Catherine-Audrey Lachapelle et Léandre Joly-Pelletier forment le duo bluegrass Veranda. 
Catherine-Audrey Lachapelle et Léandre Joly-Pelletier forment le duo bluegrass Veranda. 

Veranda : La joie du yodel! 

«J’ai les bleus, mais quand je yodle je ne peux pas maintenir mon air de beu...», chante Catherine-Audrey Lachapelle du duo Veranda dans la pièce titre de son récent minialbum, Yodel bleu. Ce refrain pourrait résumer l’esprit de ce sympathique projet bluegrass partagé avec le complice Léandre Joly-Pelletier et qui se déploie maintenant en français.

Pour reprendre sa propre description, Veranda s’apparente en musique à «un endroit reculé, une bucolique cabane dans les bois devant laquelle se bercent tranquillement Dolly Parton, Ralph Stanley et Emmylou Harris.» Le couple en musique comme dans la vie avait écrit un premier chapitre musical dans la langue de ces idoles anglophones l’an dernier. Au moment de reprendre la plume, le duo a plutôt choisi de miser sur ses propres mots.

«C’est arrivé assez naturellement après la sortie du EP en anglais, raconte Catherine-Audrey Lachapelle. On s’est assis ensemble et on s’est demandé où on voulait aller avec ce projet-là et comment on allait le faire évoluer. Le français s’est imposé. Moi, c’est quelque chose qui me manquait un peu. Écrire en français ou en anglais, ce n’est pas la même chose. Ce n’est pas la même rythmique de la langue, ce n’est pas la même poésie, ce n’est pas le même type d’images.»

Léandre Joly-Pelletier y voyait de son côté beaucoup de potentiel, mais aussi une sorte de pari. «De la musique bluegrass en français, ça n’a pas été fait très souvent, ce n’est pas si commun, observe-t-il. On voulait se donner le défi de traduire ce qu’on faisait en anglais et qui est très ancré dans la tradition américaine, mais en nos mots, avec notre écriture à nous, dans notre français québécois.»

Le musicien évoque ces thèmes fréquents dans la culture bluegrass et que Veranda voulait continuer d’exploiter. «Il y a des chansons de meurtres, des chansons qui parlent de la solitude, de cabin fever… Quelqu’un qui vire fou tout seul dans le bois, ça arrive souvent dans les tounes bluegrass...» décrit-il.

«Évidemment, on va aussi dans la peine d’amour, qui est un thème récurrent dans le country. On se permet de parler de la mort et c’est correct», ajoute Catherine-Audrey Lachapelle, soulignant le contraste qui prévaut souvent entre le sujet des chansons et la manière festive avec laquelle celles-ci se déploient musicalement.

«À la base, c’est une musique du peuple qui servait d’exutoire pour raconter ces histoires-là qui sont sombres, mais dans les mots des gens. C’est un peu ça qu’on essaie de faire», note-t-elle à propos de ces airs portés par la guitare, le violon et la mandoline.

«Il y a plusieurs facettes à cette musique-là que je trouve fascinantes, reprend Léandre Joly-Pelletier. Ce sont tous des instruments acoustiques, il y a quelque chose d’épuré là-dedans. Mais en même temps, chaque instrument a sa place et ça crée vraiment un mur de son. Quand j’écoute du bluegrass, c’est le même sentiment que si j’écoutais un band de rock. Chaque chose est à sa place. Et ce sont des mélodies qui sont fortes. Il y a une énergie, une texture. Je pense que quand on tombe en amour avec cette musique-là, on ne regarde pas en arrière. Personne ne m’a dit : “j’ai écouté du bluegrass pendant un été et j’ai décroché...”»

Depuis l’enfance

Également actrice — elle incarne notamment le personnage de Virginie dans District 31 —,  Catherine-Audrey Lachapelle a vu ses plans doublement chamboulés par la pandémie de COVID-19, qui a provoqué l’annulation des spectacles et la fermeture des plateaux.

«Les tournages, c’est comme pour la musique. On est triste une semaine, puis on essaie d’être résilient. On reste à l’affût, parce qu’on ne sait pas quand ça va recommencer. On attend d’avoir des nouvelles plus claires de la part de la production.»

Comme le personnage de la pièce Yodel bleu, Lachapelle dit trouver son plaisir dans la musique… Et en yodelant, cet art «un peu bizarre» qui lui est venu plutôt naturellement.

«Je n’ai jamais pris le temps d’étudier la technique, confie-t-elle. C’est quelque chose qui m’a toujours fascinée et qui me fait triper, quelque part. Ma grand-mère écoutait du yodel suisse dans son char quand j’étais enfant. Je ne comprenais pas c’était quoi, mais je trouvais ça tellement hot! Mon grand-père avait aussi dans ses vinyles des cowboys yodelers. Donc j’en écoutais sans m’en rendre compte quand j’étais vraiment jeune et devenue adulte, je me suis relancée là-dedans. Ça me fascinait encore autant que quand j’étais kid

De là l’idée de plonger à son tour. «C’est drôle, parce que ce n’est pas quelque chose que tu fais à moitié, rigole-t-elle. Quand tu décides de l’essayer, il faut y aller à 100% parce que c’est une technique vocale qui demande vraiment beaucoup de liberté. Donc tu y vas, les voisins te haïssent, mais ça t’apporte tellement de joie!»