Dans les vidéos du projet Or je rêve, on voit très peu Marc-Antoine Morin à l’écran. Le comédien s’efface, pour laisser sa voix rendre compte, «dans une atmosphère poétique» des conversations rêveuses qu’il a eues dans les villes et villages où il s’est arrêté, dans son périple de 1500 km.
Dans les vidéos du projet Or je rêve, on voit très peu Marc-Antoine Morin à l’écran. Le comédien s’efface, pour laisser sa voix rendre compte, «dans une atmosphère poétique» des conversations rêveuses qu’il a eues dans les villes et villages où il s’est arrêté, dans son périple de 1500 km.

Un jeune gatinois fait 1500 km à vélo pour... récolter des rêves

Le jeune comédien d’origine gatinoise Marc-Antoine Morin a trouvé une étonnante façon d’occuper son cerveau – et ses mollets – en cette période peu propice aux représentations théâtrales.

Il pédale.

Il pédale tous les jours depuis le 24 juin, quand il a quitté Montréal à vélo. 

Et il pédalera ainsi jusqu’à Percé, où il compte aboutir le 15 juillet. Un périple de quelque 1500 km, destiné à... récolter des rêves, en chemin.

Pas les siens, les rêves, mais ceux des personnes croisées en chemin. Des rêves individuels, certes, mais des rêves «collectifs». «Des rêves à habiter», et non pas égoïstes, précise le cueilleur, dont la démarche s’inscrit dans le cadre d’un projet baptisé Or je rêve.

Dans sa «quête», Marc-Antoine Morin tend pas son micro à de parfaits inconnus croisés en chemin. Ces rêves glanés ça et là – rêves à «partager, stimuler, coudre et tisser sur le territoire» – viendront alimenter une série balado qu’on pourra entendre en août. 

En attendant la mise en onde de ce dreamcatcher numérique, ses conversations font d’ores et déjà l’objet de capsules vidéo, qui permettent de suivre son périple sur Facebook, presque en temps réel. 

Des vidéos dans lesquelles l’intention documentaire baigne dans un ton poétique et des considérations plus philosophiques.

 Jérémie St-Cyr a illustré thématiquement chaque étape du parcours.

Troquer un rêve contre un poème

Marc-Antoine Morin est l’idéateur et le moteur – ou le pédalier – de ce projet. «C’est parti de mon envie d’aller lire de la poésie dans les villages. [...] Et d’un constat très personnel: l’impression qu’on ne rêve plus beaucoup – alors qu’on a déjà été habités par plus d’ambitions collectives. On est dans le court terme, en mode ‘résolution de problèmes’, plutôt qu’en mode ‘contruction de l’avenir’».

«L’attrapeur de rêves» gatinois voulait voir quels liens entrelacés finissent par tresser la nation québécoise, à travers ses rêves et ambitions pour l’avenir. Ce n’est pas un hasard s’il a choisi le jour de la fête nationale du Québec pour partir à la rencontre de ses concitoyens. 

Bien qu’il voyage à vélo en solitaire, il n’est pas seul, dans ce «projet artistique multimédias»: Or je rêve a été monté avec une poignée d’amis montréalais, dont certains rencontrés dans le cadre de ses études au Collège Lionel-Groulx, où le Gatinois a étudié en théâtre, et dont il est diplômé depuis 2019. 

La responsabilité des entrevues, de la capture d’images et des commentaires poétiques lui incombe, mais toute une équipe l’accompagne à distance, affairée à mettre en forme au quotidien – et le plus rapidement possible, façon Course destination monde – les anecdotes, réflexions et humeurs qui jalonnent la «quête personnelle» du jeune homme.

Ainsi, Marie-Christine Roussel réalise et monte les films, épaulée par l’illustrateur Jérémie St-Cyr (qui pour chaque ville fait ressortir les thèmes prééminents) et le musicien Cédric Martel, entre autres. Leur travail est orchestré par Mélodie Lupien, directrice artistique de Or je rêve.

Le comédien d’origine gatinoise Marc-Antoine «Marco» Morin

Naïveté

Son essence, à «Marco», c’est sa «naïveté». 

