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«Si on me condamne, alors on condamne la liberté d’expression et de création», estime le sculpteur Christophe Tixier, alias Peppone.
«Si on me condamne, alors on condamne la liberté d’expression et de création», estime le sculpteur Christophe Tixier, alias Peppone.

Un sculpteur et les héritiers d’Hergé s’affrontent sur «l’originalité» de Tintin

Agence France-Presse
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Tintin est-il une œuvre originale d’Hergé? Défenseurs d’un sculpteur de bustes inspirés de l’intrépide journaliste et ayants droit du dessinateur belge poursuivant l’artiste pour contrefaçon se sont affrontés sur cette question jeudi devant un tribunal en France.

«Si on me condamne, alors on condamne la liberté d’expression et de création», a estimé à l’issue de l’audience le sculpteur Christophe Tixier, alias Peppone, qui connaîtra la décision du tribunal de Marseille le 17 juin.

Le presque quinquagénaire se voit reprocher par la veuve du dessinateur de bandes dessinées Fanny Vlamynck, légataire universelle d’Hergé, et la SA Moulinsart, dirigée par son second époux Nick Rodwell, la réalisation de quelque 90 bustes du journaliste à la houppette.

La société, qui avait été déboutée de son action au pénal par le tribunal correctionnel en mai 2018, réclame cette fois-ci au civil quelque 200 000 euros (300 000 $) de dommages et intérêts à l’artiste et la restitution de ses sculptures réalisées en résine et couvertes de planches de bandes dessinées.

Pour Antoine Jacquemart, avocat de la SA Moulinsart, la contrefaçon est «patente» et la partie adverse qui a tenté d’instiller le doute sur la paternité de Tintin «confond originalité et nouveauté».

En effet, prétendre comme les défenseurs de Peppone qu’Hergé n’aurait pas créé le personnage de Tintin, mais que son véritable créateur serait l’illustrateur Benjamin Rabier qui, dans un album de 1898 raconte les histoires de Tintin-Lutin, un personnage vêtu d’un pantalon de golf et d’une houppette, est faux, fait valoir l’avocat.

«Le look adolescent de Rabier n’a nullement été repris par Hergé», ajoute-t-il.

De même, la fusée de l’album Objectif Lune également sculptée par Christophe Tixier, comme lui reproche Moulinsart, est bien une création originale de l’auteur de BD belge et la défense de Peppone ne peuvent soutenir que ce dernier ne fait que reprendre la fusée allemande V2 elle aussi quadrillée, estime l’avocat.

Les Beatles et Chuck Berry 

«L’œuvre ne devrait pas être considérée comme originale car elle a été inspirée? Cela reviendrait à ne pas reconnaître l’œuvre des Beatles, car ils se sont inspirés de Chuck Berry», a plaidé M. Jacquemart.

Les avocates de M. Tixier, Delphine Cô et Kamila Crisan, ont pour leur part souligné «la démarche parodique» de leur client afin «de ne créer aucun risque d’assimilation entre les objets dérivés vendus par la SA Moulinsart et les œuvres qu’il réalise».

Preuve de cette parodie, selon elles, certaines des sculptures qui s’inscrivent dans le courant du Pop art, représentent Tintin avec une moustache d’Hitler afin de «railler» le comportement de la SA Moulinsart, connue pour protéger jalousement ses droits d’auteur et sont accompagnées d’un texte critiquant l’attitude des héritiers d’Hergé.

«Un message diffamant et dégradant», a dénoncé l’avocat de la société.

«Dans l’art, chaque artiste apporte sa pierre à un édifice, a déclaré à l’issue de l’audience Christophe Tixier. Personne ne dit que Picasso a plagié l’art africain?»

En mai 2019, Pascal Somon, dessinateur français, avait été condamné à dix mois d’emprisonnement avec sursis et deux ans de mise à l’épreuve pour avoir contrefait des œuvres d’Hergé. Il avait aussi été contraint à verser 32 000 euros de dommages et intérêts à la société belge et à Fanny Vlamynck, détentrice des droits depuis la mort d’Hergé en 1983.

En 2011, un restaurateur belge avait été sommé par Moulinsart de retirer de sa vitrine des objets inspirés par l’univers de Tintin.

Le 10 mai, la justice française rendra un jugement dans une affaire où Moulinsart a attaqué l’artiste Xavier Marabout, accusé de contrefaçon et d’atteinte au droit moral d’Hergé pour avoir mêlé Tintin — sans l’accord des ayants droit — à l’univers du peintre américain Edward Hopper en s’interrogeant sur les amours du personnage de BD.