Vendredi soir, on avait l’impression d’assister à un travail physiologique effroyable, où même les prouesses vocales des cantatrices étaient mises en scène.

Un Phantom glaçant de surprises

CRITIQUE / Un spectacle dans le spectacle, des acteurs également excellents chanteurs d’opéra, une débauche de costumes, de décors et d’effets pyrotechniques.

Voilà une production de Broadway spectaculaire et généreuse qui ne ménage pas ses effets. Le titulaire d’un beau billet (car même le petit bout de papier bénéficie d’un traitement graphique alléchant) en aura pour son écot. Dans ces productions onéreuses présentées par Broadway Across Canada, tout procède d’un système numérique d’échange : le spectateur paie le prix en retour de quoi il exige d’être ébloui. Que la mise en scène use de subterfuges, que les interprètes déploient pléthore de talents cachés, que la scénographie rivalise d’inventivité. Si le show Broadway offre une mesure bien pleine, alors le public lui témoignera sa joie d’avoir placé son pécule avec retour – bien visible – sur investissement. À cet égard, Phantom of the Opera se livre sur un plateau d’argent !

L’histoire, d’abord. Campée à l’Opéra de Paris au début du XXe siècle, elle offre le prétexte de démultiplier les spectacles par des mises en abyme : on assiste aux répétitions – et parfois, aux représentations – que donnent les personnages sur scène. C’est un « plein les yeux » à comprendre au sens littéral, avec surenchère de tableaux tous plus somptueux les uns que les autres : du baroque au rococo, en passant par la commedia italienne, l’exotisme n’hésite pas à mélanger palmiers et gondoles, le tout supervisé de haut par des angelots dorés en frontispices.

Un changement de scénographie n’attend pas le suivant : en moins d’une minute top chrono, on passe de l’avant-scène, aux coulisses, à l’extérieur de l’opéra.

Dans de tels décors, les acteurs doivent paraître « dévorés » par leur personnage pour avoir une chance d’exister. Il leur faut à tout prix bouillir intérieurement, exulter leurs passions, qu’ils jouent notre spectacle ou le leur.

Vendredi soir, on avait l’impression d’assister à un travail physiologique effroyable, où même les prouesses vocales des cantatrices étaient mises en scène.

Si la diva en chef échoue par une torsion monstrueuse d’étranglement (elle a peur des apparitions), la jeune et prometteuse Christine, elle, s’impose peu à peu avec grâce et délicatesse (serait-elle tombée amoureuse du fantôme à qui elle doit sa promotion ?).

Dans ce rôle très exigeant, Eva Tavares sait tout faire : lever la jambe aussi haut qu’une danseuse classique, monter en vocalises tout aussi aisément.

Enfin, mieux que simple spectateur, le public est aussi acteur : avec stupeur et fracas, la mise en scène est composée pour qu’il participe au sentiment d’effroi collectif. Et ça marche ! Du plafond aux espaces latéraux, ce Phantom of the Opera déploie ses trouvailles sur toutes les parois.

Même si l’on ne comprend rien aux paroles (de l’anglais, uniquement, trituré au chant lyrique), impossible de manquer l’histoire. 

La grandiloquence de cette production demeure bien visible (et audible !): l’acteur se donne au démon du théâtre, il se sacrifie sous nos yeux, se laisse envahir par une passion qui crève les yeux, assez forte pour le laisser décontenancé. Peut-on y voir-là une explication de l’ultime image ? À vérifier de visu, jusqu’au 29 octobre.

POUR Y ALLER :

Quand : Du 18 au 29 octobre

Où : Centre national des Arts

Renseignements : 1-888-991-2787 ; ticketmaster.ca