Anne Dorval a incarné un extraordinaire Hubert Lenoir «aux mamelons surexposés», plus vrai que vrai.

Un bon «Bye Bye», une parfaite Anne Dorval

CHRONIQUE / Pas un grand «Bye Bye», mais un bon «Bye Bye». Et une Anne Dorval au sommet de son timing humoristique. Une revue humoristique rassembleuse pour ce 50e anniversaire, à laquelle les vedettes des années précédentes se sont greffées tout naturellement. Mais ceux qui rêvaient de revoir Dodo dans un sketch ont dû se contenter de ses souhaits pour défoncer l'année. Un moment qui avait tout de même quelque chose de solennel.

Claude Legault, qui faisait ses débuts au Bye Bye, s'est généralement bien débrouillé et on l'a beaucoup vu. Son Donald Trump a eu droit à deux sketchs. Un premier, dans lequel sa Melamina se fait kidnapper par le maudit Damien de «Fugueuse 2», qui l'oblige à se donner à des vieux cochons. «Encore? Ça fait 13 ans que je fais ça tous les jours!» s'est plaint la formidable Melamina d'Anne Dorval. Puis, un second, moins réussi, dans lequel le président s'imaginait en lune de miel avec Kim Jong-un.

Dans la catégorie des meilleurs sketchs, «SOSO», parodie de XOXO, avec ÉlisabÊta, Olivier Primate, et Cary Tauben (excellent Pierre Brassard), qui «ne sert à rien» et porte du linge «avec un manteau par-dessus». Qui a été éliminé? L'émission! Encore une fois, Anne Dorval a brillé en Anouk Meunier beaucoup trop contente d'animer. Elle venait tout juste de composer un extraordinaire Hubert Lenoir «aux mamelons surexposés», plus vrai que vrai.

En vrac, le sketch de Trudeau à la Bollywood n'était pas le plus drôle, mais visuellement le plus impressionnant. «House of CAQ», avec un François Legault qui attribue ses ministères à l'aide d'un boulier, était très réussi. Beaucoup aimé celui sur l'annulation de SLAV et Kanata, où Robert Lepage attribue le rôle de Black Panther à Luc Picard. «Qui dit musique africaine dit Michel Rivard», ajoute le metteur en scène, qui confie le personnage d'un arbre à un comédien noir, faisant fi des recommandations. L'équipe d'auteurs a fait le pari de ridiculiser Lepage plus que ses détracteurs. J'ai aussi bien aimé «Les assoiffés», qui ridiculisait les désespérés de la bouteille, en pleine grève de la SAQ. Un conflit «qui a mis le Québec à feu et à sang, avec ses moyens de pression inhumains». Dans la bouche de Manon Massé, reprenant les succès d'Aretha Franklin, Natural Woman est devenue «Ça me fait sentir comme une femme naturelle». Véronique Claveau la jouait, elle qu'on a trop peu vue, et qui est pourtant toujours excellente.

Anne Dorval (Melamina) et Jean-François Ruel (Damien) dans un pastiche de «Fugueuse»

Du côté des artistes invités, Marc Labrèche a encore une fois fait mouche avec sa Céline, dans sa pub étrange de vêtements non genrés. Moins drôle que le sketch du tournage pour Vogue. RBO nous est revenu avec un classique, son «Faire le tour du monde en 3 minutes et 20 secondes», parodiant Kim Jong Un, Vladimir Poutine, sur des airs connus, et n'épargnant pas Québec au passage. «On est une ville parfaite astheure qu'on a un IQUÉA», chantaient des clients satisfaits. Le groupe a déjà fait mieux, mais c'était du pur RBO, ne craignant pas d'illustrer un journaliste décédé dans un sac de vidange.

«L'humoriste écarlate», référence à La servante écarlate, décrivait un monde où le rire est passible de la peine de mort. Incapables d'obéir, Mariana Mazza et Mike Ward ont eu comme châtiment de devenir «humeuristes» à Gravel le matin. Le flash était intéressant, mais le résultat plutôt décevant, et ironiquement, pas très drôle. Le sketch sur Catherine Dorion, personnifiée par Hélène Bourgeois-Leclerc, a raté sa cible. Même échec pour le sketch sur Mario Pelchat, qui n'allait nulle part.

Marc Labrèche a encore fait mouche avec sa Céline, dans sa pub étrange de vêtements non genrés.

