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Sylvain St-Laurent

La cavalerie

CHRONIQUE / Au bout du fil, Maxime Talbot était mal à l’aise.

« Je ne peux pas nier que j’ai participé à une rencontre avec Luc Robitaille », m’a-t-il avoué.

« Mais les gens doivent comprendre que c’est embryonnaire. »

Avec ses 285 000 habitants, Gatineau est une grande ville. Mais une « petite » grande ville. Une ville dans laquelle on connaît bien son voisin. Et une ville dans laquelle les potins circulent assez rapidement.

Nous étions quelques-uns à savoir qu’un groupe d’anciens hockeyeurs de la LNH s’est réuni, cet automne, pour jeter les bases d’un projet. Et ce projet, c’est le rachat de la franchise la plus titrée de l’histoire de la Ligue de hockey junior majeur du Québec.

Nous ne connaissions pas tous les détails. Les gens qui nous avaient mis la puce à l’oreille ne voulaient pas trop en dire. Mais le mot continuait à circuler. C’était une question de temps avant que ça devienne public.

Tout le monde sait, maintenant. Alors que le groupe de 10 propriétaires actuel des Olympiques traverse une crise sans précédent, des collègues du 104,7 FM ont décidé que le temps était venu. Le chat est sorti du sac en début de journée.

Jean-Marc Salvet

«Le père Noël est une ordure»

CHRONIQUE / Les offres salariales présentées jeudi par le gouvernement Legault, tout comme les demandes des syndicats des secteurs public et parapublic, sont des positions de négociation; de départ, autrement dit. Si le passé est garant de l’avenir, les choses seront bien différentes au fil d’arrivée. Entre ce qu’on dit et ce qu’on fait… L’entente entre le gouvernement et les médecins spécialistes, tout juste conclue, est là pour nous le rappeler.

Les dernières grandes négociations du genre se sont déroulées en 2015. Le gouvernement Couillard avait présenté ses offres à la mi-décembre 2014. Elles étaient faméliques.

Les syndicats étaient remontés. Il y avait de quoi. «À la veille de Noël, c’est à se demander si le gouvernement n’a pas voulu faire une suite au film Le père Noël est une ordure», avait laissé tomber le président de la Fédération autonome de l’enseignement, Sylvain Mallette.

Les «offres» du président du Conseil du trésor d’alors, Martin Coiteux, tablaient sur un gel salarial les deux premières années du contrat de travail à venir, ainsi que sur des hausses de 1 % annuellement les trois suivantes. Dit autrement : 0 % la première année, 0 % la deuxième et 1 % chacune des trois autres. Un quasi-gel salarial pendant cinq ans. C’était de l’austérité pure et dure.

Les organisations syndicales réclamaient, elles, 13,5 % sur trois ans, soit 4,5 % par année.

Pendant des mois, une loi spéciale paraissait inévitable. Le scénario de 2005 flottait dans l’air. Une loi spéciale avait été adoptée par le gouvernement Charest. Québec avait alors décidé seul du salaire de ses employés.

Tadam! 

Onze mois après la présentation de ses offres initiales, en novembre 2015, le grand argentier de l’État qu’était Martin Coiteux avait «modifié» sa proposition. Son gouvernement proposait désormais 0 % la première année, 1 % la deuxième, 1 % la troisième, 1 % la quatrième et 0 % la cinquième. Le gel prévu l’année 2 était reporté à l’année 5… Wow!

Moins d’un mois et demi après ce maquillage de dernière minute, et au terme d’une année de négociations ardues, le gouvernement et les syndicats membres du Front commun concluaient une entente de principe prévoyant une hausse salariale moyenne d’un peu plus de 9 % sur 5 ans — en tenant compte de sommes liées à la «relativité salariale» et de montants forfaitaires. À ce moment-là, le gouvernement Couillard calculait que le coût total pour l’État s’élèverait à 10,25 % en incluant la rémunération liée aux ententes «sectorielles», celles touchant à l’organisation du travail. Au départ, rappelons-le, ce gouvernement avait dressé la table en y déposant 3 %.

Évidemment, aucune négo n’est comme une autre. Mais il est rarissime que les offres et les demandes initiales demeurent semblables au fil d’arrivée. C’est le propre d’une négo comme celle qui s’amorce.

Surtout que depuis quelques années le gouvernement du Québec a toujours plus d’argent qu’il ne le dit. Les syndicats ont non seulement des arguments de fond à faire valoir dans cette ronde-ci, mais ils auront beau jeu de tirer sur le fil des surplus non prévus pour revendiquer le «rattrapage» réclamé. L’année financière terminée le 31 mars dernier affiche un surplus de 8 milliards $ — de 4,8 milliards $ après les versements au Fonds des générations.

Dire que le ministère des Finances avait prévu au tout départ qu’il faudrait puiser 1,5 milliard $ dans la «réserve de stabilisation» pour seulement parvenir à l’équilibre financier!

Jean-Marc Salvet

Andrew Scheer: démission forcée et sensée

CHRONIQUE / Peu de conservateurs regretteront Andrew Scheer. Je ne parle pas de la personne qu’il est. M. Scheer est un homme cordial et soucieux de rassembler. Je parle de l’obstacle à l’avancée des conservateurs sur l’échiquier politique canadien qu’il représentait.

Démocratiquement parlant, ce n’est jamais sain qu’un parti représentant l’opposition officielle ne puisse réellement prétendre remplacer une formation au pouvoir.

Pour l’heure, son départ soulagera pendant un certain temps le gouvernement minoritaire de Justin Trudeau. Les conservateurs n’auront pas le choix de l’appuyer jusqu’à ce qu’ils aient un nouveau chef, quitte à ce que ce soit par la bande. Ce ne sont pas eux qui feront tomber les libéraux en tout cas.

Mais ces derniers regretteront-ils M. Scheer lorsque son successeur aura été désigné? Possible.

Marcher sur un fil

Le défi du successeur d’Andrew Scheer demeurera immense tant le parti est divisé entre les conservateurs sociaux et moraux — populaires dans l’ouest du Canada — et les autres; ces autres qu’on retrouve particulièrement au Québec, mais aussi en Ontario, notamment.

Parmi les chefs pouvant prétendre au pouvoir, Andrew Scheer s’était classé premier pendant la dernière campagne électorale en ce qui a trait aux gages donnés au Québec et au premier ministre François Legault. Pensons à son projet de déclaration de revenus unique.

Il a toutefois pâti de son projet alambiqué de «corridor énergétique», de son plan vert pâle pour lutter contre les changements climatiques et, surtout, surtout, de sa position personnelle sur l’avortement.

Il avait trébuché sur ce sujet dès le départ, ce qui a jeté un discrédit sur tout le reste. 

Il a bien tenté de rallier les conservateurs sociaux et les autres, car sa nature le porte à cela. Mais c’était mission impossible pour lui et ce le sera tout autant pour son successeur si celui-ci ne parvient pas à changer le parti. Comment marcher longtemps de manière écartelée sur un fil?

Humiliation évitée

Au soir des dernières élections, on ne pouvait voir comment Andrew Scheer pouvait demeurer à la tête de son parti, malgré les gains réalisés au suffrage populaire.

Il a finalement été poussé dehors par la situation politique et par de nombreux conservateurs qui ne croyaient plus en lui. On lui a montré la porte.

En annonçant qu’il passera la main, M. Scheer a dit qu’il voulait consacrer plus de temps à sa famille, ce qui est légitime. Il s’est beaucoup donné ces dernières années. Mais s’il n’avait pas été poussé de son siège et si des perspectives de victoire existaient à l’horizon, il serait demeuré en poste.

En partant, il s’évite un humiliant vote de défiance des militants conservateurs en avril.

Les révélations sur le fait que son parti payait une partie du coût des écoles privées de ses enfants ne l’auraient évidemment pas aidé lors de ce vote. En s’accrochant à son poste, il serait en plus devenu un donneur de leçons dans une maison de verre.

Le Parti conservateur a beau dire qu’une telle aide est conforme à ses politiques, le fait est que peu de personnes étaient dans le secret. La discrétion à cet égard relevait de la cachotterie, comme l’a été le salaire d’appoint de 75 000 $ versé par le Parti libéral du Québec à Jean Charest pendant un certain nombre d’années lorsqu’il était chef de l’opposition et même premier ministre du Québec.

Denis Gratton

La bonté hors d’ondes

CHRONIQUE / Une prénommée Diane m’a écrit lundi dernier pour me demander ce que j’avais pensé du Gala des Oliviers diffusé dimanche soir à Radio-Canada et, plus spécifiquement, des nombreux trophées remportés par l’humoriste Mike Ward.

« Faut-il sacrer et être vulgaire pour avoir des trophées, en plus de n’avoir aucune empathie pour les gens ? Où sont les trophées pour les humoristes intelligents ? s’est-elle demandé. On aimerait vous lire à ce sujet », a-t-elle ajouté.

Sylvain St-Laurent

Quand le Centre Bell parle du Vieux-Bob...

CHRONIQUE / J’étais au Centre Bell, mercredi soir. J’ai fait une petite visite éclair, dans le grand temple du hockey, pour couvrir le match opposant les Sénateurs au Canadien.

Vous ne devinerez jamais quel sujet monopolisait les conversations, mercredi soir, dans le grand temple du hockey.

Au Centre Bell, mercredi soir, on me parlait constamment de ce qui se passait au Centre Robert-Guertin.

Pour vrai.

Au moment où les Sénateurs rendaient visite au Canadien, les Olympiques de Gatineau accueillaient l’Armada de Blainville-Boisbriand.

