L'installation de Cri Kent est à l'honneur au MBAC.

Une Biennale ouverte sur le monde

La quatrième édition de la Biennale canadienne du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) s’ouvre sur le monde. Non seulement en rapatriant des œuvres de créateurs originaires du pays partis pratiquer leur art à l’étranger ou en mettant de l’avant celles d’artistes d’ici rayonnant sur la scène internationale, mais également en présentant pour la première fois des œuvres d’artistes contemporains d’ailleurs récemment acquises.

De l’installation du Cri Kent Monkman (dont l’alter ego est au chevet d’un patient nommé… Cubisme) à la série de photos du Québécois Benoit Aquin sur la tragédie de Lac-Mégantic, en passant par Niagara argenté de l’Américaine Maya Lin (reconnue pour son Mémorial des anciens combattants du Viêt Nam), ce sont au total une centaine d’œuvres de 50 artistes d’aujourd’hui qui ont été achetées par le MBAC au cours des deux dernières années.

« Cette exposition reflète notre évaluation de ce qui se crée maintenant, de ce qui mérite de faire partie de notre collection afin de témoigner plus tard de ce que nous sommes aujourd’hui », fait valoir le conservateur associé de l’Art contemporain du MBAC et commissaire principal de l’exposition, Jonathan Shaughnessy.

La Biennale brille donc des éclats de pierres du Rhin et de perles (ici, partie prenante du costume sonore de Nick Cave ; là, dans le portrait signé Mickalene Thomas). S’éclate en tableaux de petits ou grands formats, sculptures, photos, installations, vidéos, etc.

Entre les diverses pièces s’installe un dialogue tantôt sur la notion de l’identité et du racisme, tantôt sur la nature qui nous entoure, tantôt entre tradition et modernité, par exemple. À ce chapitre, Nattiqmut Qajusijugut (le phoque qui nous fait tenir le coup) du natif d’Iqaluit Roben Komangapik fascine : le code QR inscrit à l’encre dans la peau de phoque du Groenland pelée pour les besoins de sa cause et renvoyant à une vidéo dans laquelle l’artiste relate l’histoire familiale se cachant derrière son œuvre que les gens pourront visionner sur leur appareil intelligent.

Une autre vidéo, celle-là projetée dans son intégralité (soit 6 h 1 min) dans une petite salle en aparté, s’avère incontournable, aux yeux du directeur général du Musée, Marc Mayer, et du conservateur Jonathan Shaughnessy : Luanda-Kinshasa, de Stan Douglas. Le Canadien campe dans un décor des années 70 reproduisant les studios de Columbia Records une session de jam entre musiciens faisant écho au panafricanisme de cette décennie et aussi au fameux « combat dans la jungle » entre Ali et Foreman en 1974, entre autres symboliques.

« Cette œuvre a été vue un peu partout dans le monde depuis 2013 et il était important d’en rapatrier une copie chez nous afin qu’elle fasse partie de notre patrimoine », soutient M. Mayer.

La vidéo occupe d’ailleurs de plus en plus une place de choix, dans la collection d’art contemporain du MBAC. « Nous sommes reconnus comme une référence sur la scène internationale en ce qui a trait à ce médium en particulier », s’enorgueillit M. Shaughnessy.


POUR Y ALLER

Quand ? Jusqu’au 18 mars 2018

Où ? Musée des beaux-arts du Canada

Renseignements : 613-9901985 ; beaux-arts.ca

UN DÉPANNEUR QUI FAIT SOURIRE

Sur une affiche collée dans la porte de l’établissement, il est clairement indiqué qu’il est « Interdit de flâner » dans le fameux Canadissimo (Dépanneur) de BGL. Si le public est invité à entrer dans l’installation du trio de Québec (Jasmin Bilodeau, Sébastien Giguère et Nicolas Laverdière), il est bien prévenu : l’intérieur est filmé en continu et les images diffusées en direct sur la page Facebook du Musée. Une façon de contrer toute tentation de  vol à l’étalage pour sustenter une petite fringale ? Marc Mayer éclate de rire.

Le fameux Canadissimo (Dépanneur) de BGL

« Lorsque cette œuvre a été présentée à la Biennale de Venise (en 2015), certains visiteurs croyaient qu’il était vraiment possible d’y acheter de la bière ou des chips ! » raconte le directeur général du MBAC, qui prend la peine de préciser du même souffle que les bouteilles sont… vides.

Or, si les Italiens et autres amateurs d’art contemporain ont été passablement « dépaysés » par Canadissimo il y a deux ans, les visiteurs du MBAC risquent de l’être un peu moins, puisqu’un tel Dépanneur leur ait familier.

« Ce sera justement intéressant de voir comment les gens d’ici réagiront à cette œuvre. Leur rapport à l’installation ne sera assurément pas le même, bien qu’elle fera sûrement sourire ici aussi », mentionne le commissaire Jonathan Shaughnessy.