Légende de la bande-dessinée américaine, l’illustrateur Arthur Suydam viendra à la rencontre de ses fans d’Ottawa-Gatineau, tout au long du week-end prochain (10 au 12 mai), dans le cadre du Comiccon.

Un Zombie King plein de cervelle

Légende de la bande-dessinée américaine, l’illustrateur Arthur Suydam viendra à la rencontre de ses fans d’Ottawa-Gatineau, tout au long du week-end prochain (10 au 12 mai), dans le cadre du Comiccon.

Dernier rejeton d’une dynastie de peintres d’origine hollandaise qui remonte aux premiers colons de la Côte Est (surtout des peintres, connus comme les « Hudson River Painters »), Arthur Suydam a largement contribué à extirper les comics books du monde de l’enfance.

Sa première « brèche » date des années 70, avec la série Mudwogs, qui sera publiée dans le fracassant magazine Heavy metal — qui s’adresse aux adultes. À l’époque, Suydam se démarque déjà de ses collègues grâce à son esthétique très personnelle, mais, surtout, parce qu’il est, avec Richard Corben, l’un des deux pionniers à avoir osé proposer des récits peints et illustrés en « couleurs directes ».

Dans les année 80, la maison d’édition Marvel tente de récupérer les lecteurs matures qui, s’étant désintéressé des pif-bang-boum ! de superhéros en collant, l’avaient abandonnée au profit de Heavy Metal, retrace M. Suydam. Marvel lance en 82 sa ligne Epic comics, qui proposera pendant une dizaine d’année des récits BD pour adultes. C’est Epic qui présentera le manga Akira aux États-Unis et qui hébergera des récits « sombres » signés Frank Miller, Mike Mignola, Moebius, Jim Starlin, Clive Barker, Ted McKeever... et Suydam. « Pour être crédibles, il fallait qu’Epic engage de vrais auteurs, formés à l’écriture, capables d’offrir aux lecteurs des histoires matures et sophistiquées. » Epic s’est mis à utiliser du papier de meilleure qualité, car l’objet était destiné à perdurer. Ceci a pavé la voie à l’avènement du terme « roman graphique », récent titre de noblesse de la BD.

Il embarque dans l’aventure en développant pour Epic les aventures de Cholly & Flytrap, une série de récits cyberpunk devenue culte.

« Je viens tout juste de la faire rééditer dans une intégrale de 300 pages » publiée par Titan Comics, se réjouit l’auteur qui s’apprête à faire la même chose avec Mudwogs. « J’étais justement en train de travailler dessus ce matin. Il me reste à peu près une quinzaine de pages à faire, et 5 ou 6 planches à retravailler. Ça devrait sortir dans six mois... »

S’il a longtemps été considéré comme l’une des figures les plus notables de la BD underground, c’est toutefois beaucoup plus récemment, dans les années 2000, qu’il qu’il accèdera au statut de légende vivante. Et qu’il obtiendra son surnom du « Roi des zombies », grâce à son travail pour Marvel.

Arthur Suydam

La folie des zombies

Suydam est — avec les auteurs Robert Kirkman et Sean Phillips — à l’origine de la vague zombie qui a déferlé sur l’industrie de la BD depuis Marvel Zombies, série dans laquelle tous ses super-héros se retrouvent sur la terre dévastée d’un univers parallèle, sous forme de morts-vivants bouffeurs de chair humaine. Arthur Suydam en a signé la plupart des couvertures (lesquelles sont aujourd’hui compilées dans un ouvrage de 104 pages).

Le succès de leur série sèmera la panique chez le compétiteur direct : DC comics appliquera l’apocalypse zombie à ses propres super héros. Puis la contagion touchera Image Comics, quand le scénariste Robert Kirkman entamera sa série The Walking Dead, qui fera bientôt gicler le sang jusqu’au petit écran.

Pour l’éditeur Dynamite Entertainent, Suydam illustrera ensuite la série Raise the dead, avant de s’attaquer à Marvel Zombies Vs Army of Darkness... qui donnera en 2007 un second souffle et au personnage de Ash (Evil Dead)... que le comédien Bruce Campbell reprendra à la télé dans les trois saisons de Ash vs Evil Dead, pour la chaîne Starz.

« Ce phènomène populaire autour des zombies dure depuis près de 15 ans. C’est devenu si “gros” que tout le monde a voulu sauter dans le wagon », dit-il en évoquant le film World War Z et le jeu viédo Plants vs Zombies.

D’où son surnom de Zombie King. « Ça a commencé dans les conventions comme le Comiccon, avec tous ces gamins qui venaient pour faire signer leurs comics, et qui, souvent, disaient “c’est le gars des zombies !” parce qu’ils ne savaient pas trop comment prononcer mon nom de famille. » Et puis lentement, le « gars des zombies » s’est transformé en « roi des zombies ». « Et c’est resté. Ce surnom ne me dérange pas. J’aime bien. C’est aproprié... », lance l’illustrateur.

Le nom de Suydam est aussi associé à des superhéros dont les aventures étaient destinées à un public plus matures — Black Panther et Deadpool, en premier lieu. Dont on ne peut ignorer l’impact désormais mondial, à présent que l’univers cinématographique Marvel s’en est emparé.

Arthur Suydam estime que les efforts déployés au grand écran par Marvel sont directement liés à une “crise” des zombies : « les ados ne voulaient plus acheter d’hisoires de superhéros, ni de figurines : ils n’avaient d’yeux que pour les zombies ». Au point que « Marvel a eu peur », et a mis les bouchées doubles pour « relancer ses personnages au cinéma », estime-t-il.

Le Newyorkais a des origines québécoises : sa mère, Juliette Michard, était une francophone de Montréal ; lui, n’a toutefois jamais conservé sa langue « maternelle ».)

Suydam est aussi un Guitariste accompli, qui a régulièrement partagé la scène avec des musiciens de premier plan, collaborateurs de Paul McCartney, Bruce Springsteen et Keith Richards.