Six artistes et cinq organismes artistiques professionnels de la région se partageront l'enveloppe de près de 114 000 $ du Programme pour les arts et les lettres de l'Outaouais.

Tons et textures à L'Imagier

Vu de loin, on dirait des coupes transversales de roches sédimentaires, des surfaces aqueuses en mouvement ou encore le relief sinueux d'un tronc d'arbre. Du 100% contre-plaqué, pur acrylique. En parcourant les cimaises au centre d'exposition L'Imagier jusqu'au 9 mars, à Aylmer, le regard ne peut s'empêcher de supposer un espace, une texture.
Lorsqu'on s'approche des peintures, tout est abstrait. Des fentes et des fissures de couleurs s'ouvrent, dont les bords sont eux aussi irréguliers. Ici plus clairs, là plus foncés. De minuscules bulles d'air trahissent les contours du processus de fabrication, mais il faut avoir le nez collé sur les tableaux en contre-plaqué de Julie Trudel pour s'en rendre compte.
L'artiste établie à Montréal manie à merveille l'art de l'illusion. Dans son exposition Noir de fumée et blanc de titane elle présente trois séries de tableaux aux noms futuristes, parmi lesquels figurent Empiètements M-T13F13, Chevauchements T123F123M et Croisements T22F1M. Une histoire de pigments et d'acrylique à doser, d'exploration chimique en noir et blanc et de tâtonnements physiques.
« Les titres font référence à la manière dont la peinture est déversée sur le support, selon que les couleurs y glissent, se croisent ou sont déposées en gouttes, explique Julie Trudel. Chaque tableau explore une recette de couleurs. »
Car c'est bien de travail exploratoire qu'il s'agit, en quête du pigment idéal, à la recherche de la bonne viscosité, de la solution parfaite pour jouer de transparence ou d'opacité.
Pour les 11 tableaux exposés à L'Imagier, le dénominateur commun se niche dans la contrainte que l'artiste s'est donnée de ne travailler qu'avec du noir et du blanc. 
« Je me demande s'il est possible de faire émerger de la rencontre de ces deux couleurs une profondeur visuelle intense, qui dépasse le simple gris ? » questionne-t-elle dans le programme de l'exposition.
Encore novice sur le marché de l'art contemporain, Julie Trudel s'est déjà attirée une certaine renommée depuis qu'elle est représentée par la galerie Hugues Charbonneau, à Montréal : les tableaux exposés à L'Imagier ont tous trouvé preneur et les distinctions à son égard se multiplient. 
Dernière en date, la Bourse de la relève du Conseil des arts et des lettres du Québec devrait l'aider à poursuivre sa passion.
« Je ne m'attendais pas à un tel succès ! » s'étonne l'artiste peintre, assurant pourtant ne pas avoir choisi la facilité en optant pour l'art abstrait.
<p><em>Croisements T123F123M</em>, de Julie Trudel.</p>
Le regard de Marianne Breton, directrice de l'Imagier, sur Croisements T123F123M
«L'effet que l'on ressent devant cette peinture est immédiat ; nul besoin de connaître le concept derrière l'oeuvre pour l'apprécier. Elle est très contrastée, ce qui apparaît d'emblée en l'observant de loin. On voit la profondeur, les différentes formes se chevauchant, les bandes qui créent du mouvement. De plus près, on distingue les lignes de démarcations, on découvre les différents liens entre les éléments. Plus proche encore, des petites bulles apparaissent, laissant imaginer le processus de création.»