Dans la série de Disney «Andi Mack», lancée en 2017, un des personnages sort avec un autre garçon après avoir hésité à lui déclarer sa flamme.

Les émissions pour enfants s'ouvrent aux personnages trans et gay

CANNES — Le prince charmant épousa... un chevalier et ils adoptèrent une fille : à l’image du dessin animé «The Bravest Knight», les programmes TV pour enfants s’ouvrent lentement aux personnages LGBT+, faisant grincer les dents des plus conservateurs.

Dans la série de Disney «Andi Mack», lancée en 2017, un des personnages sort avec un autre garçon après avoir hésité à lui déclarer sa flamme. Le dessin animé «Steven Universe» (Cartoon Network) va plus loin en faisant s’épouser en 2018 les joyaux Rubis et Saphir, des femmes non-binaires (ne se reconnaissant ni homme ni femme), tout comme le Canadien «Bienvenue chez les Loud» (Nickelodeon), avec un couple d’hommes en personnages secondaires.

En Australie, la série «First Day» met en scène depuis quelques jours la jeune Hannah, qui en arrivant au collège porte une jupe et abandonne le prénom masculin de sa naissance.

Si le projet d’extension de la procréation médicalement assistée aux couples de femmes fait descendre des dizaines de milliers de manifestants dans la rue en France, «la plupart des enfants ne font pas la différence, et les parents des dernières générations non plus», estime un dirigeant d’un grand studio américain dans les allées du marché international des programmes jeunesse à Cannes, le MIPJunior.

«Les enfants ne naissent pas avec des préjugés!», appuie la productrice britannique Sallyann Keizer. «Notre responsabilité en tant que producteurs de programme pour la jeunesse est donc immense», lance-t-elle après une table ronde qu’elle animait sur le sujet.

Effet plateformes

Des personnages de télévision ont déjà été perçus par certains, sans que ce soit confirmé par leurs auteurs, comme pouvant être homosexuels, comme les Teletubbies, Bert et Ernie dans «Sesame Street», ou Bob l’éponge et son ami Patrick.

Plus récemment, quelques-uns ont été clairement décrits comme homosexuels dans des programmes pour les plus grands, comme Bruce dans les «Griffin», Smithers dans les «Simpsons» ou le sage Dumbledore dans «Harry Potter».

«Quand j’étais petite (dans les années 2000), je devais regarder des films pour grandes personnes, avec des personnages lesbiens, pour me reconnaître», raconte la jeune auteure belge Charlie Dewulf, qui a fait son coming out en tant que personne non-binaire et bisexuelle. «Il faut permettre aux enfants et adolescents de se reconnaître dans des programmes.»

Ces initiatives restent minoritaires: 7 % des épisodes vus par la jeunesse britannique comportent un personnage LGBT+ selon le cabinet Dubit.

Mais la diffusion de ces programmes plus ouverts a connu un coup d’accélérateur avec les plateformes en ligne comme Netflix ou Hulu, qui prennent plus de risques avec des productions réputées de niche. Des productions que de jeunes téléspectateurs ne verraient pas forcément sur les chaînes de leur pays.

«Il est juste impossible d’aborder le sujet dans la plupart des pays musulmans», souligne une productrice qui vend des programmes dans les pays du Golfe.

«Autocensure» en Russie

Le Kenya, où l’homosexualité reste illégale, a aussi interdit en 2017 la diffusion de plusieurs dessins animés «promouvant des comportements homosexuels», comme «Steven Universe» et «Bienvenue chez les Loud».

En Russie, en raison d’une loi bannissant la «propagande» gay auprès des mineurs, «l’ambiance est à l’autocensure, ce qui est le pire», regrette le producteur Thatcher Mines.

En Alabama, une chaîne publique locale a fait sauter en 2019 un épisode du dessin animé à succès «Arthur» où son professeur M. Ratburn épouse un chocolatier.

«Je suis ravie que ces programmes provoquent le +scandale+», lance Shabnam Rezaei du studio canadien Big Bad Boo, à l’origine de «The Bravest Knight» (sur la plateforme américaine Hulu).

Opposants et partisans du «très valeureux» prince s’écharpent sur Facebook. «Dans les commentaires, des catholiques conservateurs citent la Bible en disant que c’est un péché et que nous diffusons de la propagande aux enfants», explique la productrice.

«Nous savons au fond de nous que c’est une émission familiale, qu’on n’y parle pas de sexualité», a souligné Mme Rezaei à l’AFP. «Nous parlons de valeurs. Nous montrons que ces personnages sont des êtres humains.»