Xavier Dolan réalise son huitième long métrage, tout en jouant le rôle de Maxime.

Xavier Dolan: l’effet-miroir

Xavier Dolan a posé avec fracas le premier jalon de sa précoce carrière avec «J’ai tué ma mère» (2009). Tourbillon de fureur identitaire, son titre même impliquait une forme d’autofiction. Dix ans plus tard, le cinéaste joue à l’équilibriste sur le fil de fer entre la réalité et la fiction dans «Matthias & Maxime». Le long métrage met en scène une bande à l’amitié serrée, qui partage le même lien dans la vraie vie. Tout ce beau monde vient d’ailleurs de compléter une tournée de promotion du Québec en autobus…

Il est troublant de voir les interactions entre Dolan, Catherine Brunet, Gabriel D’Almeida Freitas, Antoine Pilon et compagnie sur la terrasse d’un hôtel, quelques heures avant une projection publique, alors qu’ils se soumettent à une séance photo. Les répliques, les sourires complices, une certaine effervescence même, agissent comme un effet-miroir, encore une fois, de ce qu’ils projetaient au Festival de Cannes où le film était présenté en compétition.

On peut comprendre, cinq mois plus tard, qu’ils aient eu le goût de se retrouver ensemble pour l’occasion. Mais il y a plus, insiste le cinéaste : une rencontre avec des admirateurs qui ont acheté leur billet et non pas obtenu des laissez-passer par l’entremise d’un concours. Ces 15 avant-premières s’imposaient comme une «nécessité». «Je déteste l’expression le vrai monde, mais c’est le monde que j’ai envie de toucher», explique-t-il en entrevue au Soleil.

Ces spectateurs de la première heure ont pu découvrir le récit de deux amis de longue date qui se questionnent sur le sens de leur relation après qu’ils se soient embrassés à la suite d’un pari. Matthias & Maxime donne une tout autre perspective à l’expression seulement une fois au chalet...

Cette embrassade anodine va les bouleverser lorsqu’ils sont confrontés à la peur d’une profonde remise en question. D’autant que beaucoup les oppose : Maxime (interprété par Dolan) provient d’un milieu difficile et s’apprête à quitter le Québec pour un long voyage alors que Matthias (D’Almeida Freitas), mâle alpha hétéro de bonne famille, a un avenir tout tracé comme avocat. Mais le baiser sème un doute...

Dolan braque le projecteur sur l’identité et la fluidité sexuelle — et de la ligne de plus en plus mince sur la notion de genre, plus exacerbé chez les jeunes. Mais plus encore, cette ode à l’amitié pose une question fondamentale, soulignait le réalisateur à Cannes : «Est-ce que l’amitié, c’est de l’amour?»

«Ça dépend pour qui. Je ne peux pas mettre tout le monde dans le même panier. Moi, je ne vois aucune différence. J’aime Catherine [Brunet]. Et aussi Antoine [Pilon].»

Un amour platonique, souligne-t-il, en posant une question rhétorique : «Est-ce qu’il peut y avoir de l’amour sans relation sexuelle? Oui.» Même s’il advient de petits écarts sans lendemain...

Le lien avec ses amis lui apporte plus, à tout point de vue, que ce qu’il a vécu avec certains partenaires, souligne le cinéaste. La démarcation est toutefois plus claire dans le film que dans la vraie vie, pour des besoins dramatiques — Matthias vit une profonde remise en question.

le tourbillon

La vingtaine de Dolan est marquée par un véritable tourbillon de huit longs métrages et une demi-douzaine de rôles chez d’autres cinéastes. La fin de cette décennie se caractérise, dit-il, par l’amitié, qui a transformé sa vie en lui offrant une forme d’équilibre. Ces amitiés, certaines de longue date comme avec Anne Dorval, ont généré un «sens de l’intimité».

Dans cet aller-retour entre la réalité et la fiction, reste que l’interprète de Maxime a dû coiffer sa casquette de réalisateur. Ce qui ne lui a pas posé de «difficulté» particulière pour diriger sa «famille» élargie. À écouter les acteurs chanter ses louanges en entrevue ou en conférence de presse, nul doute. De la «petite magie» soulignera Catherine Brunet, dans une image évocatrice.

Un nouveau chapitre

Après ses films «français» (Juste la fin du monde) et «hollywoodien» (Ma vie avec Jonh F. Donovan), Xavier Dolan a senti le besoin — conscient ou pas — de revenir aux sources avec un long métrage profondément personnel et québécois. Matthias & Maxime «boucle un chapitre de ma vie».

De quoi sera composé le prochain? Le créateur de 30 ans a maintes fois exprimé son désir de jouer plus souvent pour d’autres. Il a notamment obtenu un petit rôle marquant dans la deuxième partie du drame d’horreur Ça. Xavier Giannoli a fait appel à lui dans La comédie humaine, qu’il vient tout juste de tourner aux côtés de Gérard Depardieu et Cécile de France.

L’artiste n’abandonnera pas la création pour autant. En entrevue, il a évoqué un projet de minisérie, tout en restant vague. Il pourrait s’agir, selon La Presse, de l’adaptation pour la télévision de La nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé, la plus récente pièce de Michel Marc Bouchard.

Il s’agirait de sa première incursion dans le monde de la télé, même s’il a déjà d’autres projets non concrétisés, mais pas d’une première collaboration avec le doué dramaturge. Dolan avait adapté Tom à la ferme en 2013.

On verra bien. Xavier Dolan a toujours eu plusieurs plats au feu. En attendant, Matthias & Maxime prend l’affiche le 9 octobre.