«Je traverse le territoire avec une grande naïveté, parce que je crois que la naïveté est ce qui se cache derrière toute ambition. Et que de toute ambition, le rêve est le prélude», indique le comédien, que le public gatinois a pu voir sur les planches dans Les grandes chaleurs, l’été dernier au Théâtre de l’Île (où il avait auparavant défendu La porteuse de pain et La petite poule d’eau).

«Je tiens à cette naïveté parce que, sans elle, je ne pourrais pas traverser le territoire ni aller à la rencontre des gens. Un rêve, ça peut être vertigineux, angoissant. Si je ne garde pas un regard candide, si je pense à l’ampleur de la tâche, j’ai peur de perdre la drive du projet et de m’arrêter», précise le Gatinois de 22 ans. 

Un jour sur deux, il roule. Des étapes de 100 à 150 km, en moyenne. L’autre journée, il traque les rêveurs. «Plus [le projet] avance, plus je me rends compte de l’ampleur de ma naïveté» initiale, rigole-t-il. Il «fait beaucoup de vélo depuis longtemps... mais le principal défi, en ce moment, c’est sur le plan psychologique et émotionnel, parce que des fois je fais jusqu’à 180 km par jour».

Reste que «le plus délicat, et de loin, c’est recueillir les rêves. Les journées ou je pédale, ce sont celles où je me repose», témoigne-t-il. 

Cette image du périple de Marc-Antoine Morin est de Jérémie St-Cyr.

COVID

En pleine COVID, les gens peuvent se montrer hésitants à se laisser aborder par un cycliste inconnu bardé d’une caméra juchée le casque. Pour les amadouer, il  leur propose souvent de troquer «un rêve contre un poème». «Je propose aux gens de leur lire un poème, pour ne pas donner le sentiment que je leur ‘prends’ leur rêve et que je pars en courant. C’est ma part de jeu [théâtral], moi qui ne peux pas jouer cet été à cause de la COVID.»

Il estime au contraire que la pandémie facilite sa démarche. «On n’abordait personne dans la rue, ces trois derniers mois. [Le confinement] a donné aux gens l’envie d’aller vers l’autre. On s’est rappelé à quel point c’est essentiel, de jaser les uns avec les autres.»

Et puis «les gens se sont rendu compte que tout peut changer, qu’il y a moyen de bousculer les choses – et ça, c’est agréable. On a complètement arrêté l’économie, on a fait rentrer tout le monde chez eux, on a débloqué de l’argent... donc, si on le veut vraiment, on peut décider collectivement de changer les choses! [Alors que] moi-même, il y a quelques mois, j’avais l’impression que c’était pas possible.

À l’écran, on ne le voit pratiquement pas. Il s’efface, ne s’appuyant que sur sa voix de narrateur pour rendre compte, «dans une atmosphère poétique», des aspirations communes au lieu visité. Ou pour témoigner parfois de regards plus pessimistes venus chambouler ses propres valeurs et aspirations.

«Le théâtre m’a aidé à aller vers l’autre» en évitant les jugements hâtifs. Un comédien apprend à comprendre et ‘aimer’ le personnage qu’il doit camper, même s’il ébranle ses convictions. «Même quand les gens sont loin de mes valeurs, il faut que je puisse les relancer comme ceux avec [lesquels] je suis d’accord. Il y a toujours un environnement, une éducation, qui expliquent pourquoi et comment ce personnage s’est construit.»

Pour l’instant, les vidéos s’articulent autour de chaque ville étape. «Les balados mettront l’accent sur le côté choral; on veut que toutes les voix se répondent. On s’écarte du journalisme. Le rêve, c’est quelque chose d’intime et de très impalpable. Donc, on veut que ça passe par les voix et par la poésie [...]. La flamme qui pousse à agir, c’est abstrait... alors, pour l’illustrer y’a pas mieux que la poésie. » 

Quand on lui a parlé au téléphone, mercredi, il s’apprêtait à atteindre Baie-Comeau, septième étape de ce parcours découpé en 10 ville. Et il venait de subir sa première crevaison. La route avait eu raison d’un pneu, mais n’était venue à bout ni de l’enthousiasme ni de la candeur du rêveur.

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Le compte-rendu vidéo de Marc-Antoine Morin à la suite de son passage à Thetford Mines.