Eugène Manet à l’île de Wight, 1875. Huile sur toile, 38 x 46 cm. Paris, Musée Marmottan-Monet

Une exposition d'envergure au MNBAQ

Le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) sera l’hôte d’un événement d’envergure l’été prochain. L’institution muséale présentera Berthe Morisot, femme impressionniste, une exposition internationale sur la peintre d’avant-garde (1841-1895) qui voyagera ensuite aux États-Unis et à Paris.

Pour cette toute première exposition entièrement consacrée à l’œuvre de l’artiste, plus d’une cinquantaine de toiles provenant d’institutions publiques et de collections privées du monde entier seront présentées à Québec, a annoncé Line Ouellet lors d’une conférence de presse tenue lundi au Musée d’Orsay, à Paris. Le prestigieux musée situé sur les rives de la Seine sera la dernière institution à présenter l’exposition, à l’été 2019.

Il aura fallu 15 ans à la directrice générale du MNBAQ pour concrétiser la tenue de cette exposition majeure. «J’avais vu, en 2002, l’exposition que Sylvie Patry, l’actuelle commissaire de l’exposition, avait réalisé pour le Musée des beaux-arts de Lille. Ça prend toujours un certain temps à mettre les choses en place», explique Mme Ouellet en entrevue téléphonique.

En 2014, les deux femmes se sont rendues rencontrer les descendants de Berthe Morisot afin de discuter de cette future exposition sur l’une des fondatrices du groupe impressionniste en 1873. À l’époque, sa renommée est grande. «Elle a eu une fortune critique importante de son vivant», précise Mme Ouellet. 

Le Berceau, 1872. Huile sur toile, 56 x 46 cm. Musée d’Orsay, acquis par le Louvre (1930) RF2849

Déficit de renommée

Elle reste pourtant moins connue maintenant que ses homologues impressionnistes, comme Monet, Renoir et Degas. «Elle a été malheureusement un peu oubliée.» Et pas seulement parce qu’elle était une femme, «qui n’ont pas autant de visibilité que les hommes. C’est un peu pour ça aussi que je désirais présenter Berthe Morisot, seule, pour elle-même, pas à travers [les autres impressionnistes].»

Ce déficit de renommée tient aussi au fait que l’artiste meurt jeune, à 55 ans, laissant un corpus d’environ 400 œuvres, beaucoup moins que d’autres peintres. Ironiquement, elle reviendra à l’avant-plan des années plus tard parce qu’elle a servi de modèle pour une dizaine de tableaux à Édouard Manet (son beau-frère). Mais depuis plusieurs dizaines d’années, son importance artistique est reconnue et «prisée sur les marchés». 

Surtout qu’il n’était pas courant au XIXe siècle qu’une femme mène une telle carrière professionnelle, marquée par des œuvres qui explorent plusieurs thématiques de la vie moderne, telles que l’intimité de la vie bourgeoise de l’époque ou le goût de la villégiature et des jardins, tout en brouillant les frontières entre intérieur-extérieur, privé-public ou fini-non fini. 

«C’était une peintre avant-gardiste, point. Elle était au sein de cette avant-garde des impressionnistes au moment où elle se peint, si on peut dire. Comme femme, c’était exigeant pour elle, même si elle a exposé d’égal à égal avec ses collègues. […] Dans les 30 dernières années, il y a eu une relecture sociale de l’art très importante qui inclut entre autres les femmes. Je pense que c’est un bon moment pour faire cette exposition.»

Jeune femme en gris étendue, 1879. Huile sur toile, 60 x 73 cm. Collection particulière, Paris

Réseau international

Line Ouellet n’est pas la seule à le penser. En cours de route, la directrice générale a réussi à convaincre ses homologues de la Fondation Barnes, à Philadelphie, et du Dallas Museum of Art d’en faire de même. Et comme Sylvie Patry était devenu, entre-temps, la conservatrice en chef du Musée d’Orsay, il est apparu comme allant de soi à Laurence des Cars, la nouvelle directrice, de présenter également Berthe Morisot, femme impressionniste.

Cette impressionnante collaboration, «c’est nettement ce qu’on vise», soutient Mme Ouellet en soulignant que la splendide rétrospective Giacometti, qui sera présentée en février 2018, est de la même nature. Ces expositions visent «à inscrire le Québec, et la MNBAQ, dans un réseau international et c’est une volonté très affirmée».

Berthe Morisot, femme impressionniste sera présentée du 21 juin au 23 septembre 2018 au MNBAQ.