Par milliers, les friands de décibels et de distorsion grasse ont continué d'envahir Montebello, à l'occasion de la 13e édition du Rockfest de Montebello.

Une année solide, un avenir en suspens

Après avoir fait le plein de bon temps et de souvenirs inoubliables, les milliers de festivaliers qui ont participé à la 13e édition du Rockfest de Montebello ont plié bagage et repris le chemin de la maison, dimanche, avec pour la plupart le mal de bloc, les yeux pochés, les tympans amochés, un petit coup de soleil ou deux et le réservoir d’énergie à sec.

Trois jours de festivités plus tard, la page est maintenant tournée sur le Rockfest 2018. Le soleil de plomb qui a régné en maître absolu dans le ciel bleu de l’Outaouais vendredi et samedi a rapidement fait oublier la pluie qui avait contribué, lors de la soirée d’ouverture du jeudi soir, à rendre le site de spectacles légèrement vaseux.

Cette météo, digne d’un scénario hollywoodien, a certainement aidé au niveau de l’achalandage. Aux tourniquets, l’organisation du festival parle une fois de plus d’un succès. La formule revue du festival — avec une programmation musicale coupée de moitié en termes d’artistes présents et trois scènes plutôt que cinq — n’a pas rebuté les mélomanes assidus, loin de là. 

Ajoutées aux quelque autres 70 formations sur place, les grosses pointures telles que Prophets of Rage, Weezer, Godsmack, Stone Temple Pilots, Five Finger Death Punch, Rancid, Sum 41 et Tenacious D ont attiré les masses.

Le bilan complet de l’événement sera fait ces prochains jours, mais déjà le président et fondateur du Rockfest, Alex Martel, estimait dimanche que la foule devrait être comparable aux dernières années où on enregistrait plus de 200 000 entrées sur le site de la marina. « Je pense que la vibe a été super positive. Le feedback que j’ai reçu des festivaliers, des bands et de tout le monde dans village, c’est que ça s’est bien déroulé », a affirmé M. Martel, lorsque joint par Le Droit. 

Comme à l’habitude, l’organisation ne dévoile pas le nombre de billets vendus. Toutefois, selon nos sources, le site de spectacles peut accueillir un maximum d’environ 40 000 personnes, avant d’être saturé. Le lecteur peut ainsi se faire idée approximative des chiffres récoltés à la billetterie.

Déménagement évoqué

Au terme de cette édition 2018 marquée par l’entrée en scène de l’équipe de Piknic Électronik comme responsable de la production et de la logistique, M. Martel est par ailleurs demeuré évasif sur l’avenir du festival à Montebello. Celui-ci a fait des sorties dans certains médias ces dernières semaines, évoquant qu’il s’agissait probablement du dernier Rockfest dans « sa formule actuelle ». Il n’a pas voulu s’avancer sur la suite, dimanche.


« « Si j’ai le choix entre que ça continue et que ça doit se faire ailleurs ou que le festival meurt, c’est sûr que je vais sauver le festival. » »
Le fondateur du Rockfest, Alex Martel

« On va prendre le temps de terminer l’édition 2018 avant de regarder tout ça, mais c’est sûr qu’on n’a pas le choix d’évoluer en tant que festival pour rester actuel. On a connu plusieurs moutures au fil des années, mais il ne faut pas faire l’erreur de s’asseoir sur ses lauriers. Ça va se traduire par quoi, je ne le sais pas pour l’instant. Il est trop tôt pour le dire. [...] Ultimement, j’ai des partenaires qui financent l’événement et ce sont eux en fin de compte qui vont prendre la décision finale par rapport à ça. Maintenant, ce que moi je veux faire personnellement, en dehors de tout ça, c’est de garder le festival à Montebello, mais si j’ai le choix entre que ça continue et que ça doit se faire ailleurs ou que le festival meurt, c’est sûr que je vais sauver le festival plutôt que de le tuer », a déclaré celui-ci au Droit.

