Un après-midi chez Jonathan

« Sois un peu plus chaleureuse avec lui, quand tu rentres dans la pièce », lance le réalisateur Martin Cadotte à Sonia Vachon, en cet après-midi ensoleillé de juin. La comédienne franco-ontarienne opine et s’exécute, renvoyant la même réplique sur un ton maternel plus convaincant. Dans la peau d’Hélène Plourde, elle s’adresse à son « fils » Jonathan – le comédien montréalais Félix Antoine Duval, personnage principal de La malédiction de Jonathan Plourde.

On est dans un petit appartement du quartier Rockliffe, à Ottawa, où le trio s’apprête à tourner une scène de cette série dramatique. La première saison aura été intégralement tournée dans la capitale canadienne et ses environs. La malédiction de Jonathan Plourde – six épisodes d’une heure chaque – sera diffusée à l’antenne de Super Écran cet automne, avant d’être reprise par Vrak, à l’automne 2019.

« La semaine dernière, on a fait de super scènes sur le pont des Sapeurs, juste au-dessus du canal Rideau. On shoot beaucoup en extérieur, dans les parcs et les rues. [À l’image], on ressent vraiment la ville d’Ottawa » et ses environs, nous explique la coproductrice de la série, Marie-Pierre Gariépy, patronne de Slalom Productions, la compagnie d’Ottawa à qui l’on doit Motel Monstre, Le rêve de Champlain, ou encore Mehdi et Val. En cela, la productrice est fidèle au mandat qu’elle s’est donné depuis longtemps de filmer sa région natale.

Ignorant les discussions à mi-voix d’une brochette d’observateurs attentifs (producteurs et visiteurs médias alignés contre le mur de ce salon exigu ; techniciens qui bourdonnent autour du plateau ; directeur photo, qui, accroupi dans un coin, cherche où placer les caméras et éclairages qu’il faudra rapidement intégrer au décor, quelques instants plus tard), le réalisateur multiplie ses instructions à l’attention des comédiens qui préparent la prochaine scène. 

Ils sont quatre. La distribution de la scène est complétée par Simon Lacroix (Montréalais lui aussi, quoiqu’Ottavien de naissance, qu’on a pu voir dans Yamaska et Lâcher prise) et Laetitia Lambert (Taktik, Trauma, Nouvelle Adresse).

Le ton adopté semble léger, pour une série annoncée sur papier comme une dramatique où s’entrelacent des éléments de thriller et de fantastique (et souvent tournée de nuit, pour renforcer le côté mystérieux), observe-t-on à haute voix. L’autre coproductrice, Josée Desrosiers, d’Avenue Production, s’empresse de nous rassurer : « Ça, c’est juste la mise en place ». L’exercice – une sorte de répétition générale, juste avant qu’on la scène ne soit tournée – permet de clarifier des intentions de jeu ou de modifier des déplacements en fonction des suggestions ou besoins techniques identifiés par le réalisateur et son directeur photo, Steve Asselin. « Ça va monter de plusieurs crans dès qu’ils reviendront de leur pause, quand les caméras vont avoir été placées », promet Mme Desrosiers. Sa « boîte de prod » est derrière la récente série Marche à l’ombre (pour Canal D, avec Laurence Leboeuf). Voyageuse, Avenue a aussi coproduit Le Clan, tournée au Nouveau-Brunswick, avec Sébastien Ricard. « On est vraiment dans le ton de Marche à l’ombre et des Rescapés. C’est sérieux. Il y a une vraie recherche pour percer ce mystère, et s’il y a un peu d’humour, on n’est vraiment pas dans [l’esprit de] Scoobidoo », dit-elle de cette série destinée au public de jeunes adultes (et non plus adolescents) à qui veut désormais s’adresser la chaîne Vrak. « L’idée, c’est d’offrir une série aspirationnelle, moderne et high-tech » pour le public de Vrak. »

Hécatombe

Pendant que la scène se peaufine à quelques centimètres de nous, Mme Desrosiers nous décrit la scène : « On “est” chez Jonathan. Ses amis et lui essaient de confronter sa mère, et de la faire boire, pour qu’elle révèle des informations sur le père de Jonathan, qui est convaincu d’être victime d’une malédiction ». 

Dès que Jonathan tombe amoureux, sa blonde meurt, telle est la prémisse de ce scénario. Au quatrième décès, il y a lieu de s’inquiéter, de s’interroger, et de mener l’enquête pour comprendre si une malédiction n’est pas à l’origine de cette romantique hécatombe. L’idée originale vient du réalisateur Stéphane Lapointe, auteur de Lâcher prise, La théorie du K.O. et Les maîtres du suspense, entre autres.

« J’ai pas cette version-là sur ma feuille ! » réagit Sonia Vachon, en scrutant son script. Sa surprise laisse comprendre que la réplique que vient de lui lancer Simon Lacroix (alias « Nic », un ami et collègue de bureau de Jonathan) ne correspond pas à celui de la feuille qu’elle tient dans ses mains. 

Si de petits ajustements s’imposent, c’est tout simplement qu’il s’agit du premier jour de tournage de la comédienne franco-ontarienne. Face à elle, les trois jeunes Québécois qui lui donnent la réplique en sont à leur 22e jour de plateau. On est mercredi, il en reste dix avant de compléter cette première saison. 

Le souci de Sonia Vachon sera réglé en un tournemain. Sur un plateau de télé, on n’a pas de temps à perdre.

Coproduction Québec-Ontario

Si la distribution de La malédiction de Jonathan Plourde compte de nombreux acteurs québécois – dont Jean-Nicolas Verreault, Ludivine Reding ou encore Nadia Essadiqi, qui a grandi en Outaouais), ils partagent l’affiche avec autant de Franco-Ontariens, dont Anie Richer (Motel Monstre) et Vincent Poirier (Improtéïne), mais aussi Guy Migneault, Pierre Simpson, Kalinka Petrie, Bruno Verdoni, Pascal Boyer, Alison Louder et Roch Castonguay.

Les six épisodes ont quant à eux été écrits par Stéphane Lapointe, Philip Rodrigue, Pierre-Marc Drouin et Marie-Sissi Labrèche.