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Sylvain St-Laurent

Connor Brown est un gars d’Ottawa

CHRONIQUE / Dans mon salon, samedi soir, j’avais l’impression de voir Connor Brown assez régulièrement.

J’avais l’impression qu’il jouait un fort match. À la télévision, parfois, ça peut être trompeur.

La feuille de match a éventuellement confirmé mon hypothèse. Brown a été l’attaquant le plus utilisé par D.J. Smith, dans la défaite contre les Maple Leafs de Toronto.

Dimanche, depuis la galerie de la presse, j’ai vu la même chose. Pour ce deuxième match en autant de soirs, Brown était tout aussi efficace. Tout aussi engagé.

Brown a encore franchi le plateau des 20 minutes de jeu, contre les Stars.

Sa performance contre les Leafs me semble quand même plus importante.

Le Centre Canadian Tire était blanc et bleu, samedi. Les Sénateurs ont – enfin – réussi à faire salle comble pour un match, cette saison. Ils peuvent remercier les milliers de fanatiques qui sont venus de partout, en Ontario, pour encourager le club visiteur.

C’est là qu’il est intéressant de se placer dans les patins de Brown.

Le gaillard est originaire de Toronto. Il a eu le bonheur d’être repêché par le club de sa ville natale, en 2012. Il a passé les sept années suivantes dans le giron des Leafs.

L’été dernier, « son » équipe l’a largué.

Au moment où les Leafs arrivent à maturité, les dirigeants lui ont fait comprendre qu’il ne faisait plus partie des plans. Et tout porte à croire que cette décision n’avait rien à voir avec son talent. C’était une question de sous. Alors que l’espace se fait rare, sous le plafond salarial, il fallait se résoudre à laisser partir quelques joueurs de qualité.

Denis Gratton

La doyenne du pays

CHRONIQUE / Depuis juin 2019, Sarah Patenaude-Bruyère est la doyenne du Canada.

Vous avez peut-être vu l’annonce parue en page 17 de notre édition de samedi. C’était écrit : « Joyeux anniversaire à la doyenne du Canada le 20 février 2020. Que exploit remarquable ! Nous te souhaitons avec tout notre amour une bonne fête !!»

Et ce mot était signé au nom des sept enfants de Mme Patenaude-Bruyère, ses 11 petits-enfants et ses trois arrière-arrière-petits-enfants.

Originaire d’Embrun dans l’Est ontarien et résidente du Monastère d’Aylmer, Sarah Patenaude-Bruyère fêtera jeudi ses 113 ans.

Je me suis entretenu avec sa fille, Marie-Isabelle Bruyère, vendredi. Je l’appelais pour fixer un rendez-vous le samedi matin afin qu’elle me parle plus longuement de sa mère.

Durant notre entretien téléphonique, Mme Bruyère m’a raconté que sa mère a été enseignante toute sa carrière tout en élevant ses sept enfants.

« Maman est heureuse lorsque ses enfants sont heureux, a-t-elle dit. J’ai de merveilleux souvenirs d’elle. Je nous revois encore alors qu’elle me montrait à coudre. J’avais 10 ans. Elle passait des heures avec moi à m’enseigner la couture. Et lorsque mon mari est décédé du cancer, il y a six ans, Maman était là tous les jours pour me consoler.

« On l’aime beaucoup, notre mère. C’est une femme brillante. Toute sa vie, elle a dit qu’il n’est jamais trop tard pour apprendre quelque chose de nouveau. Et elle nous a toujours répété de ne pas passer notre vie à nous inquiéter.

— Votre mère a-t-elle déjà partagé avec vous son secret pour sa longévité ? Y a-t-il une recette magique pour devenir doyenne du pays ?

— Oui. Et c’est bien simple. Vous l’aurez probablement deviné. Bien manger, se reposer et faire de l’exercice régulièrement. Mais ma mère a aussi ajouté qu’elle prenait toujours sa vitamine D et son jus de pruneaux, ainsi que son petit brandy, une fois de temps en temps.»

Je n’ai pas rencontré la fille de la doyenne du Canada cette fin de semaine. Marie-Isabelle Bruyère a reçu un appel du Monastère samedi matin. Sa mère est atteinte d’une pneumonie. Mme Bruyère devait immédiatement se rendre à son chevet.

On ne peut que souhaiter à Mme Patenaude-Bruyère, notre doyenne, un prompt rétablissement. Et prendre un petit brandy à sa vie.

***

La cabane à Yvon

Dans un tout autre ordre d’idée…

Dans ma chronique de vendredi dernier intitulée « Le sirop royal de Vanier », j’ai écrit que la cabane à sucre du Muséoparc Vanier est « la seule érablière active en milieu urbain au monde ».

Je n’ai rien inventé. Le Muséoparc a toujours fait la promotion de sa cabane à sucre comme étant la seule urbaine sur la planète.

L’ancien conseiller municipal de Gatineau, le seul et unique Yvon Boucher, m’a appelé pour me corriger et me dire gentiment que ma mémoire ferait défaut ou qu’elle serait sélective. Voici ce qu’il m’a dit :

« La cabane à sucre que j’ai bâtie au Parc écologique Dalton (à Gatineau), à côté de l’école Du Bois Joli, est aussi en milieu urbain. Elle est la deuxième en milieu urbain après celle de Vanier. Tu te souviens, Denis, t’es venu faire un reportage au parc Dalton l’an passé ? (En fait, c’était à l’été 2018). Je t’ai fait visiter notre cabane à sucre lors de ton passage et je t’ai dit que nos bénévoles entaillent 500 érables chaque année. Mais ça ne m’insulte pas que t’aies écrit ça. Après tout, il y en a juste deux au monde. Il y a ta cabane, puis il y a la mienne. »

Sébastien Pierroz

Grand blocage pour la rentrée à Queen’s Park

CHRONIQUE / Au moment de l’ajournement des travaux parlementaires en décembre, peu de députés auraient anticipé une rentrée à Queen’s Park si houleuse. Le conflit entre le gouvernement et les enseignants était alors à un stade avancé. Deux mois plus tard, le voilà à un point critique. 

Nul doute qu’à partir de mardi, les débats en chambre tourneront autour d’un conflit qui a trop duré. En toile de fond : l’incapacité des quatre syndicats enseignants et du gouvernement progressiste-conservateur à s’entendre sur le renouvellement des conventions collectives échues depuis le 31 août.

Les partis d’opposition n’ont pas attendu la rentrée pour décocher leurs flèches, le Nouveau Parti démocratique (NPD) appelant même à la démission du ministre de l’Éducation, Stephen Lecce.

De leurs côtés, les quatre syndicats dont l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) seront unis vendredi prochain pour une grève générale historique. Les quelque deux millions d’élèves que compte la province seront contraints de rester à la maison. Une situation qui devrait intensifier davantage les débats, chacun des deux camps utilisant le terme « d’irresponsabilité » pour qualifier l’autre quant à la gestion des élèves.

Adulé par certains, détesté par d’autres, le premier ministre Doug Ford ne laisse personne indifférent.

Pour lire la chronique de Sébastien Pierroz dans son intégralité, rendez-vous sur le site Web d'ONfr+.

Isabelle Légaré

Marjorie, maman orpheline

CHRONIQUE / Il n’y avait pas que la chambre qui était prête. Un coin jeu avait déjà été aménagé dans le salon. Il ne manquait plus que l’arrivée de bébé.

Quatre mois et demi plus tard, les jouets sont rangés. L’espace a fait place à des tablettes murales sur lesquelles ont été déposés un lapin en peluche, des photos en noir et blanc, une attache-suce, une bougie et un petit cœur argenté.

Arts

Une gageure nommée Éric Lapointe

CHRONIQUE / «Il va falloir gérer les médias sociaux », m’a confié Robert Hakim à la fin de janvier, au cours d’une entrevue consacrée à la programmation du Festival des Bières du Monde. Le promoteur faisait allusion au spectacle qu’Éric Lapointe présentera le 16 juillet, sur la zone portuaire de Chicoutimi. Compte tenu des accusations auxquelles le chanteur est confronté - on lui reproche d’avoir posé des gestes violents envers une femme -, ce ne sera pas un luxe.

Avant même que cette affaire n’aboutisse sur la place publique, cet artiste polarisait l’opinion publique. Chaque fois qu’il se pointait au Saguenay, toujours à l’invitation de Robert Hakim, le même manège se reproduisait, raconte celui-ci. Les personnes qui le honnissent comme si c’était lui qui avait inventé la variole déversent leur fiel, poussant la haine jusqu’à ridiculiser son apparence physique. Puis, l’autre camp répond, tout aussi motivé.

