Paul-Robert Raymond
Le Soleil
Paul-Robert Raymond
Dubuc Motors, qui a vu le jour à Québec, compte construire au Québec un coupé 2 + 2, totalement électrique. Le Tomahawk serait un véhicule qui entrera dans la catégorie des véhicules de luxe destinés pour l’exportation, un marché de niche.
Dubuc Motors, qui a vu le jour à Québec, compte construire au Québec un coupé 2 + 2, totalement électrique. Le Tomahawk serait un véhicule qui entrera dans la catégorie des véhicules de luxe destinés pour l’exportation, un marché de niche.

Le Québec, atteint du «syndrome N.I.H.»?

CHRONIQUE / À entendre le ministre Pierre Fitzgibbon, le 23 octobre dernier, le Québec n’aurait pas droit au chapitre en ce qui concerne la possibilité de construire des voitures électriques.

«On ne fera pas de Tesla au Québec, j’aimerais ça pouvoir vous dire ça, mais ça n’arrivera pas», a dit le ministre de l’Économie et de l’Innovation au micro de Radio-Canada, alors qu’il annonçait qu’un «gros joueur dans la fabrication de batteries» viendrait au Québec et qu’une «annonce serait faite d’ici six mois».

Entendons-nous, avoir une grappe industrielle dans la fabrication de composantes de véhicules électriques, ce n’est pas rien. Cependant, balayer du revers de la main les prétentions d’une entreprise québécoise à devenir un donneur d’ordres, petit ou grand, est une autre chose.

À mon humble avis, il y a de la place pour une entreprise québécoise qui pourrait construire des véhicules électriques. Même qu’il y en a déjà qui tirent leur épingle du jeu. On a qu’à penser à la Compagnie Lion Électrique, entre autres, et à d’autres qui proposeront des produits récréatifs comme Taiga.

Et quand on parle du «syndrome N.I.H.», les trois lettres signifient not invented here (pas inventé ici). On a fait souvent référence à ce phénomène dans des espoirs déchus, comme le projet de l’avion supersonique CF-105 Avro Arrow dans les années 1950 ou les travaux sur le moteur-roue du physicien Pierre Couture dans les années 1990.

On dirait quand vient le temps de souligner les bons coups ici au Québec, on a plutôt tendance à s’autoflageller.

Je comprends que les trois grands constructeurs américains ont annoncé ou sont sur le point d’annoncer des investissements majeurs afin de transformer leurs usines canadiennes pour y fabriquer des véhicules électriques. Toutes ces annonces sont le résultat des récentes négociations entre les constructeurs et le syndicat Unifor, qui représente les travailleurs de l’industrie automobile. On ne peut que saluer cette décision des constructeurs américains.

Cependant, peut-on se permettre de lâcher le guidon et de laisser toute la place à notre voisin, l’Ontario?

L’exemple de Dubuc Motors

Un exemple vient tout de suite à l’esprit à la lumière des propos du ministre Fitzgibbon. Si on se fie à ce qui a été dit la semaine dernière, Dubuc Motors — dont il a été maintes fois question dans Le Soleil — ne pourrait pas compter sur un appui politique.

L’entreprise, qui a vu le jour à Québec, compte construire au Québec un coupé 2 + 2, totalement électrique. Le Tomahawk serait un véhicule qui entrera dans la catégorie des véhicules de luxe destinés à l’exportation, un marché de niche. Les promoteurs disaient à l’époque qu’ils étaient «plus connus à l’extérieur du Québec qu’ici» et que ça représentait une infime partie du parc automobile dans laquelle les constructeurs ne s’aventurent pas.

C’est là où la comparaison avec Tesla peut s’arrêter, car Dubuc Motors vise fabriquer à terme seulement «entre 1500 et 2000 unités par année», selon son cofondateur Mike Kakogiannakis. «Si des pays comme la Suède ou l’Italie peuvent être des leaders mondiaux et avoir leur propre industrie automobile, pourquoi pas nous?» s’interroge-t-il, en ajoutant que le Québec a en plus accès à des ressources naturelles.

En octobre 2018, la firme annonçait qu’elle avait conclu un partenariat avec Maxim Group LLC pour une prévente de 3 millions d’actions à 2 $US chacune. Aussi, l’entreprise de Québec avait réussi à recueillir 7 millions $US en réservation de valeurs mobilières (actions) auprès de plus de 750 investisseurs. Mais elle a pu seulement en convertir une partie, soit 600 000 $US approximativement, car l’Autorité des marchés financiers (AMF) a demandé de cesser ces réservations.

Fin 2017, l’AMF s’interrogeait sur les façons de faire de Dubuc Motors quant au sociofinancement par actions, étant donné qu’il s’agissait d’une première, selon M. Kakogiannakis. L’AMF nous a répondu que «ce dossier est toujours en analyse».

Ensuite, après une tentative infructueuse de s’installer dans le parc industriel François-Leclerc à Saint-Augustin-de-Desmaures, Dubuc a approché Innovation et développement économique Trois-Rivières pour s’installer près de l’aéroport municipal.

Une demande avait été faite auprès de la Direction régionale de la Mauricie du ministère de l’Économie, de l’Innovation et des Exportations pour financer la moitié des coûts d’une étude de faisabilité. Dans une lettre datée du 13 décembre 2019, cette aide a été refusée. «C’est sûr qu’on aurait pu financer entièrement l’étude de faisabilité. Mais quel genre de message que ça envoie pour la suite des choses si le gouvernement ne peut pas avancer les 100 000 $ pour les 50 % d’une étude de faisabilité?» poursuit le cofondateur.

Une autre demande a reçu une fin de non-recevoir auprès du Fonds innovexport, disant ne pas avoir la capacité de financer «un projet de grande envergure».

«Notre province voisine, le Nouveau-Brunswick, appuie et investit dans le projet», conclut M. Kakogiannakis, dont la mère est Québécoise et le père est d’origine grecque. Il garde toujours espoir de pouvoir mener à terme au Québec cette entreprise et continue sa recherche de capitaux pour amorcer la production du Tomahawk.