Durant l’hymne national, le collègue Jean-François Plante a partagé une photo dans les réseaux sociaux. On pouvait y voir des sections entières des gradins pratiquement vides, derrière le banc du club à domicile.

Denis Gratton

En français, s’il vous plaît

CHRONIQUE / Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a tenu à rectifier certaines choses mardi. Il n’était pas content, le monsieur. Je vous explique.

Le leader conservateur était de passage à Ottawa la semaine dernière pour s’entretenir avec le maire Jim Watson. À sa sortie de cette rencontre, un journaliste lui a demandé s’il comptait rétablir le Commissariat aux services en français — un acquis de la communauté franco-ontarienne — qu’il a aboli en novembre 2018. « C’est une question qui revient à la ministre des Affaires francophones (Caroline Mulroney) », a répondu M. Ford.

Chroniques

Savourer les beaux moments

CHRONIQUE / Dans la vie, je suis beaucoup plus chialeux que dans mes chroniques.

Pour vous donner un petit exemple, je suis ce gars lourd qui, lorsqu’il regarde les nouvelles à la télé, a toujours son petit commentaire cynique à rajouter alors que je peux vous assurer que personne à la maison ne m’en a jamais fait la demande. En fait, même lorsque je suis seul et que j’écoute les nouvelles à la radio, je fais des commentaires à voix haute, sans même m’en rendre compte.

Chronique

Desjardins: confiance en baisse

CHRONIQUE / Ça va s’arrêter où? Que va-t-on apprendre de plus dans un mois sur le vol de données chez Desjardins? Le ministre des Finances, Éric Girard, a beau réitérer toute sa confiance à l’égard de l’institution financière, celle de milliers de membres est de plus en plus mise à l’épreuve.

Une fois, ça passe. Les suivantes, le doute s’installe chez les uns, augmente chez les autres. Peu à peu, le lien de confiance s’effrite.

Mercredi, le ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale, Éric Caire, s’est montré pas mal moins confiant que son collègue Girard à l’égard de Desjardins.

«Est-ce que Desjardins a eu les meilleures pratiques? Vous répondez à votre question», a déclaré le ministre Caire aux journalistes qui l’interrogeaient. «Quand on se fait voler huit millions de renseignements personnels sur vos clients, c’est parce qu’il y a une brèche de sécurité, c’est clair.»

La haute direction de Desjardins n’a pas dû apprécier, même s’il s’agit d’une évidence.

Jusqu’à maintenant, l’institution d’Alphonse et de Dorimène s’était bien tirée d’affaire dans l’opinion publique. L’attachement au mouvement coopératif, tant chez les particuliers que les entreprises, permet sûrement de limiter les dégâts.

Desjardins a bien sûr reçu son lot de critiques. Mais, plusieurs membres et utilisateurs de ses services ont constaté que d’autres organisations étaient aussi victimes de fuite de renseignements. Le fait d’être une coopérative n’immunise pas Desjardins contre un ou des employés malveillants à la recherche de gains, et les banques ne sont pas non plus à l’abri.

Certains membres se rassuraient en se disant qu’au moins Desjardins et son président Guy Cormier faisaient face à l’adversité publiquement et avec transparence. D’autres organisations auraient peut-être tenté le pari de la discrétion pour ne pas étaler leurs failles de sécurité sur la place publique et risquer de perdre des clients.

Des spécialistes des communications ont même salué la façon dont Guy Cormier a su gérer la crise éclatée à l’été.

Sa présence dans les médias, sa disponibilité et le fait qu’il reconnaisse que l’inquiétude des clients était légitime. Ses remerciements aux employés. «Ensemble nous avons appris. Ensemble nous avons grandi et ensemble nous allons continuer à le faire. Un grand merci», disait le pdg dans un message sur les réseaux sociaux et le site de Desjardins.

C’était avant que d’autres volets soient dévoilés et exposent l’étendue du problème causé par le geste d’un employé.

Lorsque le nombre de clients concernés par la fuite gonfle, lorsque le problème s’étend aux détenteurs de cartes de crédit, l’étau se resserre sur le président. S’il sort indemne des fortes secousses et des mauvaises nouvelles qui se succèdent depuis juillet, Guy Cormier pourra se présenter comme un champion de la gestion de crise majeure. 

Au début du mois, le haut dirigeant a fait le ménage de sa garde rapprochée. Des gens qu’il avait choisis pour faire équipe avec lui ont été écartés. Le premier vice-président exécutif et chef de l’exploitation du Mouvement Desjardins, Denis Berthiaume, et le premier vice-président technologies de l’information, Chadi Habib, ont été remerciés de leurs services.

«Les évènements des derniers mois m’amènent à la conclusion qu’il faut apporter des changements dans la composition de la haute direction du Mouvement Desjardins», a fait valoir M. Cormier. 

Si les difficultés s’accumulent, certains pourraient penser, à tort ou à raison, que M. Cormier n’est peut-être plus l’homme de la situation et qu’il presse de plus de revoir le modèle de gouvernance.

Même si le ministre des Finances affirme faire toujours confiance en Desjardins, il admet néanmoins qu’elle doit revoir sa pratique de gestion des risques et sa gouvernance.

Certes, les gouvernements, à Québec comme à Ottawa, ont du travail à accomplir de leur côté pour mettre à jour les méthodes d’identification. On est en 2019. 

Mais chez Desjardins, c’est aussi le lien de confiance à rebâtir qui s’ajoute aux grands travaux.

Télé et radio

«La faille»: le monde est petit

CHRONIQUE / On l’a dit pour «Fragile» : on tourne rarement en hiver, parce que ça coûte cher et que c’est glacial pour l’équipe. On dit aussi que les plateaux à l’extérieur des grands centres se font trop peu nombreux. «La faille», nouvelle série de Club illico, allie pourtant les deux à l’extrême : direction Grand Nord québécois dans la ville emmurée de Fermont, au pire de la saison morte.

Fruit d’une collaboration de longue date entre l’auteur Frédéric Ouellet et le réalisateur Patrice Sauvé, qui remonte à Grande Ourse, le résultat de La faille est spectaculaire. Mais encore fallait-il que l’histoire soit bonne, condition remplie à merveille. Lorsque commence la série, une odeur pestilentielle règne à l’intérieur du mur. Le cadavre d’une femme masquée est retrouvé dans un conduit d’aération. Mais qui est cette femme? Et pourquoi on l’a tuée? Surtout que les circonstances rappellent la mort d’un garçon trois ans plus tôt. Un beau mystère à résoudre pour la sergente Céline Trudeau, de la Sécurité du Québec, rôle tenu par Isabel Richer, encore une fois fabuleuse.

À première vue, ce voyage à Fermont représente une punition pour l’enquêteuse de Québec. Pourtant, cet endroit qui tolère des températures de moins 60 avec le facteur vent convient plutôt bien à sa froideur, son manque de sensibilité, son détachement. Tout le contraire d’Alex Théberge (Alexandre Landry), le policier qu’on lui a assigné, plus soucieux du sort de ses concitoyens, qu’il côtoie chaque jour. Parce que la série aurait pu s’intituler «Tout le monde se connaît», ou encore «Le monde est petit».

La seule chose qui pouvait nous faire voir un peu de fragilité chez le sergent Trudeau, c’est qu’elle tombe sur sa fille Sophie (Maripier Morin), qu’elle n’a pas vue depuis quatre ans, et qui est allée refaire sa vie à Fermont avec un nouvel amoureux, joué par Jean-Philippe Perras. Le supérieur de Céline (Benoît Gouin) lui avait volontairement caché cette information, faute de quoi elle n’aurait jamais accepté la mission. Maintenant qu’elles auront à se croiser, il faudra bien qu’elles finissent par crever l’abcès et se dire leurs quatre vérités. Parce qu’entre elles, il s’est vraisemblablement passé quelque chose de grave.

Maripier Morin, qui avait joué dans La chute de l’empire américain lorsqu’on lui a offert une audition pour La faille, s’acquitte fort bien de sa tâche. Québecor Contenu souhaitait la voir dans une fiction, mais Patrice Sauvé considère qu’elle avait tout ce qu’il faut pour obtenir le rôle. L’animatrice a d’ailleurs engagé un coach privé pour offrir la meilleure performance possible. Tous les acteurs sont bons, mais Patrick Hivon est particulièrement convaincant en brute colérique, père de l’enfant décédé, qui ferait un coupable idéal.

La réalisation de Patrice Sauvé tire le meilleur de deux atouts : les images d’hiver et le panorama de Fermont. Jamais je n’aurais pensé trouver une mine aussi photogénique. Les images prises par des drones sont majestueuses. Fermont n’est pas qu’un simple décor dans La faille, mais un personnage en soi. L’histoire de Frédéric Ouellet, finement écrite, a été imaginée en fonction de cette ville singulière, qui suscite la curiosité. La production a d’ailleurs obtenu l’entière collaboration de la municipalité, de la mairie jusqu’à un des animateurs de radio de la place, Carl Gagné-Côté, qui apparaît dans la série. Tout ce monde était conscient du rayonnement offert à la ville par cette série.

Si la maison de production Pixcom a pu se payer un tournage aussi imposant, c’est après avoir conclu une entente avec deux distributeurs internationaux, un allemand, l’autre torontois, avant même le tournage de la série. Quand on dit que l’hiver complique les tournages, c’est qu’il faut se procurer des caméras spéciales, fonctionnelles à 20 sous zéro. Pour vous donner une idée des conditions, les acteurs ont dû affronter des rafales de vent de 100 km/h. Et pour qu’ils puissent dire leurs lignes, ils devaient s’appliquer des pochettes chauffantes sur les joues entre les prises. Mais ne vous y trompez pas, bien des scènes intra-muros ont en réalité été tournées à Saint-Hubert, dans un centre commercial désaffecté.