Picotte

Un chien en piteux état mis en adoption

CHRONIQUE / Le 22 janvier dernier, une chienne, de race boston terrier, est mise en adoption sur le site Kijiji. Sa famille demande 500$ malgré son état de santé lamentable. « La personne devra prendre un rendez-vous chez le vétérinaire, c’est pour ça que le prix n’est pas cher », peut-on lire sur l’annonce.

Touchée par ces photos démontrant un chien visiblement souffrant, avec des plaies sur plusieurs parties de son corps, Chantale Chagnon contacte l’annonceur et lui offre poliment d’aller adopter la chienne.

Mylène Moisan

Y a-t-il une place pour Marc-André?

CHRONIQUE / Marc-André Aubé était enseignant en adaptation scolaire, grand sportif, il adorait voyager, passait ses étés aux Îles-de-la-Madeleine à faire du kitesurf. 

Il a 53 ans, il est en CHSLD.

Il vient tout juste d’atterrir dans un nouveau CHSLD, après avoir passé presque deux mois à l’hôpital L’Enfant-Jésus en neurologie, faute de place pour lui. Sa sœur Marie-Claude se démène depuis presque trois ans pour lui trouver un chez-soi, il est à sa septième adresse maintenant.

Elle espère que ce sera la dernière.

Marc-André a eu un premier diagnostic en 2011, on l’a d’abord cru atteint du parkinson jusqu’à ce qu’il soit hospitalisé pendant deux mois à l’hôpital Saint-Sacrement au printemps 2017. «Après une série de tests, la neurologue a trouvé que ce n’était pas le parkinson, c’était la démence à corps de Lewy.»

La quoi? 

La démence à corps de Lewy est un trouble cognitif dégénératif qui combine les symptômes du parkinson et de l’alzheimer. C’est donc à la fois le corps et le cerveau de Marc-André qui partent en vrille.

À sa sortie de l’hôpital en 2017, il a dû faire le deuil de son petit appartement et accepter d’être placé. Il a passé un mois dans une ressource publique, «un mois d’enfer», après quoi sa famille lui a trouvé une place dans une résidence privée. «Il devait pouvoir rester là jusqu’à la fin… Ça a été la pire place! Ils nous avaient mis ça beau, mais on s’est vite rendu compte que ça ne fonctionnait pas, que le personnel n’était pas en mesure de bien s’en occuper. Un jour, il m’a appelée, il m’a dit “Je suis en danger”!»

Il est venu chez elle en attendant.

Quelques semaines plus tard, elle a convaincu le Manoir de Courville de l’héberger pour «un mois d’essai». Il y a eu une réunion avec le CLSC, on a dit «on ne veut pas qu’il s’en aille», puis «deux semaines plus tard, on m’a fait venir à une rencontre, on m’a dit “on ne garde pas Marc”. Je me suis mise à pleurer… je fais quoi? Il y avait des gens qui s’étaient attachés à lui, il y avait une préposée et deux dames, elles pleuraient le jour où il est parti. Il leur a fait une petite danse…»

La préposée prend encore de ses nouvelles.

Marie-Claude a réussi à lui trouver une autre place, dans une ressource intermédiaire — comme une maison de chambres avec des services —, mais elle s’est encore retrouvée le bec à l’eau, entre autres à cause d’erreurs de médication. «Qu’est-ce qu’ils font ceux qui n’ont pas de famille pour s’occuper d’eux?»

Retour à la case départ le 19 décembre dernier, Marc-André a été transféré à l’hôpital, en neurologie à l’Enfant-Jésus, où la résidence l’a envoyé en ambulance. «Les premières semaines, c’est moi qui lui faisais les soins d'hygiène, personne ne le faisait. Quand ils ont su que c’est moi qui le faisais, ils s’en sont occupés. Et ça s'est bien passé après, ils ont pris le relais de façon exemplaire…»

Entre ses visites, Marie-Claude visitait des CHSLD. Elle est allée visiter le nouveau département J-5000 à Robert-Giffard. «On m’a dit que mon frère, il ne pouvait pas aller là parce qu’il marche et qu’il marcherait dans le corridor et ça pour eux, c’est considéré comme de l’errance. C’est ce qu’on m’a répondu. Quand j’étais là, il n’y avait personne, tout le monde était dans leur chambre.»

Triste.

Elle est allée au CHSLD du Faubourg en haute-ville, qui lui paraissait beaucoup plus réjouissant. «Il y avait une cour, des activités, une proximité avec les Plaines. Quand je suis allée visiter, c’était la fête du mois, il y avait des ballons, il y avait de la vie, je me suis dit : «enfin» !»

Elle l’a inscrit et elle a attendu. «J’ai appelé pour savoir il était où sur la liste, on ne pouvait pas savoir. Est-ce qu’il est le prochain? Le 10e? Ils ont dit à la travailleuse sociale qu’ils iraient le voir, ils ne voulaient pas que la famille soit présente. La rencontre a duré quelques minutes, ils nous ont dit qu’ils ne pourraient pas le prendre parce qu’il avait un comportement de territorialité. On a voulu savoir c’était quoi exactement, ils nous ont dit : “il pourrait serrer des bras, il ne pourra pas faire ça ici”…»

Quand Marc-André perd l’équilibre, il cherche à s’agripper.

Au CIUSSS de la Capitale-Nationale, Annie Ouellet explique que le CHSLD du Faubourg est «unique sur le territoire» en ce sens qu’il accueille uniquement des gens atteints d’alzheimer et de démence. Et, contrairement au J-5000, les gens sont libres d’errer dans les corridors, entrer dans les chambres, aller à la cuisine. 

«C’est sûr qu’il y a une validation des comportements qui est faite, il faut que les résidents soient à l’aise avec le fait que les gens se promènent. C’est sûr qu’il ne peut pas y avoir d’agressivité, c’est une question de sécurité. Et ça doit marcher dans les deux sens, il faut avoir un bon match pour que ça fonctionne.»

Et, clairement, Marc-André ne matchait pas. «Mon frère n’a jamais eu de problème d’agressivité avant. On m’a dit qu’ils ont eu une mauvaise expérience avec quelqu’un qui avait la démence de Lewy et qu’ils n’en voulaient plus…»

C’était sans appel.

Au CIUSSS, on convient qu’un endroit comme ça, «ça crée des attentes et aussi des déceptions pour certaines familles». On assure que maintenant, on donne davantage l’heure juste aux proches.

Marie-Claude aurait aimé savoir que le CHSLD du Faubourg triait ses résidents sur le volet, question de ne pas entretenir de faux espoirs. «C’est ça que je dénonce. Dites-le-nous si vous avez des critères, dites-le-nous si vous ne voulez pas tel type de personnes. Mais elle est où, la place pour mon frère?»

Elle est fatiguée.

Malgré tout, Marie-Claude ne manque jamais une occasion de l’emmener prendre l’air, même si c’est parfois compliqué. «On ne peut pas ajouter des années à la vie, mais on peut ajouter de la vie aux années, c’est ça qui me guide. Quand je fais ça, quand je vais me promener avec lui, quand je l’emmène chez moi, et qu’il prend sa petite bière au soleil sur mon balcon, il se sent vivant.»

Sur les murs de ses chambres, elle a toujours pris soin de mettre des photos de sa vie d’avant. «Pour qu’ils voient ce qu’il a été».

Et pas juste un malade.

Après le refus du Faubourg, Marie-Claude s’est tournée vers un CHSLD près de chez elle, le Fargy, où Marc-André vient d’emménager. Marie-Claude a rencontré le personnel et la gestionnaire, elle a bon espoir. «J’espère qu’il va être bien, j’espère qu’il va pouvoir rester là. C’est sa septième place, et ce n’est pas évident pour lui. Je lui ai dit que je serais avec lui jusqu’au bout.»

Patrick Duquette

Un rêve brisé par un test de français

CHRONIQUE / Un échec à l’examen de français de l’Université d’Ottawa a brisé net le rêve de Michelle Frenette.

À 42 ans, cette mère de trois enfants souhaitait réorienter sa carrière dans le domaine de l’enseignement en Ontario. Ça tombe bien, il y a une pénurie de profs dans la province de Doug Ford.

Sylvain St-Laurent

Faire face à la musique, ça compte

CHRONIQUE / Je n’aimais pas trop ce que je lisais dans mon journal, depuis quelques jours.

