Olivia Munn à San Diego, en juillet 2017

Violences sexuelles: le grand nettoyage continue à Hollywood et ailleurs

LOS ANGELES - Nouvelles accusations contre Harvey Weinstein et Kevin Spacey mais aussi le cinéaste Brett Ratner, l'acteur Dustin Hoffman... Le grand nettoyage démarré il y a un mois sur les violences sexuelles s'accélère à Hollywood et ailleurs.

Les actrices Natasha Henstridge et Olivia Munn ainsi que quatre autres femmes accusent le cinéaste vedette Brett Ratner, réalisateur des blockbusters Rush Hour et X-Men: L'affrontement final de violences sexuelles, selon le Los Angeles Times mercredi.

Natasha Henstridge (La mutante), affirme qu'il l'a forcée à lui faire une fellation alors qu'elle était encore mannequin et âgée seulement de 19 ans à New York.

Brett Ratner, qui réalisait alors des vidéos musicales, lui «a tordu le bras» et «s'est imposé physiquement», a déclaré l'actrice reconnaissant que, de guerre lasse, elle avait cédé.

Olivia Munn, qui a joué dans la série télévisée The Newsroom, a pour sa part affirmé au quotidien que le réalisateur s'était masturbé devant elle quand elle était sur le plateau de Coup d'éclat.

Le cinéaste et son avocat Martin Singer ont rejeté toutes ces accusations. Ils ont déposé une plainte en diffamation contre une autre accusatrice, Mélanie Kohler, et d'autres personnes non citées.

«Ceci est une procédure en diffamation contre les accusations délibérément fausses et malfaisantes selon lesquelles le plaignant a violé l'accusée "il y a environ 12 ans"», indique la plainte, déposée à Hawaï et dont l'AFP a reçu copie.

D'après le Los Angeles Times, le studio Warner Bros rompt ses relations avec la société de production de Ratner à la suite des multiples accusations qui viennent d'émerger. Un porte-parole de Warner Bros joint par l'AFP s'est refusé à tout commentaire.

Semblant indiquer qu'elle était au courant de certains agissements inappropriés de Ratner, l'actrice vedette Jessica Chastain a twitté «OUAIS» en légende de l'article du Los Angeles Times révélant les accusations contre le cinéaste. «Je soutiens Olivia Munn et Nathasha Enstridge et toutes les autres qui ont osé parler pour cet article», a renchéri Ashley Judd sur Twitter.

Elle est l'une des premières à avoir parlé dans l'article du New York Times ayant révélé les abus d'Harvey Weinstein, accusé par quelque 80 femmes, dont des stars comme Gwyneth Paltrow, Angelina Jolie et Lea Seydoux, de harcèlement, d'agressions sexuelles et parfois de viol.

Le réalisateur Brett Ratner à Hollywood, en novembre 2016

Onde de choc

Le producteur, l'un des plus influents de Hollywood devenu paria, a été forcé de démissionner de sa société.

Des enquêtes contre lui sont en cours à Londres, New York et Los Angeles. D'après le Hollywood Reporter, une actrice anonyme a entamé une procédure judiciaire contre Weinstein et le studio Disney - qui a racheté sa maison de production Miramax - pour dénoncer des agressions sexuelles du début des années 2000.

La police de Beverly Hills a indiqué mardi enquêter également sur le producteur ainsi que sur le réalisateur James Toback, accusé par plus de 200 femmes de harcèlement ou agressions sexuelles. Il nie lui aussi ces accusations.

Autre idole hollywoodienne déboulonnée: l'acteur vedette Kevin Spacey mis en cause par l'acteur Anthony Rapp qui affirme qu'il s'était jeté sur lui lors d'une soirée alors qu'il n'avait que 14 ans, a fait l'objet de nouvelles accusations.

Le réalisateur Tony Montana a raconté au site Internet Radar Online que Spacey, lors d'une soirée dans un bar en 2003, lui a «attrapé tout le paquet» puis l'a suivi aux toilettes après qu'il se soit dégagé. Le comédien mexicain Roberto Cavazos raconte sur Facebook avoir eu «plusieurs rencontres désagréables avec Spacey qui frôlent le harcèlement» et précise: «nous sommes beaucoup à avoir "une anecdote sur Kevin Spacey"».

Le tournage de la saison six de la série phare de Netflix House of Cards a été interrompu dans la foulée des allégations contre son interprète vedette.

Autre monument hollywoodien montré du doigt: dans un édito au Hollywood Reporter, l'écrivaine Anna Graham Hunter a accusé Dustin Hoffman - l'un des plus grands acteurs américains aujourd'hui âgé de 80 ans - de lui avoir mis la main aux fesses à de nombreuses reprises et de lui avoir tenu des propos chargés sexuellement alors qu'elle n'avait que 17 ans.

L'onde de choc Weinstein ne cesse de s'étendre bien au-delà d'Hollywood. Des milliers de femmes politiques ou de l'art contemporain ont ainsi signé des lettres ouvertes pour dénoncer des abus de pouvoir et violences sexuelles.

Mercredi, Michael Oreskes, rédacteur en chef de la prestigieuse radio publique américaine NPR, a démissionné pour «comportement inapproprié» au lendemain d'informations du Washington Post selon lesquelles il aurait embrassé brusquement deux jeunes femmes qui espéraient un emploi pendant qu'il était chef du bureau de Washington du New York Times pendant les années 90.

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UNE ACTRICE CANADIENNE ACCUSE WEINSTEIN

OTTAWA - Une actrice canadienne poursuit en justice le producteur hollywoodien Harvey Weinstein en l'accusant de l'avoir sexuellement agressée à deux reprises à Toronto dans les années 2000, a indiqué mercredi son avocate.

L'actrice, identifiée sous le pseudonyme «Jane Doe» dans l'acte d'accusation cité par le quotidien Toronto Star, porte également plainte contre les studios Miramax et Walt Disney.

La plainte vise aussi Barbara Schneeweiss, assistante à l'époque de Harvey Weinstein, considérée comme une «facilitatrice» des agressions, selon le document déposé à la cour supérieure de l'Ontario.

La plaignante réclame 14 millions $CAN en dommages et intérêts.

L'acte d'accusation indique que la victime présumée, âgée d'une vingtaine d'années au moment des faits reprochés, travaillait sur un premier film à Toronto quand le producteur l'a approchée sur le plateau en lui disant qu'elle ressemblait à une célèbre star de cinéma.

L'assistante du producteur l'a ensuite appelée pour lui dire qu'il l'invitait à son hôtel «pour discuter de sa carrière».

Une fois seule avec «Jane Doe», Harvey Weinstein lui aurait demandé si elle aimait les massages, ce à quoi elle aurait répondu par l'affirmative tout en précisant que le sujet «n'était pas approprié pour une réunion d'affaires».

Après un moment de «silence inconfortable» pendant lequel il fixait ses yeux sur elle, il l'aurait couchée de force sur un lit en exhibant son sexe et en lui disant «qu'il avait rendu célèbres plusieurs actrices et pouvait en faire de même avec elle», selon l'acte.

Il lui aurait notamment imposé une fellation en la tenant par les poignets. Elle a fini par se libérer de son emprise et s'est sauvée.

Dans les heures suivantes, le producteur lui aurait laissé plusieurs messages la priant de revenir à son hôtel pour qu'il lui présente des excuses. Elle dit y être retournée pour ne pas compromettre sa carrière.

Aussitôt dans la chambre, Weinstein se serait jeté sur elle et aurait tenté de lui lécher la gorge avant qu'elle le repousse et quitte la pièce.