Comme dans tout bon polar, vous passerez votre temps à désigner un coupable. Du moment que vous croyez savoir qui c’est, l’auteur vous amène ailleurs. Le Club illico y croit tellement qu’il a déjà commandé une deuxième saison. Mais que les acteurs se rassurent : ils n’auront pas à se les geler une nouvelle fois, puisque l’histoire n’aura plus lieu à Fermont. Nouvelle enquête, nouveau lieu. Les huit épisodes sont disponibles sur le Club illico. Ça tombe juste à point pour le congé des Fêtes, période parfaite pour visionner des séries en rafale.

«SI ON S’AIMAIT», SÉRIE MAL-AIMÉE?

TVA reporte encore une fois la série docu-réalité Si on s’aimait, qu’il devait initialement diffuser cet automne. Après l’avoir retardée à l’hiver, voici qu’on la réserve plutôt pour la grille du printemps. Déjà qu’on l’avait changée d’heure, la déplaçant de 19h à 19h30, et considérant que les potentiels d’auditoire sont moins élevés au printemps à la télévision, on peut se demander à quel point le diffuseur est insatisfait du résultat. La décision demeure un bon prétexte pour alimenter la programmation du printemps, habituellement assez pauvre. Dans Si on s’aimait, qui s’étale en principe du lundi au mercredi, le couple formé de Guillaume Lemay-Thivierge et Émily Bégin accompagne des participants de 30 à 50 ans dans leur volonté d’améliorer leurs relations de couple, avec Louise Sigouin, experte en accompagnement relationnel. Ils auront eu le temps de se séparer 10 fois entre-temps.

Patrick Duquette

Vilaines antennes

CHRONIQUE / À une époque pas si lointaine, accrocher des antennes de télécommunications à l’une des plus belles églises de l’Outaouais aurait été perçu comme un sacrilège. Mais les temps ont changé !

Un ami lecteur nous a signalé l’apparition d’une antenne sur le clocher de l’église Saint-François-de-Sales à Gatineau. Au premier coup d’œil, ces grosses boîtes rectangulaires sont aussi gracieuses… qu’un bouton sur le nez.

Les antennes ont été peintes dans le même gris que le bâtiment. Leur présence n’en gâche pas moins les lignes pures du clocher. Pour notre ami lecteur, accrocher de telles horreurs à l’une des plus magnifiques églises de la région, une église historique citée par le gouvernement du Québec, relève quasiment de la profanation.

Bref, je me suis arrêté au presbytère, mardi matin. Le curé Lévis Martel était à moitié surpris de me voir. « Un voisin s’est plaint des antennes, c’est lui qui vous envoie ? », m’a-t-il demandé. Non, monsieur le curé, ce n’est pas lui. J’ai été alerté par un lecteur de passage qui se désolait de l’apparence du clocher.

Le curé a soupiré. « Pour tout vous dire, je pensais que les antennes seraient installées plus haut. Oui, ça étonne au premier coup d’œil. Mais comme elles ont été peintes du même gris que le clocher, on finit par s’y habituer. »

La paroisse a obtenu toutes les autorisations avant d’installer les antennes, m’a-t-il assuré.

L’autorisation du fédéral qui gère les télécoms. Du diocèse. Du ministère de la Culture puisque la vénérable église Saint-François-de-Sales, construite entre 1886 et 1903, est protégée par une citation historique. Une citation qui ne la préserve pas des antennes, dirait-on !

Même la Ville de Gatineau serait en voie de délivrer un permis bien que l’antenne ne soit pas installée sur une emprise terrestre.

Bref, la paroisse est en règle, dit le curé.

Quant au contrat avec Rogers, il s’agit d’un bail de 35 ans qui rapporte 900 $ par mois. Pour cette paroisse qui ne roule pas sur l’or, c’est la promesse d’un revenu stable et récurrent. Avec sa nef surélevée, l’église coûte une fortune en chauffage. Sans compter les frais pour entretenir un bâtiment historique. La quête et la dîme ne rapportent plus comme à la belle époque, dit le curé Martel. « Les gens ont vieilli, il y a moins de monde à la messe… »

Le curé m’a jasé de sa paroisse, fondée en 1840. La plus ancienne de Gatineau. L’église Saint-François-de-Sales est apparue peu après, en même temps que les églises St-Stephen’s de Chelsea, Saint-Grégoire-de-Naziance à Buckingham, et Saint-Paul d’Aylmer.

Je lisais que les clochers des églises étaient, au Moyen-Âge, une manière pour les paroisses de marquer leur richesse et leur prestige. La hauteur de la flèche, la finesse des ornements témoignaient de leur toute-puissance. Nous voilà à louer ces clochers à des géants des télécoms pour payer la facture de chauffage.

Une autre église de Gatineau, Sainte-Rose-de-Lima, a aussi installé des antennes. Est-ce un sacrilège ou un signe des temps ? Si on veut garder nos églises, surtout les plus belles comme Saint-François-de-Sales, ces vilaines antennes sont-elles un passage obligé ?

Télé et radio

Décès de l’animateur sportif Jean Pagé à 73 ans

CHRONIQUE / L'animateur Jean Pagé, qui a connu une longue carrière à la couverture des sports à la télé comme à la radio, est décédé à l'âge de 73 ans, des suites d'un cancer de la prostate. Il a terminé paisiblement ses jours dans sa demeure de Morin-Heights dans les Laurentides, entouré de ses proches.

L'animateur avait appris être atteint du cancer de la prostate en décembre 1995. Depuis, il agissait comme porte-parole de Procure, un organisme qui sensibilise les hommes à l’importance du dépistage et de la prévention de cette forme de cancer. Il a aussi fondé la Marche du Courage Procure en plus d'initier la Randonnée du Courage Pat Burns. À sa visite à Tout le monde en parle le 17 novembre dernier, Ron Fournier confiait que son ami en était à l'étape des soins palliatifs.

Né à Chicoutimi, où il a entrepris sa carrière à la station CJMT, Jean Pagé a par la suite complété un baccalauréat en sciences politiques à l'Université Laval. C'est en 1973 qu'il fait son entrée à Radio-Canada, d'abord à la station de Québec, avant de prendre la direction de Montréal.

Jean Pagé a alors joint l'équipe de rêve des sports à Radio-Canada, avec les René Lecavalier, Serge Arsenault, Richard Garneau, Lionel Duval et plusieurs autres. À cette antenne, où il a passé 30 ans, il a tout fait, La soirée du hockey, L'univers des sports, Les héros du samedi, le tennis, le patinage artistique, la Formule 1, en plus d'avoir été chef d'antenne aux Jeux olympiques, qu'il a couverts à une douzaine de reprises.

Le récipiendaire de huit trophées Artis a créé la surprise en quittant le diffuseur public pour TQS en 2003, où il passera huit années à l'animation de 110%, puis de L'attaque à 5. Une décision qu'il n'avait pas prise à la légère. «Ça me fait beaucoup de peine de partir. J'y ai beaucoup pensé, ça a été un choix déchirant. Je me levais la nuit, me demandant si c'était une bonne décision», m'avait-il alors confié.

Dans les dernières années de sa carrière, il a animé les courses d'IndyCar et le patinage artistique à TVA Sports, en plus de remplacer à l'occasion au micro du 98,5 FM à Montréal. Il laisse dans le deuil son épouse Brigitte Bélanger ainsi que ses enfants, Isabelle, Alexandra, Elisabeth et William.

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Chronique

Le français, un droit pour tous

CHRONIQUE / C’est le projet de loi que personne n’avait vu venir sur la Colline parlementaire à Québec cet automne : le 4 décembre, le député libéral Gregory Kelley a proposé d’instaurer «un droit» à la gratuité pour des cours de français, et ce, pour toute personne résidant au Québec. C’est tactiquement sensé pour les libéraux. C’est surtout plein de bon sens pour les éventuelles personnes qui en bénéficieraient. Et pour le Québec dans son ensemble.

Explications : les libéraux ont cruellement besoin de renouer avec la majorité francophone. Et ils doivent offrir des gages à cet effet. Car ce n’est pas en se contentant de répéter constamment, sous le mode de la contrition, qu’ils doivent se «rebrancher» et «écouter» qu’ils y parviendront. C’est en y allant de propositions concrètes. Les incantations ont des limites.

La proposition de Gregory Kelley ne suffira pas, bien sûr, à réduire le désamour qui existe entre les électeurs dans leur ensemble et le Parti libéral du Québec (PLQ). D’abord, parce qu’elle n’a pas fait un bruit à ce point fort que bien des gens en ont entendu parler. Aussi, parce que la relative indifférence dont a fait preuve le gouvernement de Philippe Couillard à l’égard des inquiétudes des Québécois francophones (qu’elles aient toutes été fondées ou pas) a laissé des traces profondes. Enfin, parce qu’on ne change pas l’air du temps comme ça. Il faut des années. 

Aussi, parce que le terrain du «nationalisme» est occupé. Il n’est pas libre. La Coalition avenir Québec a sauté dessus à pieds joints.

Mais des mesures comme celle proposée par M. Kelley vont dans le bon sens.

La candidate à la direction du PLQ Dominique Anglade ne peut que s’en réjouir, car le député de la circonscription de Jacques-Cartier est dans son camp pour cette course.

Sauf rarissimes exceptions, un projet de loi émanant d’un parti d’opposition n’est jamais adopté. Il peut par contre inspirer un gouvernement. Il indique à tout le moins où veut loger le parti qui le porte.