Anthony Duclair a été cloué au banc dans la troisième période d’un match à domicile, la semaine dernière. Il ne s’est pas présenté dans le vestiaire, par la suite, pour affronter le troupeau de journalistes.

Denis Gratton

Plus de peur que de mal, mais…

CHRONIQUE / « Stone, le monde est stone… »

Les paroles de cette chanson de Luc Plamondon allaient devenir réalité, croyaient des milliers de gens. Avec la légalisation du cannabis, en octobre 2018, tout le monde allait se mettre à fumer du pot et à « chercher le soleil au milieu de la nuit ».

Denis Gratton

Le sirop royal de Vanier

CHRONIQUE / Le conseiller municipal du quartier Rideau-Vanier, Mathieu Fleury, y sera. Le maire d’Ottawa, Jim Watson, avait indiqué qu’il y serait mais il a eu un empêchement. Et on attendait une confirmation de la gouverneure générale du Canada, Julie Payette.

Y sera-t-elle ou non ? La réponse est : non. Mme Payette a malheureusement autre chose à son horaire samedi matin. C’est dommage.

Sylvain St-Laurent

Vincent Dunn, l’entraîneur

CHRONIQUE / Je dois l’avouer. Je n’ai pas reconnu Vincent Dunn immédiatement.

J’étais à l’aréna Beaudry, un soir, en semaine. Je me tournais un peu les pouces en attendant le début de la séance d’entraînement de ma hockeyeuse préférée sur la planète. Une autre équipe féminine atome était sur la glace. Je trouvais que leur entraîneur était drôlement bien équipé.

Chronique

Retraite: fini le déni

CHRONIQUE / «Fini le déni. On se réveille. Coucou!» dit Retraite Québec dans une vidéo pour faire comprendre aux Québécois que «comme tout projet, une retraite, ça se planifie». Il est temps aussi que le gouvernement du Québec se réveille et se préoccupe de la sécurité financière de milliers d’hommes et de femmes qui ont «planifié» leur retraite en contribuant et en comptant sur un régime à prestations déterminées. Le rôle d’un gouvernement ne se limite pas à veiller à la compétitivité des entreprises.

Faisant partie du lot des salariés qui ne toucheront pas la rente promise à cause des déboires de Groupe Capitale Médias, la campagne de publicité de Retraite Québec m’agace. Vous savez, celle avec l’homme qui part un bon matin faire le tour du monde à vélo bien que sa femme lui signale qu’il ne va même pas au dépanneur à pied. 

C’est bien beau dire aux gens qu’une retraite ça se planifie et ne s’improvise pas, encore faut-il qu’une part des revenus escomptés et «planifiés» ne disparaissent pas parce que l’employeur a failli à ses obligations ou que le gouvernement a fait la vie trop belle aux entreprises. 

Pour faire du chemin sur la pub de Retraite Québec, avec les règles actuelles, un salarié peut contribuer à l’achat d’un vélo solide avec son employeur, mais le jour où il voudra l’enfourcher pour faire le tour de l’île de Madagascar — comme le gars de l’annonce — ou simplement le tour de son quartier, il peut avoir la mauvaise surprise de se retrouver avec une roue en moins ou sans dérailleur. 

Bye bye la planification! Des patrons continueront pour leur part de rouler carrosse. 

Pour éviter d’imposer une charge supplémentaire aux entreprises québécoises qu’il estime déjà lourdement taxées, le ministre des Finances, Éric Girard, refuse de créer, voire d’examiner la possibilité de créer un fonds de garantie de prestations de retraite, sur le modèle ontarien, comme le réclament le Parti québécois, la Fédération des retraités, et des associations de retraités dont celle de Groupe Capitales Médias.

Si au moins le gouvernement Legault proposait une solution valable et rassurante pour les retraités actuels et futurs. Mais non.

Le ministre Girard mise sur la création de régimes de retraite à prestations cibles qui pourront remplacer les régimes à prestations déterminées. Des organisations syndicales ont déjà indiqué que c’était une mauvaise solution, mais les employeurs seront contents. Leur cotisation sera fixe et la prestation que recevra le retraité ne sera pas garantie.

Depuis 2015, les employeurs québécois n’ont plus l’obligation de financer les déficits de solvabilité des régimes de retraite à prestations déterminées. M. Girard ne parle pas de revenir en arrière. C’est pourtant un avantage que n’ont pas les entreprises ontariennes. 

En 2017, lors d’une commission parlementaire visant à consolider le Régime de rentes du Québec, l’actuaire René Beaudry avait souligné que les entreprises ontariennes enviaient les entreprises québécoises. «[…] c’est 4 %, 5 %, 6 % de la masse salariale de plus qu’on paie en Ontario parce qu’on a à financer nos régimes à prestations déterminées en tenant compte de la solvabilité». 

Michel Lizée, économiste à la retraite des Services aux collectivités de l’Université du Québec à Montréal, rappelait pour sa part mardi, en entrevue à Radio-Canada, que les employeurs ontariens doivent se remettre à financer un régime de retraite si la solvabilité de celui-ci est inférieure à 85 %, et ce, afin d’éviter des réductions de rente de 25 à 35 % en cas de faillite. 

Il y a des pistes de solution à explorer. Mais pour cela, il faut avoir la volonté et le souci de protéger les retraités actuels et les futurs retraités. Leur promettre de belles maisons des aînés ne suffit pas.

Ne pas nuire à la compétitivité des entreprises est toujours l’argument utilisé pour ne pas améliorer les régimes de retraite.

L’ancien ministre des Finances, Carlos Leitão, y avait eu recours aussi en 2016 pour s’opposer à la bonification du Régime de rentes du Québec alors qu’Ottawa et les autres provinces s’entendaient pour améliorer le Régime de pensions du Canada. 

À force d’écouter un peu moins le patronat et davantage des experts comme Alban D’Amours, Luc Godbout, Bernard Morency et René Beaudry, Québec s’était ravisé et avait finalement accepté de hausser les contributions des employeurs et des salariés au RRQ afin que les revenus provenant de ce régime soient plus élevés dans l’avenir.

L’économie du Québec ne s’en porte pas plus mal pour autant. 

Les experts avaient aussi fait valoir au gouvernement libéral que le fardeau fiscal supérieur que devait assumer les entreprises québécoises était attribuable surtout à leur contribution au Fonds des services de santé pour aider au financement du système de soins de santé.

Il apparaît aussi un peu court d’attribuer l’écart de compétitivité des entreprises québécoises aux taxes sur les masses salariales. Même si Québec réduit ces taxes, ce n’est pas une garantie que les entreprises investiront plus dans la formation du personnel, l’achat d’équipement, l’automatisation et l’innovation afin d’accroître leur productivité. 

Comme membre d’un gouvernement qui se targue de ne pas écouter les «lobbys» et d’être près du «monde ordinaire», le ministre Girard manifeste bien peu d’empathie pour les milliers de retraités de Sears, de White Birch, de Groupe Capitales Médias et autre. 

Bien peu d’empressement aussi à éviter que d’autres employés actifs ou retraités connaissent un sort similaire au Québec. Le péquiste Sylvain Roy y voit un «mépris générationnel».

Il faudrait bien qu’une petite cloche intérieure sonne chez nos élus, pour paraphraser le message de Retraite Québec. «Ding ding! Dring dring! Coucou, coucou!». Jusqu’à maintenant, trop d’entre eux font l’autruche pour emprunter une autre image utilisée par l’organisme dans sa campagne pour inciter les Québécois à planifier leur retraite.

Sylvain St-Laurent

Zach Dean, le prochain

CHRONIQUE / Il paraît que le party était pogné, sur la rue Carillon, en fin de semaine dernière. J’ai raté ça, mais je peux facilement l’imaginer. J’en ai déjà vu, des gros matches, au centre Guertin, avec 3500 personnes.

Ça devait être drôlement agréable pour les employés et les bénévoles qui ont survécu aux derniers mois en rêvant de jours meilleurs.

Patrick Duquette

Les écrans : une question de bon sens

CHRONIQUE / J’en conviens, c’est une excellente chose que le gouvernement Legault cherche des moyens de réduire le temps d’écran chez les jeunes.

Même si la recherche scientifique en est encore à ses balbutiements dans ce domaine, on sait déjà que trop de temps passé devant les écrans est dommageable à bien des égards.

Chronique

Tannés des bâillons? Essayez la proportionnelle

CHRONIQUE / Le ministre Jean-François Roberge vient-il de fournir quelques munitions aux partisans d’un scrutin proportionnel? Chose certaine, un tel mode d’élection pourrait constituer une forme de rempart pour éviter des passages en force comme celui survenu avec l’adoption du projet de gouvernance scolaire.