EN DIRECT DE L'UNIVERS

Plus tôt dans la soirée, En direct de l'univers – Spéciale du Jour de l'An donnait le goût de danser presque du début à la fin. Le numéro le plus délirant : celui des drag queens Alexandre Goyette, personnifiant Jennifer Lopez, et Normand «Lady Aqua Velva» D'Amour, dans un pastiche de Lady Gaga, portant une gigantesque perruque blanche. Surprise totale de Maude Guérin, à qui le numéro était destiné. Elle et les trois autres invités mystère, Claude Legault, Kim Thúy et Pier-Luc Funk, avaient été kidnappés tôt le matin par l'IPL Marie-Chantal Perron, et envoyés dans le «panier à salade».

Encore un numéro d'ouverture endiablé d'un durée de plus de 10 minutes. Réaction explosive de Kim Thúy quand elle a vu son ami chauffeur de taxi, venu de France et qu'elle n'attendait pas du tout. Puis émotive, en se faisant chanter «Amène-toi chez nous» par Fred Pellerin, entouré de familles qui ont trouvé refuge au Canada, comme elle il y a 40 ans. J'aurais d'ailleurs pris un ou deux moments d'émotion de plus. En même temps, on ne reprochera pas à l'équipe d'opter pour le ton du party, la veille du Jour de l'An.

À L'ANNÉE PROCHAINE

Très bonne cuvée d'À l'année prochaine. Michèle Deslauriers est tout simplement délirante dans son pastiche de Safia Nolin, et sa version «troisième lien» de Limoilou. Dominic Paquet fait un parfait Tire le coyote et son «Rona est backorder», tout comme Éric Lapointe qui gueule, plus vrai que nature. Le gag le plus cinglant était destiné à Emmanuelle Latraverse, par le pape François, façon Dominic Paquet : «Vous l'avez déjà reçu, votre pénitence: vous finirez votre carrière à TVA.»

INFOMAN 2018

Beaucoup de bons flashs dans Infoman 2018, où Jean-René Dufort s'est fait donner la fessée par la pornstar Stormy Daniels, qui a révélé en avoir fait autant avec Donald Trump. On a ramené Denys Paris pour jouer Ti-Coune, «correspondant étranger à Charlevoix», qui a mimé et marmonné le G7. Les présentations de chaque mois étaient presque toutes réussies. Très bon flash: Guylaine Tremblay qui revient sur la faillite de l'agence de voyages dont elle était la porte-parole, flanqué de Jean-René déguisé en Mme Sinorama. Et Catherine Dorion qui présente le mois de novembre dans son «gros char». Jean-René a rendu visite aux gilets jaunes à Paris pour constater que «le Français moyen manifeste de façon pas mal plus raide que nous». Génial d'accompagner le discours de Macron de violon et de «gif» de faces qui pleurent.

François Legault a dit, presque sans rire, que son ministre Simon Jolin-Barrette pouvait parler 10 minutes «sans rien dire». Une habileté qui lui permettrait de «donner des cours aux autres», a-t-il même ajouté. Puis, il a qualifié sa ministre de l'Environnement, MarieChantal Chassé, de «femme compétente», en précisant tout de même qu'elle était «en train d'apprendre comment ça marche les journalistes». Curieux de savoir s'il accrochera au mur le cadre avec la boîte pour dissimuler le crucifix, affichant le visage de son épouse.

Le Queer Eye, transformé en «Scheer Eye», était bien parti mais a fait un peu «pouet pouet». Les «relookeurs» Simon Boulerice et Jean-Paul Daoust ont aidé le chef conservateur aux fossettes «à se réapproprier son bassin», en lui proposant deux tenues vestimentaires plus colorées pour mieux rivaliser avec ses adversaires. M. Scheer a aimé, mais les portera-t-il?

Au fait, si vous vous inquiétez pour le deuxième poisson rouge qui a servi à l'expérience de la patate avec Maxime Bernier, le producteur de l'émission, Richard Gohier, a précisé sur Twitter qu'Océan – c'est son nom – a été récupéré après le tournage et «vit sa vie de poisson rouge dans une petite famille de Rosemont».

Pier-Luc Funk, Claude Legault, Kim Thúy et Maude Guérin étaient les invités surprise d'«En direct de l'univers – Spéciale du Jour de l'An»