Le Wild West Show est présenté jusqu’au 21 octobre au Centre national des arts.

Un Wild West Show décoiffant

CRITIQUE / Entre éclats de rire (parfois jaune) et moments d’émotions vives, Le Wild West Show de Gabriel Dumont fait voyager les spectateurs par monts et par vaux dans la lutte des Métis pour raconter un pan souvent oublié de notre histoire collective. Si la production gagnera à être resserrée pour éviter quelques longueurs et inégalités, elle n’en demeure pas moins incontournable par l’essence même de sa démarche : rassembler des artistes provenant d’« une marée à l’autre » sur une même scène pour en faire résonner haut et fort leurs langues maternelles, français, anglais, cri et mitchif.

La foule aura d’ailleurs été particulièrement sensible à ce mélange des langues lors de la grande première mondiale, mercredi soir, au Centre national des arts (CNA). À preuve, l’énumération des noms des rebelles pendus comme Louis Riel dans la foulée de la défaite à Batoche, en 1885, pendaisons auxquelles les autorités ont contraint les enfants autochtones d’assister pour « faire sortir l’Indien » d’eux, explique-t-on… Chaque coup de tambour martelant un décès était reçu comme un coup de poing au plexus. Rarement silence aura-t-il été aussi poignant, alors que sur l’écran géant, les jeunes personnages animés perdaient leurs couleurs pour devenir blancs… Entendre ensuite Krystle Pederson chanter en cri avec une fierté aussi convaincante que bouleversante a de nouveau laissé la foule sans voix.

A contrario, un peu plus tôt dans la soirée, un homme avait quant à lui carrément houspillé le personnage de Don Cherry (incarné par Jean Marc Dalpé, tout en veston unifolié et verve vitriolique anglophone, dans un numéro autrement truculent s’inspirant de La Soirée du hockey), avant de quitter la salle en réclamant d’entendre parler français dans une production programmée par le Théâtre français du CNA. Si les comédiens ont paru saisis quelques fractions secondes, ils ont vite su reprendre le fil.

Ces réactions émotionnelles témoignent à quel point ce Wild West Show bouscule et/ou séduit par son déjanté mélange des genres et des langues. Car les gens ont beau être accueillis par les maîtres de piste Hover (Dalpé) et Séguin (Alexis Martin) dans le hall du Théâtre, cela ne les prépare pas nécessairement à ce qui les attend une fois (conventionnellement) assis dans la salle. Aurait-il fallu pousser l’audace jusqu’à présenter le spectacle sous chapiteau ? Toujours est-il que l’esprit « fête foraine » — on flirte autant avec Brecht qu’avec le côté bon enfant d’une troupe itinérante qui doit parfois changer de costumes au vu et au su de tous —  en a assurément déconcerté plus d’un. D’autant que les premiers actes, servant à placer faits et personnages par des scènes plus statiques pendant lesquelles les voix des comédiens n’étaient pas toutes clairement audibles, se sont étirés.

Une fois l’erre d’aller pris par les acteurs et la déconstruction des codes acceptée par les spectateurs, Le Wild West Show de Gabriel Dumont s’est poursuivi au triple galop, à cheval entre hier et aujourd’hui. Avec les risques inhérents à lâcher ainsi la bride à la créativité et à l’expérimentation, cependant : à travers numéros burlesques, jeux d’adresse, interactions avec le public, chants, danses (la prestation de Josée Bourgeois a été chaudement applaudie) et remises en perspective (du rôle essentiel des femmes Métis dans la lutte, en particulier), il y avait de quoi faire perdre le Nord-Ouest à la foule. La cavalcade s’est donc avérée agréablement décoiffante par moments, et un brin désarçonnante à d’autres.

Irrévérences et partis pris assumés

Or, les auteurs assument, et pleinement, leurs partis pris (notamment politiques), que ce soit par leur manière de traiter des pans de l’histoire ou par leur façon de dépeindre certaines figures. Les comédiens également.

Ici, on tâte du cirque dans un numéro où monseigneur Grandin (Martin, vêtu d’une « soutane »… à motif léopard) cherche à dompter trois « Sauvages ». Là — et là encore ! — le premier ministre John A. MacDonald en prend pour son rhume, entre autres dans le ring de boxe, par l’interprétation suavement irrévérencieuse qu’en fait Dominique Pétin. C’est sans oublier que la « troupe » essaime une salve à propos de la « 150, la bière la plus amère jamais brassée au Canada » par-ci, ou exacerbe à l’excès les penchants religieux de Riel.

Les nombreux clins d’œil à la culture populaire contemporaine, eux, font indéniablement (sou)rire. Entre la prise d’égoportraits saluant le retour de Riel (Gabriel Gosselin) au Manitoba et le jeu-questionnaire télévisé opposant Dumont (Charles Bender) et ce dernier (incluant un animateur jouant de la rivalité Ottawa-Montréal pour faire participer la foule), Le Wild West Show permet aussi de savoir, au détour, qui est un inconditionnel de la saga Le Trône de fer ou qui est capable de reconnaître une chanson de Nickelback.


POUR Y ALLER :

Jusqu’au 21 octobre, 19 h 30

Centre national des arts

Billetterie du CNA ; ou 1-888-991-2787, ticketmaster.ca