Certes, les partisans d’un scrutin proportionnel ne seront sans doute pas plus nombreux aujourd’hui qu’ils l’étaient le mois dernier. Malgré le tollé provenant de nombreux milieux de la société, cette dernière adoption aux forceps n’entamera probablement pas la forte popularité dont jouit le gouvernement Legault — laquelle doit beaucoup à sa posture «nationaliste», un drapeau qu’il hisse chaque fois qu’il le peut.

Mais, au moins, que toutes les personnes qui en ont assez de ces méthodes d’adoption pratiquées par tous les gouvernements réalisent, elles, qu’un scrutin proportionnel en réduirait le nombre. Ne serait-ce et surtout parce que l’élection d’un gouvernement majoritaire serait moins fréquente.

L’addition des voix

Si un scrutin proportionnel semblable à celui présenté l’automne dernier par la ministre Sonia LeBel avait été en place, le gouvernement caquiste n’aurait pas pu faire adopter le projet de loi mammouth du ministre Roberge. Pas tel quel.

Car le gouvernement aurait été minoritaire et n’aurait donc pas décrété qu’il fallait passer au vote final. Il ne l’aurait pas fait parce qu’il aurait su qu’il n’aurait pas trouvé de majorité parlementaire au Salon bleu.

Mais alors, un gouvernement serait-il perpétuellement incapable d’agir? Pas du tout.

Devrait-il toujours s’entendre avec un ou deux partis d’opposition? S’il est minoritaire, oui, puisqu’il faut systématiquement, bien évidemment, obtenir une majorité des votes des députés pour adopter un projet de loi.

Prenons l’exemple de l’interdiction d’afficher un symbole de foi pour certaines catégories de représentants de l’État. Même dans la configuration de gouvernement minoritaire qu’aurait produit le projet de scrutin de la ministre Lebel (s’il avait été en vigueur), cet encadrement aurait tout de même été adopté grâce à l’addition des voix des députés péquistes.

Comme l’actuel gouvernement majoritaire l’a fait l’an dernier dans ce dossier, une hypothétique équipe gouvernementale minoritaire aurait même pu décréter un bâillon, puisqu’elle aurait su que la somme de ses votes et de ceux des péquistes aurait permis son adoption.

Un scrutin proportionnel n’éliminerait pas les bâillons législatifs. Mais il rendrait cette procédure plus difficile à décréter. Il la rendrait plus rare. Elle nécessiterait l’approbation de certains élus de l’opposition. Voilà pourquoi on peut affirmer qu’un tel mode de scrutin en réduirait le nombre.

Avancer

Trop de proportionnalité entraîne des effets pervers. Tout est et tout sera affaire de dosage. Le projet de loi de la ministre Sonia LeBel peut encore d’ailleurs être amélioré d’ici son adoption.

Corriger les distorsions de notre système électoral afin que les choix exprimés par les électeurs soient représentés plus fidèlement à l’Assemblée nationale est un objectif suffisamment valable en soi pour continuer d’avancer. 

Fatigués des bâillons législatifs à répétition? Si c’est votre cas, l’abus de cette procédure d’autorité constitue assurément un argument supplémentaire en faveur de la proportionnelle.

Chronique

La maudite machine

CHRONIQUE / Sur le bureau d’un fonctionnaire quelque part, il y a deux dossiers d’immigration qui traînent avec tout plein de dossiers qui traînent, deux dossiers en règle qui auraient dû en théorie être réglés depuis un bout.

Mais bon, pas grave, ce n’est que du papier.

Sauf que derrière le papier, il y a du monde, entre autres Eunice et Delphine Banza, des réfugiées congolaises qui sont débarquées à Québec en 2014 sans leurs parents, qui se sont intégrées, qui ont obtenu leur résidence permanente et entamé leurs démarches à l’été 2018 pour avoir leur citoyenneté.

Ça fait un an et demi.

Leur oncle a fait sa demande en même temps qu’elles, il a maintenant son passeport, elles attendent toujours.

Et elles risquent d’attendre longtemps.

C’est le collègue Baptiste Ricard-Châtelain qui, à la fin janvier, a raconté dans ces pages que les filles risquaient de rater un voyage humanitaire au Costa Rica si elles n’obtenaient pas leur passeport à temps, un voyage dont elles rêvent depuis longtemps, pour lequel elles ont amassé de l’argent, 2700 $ au total, entre autres en vendant des bûches de Noël, des fromages, du chocolat, en emballant les courses à l’épicerie. «C’est difficile, avait alors confié Eunice. On a fait beaucoup de financement pour participer à ce voyage-là. C’est comme si c’était pour rien.»

Baptiste a écrit la suite mardi, les filles n’iront pas. 

Leur dossier restera où il est.

Les trois professeurs qui organisent ce voyage depuis un an et demi ont dû annoncer aux deux sœurs la mauvaise nouvelle, elles devront rester à Québec alors qu’une quinzaine d’autres étudiants de l’école secondaire Vanier s’envoleront pour le Costa Rica dans deux semaines.

Les profs ont tout essayé pour faire bouger le dossier, ils ont interpellé le bureau du ministre Jean-Yves Duclos, qui est intervenu, en vain. Des démarches ont aussi été faites auprès du Consulat du Costa Rica au Canada, la consule a tenté d’obtenir un traitement plus rapide de leur dossier.

Elle a fait chou blanc.

La machine n’a pas bougé, enlisée parce qu’un premier formulaire avait été mal rempli et que le second, corrigé, est passé sous le radar. La mécanique s’est emballée, le dossier s’est retrouvé dans un twilight zone, sous une pile de dossiers et rien, visiblement ne peut le sortir de là.

Pire, on a dit à la plus vieille, qui a maintenant 18 ans, qu’elle devait refaire une demande à son nom puisqu’elle est majeure.

Tout recommencer à zéro, donc.

On leur a même dit qu’on n’allait tout de même pas brusquer la bureaucratie pour un simple voyage et qu’il ne fallait pas s’émouvoir de cette histoire, une parmi d’autres. Et tant pis pour Eunice et Delphine, qui y ont cru pendant un an et demi, qui ont travaillé fort, et doivent faire une croix sur ce rêve.

On leur a aussi dit qu’elles pouvaient se rendre au Costa Rica avec leur résidence permanente, elles n’avaient qu’à produire leur certificat de naissance et à le faire traduire en espagnol. Pas de veine, tous leurs papiers ont été brûlés au Congo, les sœurs Banza ont fui un conflit armé.

Tant pis.

J’écris et j’ai dans la tête la toune d’Octobre, La maudite machine :

La maudite machine

Qui t’a avalé

A marche en câline

Faudrait la casser

Elle fait un pas en avant et deux pas en arrière la machine, elle ressemble parfois à un chien qui court après sa queue. Le délai moyen pour obtenir la citoyenneté au Canada est d’environ 12 mois, Eunice et Delphine auraient donc dû avoir leur passeport il y a six mois, comme leur oncle.

Elles se sont prises à l’avance, ont rempli la paperasse, ont corrigé le tir quand il a fallu.

Tout est en règle.

Mais la bureaucratie, elle, s’est traîné les pieds, elle a demandé des papiers de la main droite que la main gauche a mis sous la pile. Elle s’est nourrie de sa propre inefficacité, de sa suffisance même, sourde aux appels de ceux qui lui demandaient de procéder, souveraine dans sa lenteur.

Souveraine d’un royaume de papier.

Télé et radio

«La Maison-Bleue»: épais mais drôle

CHRONIQUE / Rare qu’une série assume sa position de comédie pure comme le fait «La Maison-Bleue». Le public a souvent eu affaire à des hybrides de comédie et de drame dans les dernières années; une comédie dramatique n’est pas obligée de faire rire à chaque réplique, alors qu’une comédie pure échoue si elle n’y parvient pas.

Après avoir vu les quatre premiers épisodes, je peux dire que La Maison-Bleue réussit ce pari à plusieurs égards, du moins à partir du deuxième épisode, le premier m’apparaissant plus faible. S’il vous venait à l’esprit d’abandonner, persistez au moins jusqu’au troisième et vous verrez ensuite. Moi je sens que je serai accro.

