligne et l’état d’esprit qui sera le leur pour entreprendre et mener peut-être cette tâche à terme.

Faut-il le rappeler : le Québec, l’Amérique, le Monde traversent une grave crise sanitaire, sociale et économique. On demande aux citoyens de rester chez eux. La plupart des commerces ont été fermés. Des millions de personnes ont perdu leur emploi. Chaque jour, le premier ministre fait une mise à jour sur le nombre d’infections et de morts causés par le coronavirus. Vous allumez la télévision et toutes les nouvelles portent sur cet événement exceptionnel et gravissime. Et nous, pendant ce temps, on demande aux étudiants de suivre des cours en ligne !

Pensez-vous qu’ils trouveront quelque part dans un recoin de leur cerveau l’attention, l’énergie et la volonté nécessaires pour remplir une pareille tâche ? Voilà quelques jours, j’ai envoyé un message à mes étudiants pour savoir s’ils connaissaient l’application Zoom dans le but de pouvoir faire des vidéos-conférences avec eux si jamais cette option était retenue. Jusqu’à maintenant, à peine 20 % de ceux-ci m’ont répondu !

C’est que, voyez-vous, ils sont ailleurs, pas physiquement, mais mentalement. Comme vous et moi, ils sont probablement très préoccupés et même perturbés par tout ce qui se passe dans leur environnement immédiat. Leurs parents – ou eux-mêmes – ont peut-être perdu leur emploi. L’argent va commencer à se faire rare pour plusieurs. Leur réseau social a été démantelé et leurs habitudes quotidiennes, chamboulées. Tous les membres de la famille se doivent de partager jour et nuit le même espace vital et peut-être même le seul ordinateur disponible dans la maison ou le petit appartement qu’ils occupent tous. Voilà autant de facteurs et de coups du sort qui sont propices à faire monter la tension psychologique et la détresse chez ces adolescents en quête de sens.

Mais pendant ce temps, on leur demande, dans un climat déjà très tendu, de suivre des cours en ligne, de se brancher pendant des heures et des heures à une technologie qui, comme on le sait, est elle-même anxiogène.

Après, on viendra nous dire qu’on se préoccupe de la santé mentale de nos jeunes...

Réjean Bergeron

Essayiste et professeur de philosophie au niveau collégial

Montréal

Opinions

La peste antonine, 165-189

CHRONIQUE / Cette pandémie a été nommée en l’honneur de l’empereur Marc-Aurèle (Marcus Aurelius Antoninus). Elle est aussi appelée peste de galien, du nom du célèbre médecin romain qui l’a décrite en détail. Elle fut aussi dépeinte par Aelius Aristide, un rhéteur hypocondriaque, Lucien, un satiriste sceptique, Orose, un chrétien apologétique, Dion Cassius et Hérodien, deux historiens grecs.

La pandémie de la peste antonine prit son origine dans des populations isolées de l’Asie centrale. Suivant la route de la soie, elle frappa d’abord l’Empire des Han de la Chine en 155. Puis, par la même route, en sens inverse, elle se dirigea vers l’ouest de l’Empire parthe qu’elle atteignit vers 164-165.

Jean-Marc Salvet

La chambre noire des crises

CHRONIQUE / De tout temps, les crises ont été des révélateurs d’iniquités et d’injustices. Dans ces chambres noires du temps, les photos apparaissent plus nettes.

Parce qu’elles les accentuent, les crises révèlent immanquablement les iniquités liées aux conditions de vie des individus et des familles; aux conditions socio-économiques qui sont les nôtres.

Richard Therrien

Tout le monde en même temps

CHRONIQUE / Tout le monde en parle, refuge du dimanche soir? Le rendez-vous de Guy A. Lepage et Dany Turcotte, qui devait prendre fin le 19 avril, est allongé jusqu'au 24 mai sur ICI Télé, toujours en direct. Présentée en direct pour la deuxième semaine consécutive, c'est comme si l'émission s'était trouvée une nouvelle mission. En ces temps difficiles, les gens ont besoin de se retrouver, tout le monde en même temps, comme dans la chanson de Louis-Jean Cormier.