La Charte

Même s’il concerne tous ceux qui pourraient vouloir s’en prévaloir, ce droit à des cours de français gratuits, qui est au cœur du projet de loi de Gregory Kelley, vise particulièrement les Québécois d’expression anglaise.

«Malgré les améliorations importantes au chapitre de l’immersion française à l’école, des générations de Québécois d’expression anglaise n’ont pas eu la chance d’apprendre un niveau de français suffisamment avancé pour leur permettre d’envisager avec confiance l’intégration sur le marché du travail en français», a noté le député de Jacques-Cartier.

Son projet de loi a l’ambition d’inscrire cet éventuel droit à des cours de français dans la Charte de la langue française.

Au passage, sa proposition témoigne du problème à s’exprimer en français existant encore chez de nombreux Québécois d’expression anglaise.

Bon accueil

Le ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Simon Jolin-Barrette, s’est montré disposé à inclure un tel droit dans le bouquet de mesures qu’il présentera l’an prochain pour renforcer le statut et l’usage du français au Québec. Le premier ministre François Legault aussi.

Il faut dire que le député caquiste de Sainte-Rose, Christopher Skeete, responsable des relations avec les Québécois d’expression anglaise au gouvernement, a récemment lui-même fait état du problème décrit par M. Kelley, ainsi que du désir de plusieurs membres de la communauté anglophone d’avoir droit à des cours de français.

Le plus positif dans cette avancée à venir sera sans doute qu’elle aura pris appui sur une demande provenant de Québécois d’expression anglaise.

C’est leur demande qui a incité les libéraux à présenter cette proposition et qui incite les caquistes à y réfléchir sérieusement.

On ne le répétera jamais trop : que ce soit dans l’ensemble canadien ou pas, l’avenir du Québec passe par la langue française. Si un jour lointain, même très lointain, la langue française ne devait devenir qu’un élément folklorique, ce territoire ne serait plus le Québec. Il serait autre chose. Voilà pourquoi le devoir fondamental de tout gouvernement québécois est d’assurer non seulement la pérennité du français au Québec, mais son épanouissement constant. Dit ainsi, c’est une grande généralité. Mais il existe des vérités même dans des lieux communs.

Chronique

Une personne raisonnable ne se trompe pas

CHRONIQUE / Par un beau dimanche de mai, je file vers Mont­réal, je me laisse trois heures et demie pour faire la route, pas de pluie, pas trop de travaux.

Ça bouchonne juste après le IKEA de Boucherville.

Ça va, j’ai du temps.

J’approche de l’île lentement et sûrement, mais en bifurquant vers la bretelle du pont Jacques-Cartier, je constate, ô misère, que ledit pont est particulièrement congestionné, les voitures pare-chocs à pare-chocs, immobiles, refoulent jusque dans les voies d’accès. À vue de nez, j’en ai pour une heure.

L’heure de mon rendez-vous approche, je n’ai plus ce temps.

Je dois penser vite, j’arrive à me faufiler vers la sortie menant au métro de Longueuil, je mise sur la vélocité du transport en commun. Je dois faire vite, je gare ma voiture dans un des stationnements près de la station, je ramasse mes cliques, mes claques et ma valise, cours vers la borne de paiement. 

Je suis les instructions, j’extirpe mon papier d’immatriculation pour entrer mon numéro de plaque, je procède au paiement pour 24 heures avec ma carte de crédit, bingo, ça fonctionne. J’aurai l’esprit tranquille jusqu’à demain, ma voiture attendra sagement que je revienne et je n’aurai pas à me taper le trafic à Montréal.

J’arrive juste à temps à mon rendez-vous.

Je reprends le métro le lendemain matin, je reviens à mon auto et, ô surprise, une contravention m’attend sous un essuie-glace. Je vérifie sur le papier que m’a imprimé la machine la veille, j’ai bel et bien payé. Je vérifie de nouveau, eurêka, je réalise que j’ai inversé les trois lettres qui figurent sur ma plaque.

Une erreur bête.

Je reprends la route sous le soleil. Je n’aurai, de retour à Québec, qu’à plaider non-coupable à l’infraction de «ne pas avoir acquitté la somme et respecté les conditions énoncées à l’article 35.4.2» en envoyant la preuve irréfutable de paiement et la comparaison entre mon numéro de plaque et celui que j’ai «pitonné».

Ce que je fais.

Mi-octobre, je reçois une lettre de la Ville de Longueuil, je suis convoquée en cour municipale un mois plus tard. Une formalité, pensais-je, il me faut sûrement aller plaider en personne, ce que je compte faire. Une question de principe, évidemment, le coût du déplacement excède l’amende reçue.

Je ressors le «dossier» que j’avais envoyé, j’appelle à la cour pour demander quelques informations, on me transfère à une procureure, très gentille, qui sort la «preuve» qui est contre moi, elle a aussi la mienne, envoyée en mai. Je lui demande s’il y a moyen de comparaître par vidéo à partir de Québec ou d’envoyer quelqu’un vu que c’est une simple formalité.

Ce n’est pas une formalité.

La procureure m’informe que l’infraction que j’ai commise n’est pas le non-paiement des 10,25 $ exigés.

L’infraction est de m’être trompée.

La procureure comprend, mais elle n’y peut rien, j’ai enfreint une des «conditions énoncées à l’article 35.4.2» soit l’obligation d’entrer sans se tromper le numéro de la plaque d’immatriculation. «À la cour, on tolère parfois un caractère incorrect, mais dans ce cas-ci, il y en a trois…»

Je suis cuite. Il ne me sert donc à rien de faire l’aller-retour Québec-Longueuil, je suis coupable sur toute la ligne. La dame me propose de changer mon plaidoyer et d’attendre tranquillement la facture. 

Je n’ai pas vraiment le choix.

Et si la même chose m’était arrivée à Québec? Eh bien, c’est arrivé à un couple en juin 2018 et, comme à Longueuil, l’erreur est un crime. L’homme et la femme allaient voir un spectacle, ils ont stationné leur voiture à un parcomètre sur la rue Dorchester, ont payé le montant via l’application Copilote. 

La dame a entré le numéro d’espace 2128 au lieu de 3128.

Ils ont contesté la contravention, en vain. Dans sa décision, le juge Pierre Bordeleau écrit ceci : «Sans dire que le Tribunal exige la perfection de l’état d’esprit de la personne raisonnable, il faut tout au moins une preuve de vérification, de précaution, d’une attention particulière, ce qui ne ressort pas du témoignage de la défenderesse.»

Le juge a tranché, même si l’erreur a été faite de bonne foi, ce n’est pas une erreur «raisonnable».

C’est quand même hallucinant, déjà que les stationnements et les parcomètres sont des vaches à lait, il ne suffit plus de payer ce qu’il faut pour être un bon citoyen parce que le bon citoyen ne fait pas d’erreur.

Se tromper est devenu une infraction.

Entre les lignes

Le chant des abeilles

CHRONIQUE / Le phénomène ne m’était pas arrivé depuis longtemps. J’aurais d’ailleurs dû ne pas y penser et encore moins m’en réjouir, car on dirait que c’est ce qui l’a provoqué... Depuis quelques jours, j’ai souvent des paroles ou des bouts de chansons qui tournent en boucle dans ma tête.

Dans le coin droit. Près du front. La phrase Ça fait longtemps, mille ans peut-être, de la chanson Le rendez-vous de Valérie Carpentier, que je n’ai jamais écoutée au complet de ma vie, m’a suivie toute une journée récemment. Le surlendemain, c’était le refrain complet de 23 décembre, de Beau Dommage.

Chronique

Santé: cap sur la prévention

CHRONIQUE / Qu’une partie de plus en plus grande du budget des établissements de santé et de services sociaux serve à soigner le personnel et les «soignants» est un autre indicateur de l’état critique du réseau. Le ministre du Travail, Jean Boulet, se présente comme celui qui donnera le coup de barre attendu depuis si longtemps. Cap sur la prévention.

Le ministre a repoussé en février-mars le dépôt de son projet de loi sur la modernisation des lois touchant la santé et la sécurité du travail.

En entrevue, il indique lundi que la prévention sera au cœur de sa réforme et que le réseau de la santé et des services sociaux n’y échappera pas. 

M. Boulet souligne que 46,2 % des lésions psychologiques ont été répertoriées en 2018 dans le secteur des services médicaux et sociaux.

Difficile de nier l’existence d’un problème. D’autant plus lorsque c’est l’État qui est l’employeur. 

Dans une shop ou une entreprise privée, si les accidents de travail et les absences pour maladie grugent une partie de plus en plus importante du budget et des profits, et nuisent de surcroît à la productivité, le patron tentera normalement de vite redresser la situation.

Le gouvernement, à titre d’employeur, devrait être animé de la même volonté. D’autant plus dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre. D’autant plus que nous savons mieux qu’il y a 40 ans quoi faire pour assurer la santé et la sécurité du personnel, qu’importe le secteur d’activités.

Dimanche, sept syndicats représentant les salariés du secteur de la santé et des services sociaux ont réclamé que le gouvernement Legault déclare prioritaire ce secteur en raison de l’augmentation «fulgurante» du nombre d’accidents et de lésions professionnelles chez les employés.

Les coûts reliés à l’assurance salaire et aux accidents de travail sont en hausse depuis cinq ans dans le réseau de la santé et des services sociaux. 

Depuis 2014-2015, le ratio d’heures d’assurance salaire ne cesse d’augmenter. Il était de 5,92 % il y a cinq ans. Il a atteint 7,52 % en 2018-2019, lit-on dans le plan d’action national visant la prévention des risques en milieu de travail et la promotion de la santé globale 2019-2023, du ministère de la Santé et des Services sociaux.