Soyez averti : La Maison-Bleue, que signe le réalisateur Ricardo Trogi avec Daniel Savoie, ne joue pas dans la subtilité. Tout est gros, c’est de la caricature, et c’est voulu. Producteur et collaborateur aux textes avec François Avard, Louis Morissette le dit : La Maison-Bleue «s’assume dans sa niaiserie et son humour très épais». La dernière fois que quelqu’un s’était vanté de son «humour épais», c’était à TVA pour la comédie Avoir su, morte après un an. La Maison-Bleue connaîtra un meilleur sort, j’en suis certain.

Dans le monde parallèle de La Maison-Bleue, le Québec est indépendant depuis 1995, mais plongé plus que jamais, 25 ans plus tard, dans un débat... référendaire pour retourner dans le Canada. Jacques Hamelin (Guy Nadon), quatrième président après Jacques Parizeau, Lucien Bouchard et... Mario Tremblay, est au plus bas dans les sondages. Tout le monde y passe dans La Maison-Bleue, et aucun camp ne semble moins abruti qu’un autre. Finalement, Jacques Hamelin apparaît comme le plus sensé de tout ce beau monde. L’épouse du président, Mireille (Anne-Marie Cadieux), n’a pas inventé le bouton à quatre trous, et suit des cours d’anglais très particuliers avec un Apollon. Leur chauffeur et garde du corps Stéphane Boisclair (Dominic Paquet) fait appel à ses anciens amis scouts pour sécuriser Sillery pendant la visite du président américain, et répond en phrases de chansons pour dissimuler son anglais minable. Quant au vice-président Gilbert Boudreau (Claude Despins), c’est le pire des idiots, mais aux répliques savoureuses.

Parce qu’on rit énormément en regardant La Maison-Bleue; la série a beaucoup de rythme et regorge de références au réel, de Pierre-Yves McSween à la poutine de Chez «Austin». À plusieurs reprises, on nous montre l’émission «Coude à coude», un genre de Joute, où deux commentateurs se picossent sans arrêt. Myriam Leblanc est fabuleuse dans le rôle de Caroline Dumas, qui rappelle vaguement Liza Frulla, dans le ton et l’allure, mais beaucoup plus cynique. Elle représente la droite fédéraliste alors que son rival, joué par Frédéric Pierre, la gauche souverainiste. «Réjean Houle est le meilleur juge en chef de la Cour suprême qu’on n’a jamais eu!» dira Caroline Dumas, faisant référence du mandat précédent de Mario Tremblay. Sachez que l’ancien joueur du Canadien fera une apparition remarquée.

Dans les premiers épisodes, Hamelin reçoit un appel du président américain, Lester P. Richards (Bruce Dinsmore), qui souhaite lui échanger une partie de la Floride en retour du territoire au nord du 53e parallèle. La première dame se voit déjà se prélasser sur les plages de Fort Lauderdale. Mais avant, le couple devra gérer une crise occasionnée par sa fille adoptive Gabrielle (Anyjeanne Savaria), qui a commencé à consommer du cannabis, légal au Canada, mais pas encore au Québec.

Quand Les Bougon ont commencé, une partie de la presse craignait que le public ne soit pas prêt à un humour aussi corrosif. Le public a embarqué complètement, parce qu’il y avait un propos derrière. On verra comment la démonstration d’un major noir originaire de Trois-Rivières (Richardson Zéphir) qui parle avec le plus gros accent québécois de toute la distribution, et la représentation d’un pays souverain dont l’armée est en ruines et qui semble géré par une troupe de morons seront reçus par ce même public. Posons-nous seulement la question : est-ce qu’on peut juste avoir envie de rire un moment?

Au fait, la fameuse Maison-Bleue, qui possède son propre bureau ovale, n’est pas à Sillery comme dans l’histoire, mais bien sur l’Île Bizard, au nord-ouest de Montréal. Les 10 demi-heures seront d’abord disponibles sur l’Extra d’ICI Tou.tv à partir de jeudi.

ENFANTS DE QUÉBEC

C’est ce soir que toute l’heure des Enfants de la télé est consacrée à Québec, à 20h sur ICI Télé. La grande majorité de l’assistance était composée de gens de Québec, venus en autobus à Montréal. Pratique quand un des invités a des souvenirs flous du passé, et que des spectateurs lui rafraîchissent la mémoire! «Au coin de l’avenue Myrand!» crie une dame quand il est question des épiceries Jato. Lorsque Pierre-Yves Lord se souvient que le stationnement de Place Fleur de Lys était l’endroit idéal pour éviter de payer celui du Colisée, la foule approuve. Vous verrez deux pubs locales qui ont très mal vieilli, mais le segment le plus réussi est sans doute celui du hockey avec «l’anti-Canadien» Patrice Robitaille. Je n’étais ni un fan des Nordiques ni du Canadien et j’ai eu des frissons en revoyant certaines images, accompagnées d’Hymne à Québec de Loco Locass. Je n’aurais pas dit non à ce qu’on ressorte des perles des équivalents de Boubou comme Louvain à la carte, Devine qui vient dîner? et Via Québec. Des invités-surprises apparaîtront aux côtés des Marie-Thérèse Fortin, qu’on voit bafouiller 100 fois dans une vidéo corporative hilarante des Caisses populaires, François Morency, à qui on présente des nudistes à Bla bla bla, François Létourneau, Myriam Leblanc et Louise Beaudoin.

Patrick Duquette

Et nos enfants?

CHRONIQUE / Et nos enfants dans tout ça ?

Vont-ils bénéficier de l’abolition des commissions scolaires ou en payer le prix ?

C’est la question que je me pose face au projet de loi 40 adopté sous le bâillon par le gouvernement Legault.

Un projet de loi que beaucoup comparent à la réforme Barrette dans le domaine de la santé. On y retrouve la même volonté de centraliser les pouvoirs à Québec. Le même acharnement à éliminer des contre-pouvoirs jugés gênants ou superflus.

À l’annonce de la réforme Barrette, j’avais écrit une chronique où je me demandais : et les patients dans tout cela ? J’ai envie de poser la même question devant cette réforme du ministre Jean-François Roberge : et les élèves dans tout cela ?

À LIRE AUSSI: La réforme des commissions scolaires irrite Pedneaud-Jobin

Loi 40 et cession d’immeubles: le monde municipal condamne le gouvernement

Je m’inquiète pour l’allocation des ressources aux enfants en difficulté. Avant, c’était le conseil des commissaires qui s’assurait que la répartition se faisait de manière équitable. Eux qui veillaient, en tout dernier recours, à ce que les plus démunis ne tombent pas entre les craques du système.

Désormais, qui fera cet arbitrage ?

Autre aspect du projet de loi qui soulève des questions : les parents pourront désormais choisir leur école. Qu’est-ce que ça veut dire pour nos écoles du Pontiac, de la Petite-Nation ou de la Haute-Gatineau ?

Que se passe-t-il si les parents de Maniwaki, Fort-Coulonge ou Papineauville décident d’inscrire leurs enfants dans une école de Gatineau, près de leur lieu de travail ? Ne risque-t-on pas de dévitaliser les petits milieux ? De créer des écoles de riches et des écoles de pauvres ? Le gouvernement Legault, qui se proclame pourtant le champion des régions, passe vite sur cet aspect de son projet de loi.

Le projet de loi 40 en met aussi beaucoup sur les épaules des directions d’école. Oui, elles sont bien placées pour déterminer les besoins des élèves. En même temps, leurs nouvelles responsabilités viendront avec de la reddition de compte, de la paperasse à remplir. On a déjà des enseignants à bout de souffle. Aura-t-on aussi des directions avec la langue à terre ?

Oui, le taux de participation aux élections scolaires était famélique. Il reste qu’en Outaouais, les commissaires scolaires jouaient un rôle clé au moment de revendiquer une nouvelle école ou de négocier le choix d’un terrain pour l’accueillir.

Qui jouera désormais ce rôle hautement politique ?

Apparemment, la réponse se trouve au beau milieu de l’immense projet de loi adopté sous le bâillon. Au grand dam des maires, l’article 114 force désormais les municipalités à céder gratuitement un terrain pour la construction ou l’agrandissement d’une école.

« C’est nous qui allons augmenter les taxes pour payer les écoles du Québec ! », s’insurge le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin. Il déplore, du même souffle, que cet article lourd de conséquences n’ait pas été discuté avec les municipalités.

Tout cela donne l’impression que le ministre Roberge a brûlé des étapes en faisant adopter sous le bâillon un projet de loi volumineux — dont 36 des 37 blocs ne touchent même pas les élections scolaires.

Comme la réforme Barrette, le projet de loi 40 risque de créer beaucoup d’incertitude. Tout ça au moment où le réseau devrait consacrer son énergie à régler des problèmes urgents comme la pénurie d’enseignants ou le décrochage chez les garçons. D’où ma question de départ : et nos enfants ? Ils y gagnent quoi ?

