La coréalisatrice Isabelle Hayeur témoigne dans «Prisons sans barreaux» de l’existence aseptisée qu’elle doit mener pour échapper aux polluants qui la rendent malade.

«Prisons sans barreaux»: mauvaises ondes

Elles sont omniprésentes dans notre environnement, mais passent inaperçues. Malgré tout, elles peuvent causer de sérieux désagréments. Maux de tête, fatigue, acouphènes, difficultés de concentration, autant de symptômes qui affligent les personnes qui souffrent d’une intolérance aux ondes émises par les antennes, cellulaires et autres objets de notre société moderne.

Les réalisatrices Nicole Giguère et Isabelle Hayeur se sont intéressées au sujet dans le documentaire Prisons sans barreaux. Le film brosse un portrait inquiétant d’un mal de plus en plus répandu qui laisse ses victimes le plus souvent impuissantes et démunies

C’est d’ailleurs la propre expérience d’Isabelle Hayeur qui a servi de point de départ au projet. Allergique à quasiment tous les produits chimiques flottant dans l’air, la documentariste a fui la ville pour s’installer en forêt, dans une maison aseptisée. Pendant plusieurs semaines, elle a dormi dans une tente, à l’extérieur. Tous les vêtements qu’elles achètent ne peuvent être portés sans avoir été lavés au préalable. Le séchage sur la corde à linge peut prendre des mois, le temps qu’ils soient débarrassés de tout contaminant.

De fil en aiguille, leur recherche sur ce qu’on appelle la chimico-sensibilité a conduit les deux cinéastes à découvrir une autre réalité, celle des gens dits électrosensibles. Quelques-uns ont accepté de témoigner à visage découvert, après des années à se faire dire par les médecins que leur mal était d’origine psychosomatique.

«Il a fallu mettre les gens en confiance, raconte Nicole Giguère. Dans les rares reportages sur le sujet, ils passaient pour des hurluberlus qui devaient se mettre du papier d’aluminium sur la tête (pour bloquer les ondes). Plusieurs ont refusé de témoigner. Ces gens sont laissés à eux-mêmes, leur mal n’est pas reconnu par la médecine. Certains ont quitté leur emploi avec tout ce que cela entraîne de problèmes avec les assurances et la CNESST.»

Les maux reliés aux ondes électromagnétiques risquent d'être encore plus nombreux avec l'arrivée des antennes 5G.

Le Dr Baren Breger témoigne dans le documentaire de sa préoccupation. «De dire que c’est dans leur tête est d’une bêtise inconcevable. (Les électrosensibles) sont comme les canaris dans la mine. Nous les ignorons à notre propre péril.»

Un gamin d’une douzaine d’années, baptisé le «Wi-fi Kid» par ses camarades de classe, explique tout ce qu’il doit faire pour éviter d’être en contact avec les ondes. Pour atténuer ses symptômes, ses parents ont tapissé les murs de sa chambre de feuilles d’aluminium. «Le pire, c’est de me sentir emprisonné et de ne pas pouvoir aller où je veux.». La fameuse prison sans barreaux qui a inspiré le titre...

Arrivée du 5G

Peu de statistiques sont disponibles sur le phénomène de l’électrosensibilité. Entre 3 et 5% de la population en souffrirait, sans compter ceux qui éprouvent des symptômes sans se douter que la cause serait la prolifération des ondes électromagnétiques, que ce soit celles émises par les antennes de télécommunications, les cellulaires et le sans fil. Sans oublier les compteurs intelligents d’Hydro Québec dont l’implantation aurait provoqué «une vague» de nouveaux cas.

L’arrivée possible du 5G, qui nécessitera le déploiement de milliers d’antennes, risque d’empirer les choses, croit Nicole Giguère. «La fibre optique serait plus sécuritaire que le 5G. C’est une technologie déjà dépassée.»

En attendant des études plus poussées, les électrosensibles doivent apprendre à composer avec leur mal, en essayant de réduire au minimum le temps d’exposition aux ondes. «Si je n’avais aucun contact avec le monde moderne, je serais en parfaite santé», avoue l’un d’eux.

La réalisatrice Nicole Giguère

Prisons sans barreaux est présenté en avant-première jeudi, à 19h, au Clap Sainte-Foy, en présence de la coréalisatrice Nicole Giguère. Il prendra l’affiche au même endroit le lendemain, avant sa diffusion, plus tard ce printemps, sur Unis TV, dans une version abrégée.