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<em>Urgent besoin d’intimité</em> mettant en vedette Carol Beaudry, Chantale Richer,  Jonathan Charlebois  et Corinne Sauvé
<em>Urgent besoin d’intimité</em> mettant en vedette Carol Beaudry, Chantale Richer,  Jonathan Charlebois  et Corinne Sauvé

Théâtre de l'Île: Sac de nœuds dans le nid

Yves Bergeras
Yves Bergeras
Le Droit
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Le Théâtre de l’Île a recommencer à accueillir le public le 7 juillet ; on y propose, jusqu’au 29 août, Urgent besoin d’intimité, une comédie estivale qui, après l’année et demie de confinement généralisé, pourrait bien résonner un peu différemment qu’à sa création, évoque sa metteure en scène, Caroline Yergeau.

Cette pièce signée Chantal Cadieux (scénariste de Mémoires Vives, Providence, etc. à la télé, d’Elles étaient cinq au cinéma, mais aussi d’une dizaine d’œuvres théâtrales) porte sur un couple pressé de voir ses deux enfants – qui ont dépassé la mi-vingtaine – quitter enfin le nid familial. 

Les parents essaient de trouver la meilleure façon, à la fois douce et claire, d’expliquer aux enfants qu’il est temps pour eux de décoller de la maison familiale; le triple hic, c’est que le fils, étudiant multirécidiviste, n’a pas de boulot; que la fille est au bord de la dépression à cause d’une inconsolable peine d’amour ; et que la blonde du fils débarque sans s’être annoncée, elle qui est du genre « pas barrée à 40 », c’est-à-dire qu’elle « n’a jamais peur d’aborder frontalement certains sujets », résume Caroline Yergeau. Celle-ci a remplacé au pied levé Sylvie Dufour à la mise en scène, l’ex-directrice générale du Théâtre de l’Île ayant pris sa retraite. (Urgent besoin d’intimité devait être montée l’an dernier, mais la fermeture des lieux durant la pandémie de COVID a forcé son report.)

Si la prémisse évoque évidemment Tanguy, les thématiques abordées par Chantal Cadieux diffèrent un peu, souligne Mme Yergeau, qui en ces lieux a déjà assuré la mise en scène de trois pièces communautaires : Pied-de-poule, La porteuse de pain et Le calendrier de ces dames (cette dernière, sous la houlette de Sylvie Dufour).

On est loin de la comédie d’été grasse. « Le rythme du texte est bon. Pas de doute, c’est une comédie d’été... mais on n’est pas dans le rire facile. […] Ce n’est pas un vaudeville », explique la metteure en scène, qui est aussi directrice artistique du Théâtre Belvédère, à Ottawa.

La pièce offre « de beaux moments » de sensibilité à mesure qu’elle creuse les relations des membres de la famille. « Les situations et les liens entre les personnages priment sur l’humour », ajoute Caroline Yergeau, touchée par « la vérité du texte » et l’amour que se vouent les parents : Rachel, toujours un brin sarcastique, et Jean, éternel optimiste qui aime « s’exprimer par images ».

Caroline Yergeau, metteure en scène

Rénovations constantes

Carol Beaudry et Chantale Richer se partagent les rôles des parents; Jonathan Charlebois et Caroline Lefebvre, ceux de leurs enfants; Corinne Sauvé campe la bru qui s’incruste. Une cellule familiale « tout à fait fonctionnelle », mais qui vit au milieu des rénos, ce qui rend la cohabitation plus difficile.

Reflétant ces « constantes rénovations », le scénographe Gabriel Sampalieros a abattu les murs et cloisons du domicile familial, et conçu « un décor ouvert ». « Où qu’on soit dans la maison, on est vu. Les personnages peuvent être dans différentes pièces et se parler. On trouvait que ça reflétait bien ce besoin d’intimité. »

Une trouvaille doublement intéressante, du point de vue de la mise en scène, car, en éloignant naturellement les comédiens, elle permettait de respecter subtilement la réglementation sanitaire édictée par le gouvernement et l’Union des artistes.

Jonathan Charlebois

Ruban à mesurer

Difficile de caser cinq personnes sur la scène exiguë du « plus petit des grands théâtres », tout en s’assurant de respecter les deux mètres de distance, signale Caroline Yergeau.

« Certaines scènes ont été modifiées » pour s’adapter au ruban à mesurer tenu en main durant toutes les répétitions, convient-elle, mais l’ensemble « fonctionne très bien », et cette distance ne paraît pas forcée. « J’ai été agréablement surprise de voir à quel point c’était fluide. Ça rajoute de l’humour, même ! »

La mise en scène ne s’est toutefois pas confinée au domicile familial : « On se retrouve dans différents lieux : en camping et même à l’hôpital, à un moment donné », dans une scène permettant aux comédiens de porter un masque sanitaire et de se rapprocher un peu.

Car sa mise en scène a évité les référents temporels, et recadré la pièce dans le contexte contemporain de la COVID, pour mieux réfléchir sur cette « intimité » qui s’est imposée à beaucoup durant le confinement. 

« L’intimité, soit les gens en ont eu trop, [car ils vivaient seuls], soit pas assez. Les familles [contraintes de vivre en promiscuité] en tout temps, elles en rêvaient, d’intimité », lance Caroline Yergeau, qui est plutôt du genre à préférer le silence au tumulte du groupe et du présentiel... surtout ces derniers temps, quand son cerveau, jonglant avec cette création théâtrale, son métier d’orthophoniste et le baccalauréat en chant classique qu’elle a entrepris à l’Université d’Ottawa, devait rester concentré.

« Ç’a été un superbe processus. On [les comédiens, les concepteurs et moi-même] embarquait avec des craintes. On avait des appréhensions vis-à-vis des contraintes sanitaires, mais ça s’est très bien passé, pour tout le monde. On est très content [de retrouver la scène] et on a eu beaucoup de plaisir en répétition », s’exclame-t-elle. 

Les costumes d’Urgent besoin d’intimité sont signés Isabelle Belisle. Les autres concepteurs sont a Gabriel Sampalieros (scénographie), Andrée-Ève Archambault (accessoires), Mathieu Charette (bande sonore et régie) et Tristan-Olivier Breiding (éclairages).

Billets : 819-243-8000;  Réseau Ovation