Ce sont 557,6 millions $ qui ont été versés en indemnités d’assurance salaire pour l’ensemble des établissements publics en 2017-2018. Une augmentation de 35,1 % par rapport à 2014-2015.

Une partie de ces fonds pourrait être épargnée et servir à d’autres fins si les établissements misaient davantage sur la prévention.

Jean Boulet rappelle qu’un dollar investi en prévention permet d’en économiser cinq. 

Baisse des cotisations à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) et des primes d’assurances, augmentation de la productivité, baisse du roulement de personnel, motivation accrue. Le ministre mentionne les avantages à prendre soin de la santé et de l’intégrité physique et psychologique des employés, en santé, mais dans tous les autres domaines.

Dans sa réforme, M. Boulet prévoit plus d’obligations pour les établissements du réseau de la santé et des services sociaux. Une prise en charge des risques par les parties dans chaque établissement. Les parties devront préciser le niveau de risque, identifier des mesures concrètes, se doter d’un comité santé-sécurité et élaborer un programme de prévention.

En 1979, à l’adoption de la Loi sur la santé et la sécurité du travail, le législateur avait prévu six secteurs prioritaires en matière de prévention. L’application devait se faire progressivement, mais après 40 ans, quatre secteurs, y compris celui de la santé et des services sociaux, la construction et l’agriculture, sont toujours en attente.

Le ministre précise d’ailleurs que seulement 23 % des employeurs sont soumis à l’application entière de la loi, à tous les mécanismes de prévention. 

Ce n’est pourtant pas seulement dans les secteurs des mines, de la foresterie et des scieries qu’il presse de mieux veiller à la santé et à la sécurité des travailleurs. 

Bien sûr, il faudra attendre cet hiver le dépôt du projet pour voir si les propos rassurants du ministre en faveur de la prévention, de la santé et la sécurité des employés se transposeront dans le texte de loi. L’espoir est permis. À suivre.

Sylvain St-Laurent

Pasta et le club des 70 buts

CHRONIQUE — À TRAVERS LA LNH / Il faut peut-être s’inquiéter, un peu. Lors des matches disputés les 3,5 et 7 décembre, David « Pasta » Pastrnak n’a pas marqué.

C’était la première fois en 2019 qu’il jouait trois matches consécutifs sans toucher la cible.

Télé et radio

Conseils à suivre... ou pas

CHRONIQUE / Vous tombez sur le journal intime de votre ado, le lisez-vous? Parleriez-vous de votre vie sexuelle avec votre fille de 20 ans? Vous achetez un beigne, laissez-vous un pourboire? Huit duos de vedettes se sont penchés sur ces questions un peu futiles, et bien d’autres, dans la nouvelle série «Conseils d’amis», à l’horaire de Canal Vie à partir du lundi 6 janvier à 20h. Un genre de «Code F» et «Code G», mais plus adulte.

La série de huit demi-heures est une adaptation d’un format britannique intitulé Celebrity Advice Bureau, beaucoup plus axé sur la vie professionnelle. Conseils d’amis se consacre davantage à la vie familiale. La première que j’ai vue comprend trois duos : Ève Landry et Geneviève Schmidt, Patrice Robitaille et Fabien Cloutier, et Marie Soleil Dion et Louis-Olivier Mauffette, qui lisent des questions sur des cartons, à propos de tout et de rien. C’est souvent très drôle, même si plusieurs questions finissent sans véritables réponses. Ma femme ronfle, qu’est-ce que je fais? Les artistes y réfléchissent à voix haute sans en tirer de conclusions. Même chose pour : je veux partir de Québec, quelle ville me suggérez-vous? Au fond, les réponses importent peu, c’est la façon dont les duos réfléchissent aux questions qui rend le concept intéressant. Parce qu’il ne ressort aucune philosophie bien profonde de tout ça; on reste dans la légèreté. Je ne me fierais pas trop là-dessus pour prendre une décision importante.

Ève Landry semble avoir adoré l’expérience. «Ça faisait longtemps que je n’avais pas ri comme ça», confie la comédienne, qui n’avait lu aucune question avant l’enregistrement, comme tous ses collègues. Chacun improvise les réponses comme ça lui vient. Le tiers est emprunté à la version britannique, les deux autres sont des questions créées de toutes pièces par l’équipe de Datsit Sphère. Les autres duos sont formés d’Antoine Vézina et Tammy Verge, Mélanie Maynard et Rosalie Bonenfant, Rosalie Vaillancourt et Pierre-Yves Roy-Desmarais, Sylvie Léonard et Sophie Cadieux, ainsi que Pierre-Yves Lord et Karine Gonthier-Hyndman. Au fait, Louis-Olivier Mauffette admet avoir déjà brassé un peu de monnaie dans le pot de pourboires au comptoir pour faire croire qu’il en donnait un. Pas très généreux, mais honnête.

Denis Gratton

«Le système de santé m’a rendue malade»

CHRONIQUE / Roxanne, 35 ans, était technologue en imagerie médicale spécialisée en angiographie. Employée du Centre intégré de santé et des services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) depuis plus de 11 ans, elle était l’une des sept technologues dans ce domaine en Outaouais.

Son lieu de travail principal était l’Hôpital de Hull, là où se trouve la seule salle d’angiographie en Outaouais pour desservir les six hôpitaux de la région (Hull, Gatineau, Wakefield, Buckingham, Shawville et Maniwaki).

Science

Lecture obligatoire: la «matière noire» de la nutrition

BLOGUE / Si la grande abondance des études en nutrition qui paraissent chaque semaine vous donne le tournis, alors tenez-vous loin du dernier numéro de la revue savante «Nature – Food», sous peine de vous évanouir...

On y trouve en effet cet article qui, en plus d'être absolument captivant, conclut que la science de l'alimentation a grossièrement simplifié son propre objet d'étude en concentrant ses efforts de recherche sur quelques dizaines de nutriments alors qu'il en existe des milliers.

Il y a de bonnes raisons d'avoir consacré autant d'études à ces nutriments, écrit le trio d'auteurs de la région de Boston, parce qu'on sait qu'ils sont importants pour la santé (graisses, sucres, protéines, vitamines, etc.). Mais il n'empêche : pour un aliment comme l'ail, par exemple, les bases de données en nutrition comme celle du ministère américain de l'agriculture ne donnent des concentrations chiffrées que pour 67 composés chimiques, alors qu'on sait que l'ail en contient plus de 2300 ! Dans l'ensemble, la recherche en nutrition est centrée autour d'environ 150 nutriments, mais on en dénombre un total de plus de 26 000 — et même ça, c'est un portrait très incomplet.

Il est évident, plaident les auteurs, qu'un angle mort de cet ordre nous fait passer à côté de beaucoup de choses importantes. Par exemple, des résultats récents ont trouvé qu'on composé nommé oxyde de triméthylamine (TMAO) était associé à une mortalité plus élevée chez la patients atteints du cœur. Le TMAO provient de composés présents dans le lait, les poissons et les viandes ; ces substances sont transformées par la flore intestinale en un précurseur du TMAO, lequel est ensuite converti en TMAO dans le foie. On connaît 6 de ces composés qui finissent en TMAO, mais un seul (la choline, qu'on trouve surtout dans les produits animaux) est suivi et mesuré dans les bases de données nutritionnelles, déplorent les auteurs.

Bref, il semble que la nutrition soit un peu dans la même situation que l'astronomie, qui n'a étudié jusqu'à présent que la «matière ordinaire» même si elle ne compose que 5 % de l'Univers — le reste, soit la matière sombre (27 %) et l'énergie sombre (68 %), est pour l'instant impossible à observer directement. Les quelque 150 nutriments sur lesquels les chercheurs ont concentré leurs efforts jusqu'à maintenant ne représentent qu'environ 5 % de la diversité chimique de la nourriture, et il reste donc encore toute la «matière sombre» à étudier, illustre le trio d'auteurs — dont deux sont d'ailleurs physiciens...

Environnement

Des limites à ne pas franchir

CHRONIQUE / Depuis une vingtaine d’années, la notion de points de bascule ou de seuils de non-retour titille la communauté des scientifiques qui s’intéressent aux changements climatiques. Par analogie, j’avais comparé cette question avec celle d’un fumeur qui demande à son médecin « combien de cigarettes est-ce que j’ai encore le droit de fumer avant d’avoir le cancer ». Bien malin le docteur qui peut répondre à une telle question. Il y a des seuils difficiles à déterminer, à plus forte raison lorsqu’on parle des mécanismes qui régulent le climat planétaire. On est donc confrontés à des dilemmes insolubles. Nous ne saurons que nous avons franchi l’un de ces points de bascule que lorsqu’il sera effectivement franchi et que le système se mettra à évoluer de façon erratique.

Dans un article publié dans la revue Nature le 28 novembre 2019, une équipe internationale de scientifiques qui travaille sur les frontières du système planétaire mettait en garde les gouvernements du monde à l’aube de la 25e conférence des Parties de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques : « Les conséquences de franchir un point de bascule climatique pourraient être si catastrophiques pour l’avenir de l’humanité qu’il faut éviter à tout prix de s’en approcher davantage. »

Sébastien Pierroz

Le grand blocage

CHRONIQUE / TORONTO — Le bras de fer continue entre le ministère de l’Éducation de l’Ontario et les enseignants. Mercredi de la semaine dernière, la grève déclenchée par la Fédération des enseignants des écoles secondaires de l’Ontario (FEÉSO) a de nouveau démontré l’impasse des négociations entre les deux parties. Ce conflit ne concerne que les écoles anglophones… pour le moment.

