Tina et André Charlebois seront présents au kiosque de la maison d'édition L'Interligne, d'ici à dimanche, au Salon du livre de l'Outaouais pour dédicacer ensemble leur recueil Conjugaison des leurres.

Tina et André Charlebois signent un recueil à quatre mains

Écrire à deux têtes et quatre mains, quand lesdites têtes et mains sont celles d'une fille et de son père ? Le recueil Conjugaison des leurres est le résultat des rendez-vous hebdomadaires que Tina et André Charlebois se sont fixés, les lundis soirs, depuis environ 18 mois. Ce faisant, ils ont créé un espace de dialogues autour de la langue française, de leur identité franco-ontarienne, de leurs réflexions sur le temps qui passe et de leurs rapports à la ruralité et l'urbanité, entre autres thèmes qu'ils ont filé lors de leurs nombreux tête à tête.
« L'écriture, c'est réinventer la recette avec sa tête comme seul ingrédient », écrit Tina Charlebois.
« Je préfère jouer avec les mots du bonhomme allumette que de chanter un karaoké ronflant avec une voix touchée par l'hélium du désir », répond André Charlebois, quelques pages plus loin.
Ils se répondent, toujours. Se confrontent, parfois. Se surprennent, souvent. 
« On s'est étonné l'un l'autre tout le temps, parce que ce ne sont pas là des choses dont on parle ensemble, d'habitude. On est plutôt gênés, tous les deux, quand vient le temps de parler du coeur, disons...  mentionne la fille. À travers nos échanges, j'ai non seulement appris plein de choses sur mon père, mais j'ai aussi découvert l'adulte, l'homme qu'il est, par-delà la figure de père qu'il avait toujours été jusqu'à maintenant, justement. Ces moments nous ont permis de développer une relation d'adultes, pas juste père-fille. »
« Pour ma part, ce que je lisais d'elle, souvent, confirmait ce que je pensais bien connaître d'elle », fait valoir le paternel.
Tina Charlebois est enseignante et poète (Poils lisses et Miroir sans teint ont notamment remporté le Prix littéraire Le Droit - Poésie en 2007 et 2015). Au cours de sa carrière en éducation à lui, André Charlebois a enseigné le français, en plus de signer plusieurs manuels scolaires. Des « travaux de tête, pas de coeur », soutient-ilposément.
Chaque lundi soir, ils se retrouvaient à la même table. Autour d'un thème ou l'autre. Partageant leurs idées, visions, perceptions des choses. Discutant d'abord, donc, avant d'écrire et de s'échanger leurs textes. Pour mieux rebondir, réagir à ce que l'autre avait écrit, tantôt le jour-même, tantôt la semaine suivante.
« Des fois, j'osais briser son texte pour lui répondre en fonction du mot ou de la phrase qui suscitait une réaction chez moi », souligne Tina Charlebois.
« Un à un, un seul rêve, des visions à la douzaine, une seule réalité. C'est ce que je traîne avec moi, que je partage avec toi. Un rêve, un cauchemar », écrit l'un.
« La différence entre le rêve et le cauchemar est une question d'interprétation, de préférence. La hantise attachée à l'un ou à l'autre se plaît dans sa persévérance », réplique l'autre, dans la foulée.
« En fait, c'est comme trois recueils en un, renchérit André Charlebois. Quelqu'un pourrait décider de lire d'abord les parties du texte dans la police de caractère m'étant associée, puis les parties de Tina. Mais la lecture qu'on privilégie, c'est évidemment celle où nos voix se répondent. »
« Il ne s'agit vraiment pas d'une co-écriture », précise la trentenaire.
Ils n'avaient, a priori, aucune prétention de voir leurs correspondances ainsi publiées.
« On écrivait vraiment pour le simple plaisir de partager ça ensemble », raconte le sexagénaire.
« Pour ma part, ça me faisait du bien de me renouveler de me pousser à réfléchir autrement sur certains sujets qui m'ont toujours tenu à coeur, comme l'identité franco-ontarienne, enchaîne Tina Charlebois. Et puis, ça m'obligeait aussi à faire attention à la qualité de mon français, puisque mon père l'a enseigné ! »
D'ailleurs, la place de la langue française dans leur quotidien et en Ontario occupe une place importante dans leurs échanges.
« J'ai participé aux luttes franco-ontariennes dans les années 60 et 70. Quand tu as connu ça, tu réalises que rendus en 2017, on a peut-être pas avancé autant qu'on aurait pu... J'espère que les plus vieux ne se péteront pas trop les bretelles et que les plus jeunes prendront la relève... »
Entre lui et sa fille, du moins, le dialogue est installé pour rester. Lundi soir prochain, les Charlebois auront de nouveau rendez-vous autour des mots, avec lesquels ils prennent aujourd'hui un plaisir partagé à jouer.