Fruit du travail de deux artistes gatinois, Samuelle Desjardins et José Guénette, la murale intitulée «Parcelles de solidarité» joue avec plusieurs symboles évoquant les grands mouvements coopératifs du Québec et de la région.
Fruit du travail de deux artistes gatinois, Samuelle Desjardins et José Guénette, la murale intitulée «Parcelles de solidarité» joue avec plusieurs symboles évoquant les grands mouvements coopératifs du Québec et de la région.

Une nouvelle fresque sur la rue Eddy pour souligner l’esprit coopératif

Yves Bergeras
Yves Bergeras
Le Droit
Une grande fresque colorée a vu le jour sur la rue Eddy, dans le prolongement de la rue Hôtel-de-ville.

Fruit du travail de deux artistes gatinois, Samuelle Desjardins et José Guénette, cette murale intitulée «Parcelles de solidarité» joue avec plusieurs symboles évoquant les grands mouvements coopératifs du Québec et de la région. Beaucoup de motifs ont été réalisés au pochoir. 

Au centre de l’œuvre, une reproduction géante d’un article du journal «Le Droit» rappelle que le quotidien centenaire d’Ottawa-Gatineau a récemment emboîté le pas au mouvement, en se dotant lui aussi d’une structure coopérative. Cet article – que les artistes ont coiffé du titre «C’est un jour historique» – date du 19 décembre 2019, jour où la coopérative a officiellement vu le jour. On peut y lire le nom de certains de ses artisans et journalistes, ainsi que celui de son actuel rédacteur en chef.

La reproduction d'un article du journal <em>Le Droit</em> se retrouve au centre de l'oeuvre «Parcelles de solidarité».

Si l’œuvre est ‘encadrée’ par trois personnages de trois âges très différents – «les trois âges de la société» – c’est justement parce qu’elle cherche à symboliser non seulement la grande histoire des coopératives, mais aussi leur actualité, expliquent ses deux concepteurs.

La fresque fait l’apologie de l’esprit de solidarité des coopératives, font valoir Samuelle Desjardins et José Guénette.

«Une société qui coopère est juste et équitable pour tous. Et puis, ce ne sont pas juste des jeunes qui militent, mais tout le monde – et c’est important de le rappeler», signale Samuelle Desjardins. Cette évidence, les deux artistes la souligne par la présence – sur la gauche – de ce personnage de doyenne, qui «ouvre la murale».

En 3D

Leur fresque, se réjouissent-ils, comportent des éléments en trois dimension. Des crème glacées (en béton renforcé de silicone) ainsi qu’une petite fenêtre lui confèrent ainsi un relief plutôt inusité, pour une murale.

Les crèmes glacées sont un clin d’œil à La laiterie de l’Outaouais ; la fenêtre, une allusion aux coopératives de logement. 

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin

Au centre, le plus jeune des trois personnage brandit un écriteau. «Où logerons-nous ?» questionne-t-il, dans un geste symbolisant l’esprit revendicatif et la combativité qui furent «toujours à la source des causes sociales» ayant précédé ces grands mouvements de structuration collective face à l’injustice ou la pauvreté.

«Parcelles de solidarité» évoque aussi le mouvement des Caisses populaires Desjardins (dont on reconnaîtra le caractéristique logo hexagonal), l’Union des producteurs agricoles (symbolisé par des épis de blés poussant en rangs serrés sur le mur) et les coopératives funéraires (évoquées par un oiseau). 

Des gouttes d’eau évoquent subtilement ces draveurs, cageux et bûcherons dont le travail d’équipe fut longtemps le moteur du développement économique de l’Outaouais, terre de cours d’eau favorables au commerce du bois. 

Des motifs floraux empruntés aux «tapisseries bourgeoises britanniques» renvoient – anonymement – à tous ces grands «propriétaires des moyens de production» (on se permet de reprendre ici le terme récurrent des théories marxistes) qui faisaient travailler les autres.

Les deux artistes disent avoir joué avec l’iconographie et les symboles, afin de rendre l’œuvre «ludique», et non didactique.

Le conseiller municipal du district Hull-Wright, Cédric Tessier

Revaloriser le centre-ville

Le maire de Gatineau Maxime Pedneaud-Jobin en personne est venu présenter aux médias cette fresque qui vient mettre en scène «notre identité, notre histoire», tout en «revalorisant le centre-ville», en ajoutant de vives touches de couleur à la façade d’un vaste mur qui avait été laissé à l’abandon.

Le maire était flanqué du conseiller municipal du district Hull-Wright, Cédric Tessier, et du président de la Commission des loisirs, des sports et du développement des communautés (CLSDC), Martin Lajeunesse.

À leur côté, se trouvait aussi les deux responsables de la Coopérative de développement régional Outaouais-Laurentides (CDROL). Cet OBNL a pour mandat d’aider le développement de l’économie sociale, notamment en facilitant la création et l’essor d’entreprises coopératives.  

C’est que les bureaux de la CDROL sont situés au 75 de la rue Eddy, juste en face de ce «grand mur gris et terne» qu’on voyait lorsque l’on regardait à travers les vitres, témoigne le directeur général de l’organisme, Patrick Duguay.

Le président de la Commission des loisirs, des sports et du développement des communautés (CLSDC), Martin Lajeunesse

Et c’est pour se débarrasser de ce paysage déprimant, que la directrice adjointe de l’OBNL, Claudine Lalonde, a initié ce projet de fresque, via un programme de la CLSDC.

Samuelle Desjardins et José Guénette, de leur côté, devaient concocter une œuvre dans le cadre des activités du Sentier culturel, l’été dernier. La dernière édition ayant annulée en raison de la pandémie de COVID-19, ils ont pris ce projet de fresque sur leurs épaules.

Mais les deux artistes étaient libres du contenu. Ce sont eux qui ont décidé de nourrir leur œuvre avec des thèmes liés à la mission de la CDROL. 

«J’adore le résultat! s’exclame M. Duguay. «J’aime le fond et j’aime ces couleurs éclatées. Et puis c’est contemporain, pas du tout passéiste; ça parle de nous, aujourd’hui», poursuit le dg. L’organisme «militant» fête ses 45 ans. «On est une vieilles coop, mais on a gardé un esprit jeune», sourit-il.