À entendre le ministre de l’Éducation, Stephen Lecce, parlant de « moyens de pression aux dépens des élèves » de la part de la FÉÉSO, le principal syndicat provincial, on comprend que le ton s’est même durci. 

Voilà plus de cinq mois que les conventions collectives des syndicats d’enseignants, d’une durée de deux ans, sont échues. Et pour l’instant, les différentes rondes de négociations n’ont pas permis de dégager un accord. Une différence notable avec 2017 quand les syndicats avaient rapidement obtenu satisfaction.

Tout indique que les discussions coincent sur deux aspects. D’abord, la décision récente du gouvernement de limiter les augmentations de salaires annuelles de tous les travailleurs du secteur public à 1 % ne fait pas l’affaire de la FEÉSO, laquelle exige une hausse de 2 %. Une demande jugée en adéquation avec le coût de la vie toujours plus cher.

Par ailleurs, la volte-face du gouvernement, il y a quelques semaines, sur le projet d’augmenter le nombre d’élèves par classe au secondaire à 25, contre 28 initialement, n’a pas rassuré les enseignants. Beaucoup jugent cette concession insuffisante. Avant la grande réforme sur l’Éducation, lancée au printemps, on parlait d’une moyenne de 22 élèves par classe.

Pour lire la chronique de Sébastien Pierroz dans son intégralité, rendez-vous sur le site Web d'#ONfr.

Chronique

Lettre à Thierry, neuf ans

CHRONIQUE / C’est une lettre que Thierry Kayitana, 36 ans, a écrite au petit Thierry Kayitana, neuf ans, né au Burundi en 1983, arrivé à Québec à trois ans. Une lettre qu’il aurait aimé recevoir.

«Cher Thierry, 

Nous sommes le 21 décembre 1992, ton père t’amène voir ton premier match de hockey au Colisée de Québec. Les Nordiques affrontent les Pingouins de Pittsburgh. L’amphithéâtre est rempli et l’ambiance est survoltée. En début de troisième période, le pointage indique 7 pour Pittsburgh et 4 pour les Nordiques.»

Mais Thierry a la tête ailleurs, plutôt le regard.

«Tu as neuf ans et tu ne suis pas vraiment la partie. Tu regardes autour de toi avec cette étrange impression de ne pas être à la bonne place au bon moment. Les gens qui croisent ton regard d’un air intrigué t’agacent un peu, mais tu essaies de les éviter. Ton père est un passionné de football, du soccer pour les Nord-Américains. C’est le sport national chez nous comme en Europe. Ce que ton père est venu chercher au Colisée, c’est cette ambiance festive qu’il a connue jadis à Kigali, au Rwanda.» 

Thierry, lui, est fasciné.

«Toi, au contraire, dans ta naïveté, tu es impressionné par la vitesse de Joe Sakic et le maniement de la rondelle de Mario Lemieux. Tu ne comprends pas les règles du jeu et cela ne te dérange pas. Tu as qu’une seule idée en tête, c’est de demander à ton père de t’acheter un bâton et des patins pour essayer ce que tu viens de voir ce soir-là. 

«Ton père ne t’apprendra pas à patiner. Pas par manque de volonté, mais par manque de temps. Vois-tu, ton père travaille le jour et étudie le soir pour qu’un jour il puisse t’offrir un meilleur avenir. C’est ça, être un papa immigrant. Tu te dis que ce n’est pas grave, car c’est ton ami Michel de l’école primaire qui te montrera comment faire à la patinoire communautaire Ferland. C’est là aussi où tu feras partie de la gang, celle des hockeyeurs du quartier. Tu as 10 ans et tu progresses, mais tu n’es toujours pas capable de freiner. Les plus vieux vont se moquer de toi à force de te voir tomber sur la bande. Mais tu te relèveras à chaque fois.»

Ce ne sont pas ces regards-là qui le dérangent le plus, ce sont ceux des autres enfants issus de l’immigration.

«Tu as 14 ans, tu es dans une phase importante de ta vie sociale. C’est le basketball qui mène, rien d’autre n’est plus important, mis à part les filles. Bref, pas question pour toi de jouer au hockey. Qu’est-ce que ta nouvelle gang, à majorité noire, dirait si on te voyait sur une patinoire? Juste l’idée d’y penser te fera peur. Tu ne remettras plus de patins sous tes pieds pendant ton adolescence.»

Thierry est convaincu que pour être un «bon» Noir, il ne doit pas jouer au hockey.

Ça ne se peut pas.

«À 17 ans, tu quitteras ta gang de basketteurs. La passion n’y sera plus, le plaisir d’y jouer non plus. C’est difficile de l’imaginer, encore plus pour tes amis immigrants. Tu ne leur as pas dit la vérité. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que, lors des inscriptions pour les activités parascolaires au cégep, tu as donné ton nom pour être dans l’équipe de hockey. Tu hésiteras longtemps avant de te lancer dans l’inconnu.» 

Thierry fait le saut.

«Tu es à la recherche de cette sensation de nativité que tu avais à neuf ans, lorsque tu essayais quelque chose pour la première fois. Tu n’auras pas beaucoup de succès dans ton retour au hockey, malgré que ta nouvelle gang semble apprécier tes efforts malgré tout. Pour la première fois depuis longtemps, depuis que tu jouais au basketball, ce n’est pas toi le meilleur joueur de l’équipe. C’est bizarre, je sais. Tu es le seul Noir de l’équipe et de la ligue aussi, ça, c’est encore plus bizarre.»

Ce même sentiment, persistant, de ne pas se sentir à sa place. 

«Tu as 25 ans, en ce printemps de mai 2010. Le Canadien est en finale de l’Est contre les Flyers de Philadelphie et le Tricolore a rappelé du club-école un certain P.K Subban. Jusqu’à maintenant, tu n’avais jamais vu un seul hockeyeur noir à la télé, encore moins dans l’uniforme montréalais.» 

L’étincelle.

«Lui, contrairement à toi, aura du succès sur la glace. L’ambiance est au rendez-vous au Centre Bell et également dans la salle communautaire où tu seras, avec toute la communauté rwandaise. Tu comprendras à ce moment précis que l’arrivée de Subban transcendera le sport, les frontières du racisme et les inégalités sociales. Subban deviendra ton idole. Tu te demanderas, maintenant adulte, si, pendant tout ce temps, tu as fait le bon choix.»

Peut-être le cours de l’histoire de Thierry aurait changé si, bien avant, il avait vu le regard des autres changer. Et surtout, son propre regard sur lui.

Enfant, c’est ce regard-là le plus important.

Chronique

Acte de foi réclamé pour les «trop-perçus»

CHRONIQUE / Il faut avoir la foi pour croire que les consommateurs québécois d’hydro-électricité épargneront 1,5 milliard $ grâce à l’adoption cette fin de semaine du projet de loi visant à simplifier le processus d’établissement des tarifs d’Hydro-Québec.

En commission parlementaire, plus tôt cet automne, les associations de consommateurs et de défense des entreprises, ainsi que la plupart des experts, ont soutenu qu’un tel retour d’argent ne se matérialiserait jamais.

L’été dernier, nous avions parlé dans ce journal de poudre de perlimpinpin pour décrire le projet de loi finalement adopté sous bâillon législatif. Le débat avait alors déjà cours depuis le printemps — depuis la présentation de la pièce législative du ministre Jonatan Julien.

La proposition gouvernementale s’appuie entre autres sur la remise en début d’année prochaine par Hydro-Québec de 500 millions $ à ses clients. Or, ces dollars, constitués du solde des «comptes d’écart», auraient de toute façon fini par être retournés aux consommateurs, a rappelé le chef libéral par intérim, Pierre Arcand, vendredi. 

Autre rappel : le projet prévoit un gel des tarifs l’an prochain, suivi d’une indexation tarifaire arrimée au taux d’inflation les quatre années suivantes. Le gouvernement calcule que ce volet fera économiser 1 milliard $ aux consommateurs. Or, rien ne dit que la Régie de l’énergie n’aurait pas autorisé des hausses en deçà de l’inflation. Elle l’a fait ces dernières années.

Ils ont fait bloc

À l’Assemblée nationale, les partis d’opposition ont fait bloc contre le projet du ministre Julien. Leurs représentants ont martelé qu’il ne permettrait nullement de retourner le «trop-perçu» de 1,5 milliard $ d’Hydro-Québec — un «trop-perçu» sur lequel la Coalition avenir Québec avait cogné fort lorsqu’elle était dans l’opposition.

Samedi, en marge du processus accéléré d’adoption, on a entendu l’affable péquiste Sylvain Gaudreault sortir de ses gonds. C’est rare. «C’est juste de la “bullshit”», a-t-il dit. Poursuivant sur sa lancée, il a même affirmé que le ministre de l’Énergie «s’est laissé embobiner comme un pauvre type dans la farine par une puissante machine qui s’appelle Hydro-Québec».

«Les fleurs en 2020, puis le pot, les quatre prochaines années», a pour sa part politiquement résumé la solidaire Ruba Ghazal à minuit quinze dimanche, tout juste après l’adoption du projet de loi.

Une honte?

Il faut distinguer le fond du projet gouvernemental comme tel du processus d’adoption par bâillon législatif. 

Samedi, les règles habituelles de l’Assemblée nationale ont été suspendues pour forcer son adoption. Une honte?

Soutenir que ce projet de loi n’aurait jamais dû exister ou qu’il aurait dû être amendé — voire scindé, comme cela a aussi été proposé —, c’est une chose. C’est même une chose tout à fait valable.