Sylvain St-Laurent

N’est pas vendeur qui veut

CHRONIQUE — À TRAVERS LA LNH / Joe Thornton joue du très bon hockey, ces temps-ci. C’est l’entraîneur-chef intérimaire des Sharks de San Jose, Bob Boughner, qui le dit.

« Je l’ai à l’œil depuis plusieurs années. Ça fait longtemps que je ne l’ai pas vu jouer aussi bien », a-t-il déclaré, mardi dernier, au terme d’un match dans lequel Jumbo Joe a récolté deux mentions d’aide, contre les Flames de Calgary.

Chronique

La valeur de la piastre québécoise

CHRONIQUE / La piastre québécoise? La direction du Comité national des jeunes du Parti québécois en a fait sourire et sourciller plus d’un avec sa proposition de créer un dollar québécois appelé «piastre» dans un Québec indépendant. Mais qu’on soit pour ou contre le projet souverainiste, le fait est que le débat autour de la création d’une monnaie québécoise a malheureusement été éludé depuis trop longtemps au Parti québécois.

La Presse canadienne rapportait en fin de semaine que l’exécutif du groupe des jeunes péquistes soumettra ce projet de devise québécoise à ses membres lors de son prochain congrès les 7 et 8 mars à Montréal. On peut dire qu’ils sont rêveurs, ces jeunes péquistes; qu’ils ne tiennent aucunement compte de l’actuelle situation politique et patati patata. Tout ça est vrai.

Mais ne vaut-il pas mieux cent fois avancer à visière levée plutôt que de flouter les contours de ce que l’on propose? Franchement, bravo à ces jeunes péquistes pour cette volonté de clarté!

C’est, pour l’heure, la principale valeur de leur suggestion. Mais c’est déjà beaucoup.

Le Parti québécois ne tranchera pas cette question demain. Il n’en est pas là et n’est pas prêt à cela.

Ce parti a agacé et lassé bien des fédéralistes et des souverainistes en brandissant pendant tant d’années l’idée de la souveraineté un peu comme un hochet sans presque jamais la définir. Un mot ne fait pas foi de tout pourtant.

Pour l’heure, on ne sait pas si la monnaie à laquelle songent ces jeunes péquistes est essentiellement symbolique. Serait-elle adossée au dollar canadien? Oui? Non?

Définir les contours

Dans l’avenir, le Parti québécois se contentera-t-il de faire «le procès du régime canadien» ou définira-t-il plus précisément son projet phare? Ce serait bien qu’il s’attelle un peu plus à cette dernière tâche.

Le plus difficile pour lui n’a jamais été de réaffirmer sa foi en la souveraineté, non plus que d’énoncer les «bienfaits» qui — répète-t-il — découleraient d’un Oui majoritaire lors d’un troisième référendum sur l’indépendance. Non plus que de pourfendre Ottawa. Tout ça, il sait le faire.

Depuis au moins une génération, le plus dur pour lui a toujours été de dire aux Québécois si son projet comportait ou non l’adoption d’une monnaie québécoise. Ou si, dans son esprit, l’armée devait être commune ou pas (avec ce qui resterait du Canada). Ou s’il fallait créer ou pas des institutions politiques communes avec un Canada amputé du Québec (et encore moins de dire lesquelles, bien sûr).

Pas étonnant que de nombreux péquistes aient sursauté en 2014 lorsque Pauline Marois avait dit qu’un Québec indépendant conserverait le dollar canadien et qu’aucune frontière ne le séparerait du reste du Canada. Pourquoi cet étonnement? Parce que ces questions étaient et demeurent éludées depuis plus de 25 ans au Parti québécois.

Et pourquoi cette situation? Notamment parce que les péquistes n’ont jamais vraiment partagé entre eux la même vision des choses. Et que s’avancer sur ce terrain a souvent été vu comme une prise de risque inutile. Plus le parti fournirait de détails, plus il donnerait de prises à ses adversaires…

Mais de plus en plus de gens au Parti québécois se disent qu’ils n’ont rien à perdre et veulent que ces débats soient menés. Ils sont sans doute minoritaires, mais ils veulent répondre, en gros, à la question suivante : Quel type de souveraineté?

Cette volonté de clarté est un chemin difficile, mais les honore.

Il faudra toutefois voir si la volonté de certains péquistes de mieux définir les contours de la souveraineté supplante la conviction de nombreux autres pour qui la meilleure carte à jouer est celle du procès permanent, lequel prendrait de la force, se disent-ils, après une série de fins de non-recevoir d’Ottawa et des tribunaux. Pensons entre autres à la loi sur les signes religieux.

Animer

Historiquement, les jeunes libéraux ont beaucoup plus souvent «brassé la cage» du Parti libéral du Québec que l’ont fait les jeunes péquistes avec leur formation.

Cette époque pourrait être révolue à en juger par les autres propositions que la direction des jeunes péquistes soumettra à ses membres. La Presse canadienne a aussi rapporté que celle-ci leur recommandera de proposer la modification de la Loi sur les normes du travail pour abaisser de 40 à 30 heures la semaine de travail et pour instaurer la semaine de quatre jours en été. C’est très audacieux, pour dire le moins.

Le Parti québécois réanimera-t-il des débats? C’est le défi que lui lance l’exécutif du groupe des jeunes péquistes.

Chronique

Majoritaire et incontestable?

CHRONIQUE / Le gouvernement Legault estime qu’une «nouvelle ère remplie de possibilités s’ouvre pour le réseau de l’éducation». La façon dont il a adopté son controversé projet de loi 40 sur la gouvernance scolaire annonce plutôt l’ère d’un gouvernement qui n’éprouve aucune gêne à tasser les députés des autres partis politiques, les élus scolaires et les maires pour imposer ses vues. Il est majoritaire et se croit incontestable.

Las des années d’arrogance et de mépris de la part des gouvernements libéraux de Jean Charest et de Philippe Couillard, bien des Québécois avaient savouré les paroles du nouveau premier ministre François Legault qui en octobre 2018 avait invité ses députés à faire preuve d’humilité et d’écoute.

Cet appel semble bien loin même si les caquistes sont au pouvoir depuis moins d’un an et demi.

Sous prétexte d’avancer, de remplir des promesses électorales ou d’écouter les Québécois — surtout ceux qui ont voté pour eux et les amis Facebook du premier ministre — ils n’hésitent pas à faire fi des chartes des droits et libertés ou à imposer leurs vues à d’autres élus. 

Certes, les caquistes demeurent populaires dans les sondages et ont gagné les dernières élections partielles. Mais lors du rendez-vous électoral de 2022, avoir coché toute la liste de promesses de la campagne de 2018 ne garantira pas une victoire automatique à la Coalition avenir Québec (CAQ) si la concrétisation de leurs engagements connaît des ratés et si les contestations judiciaires se multiplient dans divers dossiers.

Pour ne pas devenir leurs propres ennemis, les caquistes auraient intérêt à garder en tête les résultats d’une enquête menée par Claire Durand et André Blais de l’Université de Montréal, et dont Le Devoir faisait état en février 2019.

Selon Durand et Blais, les politiques et les idées de la formation menée par François Legault ont motivé 17 % des électeurs caquistes. La volonté de changement a motivé 55 % des électeurs caquistes et 8 % ont opté pour la CAQ parce que c’était «le moins pire parti».

Jeudi dernier à l’Assemblée nationale, François Legault a répété qu’il répondait à la «volonté des Québécois» en abolissant les élections scolaires et que son parti était le seul à s’être engagé sur cette voie.

Il a également soutenu que la fin des élections scolaires était l’enjeu principal du projet de loi 40.

C’est carrément trompeur.

Le projet de loi de plus de 300 articles adopté sous le bâillon va bien au-delà. Il prévoit notamment des dispositions sur la formation et les obligations des enseignants, sur le partage de ressources entre écoles privées et publiques, sur l’école de quartier. 

À la dernière minute, le ministre a même amendé son projet pour faire en sorte qu’un centre de services scolaires puisse exiger d’une municipalité la cession gratuite d’un immeuble, d’un terrain. 

Si le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, y voit une façon de «faciliter» la réalisation de projets d’agrandissement ou de construction d’établissements scolaires, l’Union des municipalités du Québec y voit plutôt une «expropriation déguisée».

Elle critique de plus que le gouvernement accorde à des gestionnaires non élus le pouvoir d’intervenir dans le champ fiscal des municipalités.

