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The Offspring : Todd Morse (basse), Dexter Holland (voix), Pete Parada (batterie) et Noodles (guitare)
The Offspring : Todd Morse (basse), Dexter Holland (voix), Pete Parada (batterie) et Noodles (guitare)

The Offspring: laisser le mauvais temps rouler...

Geneviève Bouchard
Geneviève Bouchard
Le Soleil
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Ça fait déjà un bon moment que The Offspring nous dit que ça ne va pas bien. Depuis 2008 que les vétérans punk-rockers californiens, devenus des vedettes dans les années 90, nous chantent que Shit Is Fucked Up. Bien avant, ils martelaient notamment que the The Kids Aren’t Alright. Avec son nouvel album, Let the Bad Times Roll, la formation californienne en rajoute une couche, cherchant de nouveau l’équilibre entre le sourire, le rythme et le message.

Ça faisait un bout qu’on n’avait pas entendu de nouveau matériel du groupe, qui a eu maintes occasions de se produire chez nous. Son dernier album complet, Days Go By, remonte à 2012.

«Je voulais prendre le temps de présenter quelque chose dont je serais satisfait, explique le chanteur et guitariste Dexter Holland. J’ai l’impression que ç’a pris jusqu’à maintenant pour que surviennent ces choses qui sont venues me toucher et qui m’ont donné envie d’écrire à ce propos.»

Comme son titre — un détournement de l’expression «laisser le bon temps rouler» — l’indique, Let the Bad Times Roll ne prétend pas que tout va bien. «On a vécu des bouleversements sociaux et politiques… Et il nous est tombé une pandémie dessus en plus. Combien de choses peut-on endurer encore?» s’exclame Dexter Holland, ajoutant que l’album était à peu près terminé quand la COVID-19 a frappé.

«On ne sentait pas que c’était le bon moment pour le sortir, indique-t-il. On ne savait pas si les gens pensaient à écouter de la nouvelle musique. Entre temps, on a remixé quelques titres et on s’est dit : “ok, ça fait un an qu’on attend, ces chansons nous semblent appropriées pour maintenant”.»

Le chanteur cite par exemple la pièce The Opioid Diaries, qui parle de dépendance. «J’ai l’impression que c’est un problème que l’industrie pharmaceutique impose aux gens, tranche-t-il. Ce n’est pas une question d’aller voir ton vendeur dans la rue. C’est d’aller au bureau du médecin pour te faire prescrire des antidouleurs et soudainement, tu te retrouves dépendant. C’est terrible. Je pense que c’est important de dénoncer cette industrie et ceux qui bénéficient de ce problème.»

L’enjeu le préoccupe depuis longtemps... et les choses ne se sont selon lui pas améliorées avec la pandémie. «C’est une époque difficile, les gens essaient de gérer tout ça, évoque-t-il. En plus de tout ce qui arrive, ils se retrouvent isolés, incapables d’aller chercher le soutien qui vient avec le fait de côtoyer d’autres personnes…»

Garder le sourire

Le temps n’a pas toujours été au beau fixe dans les dernières années pour The Offspring, qui s’est notamment retrouvé devant les tribunaux à cause d’un conflit avec son ancien bassiste (et membre fondateur), Greg Kriesel.

Quoi qu’il en soit, le groupe connu pour son sens de l’humour a tenté de garder le sourire et de ne pas se faire oublier en faisant ici et là des clins d’œil à ses fans.

On songe à ce titre qu’il a produit pour la franchise comico-catastrophe Sharknado, dont la prémisse est une tornade qui fait déferler des requins sur Los Angeles. Plus récemment, The Offspring a surfé sur la vague du phénomène Netflix Tiger King (Au royaume des fauves) en lançant une reprise du «succès» de Joe Exotic Here Kitty Kitty.

En ce début de pandémie, tout y était, des couvre-visages au ruban à mesurer assurant le respect de la règle des deux mètres…

«Cette émission était tellement populaire, rappelle Dexter Holland. On trouvait ça drôle de reprendre la chanson en embrassant toute cette nouvelle réalité que le monde vivait en portant un masque, en mettant l’accent sur la distanciation physique… Et en faisant danser des gens déguisés en chats. On se disait qu’il valait mieux en rire et qu’on en rirait encore dans trois mois, quand tout serait terminé. Tout ça sans se douter qu’on serait encore là-dedans un an plus tard...»

En mode ballade

Les fans qui ont vu The Offspring en concert dans les dernières années retrouveront sur Let the Bad Times Roll la version acoustique du succès Gone Away (1997), que le groupe interprète régulièrement sur scène.

«Dans le punk-rock, c’est percutant, ça va vite. Bang, bang! On voulait créer ce moment plus calme, juste pour que le spectacle respire», avance Dexter Holland, ajoutant que la pièce aurait pu prendre cette forme dès le départ.

«Quand on a enregistré notre quatrième album, Ixnay on the Hombre, notre réalisateur nous avait fait remarquer qu’on n’avait jamais fait de ballades, raconte le chanteur. Il a dit : “je ne connais aucun autre groupe qui a vendu autant d’albums sans avoir fait de ballades”. Ce n’était simplement pas dans notre ADN. Je pense qu’il fallait attendre pas mal plus tard pour faire une chanson comme celle-là.»

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LES CONSEILS DU Dr DEXTER

Entre deux albums de The Offspring, Dexter Holland a terminé en 2017 un doctorat en biologie moléculaire. Le projet était dans ses cartons depuis un long moment. Son parcours punk-rock a retardé un brin sa concrétisation. 

«Ma recherche portait sur le VIH, donc un virus, indique-t-il. C’est intéressant que trois ans plus tard, nous avons été confrontés à cet autre virus. Je connais un peu comment ces virus fonctionnent, mais d’un point de vue moléculaire. Je ne sais pas ce qui va arriver, mais je comprends comment ils sont faits.»

Quoi faire, alors? «Ça demeure imprévisible, avec tous ces variants, note-t-il. Il faut continuer de vacciner et on va y arriver. Je sens que c’est plus lent au Canada en ce moment, mais espérons que ça va changer bientôt...» Geneviève Bouchard