M. Martel précise que les défis sont nombreux pour le Rockfest, notamment en raison de la disposition géographique particulière de l’événement qui se déroule dans la petite localité de Montebello, située à cheval entre Ottawa et Montréal.

« Juste le transport des équipements, ç’a l’air niaiseux comme détail, mais les coûts que ça nous occasionne versus n’importe quel autre événement près de la ville, c’est énorme. Il y a aussi tout l’argent qu’on perd et qui se ramasse dans le village, c’est substantiel. On n’a pas un sou ce qui se fait dans le village », a indiqué Alex Martel.

À ce sujet, le maire de Montebello, Martin Deschênes, n’est visiblement pas sur la même longueur d’onde. Joint dimanche après-midi, il a félicité la nouvelle organisation pour la logistique « impeccable ». Il n’a toutefois pas mâché ses mots pour déplorer les « rumeurs » des dernières semaines. Le maire de Montebello se dit très peu inquiet de voir le festival déménager à court terme. « Les fausses rumeurs de déménagement que quelqu’un s’est amusé à laisser sortir dans les deux dernières semaines, juste pour mousser les ventes de dernière minute, c’est quelque chose qui est tellement déplaisant pour la municipalité d’être obligé de ramasser les pots cassés et de convaincre les citoyens que ce n’est pas l’intention du Rockfest de déménager. J’ai rencontré les gens et décideurs qui mettent de l’argent dans le Rockfest et ils n’ont pas l’intention de quitter Montebello », a dit M. Deschênes, soulignant que l’entente actuelle entre la municipalité et le festival, pour la tenue de l’événement, était valide jusqu’au terme de l’édition 2019.

Mort d’un homme de 25 ans

Cette 13e édition aura malheureusement été assombrie par la mort d’un jeune homme de 25 ans d’Oshawa en Ontario. Le corps inanimé a été découvert sur le site du camping de l’événement, à l’arrière du village de Montebello, vers 7 h 45 vendredi matin. Au moment d’écrire ces lignes, dimanche, la Sûreté du Québec (SQ), qui a ouvert une enquête, n’avait rien de nouveau à ajouter au dossier. L’hypothèse de la surdose de drogues comme cause du décès était toujours la plus probable. À ce propos, Alex Martel a souligné que l’organisation du Rockfest était de tout cœur avec la famille du défunt. « Il est trop tôt pour se prononcer sur la cause parce qu’on doit attendre l’enquête de la SQ, mais de notre côté, on prend nos responsabilités comme chaque année. On a des équipes de premiers soins, les paramédics sont là, la SQ est là pour collaborer avec nous durant la fin de semaine. Il y a des organismes de prévention qui sont présents pour aider et éduquer les festivaliers par rapport aux drogues. On met en place tout ce qu’on peut pour prévenir », a-t-il dit.

Kiosque en soutien aux Hells Angels

Fait à noter, un kiosque « Support 81 Montreal », vendant des objets promotionnels reliés aux Hells Angels sur le site même de la marina où se déroulait le festival, a été démantelé vendredi soir, alors qu’une forte présence policière se trouvait à proximité de l’emplacement du présentoir. La roulotte était à l’effigie des couleurs du groupe de motards criminalisé, le nombre 81 faisant référence à HA, « H » étant la huitième lettre de l’alphabet et « A » étant la première lettre de celui-ci. L’employé responsable de réserver les concessions du Rockfest n’était pas au courant de la nature du kiosque lorsque le contrat a été signé avec les tenanciers, a indiqué Alex Martel, hier. Même si cette pratique n’est pas illégale en soi, le festival a demandé le démantèlement du kiosque. « Quand on a réalisé c’était quoi, la Sûreté du Québec a pris en charge le dossier pour faire quitter les gens. On ne les aurait pas invités si on avait su », a commenté Alex Martel.