Le grand patron de TFO, Glenn O’Farrell, a refusé d’accorder une entrevue au Droit.

Un mercredi noir pour TFO

Le couperet est tombé mercredi sur le diffuseur public Télévision française de l’Ontario (TFO) alors que près d’une quarantaine d’employés, dont des caméramans, des journalistes et du personnel en marketing, ont été licenciés. Une décision d’affaires qualifiée d’injustifiable par la Guilde canadienne des médias.

Selon les informations confirmées par les syndicats, les mises à pied annoncées par la direction toucheront un total de 37 personnes, soit un sixième de l’effectif du groupe qui emploie 224 personnes dans ses bureaux de Toronto, Ottawa et Sudbury, selon le rapport annuel 2016-2017.

Les suppressions, qui auraient été annoncées 24 heures plus tôt qu’initialement prévu à la suite d’une fuite dans les médias, affectent également des rédacteurs, des réalisateurs aiguilleurs, un acheteur, un assistant à la production, des accessoiristes et des employés non syndiqués, a fait savoir le syndicat Unifor.

Selon l’organisation, le diffuseur public aurait justifié ces compressions par la stagnation du financement accordé par le ministère de l’Éducation de l’Ontario jumelée à la hausse des coûts d’opération et à la baisse des revenus liés à la câblodistribution.

Unifor affirme que « le gouvernement de l’Ontario doit revoir de toute urgence le financement accordé à TFO pour conserver une programmation canadienne culturelle, politique et sociale critique », ajoutant que ces coupes vont avoir un impact « dévastateur » sur ses membres et les téléspectateurs francophones « qui ont peu de choix d’émissions locales dans leur langue maternelle. »

La Guilde canadienne des médias (GCM), qui affirme que les productions TFO 24.7 et #ONfr sont particulièrement touchées, a parlé d’une sombre journée pour le groupe médiatique créé en 1987 et croit que plusieurs des motifs invoqués par la direction « auraient dû être considérés dans la planification budgétaire du Groupe Média TFO afin d’en amortir les effets. »

« C’est une surprise et je ne crois pas qu’elle se justifie. C’est indéfendable. Les Franco-Ontariens et tous les gens qui croient aux minorités linguistiques auront besoin de parler d’une seule voix pour dénoncer ces coupures », a indiqué au bout du fil la présidente nationale de la GCM, Kamala Rao.

Le salaire du pdg dénoncé
Cette décision du diffuseur public est encore plus injustifiable, dit le syndicat, quand on sait que le président et chef de la direction de TFO, Glenn O’Farrell, a touché un salaire de 332 000 $ l’an dernier, une augmentation de 35 %. Son nom figure sur la Sunshine List.

« C’est inimaginable. Qu’un cadre jouisse d’une telle hausse et qu’ensuite on se tourne de bord en coupant des emplois, c’est très difficile à comprendre à fois pour les employés et le public », déplore Mme Rao.

Dans une lettre ouverte publiée mercredi et adressée à M. O’Farrell, une douzaine de professeurs et chercheurs franco-ontariens, dont Pierre Foucher et Linda Cardinal de l’Université d’Ottawa, exhortent la direction de TFO reconsidérer les mises à pied au sein de l’équipe d’#ONfr.

« Le travail qu’effectue l’équipe d’#ONfr est irremplaçable. Depuis ses humbles débuts, #ONfr a su se démarquer tant par la pertinence du contenu qui est produit que par la rigueur journalistique et la perspicacité des membres de son équipe. En un temps record, elle est devenue une référence importante en matière de nouvelles portant sur les communautés francophones en situation minoritaire », écrivent-ils.

Invité à commenter, le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) Carol Jolin a indiqué que l’organisme préférait attendre la confirmation officielle de la nouvelle avant de réagir. Inquiète du sort des médias francophones en province, l’AFO a publié l’automne dernier un livre blanc sur la question, réclamant l’aide de Queen’s Park et d’Ottawa. L’organisme a émis 27 recommandations.