Luc Fortin

Une chemise nommée culture

CHRONIQUE / Depuis que les libéraux ont repris le pouvoir à Québec, en avril 2014, le ministère de la Culture et des Communications avait déjà changé deux fois de capitaine. Et voilà qu’avant même que Luc Fortin ait le temps de déposer le plan d’action de la toute nouvelle Politique culturelle québécoise, Philippe Couillard l’a remplacé mercredi par la député de Crémazie, Marie Montpetit.

Cette dernière succède donc à M. Fortin, nommé en février 2016, qui avait lui-même pris le relais d’Hélène David, en place d’avril 2014 à février 2016. Bref, on parle de trois changements en un peu plus de trois ans ! C’est dire le peu d’importance que le gouvernement provincial en place accorde à un ministère qui est pourtant responsable d’un pan essentiel de ce qui nous définit sur le plan identitaire : on y change de responsables comme d’autres changent de chemises…

Encore faudrait-il que le geste ne paraisse pas seulement relever d’un effort purement esthétique, comme c’est parfois le cas lors d’un remaniement ministériel.

Comme l’a cependant soulevé l’Union des écrivaines et des écrivains du Québec (UNEQ), le remaniement ministériel de mercredi soulève une question importante : la mise en place de la nouvelle Politique culturelle risque-t-elle d’être retardée ? Le plan d’action, qui doit notamment « chiffrer » le projet, sera-t-il bel et bien déposé d’ici à la fin de l’année tel que prévu ?

Rappelons que ledit projet, intitulé « Partout, la culture », a fait de l’amélioration des conditions socioéconomiques des artistes, d’une meilleure représentativité de la diversité québécoise et d’une reconnaissance de l’apport des peuples autochtones à la culture québécoise, des priorités.

En juin dernier, Luc Fortin n’avait annoncé aucune mesure budgétaire lors du dévoilement officiel des grandes orientations de « Partout, la culture ». Il s’était néanmoins engagé à déposer un plan chiffré avant la fin de 2017.

Le premier ministre Couillard envoie assurément Marie Montpetit dans la mêlée à un bien drôle de moment.

Ce faisant, il envoie également — et surtout ! – un signal pour le moins équivoque, pour ne pas dire inquiétant, au milieu culturel, qui s’est pourtant mobilisé aux quatre coins de la province au cours de la dernière année afin de participer à l’exercice de réflexion sur le renouvellement d’une politique vieille d’un quart de siècle.

En fait, c’est comme si Philippe Couillard laissait entendre à tous ces gens que le travail accompli ne valait pas la peine de garder à la barre celui qui avait jusque-là été leur interlocuteur et avait piloté le navire pour qu’il puisse le mener à bon port avec eux.

Or, les centaines de créateurs, diffuseurs, organismes et autres intervenants culturels québécois de tous les horizons méritent mieux, à cette étape cruciale de la concrétisation du projet : ils devraient pouvoir avoir la conviction qu’ils ne comptent pas pour des prunes aux yeux du gouvernement. Qu’ils demeurent une priorité pour ce dernier.

On ne présume pas que Marie Montpetit, issue du domaine de la santé et des services sociaux où elle a œuvré pendant une quinzaine d’années avant d’être élue en 2014, n’est pas apte à arrimer le tout dans les délais prescrits. 

Pour y parvenir, la nouvelle ministre devra toutefois non seulement mettre les bouchées doubles pour se familiariser avec les tenants et aboutissants de la nouvelle Politique culturelle, mais aussi rapidement rassurer l’ensemble du milieu quant au respect de l’échéancier initialement prévu.

À un an du prochain scrutin, Philippe Couillard prend le pari que même un retard dans ce chantier de construction identitaire ne mettra pas à mal ses chances d’être reporté au pouvoir. 

Seul l’avenir nous dira s’il perdra ou non sa chemise sur cette question.