Ce n’est pas qu’aux villes que le gouvernement en a passé une petite vite. Pour éviter que des commissaires scolaires aient l’idée de contester sa loi devant les tribunaux, le ministre Roberge a décidé de les retirer de leur poste dès l’entrée en vigueur de son projet de loi plutôt que le 29 février comme prévu.

Si elle peut plus difficilement venir des anciens élus scolaires, une contestation est néanmoins toujours possible de la part des syndicats d’enseignants. 

Le gouvernement Legault aurait pu sans doute s’inspirer des écueils rencontrés par le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard qui après avoir aboli la gouvernance élue de leurs conseils scolaires, ont jugé préférable de la rétablir. Mais non, le ministre de l’Éducation est trop pressé. Il préfère imposer plutôt que convaincre.

La nouvelle législation est «un chaos annoncé», craint la députée péquiste Véronique Hivon. 

«L’ère nouvelle», pour emprunter les termes des caquistes, démarre en effet sur une bien mauvaise note.

Entre les lignes

Le parrain

CHRONIQUE / En route vers la maison, parle, jase, Angèle a avoué à sa sœur Jeanne la trouver chanceuse d’avoir un parrain. Elle, elle n’en a pas. En fait, elle n’en a plus, et elle le regrette.

Un parrain a fait partie de son histoire le temps de quelques mois seulement. Ce dernier était le mari de la sœur de son père ; sa marraine. Mais le couple s’est séparé alors que la petite venait de faire ses premiers pas. Là, dans l’auto, elle avait 18 ans.

Environnement

La menace silencieuse

CHRONIQUE / Le climat planétaire se réchauffe. Depuis plus de 30 ans, les preuves s’accumulent à mesure qu’on investit des efforts de mesure dans tous les pays. L’agence américaine qui s’occupe de l’atmosphère et des océans, la NOAA, publie en continu des données et analyses qui nous permettent de mieux comprendre le phénomène. Mais si la température moyenne de l’atmosphère est un indicateur du réchauffement du climat, il en est un autre, moins spectaculaire, mais encore plus significatif qui ne fait pas souvent la manchette. L’augmentation de la chaleur accumulée dans les océans est une menace silencieuse qui va déterminer le climat dans les prochaines décennies.

Dans son rapport annuel sur le climat planétaire, la NOAA présente plusieurs informations importantes. On y apprend que 2019 a été en moyenne la deuxième année la plus chaude enregistrée depuis 1880, tout juste derrière 2016, mais aussi que les cinq dernières années occupent les cinq premiers rangs du palmarès. Les mois de juin et de juillet 2019 détiennent le record de chaleur mensuel historique. 

L’année dernière détient aussi le record de chaleur sur les océans dans l’hémisphère nord et sur les continents dans l’hémisphère sud. On y apprend plusieurs informations intéressantes sur les conditions de température et de précipitations locales. Preuve que le réchauffement global ne se matérialise pas également partout, janvier 2019 a connu un record de froid au Canada. 

Mais tout cela est bien évidemment lié à la nature de l’atmosphère. Composé de gaz, l’air se réchauffe ou se refroidit rapidement, il voyage sur de grandes distances, à la faveur des vents, et transporte somme toute relativement peu d’énergie par kilomètre cube de volume.

Patrick Duquette

Pour gagner dix secondes... [VIDÉO]

CHRONIQUE / Le conseiller d’Ottawa Jeff Leiper a diffusé une vidéo à donner froid dans le dos. Les images montrent une voiture sortie de nulle part qui dépasse un autobus scolaire par la droite… au moment même où des enfants s’apprêtent à en débarquer.

Si ce n’était de la présence d’esprit du chauffeur d’autobus, qui a retenu les écoliers juste à temps, c’était la tragédie assurée. Faut-il préciser que la voiture a emprunté une piste cyclable pour dépasser l’autobus par la droite ? Oui, monsieur. Empruter une piste cyclable pour dépasser un autobus scolaire à l’arrêt. Faut le faire !

Isabelle Légaré

Ménopausée à 25 ans

CHRONIQUE / Marilie Lacombe chérit le rêve d’avoir un bébé. Le concevoir, le porter et le mettre au monde. Elle a 25 ans. La fertilité féminine est optimale à cet âge. Les chances de devenir enceinte sont élevées. Sauf pour Marilie. Elle est ménopausée... Oui, déjà.

Pour mener à terme son projet d’avoir son propre enfant, la jeune femme a décidé de se tourner vers le don d’ovules, un processus long, complexe et coûteux. Or, le temps file pour Marilie et l’argent, comme les bébés, ça ne tombe pas du ciel.

Science

Pipelines : pourquoi ne pas passer par la baie d’Hudson?

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Pourquoi est-ce qu’on ne construirait pas un pipeline entre Fort McMurray et le port de Churchill, dans la baie d’Hudson? Ça ferait autant l’affaire du Québec, qui ne semble pas vouloir d’un pipeline, que de l’Alberta, qui cherche des sorties sur la mer pour son pétrole. Churchill est un port en eau profonde. Et puis, pour ce qui est des glaces, lorsqu’il passera 10 ou 20 pétroliers par semaine aller-retour, le chenal n’aura pas le temps de regeler, quitte à y faire passer une couple de brise-glace en plus. Alors ça vaut la peine d’y penser, non?», demande Ernest Laplante, de Notre-Dame-du-Nord.

L’idée peut a priori sembler un peu saugrenue, puisque elle implique de traverser la baie et le détroit d’Hudson, qui sont couverts de glace un bon six mois par année, voire plus proche des côtes. Mais le fait est qu’avec le réchauffement climatique, la «saison des eaux libres» allonge considérablement. D’après une étude récente parue dans la revue savante Elementa, la baie et le détroit d’Hudson ont été libres de glace pendant respectivement 130 et 132 jours par année en moyenne entre 1981 et 1985 ; de 2010 à 2014, on en était à 155 et 178 jours.

Pas étonnant, donc, que l’idée refasse surface périodiquement dans certains médias du Canada anglais comme le Financial Post [http://bit.ly/2Oyse5e]. D’ailleurs, pas plus tard que mercredi dernier, le premier ministre de la Saskatchewan Scott Moe en a parlé comme d’une possibilité à explorer [http://bit.ly/2UAax9c], c’est tout dire.

Alors qu’est-ce qui «accroche» ? Pourquoi l’industrie des sables bitumineux fait-elle malgré tout des pieds et des mains pour faire passer de longs et controversés pipelines par le sud ? Eh bien pour plusieurs raison, en fait. Le première est que contrairement à l’image «classique» que la plupart des gens ont de la banquise, faite d’un seul bloc solide et inamovible, en réalité seule une petite partie de la glace marine est immobile. Il s’agit d’une bande relativement mince de banquise qui est rattachée physiquement à la côte, mais elle ne s’avance au maximum que sur quelques dizaines de kilomètres dans la mer alors que la baie d’Hudson, elle, fait plus de 900 kilomètres d’est en ouest et à peu près autant du nord au sud. Le reste, lit-on dans l’article d’Elementa, soit «la vaste majorité de la glace, (…) forme une sorte de «banquise mobile» — de la glace flottante qui dérive au gré des courants et des vents».

C’est donc dire que même en supposant qu’une douzaine de pétroliers par semaine fassent l’aller-retour avec des brise-glace, le chenal qu’imagine M. Laplante se refermerait souvent très rapidement, pas parce qu’il «gèlerait» mais parce qu’il serait bouché par les glaces mobiles que le vent et les courants y pousseraient

Et puis, ajoute le chercheur de l’Université du Manitoba et co-auteur de l’étude d’Elementa David Babb, avec qui j’ai pu échanger par courriels, «la glace marine se forme par morceaux qui interagissent un peu comme des plaques tectoniques, si bien que lorsque le vent les presse les unes sur les autres, elles peuvent former de grosses crêtes [difficiles à passer même pour un brise-glace, ndlr]».

Remarquez, rien de tout cela ne signifie qu’il est impossible de naviguer par là en hiver. Pourvu qu’un navire soit dûment équipé (coque renforcée et de la bonne forme, puissance de moteurs pour manœuvrer à travers les glaces, etc.), c’est tout à fait faisable, et il y a même des cargos qui en sont capables. D’ailleurs, mentionne M. Babb, «l’entreprise canadienne FedNav possède trois vraquiers qui transitent en hiver par le Labrador et la baie Déception, dans le détroit d’Hudson, pour transporter du minerai».

