Kyrie Kristmanson sera en spectacle à la Quatrième Salle du CNA, le 19 octobre.

Trobaïritz d’aujourd’hui

L’Ottavienne Kyrie Kristmanson n’avait pas encore 20 ans quand sa route a croisé pour la première fois celle des premières auteures-compositrices-interprètes. Ces trobaïritz faisaient résonner leurs chants d’amour profane dans le sud de la France il y a plus de 800 ans, à une époque empreinte d’une ferveur toute religieuse. À l’aube de la trentaine, l’artiste fait écho aux sensualité et liberté de ces femmes, dans une démarche créatrice appartenant à un espace-temps unique en son genre.

Jointe en France par le biais de FaceTime, Kyrie Kristmanson apparaît à l’écran, ses longs cheveux pâles auréolés de soleil et un sourire tout aussi éclatant aux lèvres.

«Ce que j’aimerais rappeler, avec ce répertoire, c’est qu’il est important de se raconter en tant que femmes, même si les gens ne veulent pas nous entendre. S’il y a une dimension plus socio-politique à donner à ma démarche, c’est qu’il ne faut jamais se taire !» déclare-t-elle d’une voix posée, par-delà l’Atlantique.

Cette voix, elle en a fait un instrument à part entière, après avoir appris à jouer de la guitare classique dès neuf ans, puis de la trompette.

«J’avais 12 ans et la trompette me permettait alors de faire beaucoup de bruit !» explique-t-elle en rigolant doucement.

Adolescente, elle n’en demeurait pas moins déjà «très attachée aux mots». Elle était tout autant attirée par la possibilité de chanter tant en français, sa langue maternelle, qu’en anglais, devenue depuis celle dans laquelle elle s’exprime principalement sur scène.

Elle a d’abord flirté avec un folk enraciné dans les vastes espaces naturels au sein desquels elle a grandi. Kyrie Kristmanson s’est toutefois vite laissée envoûter par l’esprit des femmes troubadours lors d’un échange d’un an à Lyon, dans le cadre de ses études universitaires en «humanités» à Carleton.

«Elles ont été une trentaine, au Haut Moyen Âge, à oser évoquer leurs amants chevaliers, pendant que leurs maris et seigneurs féodaux étaient partis à la guerre ! Comme il n’y avait pas de droits d’auteur, à l’époque, elles s’empruntaient tantôt un refrain, tantôt quelques vers, qu’elles complétaient, revisitaient, dans des jeux de miroirs perpétuels.»

Or, de ces chants d’amour profane en temps de guerres et de religion, un seul a survécu dans son entièreté, ses texte et mélodie nous parvenant intacts. 

Dialogue entre passé et présent

En s’inspirant des trobaïritz, Kyrie Kristmanson se défend bien de «faire de l’archéologie» musicale. Certes, elle a étudié et intellectualisé la démarche de ces auteures-compositrices-interprètes des XIIe et XIIIe siècles pour les besoins de sa maîtrise à La Sorbonne.

«Mais quand vient le temps de composer et écrire, je mets tout ça de côté. Je ne veux pas comprendre ce que je crée, je veux le ressentir ! Je veux plonger dans le désir pour  rendre compte de la condition féminine du temps. Je veux explorer cette prise de parole libre afin de lui redonner une place qui ne lui a pas toujours été disponible.»

Dès lors, l’artiste s’inscrit plus dans une forme de continuité dans sa manière même de créer et de faire voyager ses textes.

«J’aime bien l’idée de perpétuer une tradition orale médiévale. En reprenant à mon compte quelques notes d’une mélodie ou phrases d’un poème, j’ai l’impression non seulement de m’inscrire mais aussi de poursuivre une conversation vieille de plus de 800 ans !»

Par son œuvre, Kyrie Kristmanson tend ainsi au dialogue entre passé et présent.

«Ce qui m’intéresse d’abord et avant tout, c’est de saisir comment hier peut nous parler d’aujourd’hui. Comment ce que ces femmes chantaient à l’époque peut faire écho à nos sensibilités et réalités de maintenant», soutient l’auteure-compositrice-interprète.

Il n’est donc pas étonnant qu’elle refuse de se confiner à un genre qui, de toute façon, n’existe plus.

«À mes yeux, ce sont là des frontières artificielles, et la musique doit les transcender, exister par-delà les frontières. Je prône pour ma part la fluidité entre passé et présent, dans un espace-temps inventé.»

Kyrie Kristmanson sait qu’elle fait une musique «à part, qui n’est pas du tout tendance». Et elle s’en porte très bien, merci.

«Tous les jours, je recrée cet espace de rêve qui n’existerait pas autrement et qui m’est devenu nécessaire.»

Un espace dans lequel elle peut maintenant convier le public d’ici.

Deux ans plus tard… dans son pays natal

Sorti en 2015 en France, Modern Ruin (son quatrième album, après The Kyrie K Groove, Pagan Love et Origin of Stars) aura mis deux ans à traverser l’Atlantique. 

«Ç’a pris le temps que ç’a pris, philosophe Kyrie Kristmanson. En fait, ça m’aura donné l’occasion de découvrir un quatuor au Canada, l’ensemble Warhol Dervish, qui a déjà travaillé avec Arcade Fire et Owen Pallett, par exemple.»

C’est donc en compagnie des quatre instrumentistes de cette formation faisant le pont entre musique ancienne et pop, que la native d’Ottawa foulera la scène de la Quatrième Salle du Centre national des arts, le 19 octobre.


POUR Y ALLER

Quand ? Le 19 octobre, 20 h 30

Où ? Quatrième Salle du CNA

Renseignements : 613-947-7000 ; 1-888-991-2787 ; ticketmaster.ca