Katherine Levac lancera son spectacle Velours au Centre des arts Shenkman.

Un retour au bercail pour Katherine Levac

C’était particulièrement « important » pour Kathy Levac de lancer Velours au Centre des arts Shenkman.

« Bon, la rentrée à Montréal, c’est très important, c’est la vase, c’est là où ça se passe, c’est le tourbillon médiatique et tous les collègues sont là. Bon, après, tout le monde fait Québec. C’est vraiment cool aussi, mais j’aurais trouvé ça ben bizarre de faire [une première] à Québec et pas en Ontario. Ça m’aurait dérangé. Ça ne rimait à rien dans ma tête », explique l’humoriste. 

« On ne savait pas [à l’avance] le succès que ça aurait, ni même si Shenkman allait accepter une première. On ne savait rien. On a demandé à Shenkman [de nous accueillir]. Finalement, les gens répondent à l’appel et ça me fait chaud au cœur. Ça me flatte. Et j’ai tellement hâte à cette première-là: il va y avoir plein de monde que je n’ai pas vu depuis longtemps, beaucoup de famille. » 

Parmi les invitations, elle a « mis l’accent sur plein de gens qui ont été importants tout au long de mon processus de création: des profs d’impro, des profs de l’université d’Ottawa, des amis d’improvisation, et tous ceux qui m’ont inspirée quand j’étais jeune. C’est comme un retour au bercail. Je reviens saluer ces gens-là », déclare-t-elle, la voix pleine d’enthousiasme. Au secondaire, Katherine Levac faisait partie de la ligue d’impro du MIFO – le Mouvement d’Implication Francophone d’Orléans, qui coordonne la plupart des spectacles francophones diffusés au Centre des arts Shenkman. « C’était super important pour moi, cette ligue. C’était toute ma vie ! » retrace la comédienne, qui a déménagé à Montréal en 2011.

Bien que Katherine Levac se sente désormais chez elle au Québec, au point de n’avoir plus du tout l’intention de revenir s’installer en Ontario (du moins « tant qu’[elle] fait ce travail-là »), Katherine Levac a conservé son numéro de cellulaire ontarien. « Avec mes frères [les musiciens du groupe Pandaléon], on s’est mis sur un plan familial, avec un forfait ‘appels illimités’ au Canada. Il y a 7 ans, ça aurait été rushant de [conserver le même numéro]... mais aujourd’hui, c’est whatever », rigole-t-elle, sans qu’on puisse déterminer qui, de Katherine Levac ou de Paidge Beaulieu, son personnage emblématique, s’exprime... « Argh ! Je cherche mes mots ! Des fois, je suis juste tannée de moi-même », s’excusera l’humoriste en cours d’entrevue.

PAIDGE BEAULIEU SANS FRONTIÈRES

« Dans le spectacle, je parle de sexualité pour la première fois. Je pense que c’est possible de le faire en n’étant pas vulgaire, mais simplement honnête et heureux d’en parler », expose Katherine Levac.

« Je parle plus tant de ma jeunesse, que de mon futur, et ça aussi c’est nouveau pour moi. »

« Je parle de la pression [que je ressens à l’idée] de pouvoir tout faire. En ce moment, j’ai un peu l’impression de pouvoir faire tout ce que je veux dans ma vie [professionnelle]... Alors, je m’interroge : ce que j’ai vraiment, finalement, est-ce que c’est des choix, ou seulement de la pression...? Je parle aussi de la perfection, de la pression de tout réussir. »

« Je parle du fait que j’ai l’impression d’être toujours en retard. Autour de moi, les gens ont vécu es tas de choses que je n’ai pas vécu, parce que je n’ai fait que travailler, ces cinq dernières années ».  « Bien sûr, je parle de la fragilité du français en Ontario. »

Caricature d’une certaine jeunesse franco-ontarienne s’exprimant dans un français des plus cassés, le personnage de Paidge Beaulieu fait-il rire les Franco-ontariens autant que les Québécois ?

« Ils rient de différente manière. Les Québécois, il faut les prendre un peu par la main, leur parler un peu notre réalité, en Ontario.

Un moment donné, dans mon show, je dis : «C’est pas que Paidge parlait pas français, mais...» Les Québécois ne rient pas. Pour eux, c’est pas une joke. Je dois expliquer qu’elle n’est pas anglophone, Paidge Beaulieu, mais Franco-Ontarienne – et tout ce que ça implique. Alors que quand je dis la même phrase en Ontario, là, tout le monde voit très bien ce que je veux dire. 

«Je me suis demandé si ce numéro-là méritait d’être fait au Québec... Mais oui, parce que eux aussi, ils ont cette relation au français, eux aussi ils se sentent minoritaires. On a beaucoup de choses en commun.»