Steve Fournier, directeur général de la Maison de la Culture de Gatineau, aimerait bien débuter les démarches conduisant à la construction d’un nouvel espace de spectacles.

Vers un « espace urbain et branché »

La Maison de la culture (MCG) souhaite se doter d’un nouvel espace de spectacles et attirer un public adulte nettement plus jeune que le profil actuel de sa clientèle. Le diffuseur veut faire construire « une salle à géométrie variable » – c’est-à-dire une salle modulaire de 400 à 600 places sans fauteuil fixe, dont la capacité s’adapterait en réalité aux besoins de chaque spectacle, et où le public pourrait même rester debout.

Cet « espace urbain et branché » serait susceptible d’accueillir des concerts rock (on pense à Éric Lapointe ou Les Cowboys Fringants, face à qui les spectateurs restent rarement assis, même à la salle Odyssée) ou des spectacles de cirque, grâce à sa hauteur, mais aussi des artistes plus émergents, des shows d’humour, voire des lancements de livre, a exposé mardi Claude Beaulieu, le président du c.a. de la Corporation du centre culturel de Gatineau, l’organe administratif qui gère la MCG.

Une telle salle pourrait être éventuellement louée par les artistes ou des producteurs en journée, laisse entendre M. Beaulieu, prêt à envisager « toutes les options pour la rentabiliser », une fois qu’elle sera construite.

Cette salle à géométrie variable (SGV) serait construite juste en arrière de la MCG, afin de pouvoir facilement transférer « l’équipement, les ressources et l’expertise » technique de la MCG, a précisé Claude Beaulieu, pour qui ériger un tel édifice ailleurs — dans le Vieux Hull, par exemple — semble une mauvaise idée stratégique.

Le projet n’en est toutefois qu’au stade d’esquisse, puisque l’étude de faisabilité n’est même pas encore mise en branle.

Invité mardi à présenter au conseil municipal le bilan d’activités annuel 2017 de la MCG, le directeur général du centre culturel, Steve Fournier, en a justement profité pour demander à la Ville la permission d’aller de l’avant avec cette étude de faisabilité.

M. Fournier a demandé aux élus qu’ils autorisent la Corporation à puiser dans ses surplus budgétaires — les profits dégagés au cours de l’exercice financier 2017 s’élèvent à 303 300 $, un « record » indique la MCG — pour acheter de l’équipement et améliorer ou maintenir certains services, mais aussi pour financer la rédaction d’un plan stratégique (au coût de 25 000 $) et la réalisation d’une étude (25 000 $ également) visant à voir si ce projet est viable.

Le directeur général de la MCG espère pouvoir faire réaliser cette étude dans les plus brefs délais : « à l’automne 2018, dès qu’on a l’accord », a-t-il précisé, en partageant sa confiance de pouvoir obtenir un coup de pouce financier du gouvernement fédéral pour alléger la facture.

Oreille favorable
L’idée a semblé recevoir l’oreille favorable de l’ensemble du conseil. Elle a suscité l’enthousiasme de la conseillère du district de Touraine, Nathalie Lemieux, qui préside la Commission des arts, de la culture, des lettres et du patrimoine : « Vous avez tout mon support », a-t-elle promis.

La recommandation de M. Fournier vis-à-vis de cette étude a aussi obtenu l’assentiment des deux conseillers qui siègent sur le c.a. de la Corporation, Daniel Champagne (distinct du Versant) et Gilles Carpentier (District du Carrefour-de-l’Hôpital).

Ce dernier s’est montré ouvert à la construction d’une SGV, estimant qu’il y a à Gatineau un réel « besoin » pour ce genre de salle :

« Il y a une clientèle qu’on [la MCG] n’accommode pas, c’est-à-dire des gens qui veulent rester debout et ‘participer’ au spectacle, a-t-il fait valoir. On n’invente pas le besoin, on va vouloir le démontrer [...]. Moi, je fais l’hypothèse que l’étude de marché va confirmer que le besoin existe. »

« On déborde »
Le besoin est tout aussi manifeste aux yeux de Claude Beaulieu.

La salle Odyssée fonctionne à plein régime, rappelle-t-il. Ce que confirme de façon chiffrée le bilan annuel qu’il a décortiqué mardi devant le conseil municipal : 168 000 visiteurs, au fil de 200 représentations – qui se soldent par un taux d’occupation de la salle Odyssée de 81 % en moyenne (77 % en théâtre, 88 % en humour).

La salle est en outre régulièrement prêtée ou louée à des organismes.

« On est à pleine capacité. On déborde depuis plusieurs années », avoue Claude Beaulieu. Faute de dates disponibles, la MCG doit régulièrement refuser des artistes, se désole-t-il.

Ce problème de disponibilité a d’ailleurs largement encouragé le développement de partenariats de diffusion avec des tierces parties comme le Théâtre du casino du Lac-Lemay et la Polyvalente Nicolas-Gatineau, retrace le président du c.a. de la Corporation.

À présent, la solution passe par une SGV, un peu dans le « modèle » de celle (le « Carré 150 ») dont s’est récemment doté Victoriaville, évoque M. Beaulieu.

Pour ce qui est du bilan annuel de la MCG, les élus n’avaient que des éloges à formuler au diffuseur de spectacle. « Aujourd’hui, on reçoit des fleurs, mais pas le pot », s’est réjoui le bras droit de Steve Fournier, Claude Beaulieu.

La MCG doit 365 000 $ à la Ville, empruntés dans le cadre des grands travaux destinés à rajeunir la salle Odyssée, en 2017. L’exercice financier 2017 lui a permis de dégager 85 000 $ pour le remboursement de cet emprunt. la MCG a cinq ans pour effectuer ce remboursement, en puisant dans ses surplus.

Il s’agissait du tout premier bilan d’activité depuis l’entrée en poste de M. Fournier, en septembre 2016.

EN MÊME TEMPS QUE LA BIBLIOTHÈQUE ?

Malgré son appui au projet de construction d’une salle à géométrie variable (SGV) à l’arrière de la Maison de la culture (MCG), le conseiller gatinois Gilles Carpentier a émis un petit bémol : il souhaite inscrire sa construction dans un contexte plus large d’agrandissement de l’édifice qui abrite non seulement la MCG, mais aussi la Bibliothèque Guy-Sanche. 

« Là, il y a une ouverture. C’est qu’on pourrait décider bientôt d’agrandir la bibliothèque Guy-Sanche. » Le conseiller Carpentier entrevoit « une occasion idéale » pour économiser l’argent des contribuables en faisant coïncider le calendrier des travaux des deux entités. « Il faut s’asseoir ensemble » car il est nécessaire de « mettre en place un partenariat » pour optimiser l’utilisation des pépines », prévient-il.

M. Beaulieu est aussi d’avis que la construction d’une SGV  « s’inscrirait [bien] dans le projet d’agrandissement de la bibliothèque Guy-Sanche. Et avec le développement du quadrilatère de la cité, ça serait encore plus rassembleur et branché et attractif. Tous les services complémentaires sont déjà là. »