Laurent Cérat de Vinyle Scène et Tristan Arnaud du Petit Chicago

Un disquaire au Petit Chicago

À partir du 4 octobre prochain, Le Petit Chicago « deviendra un disquaire » en journée, a indiqué au Droit le propriétaire du bar du Vieux-Hull, Tristan Arnaud.
Il dévoilera ce lundi 11 septembre un partenariat avec l'entreprise gatinoise Vinyle Scène, qui permettra au Petit Chicago de devenir une zone de vente, de rachat et d'échange de 33 tours. L'inventaire prendra soin de tenir un éventail de disques usagés susceptibles d'allécher les collectionneurs, mais vendra aussi du neuf, en se concentrant sur la production canadienne et québécoise.
Dûment enregistrée au Québec depuis juillet dernier, Vinyle Scène a été fondée par Laurent Cérat - un Français qui a migré au Canada en 2009 avec « 300 ou 400 vinyles, soit une bonne partie de [s]a collection » - avec son épouse pour partenaire. 
M. Cérat connaît bien Le Petit Chicago, puisqu'il vient y travailler de temps en temps, non pas derrière le bar, mais derrière les platines, afin d'animer des événements spéciaux tels cette « soirée années 80-90 new-wave », en août dernier. Il s'est rapidement lié d'amitié avec M. Arnaud, un immigrant de première génération qui partage avec lui des racines françaises.
À ce jour, Vinyle Scène vendait du stock par Internet, via le site de référence Discogs. La compagnie ne s'était aventurée hors de la vente en ligne que très ponctuellement - lors du dernier Festival Outaouais Émergent (FOÉ), par exemple - afin de tâter le terrain. Là, « on a senti une grosse demande ».
À l'heure où le 33 tours connaît un regain de popularité, « ce sont les artistes eux-mêmes qui sont demandeurs de ce qu'on va offrir », soutient l'homme d'affaires de 47 ans.
« Pour le neuf, on veut se concentrer sur les artistes émergents et ceux du Québec », qui peuvent de moins en moins se fier sur les grands réseaux de distribution, et qui, ayant pris le pli de gérer eux-mêmes leur carrière, s'occupent aussi fréquemment de la distribution, en tout ou en partie, de leurs albums. 
Les artistes seraient donc « demandeurs » du service de vente au détail que proposera Le Petit Chicago, expose Laurent Cérat, qui a passé les dernières semaines à construire les bacs en bois où il entreposera son stock. Des bacs mobiles, car ils devront être facilement transportés ou camouflés lorsque, le soir venu, le débit de boisson reprendra ses droits.
Les horaires d'ouverture de Vinyle Scène seront de 11 h du matin à 18 h - sauf le samedi, où le point de vente fermera à 17 h, de façon à faciliter les tests de son des éventuels groupes de musique attendus sur scène) - avec des incartades nocturnes occasionnelles, « lors de soirées thématiques » ou de lancements d'albums. 
« On veut continuer à faire venir des DJs et à proposer de l'animation en journée [et] on pourra faire des journées de promo en fonction des arrivages », dit-il. Tristan Arnaud indique quant à lui qu'il songe à faire appel à un service de traiteur, en journée, afin de pouvoir servir des bouchées et des grilled-cheese, et ainsi attirer la large clientèle potentielle de fonctionnaires en quête de nourriture rapide, sur la pause de midi.
L'astucieuse stratégie de l'entente entre Vinyle Scène et Le Petit Chicago réside largement dans le fait que le bar est aussi diffuseur de spectacle. Et qu'il est à ce titre un lieu de passage privilégié pour les groupes de musique, lesquels trouveront ainsi une vitrine idéale pour écouler leurs disques. Sans oublier que M. Arnaud est aussi copropriétaire du bar Minotaure, qui, à deux pas, accueille lui aussi des formations musicales variées, mais plutôt émergentes ou indépendantes.
Un lieu pour jammer ?
Mais il ne s'agit pas d'une stratégie uniquement commerciale, promet M. Cérat, que le terme « en magasin » rebute. Il espère plutôt que cet espace puisse, par la bande, contribuer à la redynamisation du centre-ville, notamment en offrant aux artistes « un lieu pour s'exprimer ». Qui sait si l'espace ne pourrait pas servir de local de répétition en journée, ou « accueillir des boeufs » (des jams, ou sessions d'improvisation collective), s'interroge le Français, qui espère pouvoir offrir à long terme « un véritable service de proximité » aux artistes. 
Vinyle Scène importe donc à Gatineau une formule déjà éprouvée à Ottawa. M. Cérat ne se perçoit d'ailleurs pas comme un « compétiteur direct » de Musica Monette, dans le secteur Gatineau, ni du Cédé Troqué, sur le boulevard Saint-Joseph, qui ne ciblent pas la même clientèle, estime Laurent Cérat. « L'accès au Petit Chicago nous permet de valoriser les groupes qui vont s'y produire. [On s'attend à] un échange naturel entre les deux clientèles. »
Les bacs contiendront quelque 1000 33 tours. « On a beaucoup de prog rock et de québécois. On a aussi de très bons albums de blues. » En quelques exemplaires seulement. « On ne veut pas faire dans la quantité, mais dans la qualité », précise-t-il. Ce dont les clients pourront facilement s'assurer, puisqu'un système d'écoute sera installé sur place, afin d'éprouver non seulement la qualité mélodique, mais aussi l'état de la marchandise.
En revanche, Laurent Cérat n'exposera pas au Petit Chicago ses vinyles rares ou précieux (des importations des Beatles venues d'Angleterre et autre édition originale du Physical Graffiti de Led Zeppelin, illustre-t-il) qu'il réservera à la vente en ligne - en prenant garde de toujours « s'aligner sur la cotation du marché ».