Mais après les refus réitérés par le gouvernement Legault de l’abandonner ou de le modifier fondamentalement, et après 100 heures de débats en commission parlementaire, celui-ci pouvait légitimement exiger que les députés votent. Oui, quand tout a été dit, à un moment, il faut procéder au vote final.

Les bâillons législatifs nous ramènent toujours à la question du temps de délibération parlementaire. Jusqu’où le poursuivre? Jusqu’où le pousser?

En mars 2018, avant de quitter la politique, le ministre libéral Jean-Marc Fournier avait déclaré que «l’Assemblée nationale mériterait une bonne réingénierie en termes de temps passé à la délibération». Souvent, «on est dans une délibération qui cherche simplement à étirer le temps», avait-il ajouté en visant les partis d’opposition. Il estimait que des «cadres temporels devraient être associés à des projets de loi».

Même si elle peut paraître tentante pour tout gouvernement, l’exploration de cette avenue ne conduirait qu’à restreindre encore plus les débats.

Il s’agirait d’une solution sans doute pire que la situation que l’on tenterait de corriger.

Il vaut mieux accepter le cas par cas, quitte à ce que les partis d’opposition freinent le processus législatif des quatre fers. Et qu’un gouvernement décide à un moment de recourir au bâillon, qui est un outil qui existe dans l’arsenal parlementaire.

Chacun d’entre nous peut ensuite juger des manières de faire et de l’attitude des uns et des autres.

Chroniques

Mourir pour la cause

CHRONIQUE / La semaine dernière, Luc Ferrandez a jeté un pavé dans la marre en évoquant la possibilité d’étendre l’aide médicale à mourir aux personnes qui souhaiteraient éviter de devenir un fardeau pour leurs proches et pour la société en général. En effet, l’ancien maire de l’arrondissement montréalais du Plateau-Mont-Royal a évoqué le droit à l’autodétermination comme argument permettant à une personne de demander qu’on mette fin à ses jours si cette dernière considère que sa vie ne vaut plus la peine d’être vécue, notamment sur la base de motifs sociaux et environnementaux. Aussi troublante puisse-t-elle être, je crois que cette proposition mérite réflexion.

Personnellement, j’ai toujours été pour l’aide médicale à mourir et je suis plutôt favorable à l’idée d’assouplir les règles d’admissibilité qui, à l’heure actuelle, me semblent un peu trop restrictives. Par exemple, je trouve déplorable qu’une personne en proie à des souffrances physiques et/ou morales constantes ne soit pas admissible simplement parce qu’elle n’est pas à proprement parler en « fin de vie ». Je pense aussi que pour les personnes souffrant de maladies dégénératives, l’accès à l’aide médicale à mourir par le biais d’une demande anticipée devrait être sérieusement envisagé.

Opinions

La montée d’un nationalisme antiaméricain en Chine

ANALYSE / Depuis le rétablissement des relations sino-américaines durant les années 1970, les États-Unis et la Chine avaient constamment cherché à développer des relations cordiales. La stratégie américaine était limpide : amadouer la Chine pour contrebalancer la Russie. Les États-Unis ont conséquemment accordé à la Chine dès 1979 la clause de la nation la plus favorisée lui permettant d’accéder librement au marché américain. De plus, ils parrainèrent l’entrée de cette dernière à l’OMC en 2001.

Sous l’administration Obama, Washington prit acte que la Chine pourrait éventuellement menacer la suprématie américaine dans le monde. Constatant l’émergence de l’Asie comme le nouveau grand pôle des affaires internationales, Obama devisa une stratégie consistant dans le déploiement de 50 % de la flotte américaine dans la région et la négociation du Partenariat Trans-Pacifique. Cette politique, décrite comme le pivot américain en Asie, misait sur la puissance douce : endiguer la montée de la Chine sans la heurter directement.

Le progrès technologique

Le retour de l’enfant prodigue

Disponible depuis déjà quelques mois, le iPhone 11 Pro est la première incursion d’Apple dans le domaine des téléphones destinés aux professionnels. Cette fois-ci, Apple semble être à l’écoute des consommateurs en proposant avec sa gamme d’iPhone 11 des améliorations notables de l’autonomie et de la photographie. Voici mes impressions après plus d’un mois d’utilisation du iPhone Pro Max.

Plusieurs me demandent quelles sont les différences entre l’iPhone 11 et les versions Pro. Pour ce qui est de la performance, toute la gamme bénéficie de la nouvelle puce A13 Bionic ainsi que de 4 Gigaoctets de mémoire vive. Cette architecture donne des résultats très probants sur le banc d’essai, permettant ainsi à Apple de reprendre l’avant-plan en matière de performance brute. Les versions Pro ont droit à une caméra supplémentaire, soit un téléphoto 2x de 12Mp ainsi qu’un écran OLED de 5,8 pouces pour la version Pro et 6,5 pouces pour la version Pro, ce qui est de beaucoup supérieur au modèle de base qui doit se contenter d’un vétuste LCD de 6,1 pouces. Le modèle de base possède un boîtier avec une bordure d’aluminium substituée par l’acier inoxydable sur les modèles Pro. Les modèles Pro bénéficient également d’une batterie supérieure au modèle de base ainsi que d’un bloc de charge rapide permettant d’atteindre 50 % de charge en une trentaine de minutes.

Isabelle Légaré

Jamais trop vieux pour construire sa maison

CHRONIQUE / Julien Ferron, 83 ans, et Jacqueline Arvisais, 89 ans, viennent d’emménager dans un bungalow flambant neuf. Le couple ne l’a pas acheté clé en main. Oh que non. Les deux octogénaires l’ont fait construire en prenant soin de choisir le terrain, d’étudier les plans et de suivre de près chacune des étapes, de la première à la dernière.

À leur âge, plusieurs ont opté depuis longtemps déjà pour la vie en condo ou dans une résidence pour aînés. Terminées les longues heures à faire le ménage, à déneiger la galerie, à tondre la pelouse et à effectuer toutes autres besognes du genre.

Orthographe

Chronique pratique

Je me demande s’il est correct en français de dire ou d’écrire des phrases comme: «Je vais aller me pratiquer au golf ce matin.» Ou alors: «Les Alouettes se sont pratiqués au stade hier.» J’ai toujours pensé qu’il fallait dire «pratiquer son golf» ou «les Alouettes ont pratiqué». De même, on devrait demander à une personne quand elle va pratiquer et non «se pratiquer». Il me semble que l’on pratique un sport, une activité, mais on ne pratique pas une personne, donc on ne peut pas se pratiquer. Merci de votre attention. (Robert Cusson, Québec)

C’est plus grave que vous le pensez. Non seulement, en français correct, on ne peut pas «se pratiquer» à un sport, à un art ou à un autre type d’activité, mais on ne peut pas non plus le ou la pratiquer. En fait, pas au sens où vous l’entendez.

La Banque de dépannage linguistique nous informe que pratiquer, en français, c’est «mettre en application» et «exercer une activité, un métier». Voici quelques exemples.

«Plusieurs de mes amis pratiquent le bouddhisme.»
«Je suis beaucoup moins stressée depuis que je pratique le lâcher-prise.»
«Le Dr Vandelac a pratiqué la médecine pendant plus de 40 ans.»
«Depuis leur retraite, nos parents pratiquent la natation, le chant et le jardinage.»

La dernière des quatre phrases pourrait vous laisser croire qu’il n’y a pas de problème, mais dans celle-ci, «pratiquer» est synonyme de «faire» (du piano, de la natation). Il n’est pas synonyme de «s’entraîner», «répéter», «travailler», «s’exercer»... C’est en ce sens que «pratiquer» est considéré comme un anglicisme sémantique. Le Multidictionnaire et Usito abondent dans le même sens, alors que le Petit Robert le mentionne comme régionalisme critiqué. Il faudrait donc formuler autrement les exemples que vous soumettez.

«Je vais aller m’exercer au golf ce matin.»
«Les Alouettes se sont entraînés au stade hier.»
«Quand vas-tu répéter ton solfège?»

Vous vous doutez bien que, dans ce contexte, on évitera de dire «une pratique» quand on parle d’un entraînement, d’une répétition, d’un exercice, d’une séance de travail.

Qu’en est-il de «se pratiquer»? On y recourra non pas au sens de s’entraîner, mais dans des tournures plus impersonnelles passives, synonymes d’«être en usage, se faire de façon régulière, être employé couramment». Cela étant, «se pratiquer» est toujours à la troisième personne, jamais à la première ni à la deuxième.

«Le surf se pratique beaucoup en Californie.»
«Ma grand-mère trouve que les bonnes manières ne se pratiquent guère aujourd’hui.»
«Devant la crise climatique, l’achat local se pratique de plus en plus.»

Le verbe «pratiquer» est finalement utilisé dans des contextes plus précis, comme exercer un acte médical, une opération manuelle, ou aménager, exécuter une ouverture, un passage, certaines constructions.

«C’est la Dre Dubé qui pratiquera l’opération.»
«C’est seulement après avoir bien ajusté les deux pièces qu’on pratique la soudure.»
«J’ai pratiqué plein de petits trous dans la boîte pour que ton hamster puisse respirer.»

Perles de la semaine

Parfois, il suffit d’une lettre et tout fout le camp, comme nous le rappellent ces perles de «La presse en délire»...

«À vendre : caisses de con pour disco [son].»

«Faites parvenir vos dos à la Société canadienne du cancer.»

«Livraison de liqueurs douches à domicile [douces].»

«Marchandise réduite de 50 % : corduroys, pantalons rayés, chemises, démardeurs…»

«L’école commerciale Alphonse-Desjardins : plus q’une école!»

«Nourriture pour chier Kibble Food [chien].»


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.