Alors oui, des bateaux conçus de manière appropriée peuvent se frayer un chemin à travers les banquises, même épaisses. Mais, autre problème, les meilleures formes de coque pour briser la glace ne sont pas idéales, loin s’en faut, pour naviguer dans les eaux libres, qu’elles fendent moins efficacement, ce qui augmente le temps de transport et les coûts de carburant. Il existe des pétroliers qui sont faits pour allier les deux, ayant une proue pour les eaux libres et une poupe pour les glaces, qu’ils brisent en marche-arrière, mais ils sont rares et couteux. Et comme il arrive même aux brise-glace de rester coincer, il faudrait vraisemblablement «escorter» tous les pétroliers, sans compter que dans tous les cas, naviguer à travers les glaces prend toujours beaucoup plus de temps qu’en eaux libres, ce qui ajoute aux coûts. Au final, estime M. Babb, c’est probablement en grande partie pour des raisons économiques qu’il n’y a pas de pétrole qui passe par la baie d’Hudson.

Enfin, soulignons qu’il y a une autre facette à toute cette histoire, moins technique et plus sociale, mais tout aussi importante que la glace : on aurait tort de penser qu’il n’y a qu’au Québec que la venue d’un pipeline provoque de l’opposition. En 2017, quand des politiciens albertains avaient proposé de racheter le port de Churchill en vue d’y faire transiter du pétrole, bien des habitants de la place avaient regimbé, y compris le président de leur chambre de commerce, parce qu’une partie importante de l’économie locale repose sur l’écotourisme qu’un pipeline et le passage fréquence de pétroliers géants viendraient mettre en péril, craint-on là-bas [http://bit.ly/2vgWWck].

Le port appartient depuis 2018 à une coalition locale comprenant les Premières Nations, qui auraient elles aussi leur mot à dire dans tout cela. Bref, même en présumant que le passage des pétroliers à l’année longue soit techniquement et économiquement faisable, d’un point de vue politique la construction d’un pipeline ne serait pas forcément beaucoup plus facile à réaliser dans le nord du Manitoba qu’elle ne le fut au Québec.

Le technologue

Amazon Echo Studio au banc d’essai

CHRONIQUE / Les enceintes intelligentes ont la cote reléguant aux oubliettes la traditionnelle mini-chaîne stéréo. L’Echo Studio d’Amazon est le dernier né de la vaste lignée de produits compatibles Alexa, l’assistant vocal du géant américain. Amazon nous propose pour la première fois un produit dont les capacités sonores sont dignes des meilleurs produits sur le marché.

L’Echo Studio entre en compétition directe avec l’Apple HomePod, le Google Home Max et le Sonos One qui sont tous présents sur le marché depuis un bon moment déjà. Amazon qui propose déjà plusieurs modèles de haut-parleurs intelligents vient ainsi rivaliser avec les meilleurs produits sur le marché, et ce, pour une fraction du prix. L’une des forces de la gamme Echo est sa compatibilité avec une majorité de services de musique en continu tels : Amazon Music, Apple Music, Deezer, SiriusXM et bien sûr Spotify ce qui n’est actuellement pas le cas chez tous les manufacturiers d’enceintes intelligentes. Amazon mise énormément sur son assistant vocal Alexa, qui s’est amélioré grandement depuis le lancement de sa version québécoise il y a moins d’un an. D’ailleurs, j’aime bien la nouvelle fonction qui permet de chuchoter des commandes à Alexa qui vous répond du tac au tac en chuchotant également !

Denis Gratton

Trente jours perdus ?

CHRONIQUE / Plus de deux heures par jour. Plus de quatorze heures par semaine. Plus de 728 heures par année. Donc plus de 30 jours annuellement.

Je passe 30 jours par année — donc un mois — à utiliser et consulter mon téléphone intelligent, alias mon iPhone. 

Je n’en suis pas fier. Loin de là. Mais on me dit que je suis dans la moyenne. Les statistiques compilées mensuellement par Le Droit me placent même en queue de peloton en ce qui a trait à son utilisation.

Mais le fait d’être dans la moyenne ne me rassure guère. C’est trop, trente jours par année le nez collé sur ce bidule. Beaucoup trop.

Aujourd’hui est la Journée mondiale sans téléphone intelligent. Cette « journée » existe depuis 2001.

Voici donc l’occasion parfaite pour mettre mon iPhone de côté, le temps d’une journée, et de reculer dans le passé afin de vivre une journée comme « dans le bon vieux temps », c’est-à-dire de vivre comme avant l’arrivée de ces téléphones devenus quasi indispensables. Allons même un peu plus loin et reculons dans le temps, avant l’arrivée de l’internet.

6 h 30 : Pas question de lire Le Droit et les manchettes d’autres journaux sur mon iPhone (ou mon ordinateur). Je dois donc faire comme dans le bon vieux temps, c’est-à-dire ramasser la copie papier du Droit qui est livrée à ma porte. Et pour les autres journaux, si je tiens à les lire, ils sont disponibles au dépanneur de mon quartier. AVEC iPHONE : 30 minutes de lecture, pas besoin de sortir de la maison. SANS iPHONE : 15 minutes d’aller-retour au dépanneur, 30 minutes de lecture.

AVANTAGE : Avec iPhone.

 ***

7 h 30 : J’ai une entrevue prévue ce matin dans un coin reculé de l’Outaouais. Mais pas question d’utiliser Google map ou le GPS de mon téléphone (ou de mon ordi). Je dois donc aller à l’auto et fouiller dans le coffre à gants pour une carte routière de la région que je crois avoir conservée. AVEC iPHONE : une minute et j’ai les directions. SANS iPHONE : cinq minutes à chercher la carte dans l’auto pour me rappeler que, finalement, je ne l’ai pas conservée. Je devrai donc appeler la personne que je rencontre pour obtenir les directions pour sa résidence. 

AVANTAGE : Avec iPhone.

***

7 h à 23 h : Pas question de lire les dizaines de courriels qui se sont accumulés dans mon téléphone (et mon ordi). Tous ces gens qui m’ont écrit en cette Journée mondiale sans téléphone intelligent devront attendre à demain pour ma réponse. Ou ils devront m’appeler et, si je ne suis pas à mon bureau au moment de leur appel, laisser un message. AVEC iPHONE : réponse quasi immédiate. SANS iPHONE : aucune réponse ou attendre un retour d’appel, ou encore tomber sur une boîte vocale… pleine.

AVANTAGE : Avec iPhone.

***

13 h : Je ne me souviens plus si un mot est masculin ou féminin. Je devrai donc trouver et consulter un dictionnaire. AVEC iPHONE : réponse quasi immédiate. SANS iPHONE : perdre de longues minutes à tenter de trouver un dictionnaire !

AVANTAGE : Avec iPhone.

14 h : je dois appeler un ami, mais je ne me souviens plus de son numéro de téléphone. Je devrai donc trouver un bottin téléphonique. AVEC iPHONE : l’ami est dans mes contacts, donc même pas besoin de me souvenir de son numéro. SANS iPHONE : regretter le temps où nous avions des bottins téléphoniques.

AVANTAGE : Avec iPhone. 

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17 h : Arrêt à l’épicerie pour quelques ingrédients nécessaires pour le souper. Mais lesquels ? Pas question d’appeler ma douce moitié avec mon téléphone portable. Je dois donc trouver une cabine téléphonique et de la monnaie. Pour la monnaie, ça passe. Mais une cabine téléphonique !? AVEC iPHONE : une minute au téléphone et j’ai ma liste. SANS iPHONE : bonne chance mon vieux !

AVANTAGE : Avec iPhone.

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18 h 30 : J’ai une trentaine de minutes à tuer avant le souper. Mais pas question d’aller fouiner sur Facebook comme j’ai pris l’habitude de le faire quand j’ai un peu de temps à tuer. Quoi faire alors ? Je sais. Je vais jaser avec ma blonde. AVEC iPHONE : temps perdu sur Facebook. SANS iPHONE : temps de qualité avec ma douce. (À moins qu’elle ignore la tenue de la Journée mondiale sans téléphone intelligent, qu’elle soit elle-même en train de fouiner sur Facebook et qu’elle ne prenne pas le temps de me parler).

AVANTAGE : ça dépend.

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Le verdict : En cette Journée sans téléphone intelligent, je vais passer mon tour. Et si les responsables de cette « journée » veulent m’appeler pour demander pourquoi je n’embarque pas dans leur mouvement, qu’ils laissent un message dans ma boîte vocale.

Je devrais l’écouter et leur revenir lundi ou mardi prochain.

Si j’ai le temps.