Le chef d'antenne Patrice Roy et le chroniqueur et animateur Patrick Lagacé, qui ne se sont jamais sentis aussi utiles que depuis le début de cette crise, ont continué de rendre service durant toute l'émission en posant de bonnes questions; je leur décerne l'étoile du match. Contrairement au 11 septembre, cette crise nous touche directement et constitue «une histoire fascinante à couvrir», affirme Patrick Lagacé. Patrice Roy salue le sens du devoir chez les gens des médias. «Je trouve ça extraordinairement beau.» Alors que trois employés de Radio-Canada ont contracté le virus, dont un au Centre de l'information à Montréal, le chef d'antenne affirme qu'une procédure très claire est respectée pour éviter de mettre le reste de l'équipe en danger. Patrick Lagacé a bien défendu le travail des journalistes, qui se montrent insistants auprès du trio quotidien de 13h à l'Assemblée nationale, au risque de heurter le public. L'animateur et chroniqueur n'a pas souvenir d'un gouvernement aussi transparent. Au fédéral, toujours selon lui, Justin Trudeau ne l'a pas pour la communication, mais dans les mesures prises par son gouvernement, «c'est du jamais vu» et «on prend le taureau par les cornes».

Sébastien Pierroz

Changement de cap au milieu de la tempête pour l’Ontario

TORONTO – Sous le gouvernement Ford, les énoncés économiques laissent souvent plus de traces et ont davantage d’impacts que les dépôts budgétaires. En pleine crise de la COVID-19, cette mise à jour publiée mercredi dernier va dans ce sens. À priori, elle apparaît même comme un tournant majeur.

Doug Ford et son ministre des Finances, Rod Phillips, ont mis définitivement de côté l’idée d’équilibrer le budget provincial en 2023. Des 9,1 milliards $ de déficit annoncés à l’automne, le chiffre grimpe maintenant à 20,5 milliards. La raison : les mesures exceptionnelles pour relancer une économie au ralenti depuis l’arrivée de la pandémie en Ontario.

Actualités

Problèmes avec votre auto: l’arbitrage comme alternative

CHRONIQUE / Le fait de bénéficier de la garantie du constructeur apparait sans doute avantageusement au tableau d’honneur des bienfaits recherchés par les acheteurs d’automobiles neuves. Considérant le prix croissant des réparations, rouler en sachant que d’éventuelles défectuosités sont couvertes par la garantie du constructeur est certes rassurant.

Malgré tout, il arrive que des automobilistes éprouvent des difficultés sérieuses et répétées avec leur automobile. Il peut arriver aussi qu’un désaccord survienne entre le consommateur et le constructeur relativement à l’application de la garantie. Lorsque l’entente à l’amiable n’apparait plus possible, le consommateur peut choisir la voie des tribunaux afin qu’un juge tranche le litige qui les oppose au constructeur.

COVID-19

[AU FRONT] Luc Raymond, dg résidence pour aînés: «Pour le moment leur famille, c’est nous»

Partout, des travailleurs et travailleuses sont au front malgré l’arrêt d’un nombre incalculable d’activités sociales, culturelles et économiques. Les journaux de la Coopérative nationale de l’information indépendante publient une série de portraits de ceux pour qui il n’y a ni isolement à la maison ni télétravail. Ces héros du quotidien qui tiennent le fort dans nos vies chamboulées.

Luc Raymond est à la tête d’ÉKLA, l’une des résidences pour aînés du Groupe Maurice. Devant la crise du coronavirus, nombre de nouvelles mesures ont été mises en place pour protéger ces personnes parmi les plus vulnérables de la société. Avec passion en compagnie de son équipe d’une soixantaine d’employés, il veille sur les quelque 568 résidents qui ont vu leur quotidien se transformer au cours des dernières semaines. Une «nouvelle famille» pour ces gens qui, confinement oblige, se retrouvent à l’abri du virus… et des liens sociaux.