Mylène Moisan

La DPJ doit redevenir une mesure d’exception

CHRONIQUE / Le Soleil conclut aujourd’hui sa série sur des cas où la DPJ a fait fausse route avec une entrevue avec le ministre responsable de la protection de la jeunesse, Lionel Carmant, qui souhaite aider les familles en amont, en première ligne, pour réduire les problèmes et éviter des drames comme celui de Granby.

Q Cela fait maintenant un peu plus d’un an que vous êtes à la barre de la DPJ, quelles sont vos impressions jusqu’ici? Pensiez-vous que ça deviendrait un dossier aussi chaud?

R Je dois dire que oui. Quand je suis arrivé en poste, il y avait les deux dossiers de la CDPDJ [Commission des droits de la personne et de la jeunesse] qui traînaient sur le bureau, qui n’avaient même pas eu de réponses aux commentaires de la CDPDJ, [c’était] les dossiers de Saguenay [mort de Thomas Audet en 2016, à 22 mois] et de Québec [mort de Rosalie en 2018, à deux ans]. Alors moi, j’ai demandé d’emblée à rencontrer la table des directeurs de la protection de la jeunesse qui se réunissent chaque année en janvier. Et quand je suis allé là, les gens étaient surpris, c’était la première fois que ça se faisait, qu’un ministre passe une journée avec eux. Moi je voulais comprendre ce qui se passait : j’arrive, j’ai ces deux rapports-là terribles et rien n’a été fait.

Q Et ça a été quoi ce premier contact? Qu’en est-il ressorti?

R Eux, ce qui était difficile pour eux, c’est le roulement de personnel, les intervenants venaient, partaient, ne restaient pas. Et c’est pour ça que la première chose qu’on a annoncée, c’était ce soutien à l’encadrement à l’activité clinique, ces intervenantes plus expérimentées qui allaient coacher les plus jeunes. C’est le premier 18 millions qu’on a mis dans le budget 2019-2020 et on se disait qu’à l’intérieur du mandat, sur trois ou quatre ans, ça allait nous permettre de vider les listes d’attentes.

Q Est-ce que vous êtes étonné chaque fois que vous entendez une histoire d’horreur, un dérapage ou un raté?

R Écoutez, ce que les gens ont un peu de difficultés à comprendre, c’est qu’il y a deux situations. La première situation c’est papa, maman maltraite un bébé, un enfant, et il y a la question «est-ce qu’on le remet ou pas dans sa famille» et là je peux comprendre qu’il y a des choix qui sont faits au niveau juridique par la DPJ et qui peuvent expliquer des ratés. Mais ce qui est vraiment difficile, je pense, ce qui montre la faiblesse de notre système, ce sont les cas où les parents ont demandé un service, que les parents ont besoin d’aide en santé mentale, en psychologie, en soutien, en répit, et là les services ne viennent pas et là. La DPJ doit rentrer dans le dossier — souvent c’est le réseau de la santé ou de l’éducation qui a fait la demande à la DPJ — et là, les parents, ils se plaignent de la DPJ qui est intervenue, c’est là que la frustration vient. C’est dommage, mais c’est surtout la faute de la première ligne.

Q Ce que je constate, c’est que lorsqu’un dossier bascule vers la DPJ, il prend des proportions plus grandes et c’est là, souvent, où les dérapages se produisent, où on perd le contrôle. Qu’en pensez-vous ?

R Le problème, c’est la première ligne.

Q Où étiez-vous quand vous avez appris la mort de la fillette de Granby? Est-ce que vous vous en souvenez?

R Oh que oui, je m’en rappelle. J’étais encore au lit, 5h du matin, revue de presse. Mais je ne savais pas à ce moment-là que c’était une enfant qui était connue de la DPJ, je l’ai su en même temps que tout le monde. J’ai été offusqué, je pense que je l’ai clairement démontré en disant qu’il y avait eu des ratés, on ne peut pas accepter qu’un enfant meure et qu’il ne se passe rien. J’ai revu avec [l’émission] Enquête ce que ma prédécesseure avait dit, que c’était un problème de système, je pense que non, je pense qu’il faut assumer qu’il y a des erreurs qui ont été faites, il y a quelqu’un qui a fait quelque chose de pas correct. […] Mais ce qui fait mal avec le cas de Granby, c’est que tout le monde, l’école, les voisins, le juge, tout le monde a lancé la balle à la DPJ et a tenu pour acquis que la DPJ allait faire quelque chose. C’est ce qui a amené la Commission Laurent, ce besoin qu’on se réveille de façon collective, la protection de la jeunesse, c’est l’affaire de tous les Québécois, pas juste de la DPJ.

Q Est-ce que vous avez reçu personnellement, ou à votre cabinet, des messages de parents qui demandent votre intervention pour régler des problèmes?

R Oui, c’est hebdomadaire. Et ça, je pense que c’est quelque chose que la Commission Laurent doit regarder, c’est toute cette histoire de confidentialité. Vous savez, je peux bien recevoir un courriel d’un parent, mais encore faut-il pouvoir avoir accès à toute l’information.

Q Est-ce qu’il n’y aurait pas lieu de remettre en question ce mur infranchissable qui peut aider, mais qui peut nuire aussi?

R C’est ce que la Commission doit nous dire. Moi je peux vous donner un exemple concret où ça n’aide pas, c’est par exemple les signalements qui ne sont pas retenus et qui doivent les retourner en première ligne par exemple et même là, il n’y a pas de transfert d’information. C’est important pour la personne qui reçoit le dossier de savoir ce qui s’est passé. Moi je pense que la Commission doit vraiment se pencher là-dessus, le phénomène de la confidentialité. Je ne sais pas quelle avenue ils vont privilégier, mais c’est sûr que ça cause des difficultés.

Q Jusqu’à quel point le manque de ressources est-il le principal problème?

R Je pense que le manque de ressources est un problème réel quand on considère l’augmentation du nombre de signalements. Mais ce que j’aimerais vous dire, c’est que les choses ont été mal faites parce qu’au fil des années, on a augmenté la charge de la DPJ, mais les ressources n’ont jamais suivi. C’est encore la même histoire de première ligne : avant, c’était négligence ou maltraitance, mais là, c’est devenu suspicion, risque de… ils auraient dû donner des ressources supplémentaires pour gérer ça, mais ça n’a jamais été fait. C’est la même chose pour l’absentéisme scolaire, il n’y a pas de ressources qui ont suivi. Donc là, on arrive à 106 000 signalements, c’est sûr qu’on manque de ressources.

Q Qu’est-ce que vous dites à ceux qui disent que vous n’agissez pas assez et pas assez vite, que vous vous traînez les pieds?

R Je ne me traîne vraiment pas les pieds, ça, c’est clair! Moi, ma phrase c’est «le Conseil du trésor, ce n’est pas un guichet automatique», ça ne va pas toujours aussi vite qu’on voudrait.

Q Est-ce qu’on active trop rapidement la gâchette de la DPJ?

R Oui, ce n’est plus du tout exceptionnel, c’est routinier. […] Ce que je veux, c’est que la DPJ nous dise si l’enfant est en danger ou non et si c’est non, bien qu’on lui donne des services de première ligne. Et là, c’est fini, le débat.

Q Qu’en est-il des mécanismes de plaintes? Est-ce que les chiens de garde ont les mains liées?

R Je pense que oui. Il y a deux choses qui pourraient être faites, la première chose c’est d’axer plus nos efforts en amont, sur la bienveillance et les efforts qu’on veut faire dans les prochaines années, c’est de consolider la première ligne. [Pour ce qui est des chiens de garde], je pense que la CDPDJ joue ce rôle-là, mais qu’elle peut mieux le jouer. [Sonia] Lebel [ministre de la Justice] a d’ailleurs ajouté des ressources, je pense que ça va les aider. J’ai un penchant pour augmenter la bienveillance, parce que si on arrive à faire baisser les volumes, la CDPDJ serait mieux en mesure de jouer son rôle.

Q Que répondez-vous aux parents qui vous écrivent et qui se sentent pris, qui ont l’impression qu’ils ne peuvent jamais donner leur point de vue et qu’ils sont présumés coupables?

R Encore une fois, l’option vers laquelle on veut aller, c’est seulement les cas les plus exceptionnels qui doivent se rendre à la DPJ et c’est comme ça qu’on va régler ce problème-là. Moi je pense que ce sont ces histoires de «suspicion de», c’est là qu’on vit des difficultés ou quand les gens sont en attente de services, la DPJ rentre dans le dossier. Alors moi je pense qu’en offrant plus de services en première ligne, en diminuant le nombre de dossiers qui vont se rendre à la DPJ, c’est là que ça va reprendre un peu de son sens. Et aussi, la Commission Laurent doit nous dire si pour la société dans laquelle on vit aujourd’hui, est-ce que la loi est encore adaptée? On s’attend beaucoup de la Commission Laurent sur la réévaluation de la pertinence de certains éléments, [entre autres] la confidentialité et le parent d’abord vs l’enfant d’abord. 

Q Que pensez-vous des cas où l’enfant devient une monnaie d’échange, quand la DPJ devient un «parent» aliénant?

R Je pense que la CDPDJ pourrait nous donner un bon coup de main dans ces dossiers-là. Le problème, c’est que ça prend un an avant d’avoir leur intervention, il y a plusieurs demandes, des demandes refusées, et sur ça, j’en ai des lettres [qui disent] «je les contacte et ils ne répondent pas». […] Ça prend un système pour pouvoir juger qui a raison et le plus rapidement possible. Pour le moment, ce serait la CDPDJ qui peut faire ça, mais il faut que les délais soient plus courts.