Pierre Antoine Lafon Simard, Josianne T. Lavoie et Louis-Philippe Roy

Zones Théâtrales reprend les quatre épisodes de Néon Boréal

La biennale Zones Théâtrales se poursuit les 11 et 12 septembre avec les quatre épisodes de Neon Boreal, genre de vrai-faux documentaire évoquant la polarisation des États-Unis à l’ère de Donald Trump... et spectacle qui se décline à la fois sur les planches et en baladodiffusion.

Transistor Media a enregistré une série de quatre podcasts à partir des représentations données à Ottawa et Montréal, en mai dernier, quand le Théâtre Trillium a inauguré cette série coécrite par deux de ses fidèles collaborateurs, Josianne T. Lavoie et Louis-Philippe Roy.

Afin de ne pas contaminer les oreilles du public, les balados ne seront toutefois mis en ligne qu’après les représentations données dans le cadre des Zones. Les enregistrements seront en revanche fin prêts (sur le site internet transistor.media) lorsque s’amorcera la tournée canadienne que Neon Boreal entreprendra en 2020, avec un arrêt à Québec (au Théâtre Périscope) prévu du 10 au 14 mars.

« On s’est dit que ce serait le fun que le public des Zones n’ait pas entendu les balados, avant », sourit le directeur artistique du Trillium, Pierre Antoine Lafon Simard, tout en concédant que « le plaisir peut aller dans les deux sens ».

Il a non seulement mis en scène le spectacle, mais il est aussi sur les planches, derrière une énorme console, à lancer discrètement les quelque 250 cues d’une « trame ambiophonique » particulièrement étoffée.

Ces environnements sonores nourrissent le live théâtral, musical et la balado. L’idée est de multiplier les sons de forêt ou de machines à sous pour donner l’illusion de la réalité documentaire.

En 2016, les deux auteurs s’étaient lancés ensemble dans un voyage aux antipodes des États-Unis — elle, en Alaska ; lui, à Las Vegas — avec un projet de création épistolaire. Qui, dans le feu de la réalité politique, a complètement changé de forme, pris une saveur journalistique, et est devenue une initiative « transmedia ».

« Avant de se séparer, ils ont fait une escale d’une demi-journée. À New York ; ils se sont retrouvés sur Times Square — ça ne s’invente pas — le soir où Donald Trump remportait l’élection et acceptait la présidence. Inévitablement, l’onde de choc » dont ils ont été témoins, « et qu’on vit encore aujourd’hui », précise Pierre Antoine Lafon Simard, a guidé leur volonté d’aller à la rencontre des gens » pour les questionner.

Polarisation

Les personnes alors rencontrées voulaient naturellement s’exprimer, se positionner sur cette victoire électorale qui divisait l’Amérique, poursuit-il en parlant de quête identitaire à travers des États— « Désunis ».

« La polarisation qu’ils ont ressentie sur Time Square a donc teinté leurs rencontres et leurs conversations ; les gens avaient envie de parler de ça ».

Et c’est précisément ce qui a « nourri tout le spectacle », car les deux auteurs, retrace-t-il, étaient partis dans l’idée d’une exploration des pôles — en mettant en opposition les lumières boréales et les néons de Las Vegas ; le désert de neige et les dunes de sable ; le vide et la frénésie — pour voir comment eux-mêmes allaient réagir, aux extrémités de ces polarités.

« Au départ, c’était censé être une pièce épistolaire entre les deux... mais en donnant la parole aux gens, ils [Josianne T. Lavoie et Louis-Philippe Roy] se sont dits : ‘on est beaucoup moins intéressants que les gens que nous côtoyons. Donc, faisons honneur à ça’. Ils se sont donc tournés vers une démarche plus journalique, avec un «vrai travail de terrain».

«C’est une écriture qui a eu l’humilité de réagir à son environnement, pour en extraire le meilleur» ; et qui, pleine d’«abnégation», a tenu à mettre à l’avant-plan les personnages plutôt que l’auteur, poursuit-il en évoquant le «piège de l’autobiographie» qui a selon lui marqué la production théâtrale des années 80 et 90, en lui servant de prisme ou de métaphore de la société.

La production a ensuite secoué cette bulle journalistique, en jouant sur le «fragile équilibre entre le réalisme et la fiction». Un «réalisme trafiqué» pour mieux rendre justice à la multiplicité des personnages, dit-il, mais tout en veillant à ne pas «prostituer» les propos de chacun. Et rien n’est plus amusant que d’observer et décortiquer comment la «grosse machine » qu’est Néon Boréal glisse parfois dans la «supercherie», estime M. Lafon Simard.

Les quatre comédiens — Inès Talb, Sabrina Bisson, Alexandre-David Gagnon et Dany Boudreau — se partagent une infinité de rôles, donnant corps aux nombreuses voix que les auteurs ont interviewées lors de leur périple parallèle.

«Au-delà de l’interprétation magnifique» et des textes qu’ils estiment «très riches, drôles, savoureux, touchants», Pierre Antoine Lafon Simard se réjouit d’offrir «un vraiment beau spectacle, esthétiquement».

L’équipe a fignolé les atmosphères, notamment via les éclairages : grâce à «cette gigantesque sculpture de néon qui est au-dessus de nos têtes», composée de tubes LED aux faisceaux polychromes, Emilio Sebastiao «a réussi à créer 250 environnements » laisse-t-il entrevoir.

À noter : les épisodes sont indépendants les uns des autres. «Il y a des easter eggs pour les assidus, mais ils ne sont pas du tout nécessaires à la compréhension du spectacle», précise le metteur en scène, en espérant déjà que les auteurs «replongent dans leur boîte à personnages» et lui pondent bien vite une deuxième saison.

En attendant, le directeur artistique du Trillium prépare une authentique pièce de théâtre-documentaire intitulée Panama, qui portera quant à elle sur la crise panaméenne.

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POUR Y ALLER

Quand :

Mercredi 11 septembre (épisode 1 à 21 h et épisode 2 à 22 h)

Jeudi 12 septembre (épisode 3 à 19 h et épisode 4 à 20 h

Où : Le LabO (Galerie d’art d’Ottawa ; 10, avenue Daly)

Infos : billetterie du CNA ; 1-888-991-2787 ; ticketmaster.ca