Sorte de journal vidéo intime, Un vrai selfie emprunte dans sa mise en forme, par souci de dynamisme, des codes souvent appliqués dans les émissions de téléréalité. Sauf qu’ici, les difficultés ne sont pas superficielles, et les tensions dramatiques ne sont pas mises en scène par des producteurs s’amusant à jouer au scénariste.

Le Vrai courage du Selfie

Anorexie, dépression, anxiété irraisonnée, troubles obessionnels compulsifs et dépendances diverses: huit jeunes adultes – dont la Gatinoise Noémie Calderon – se sont confiés à la caméra. La leur. Braquée sur eux-mêmes. Au quotidien.

S’adressant directement à elle, ils parlent de leurs troubles psychologiques et de leurs démons, explorant au quotidien les recoins parfois bien sombres de leur psyché. Sans intervention extérieure. sans filtre et sans fard. Sans autre jugement que le leur.

Unis TV retransmet leur confessions dans Un Vrai selfie, diffusée à partir de mercredi 19 septembre, à 20h30.

Cette télésérie documentaire témoigne de leur parcours introspectif, mais rend aussi compte des psychothérapies de groupe durant lesquelles les participants confrontent une fois par semaine leur vécu à ceux des autres. Et où ils apprennent parfois à relativiser leurs problèmes.

Sorte de journal vidéo intime, Un vrai selfie emprunte dans sa mise en forme, par souci de dynamisme, des codes souvent appliqués dans les émissions de téléréalité. Sauf qu’ici, les difficultés ne sont pas superficielles, et les tensions dramatiques ne sont pas mises en scène par des producteurs s’amusant à jouer au scénariste.

Parmi ce panel de huit jeunes Canadiens âgés de 18 à 27 ans à avoir osé ce journal intime 2.0, se trouve la Gatinoise Noémie Calderon. «Le but, c’est pas d’ajouter du drama. Y’a pas de gros punch. [Il s’agit] juste de montrer la réalité », témoigne-t-elle.

L’émission se dispense d’ailleurs d’animateur. Les candidats sont en revanche encadrés par une psychologue expérimentée, Dre Marie-Anne Sergerie. Chaque jour (et même la nuit, souvent), les caméras «personnelles» filment les angoisses et espoirs des participants, leurs dérapages et leurs réussites.

Le docu-réalité témoigne de leur évolution au fil de 10 semaines.

On n’est plus à l’étape des «banales» questions existentielles propres aux jeunes adultes. L’angoisse y est palpable, voire «paralysante». On voit les participants douter, craquer, fulminer, qui ne parvenant plus à s’épanouir, qui à sourire, qui à manger, qui à trouver le sommeil. Des vies vécues avec l’impression d’être au bord du précipice. Et pourtant, le montage fait en sorte qu’on sente toujours la lueur d’espoir au bout du tunnel. La série mérite en cela un premier coup de chapeau !

L’angoisse est protéiforme, se rend-on compte en visionnant les premiers épisodes de cette série, qui touche tant à l’anxiété (et ses limitations sociales comme la paranoïa, la procrastination, etc.) qu’à l’hypochondrie, aux troubles alimentaires et à la dépendance (aux drogues, aux médicaments ou aux jeux vidéo). Mais, au final, ces parcours habités par la peur et de découragement, une fois réunis, renvoient collectivement à une autre image de la normalité. La «vraie» . Pas celle qu’on a pris soin de mettre en scène et de maquiller pour tromper les regards, mais celle qui reconnaît ses défaillances. Qui accepte ses failles, pour mieux y faire face et les apprivoiser. Deuxième coup de chapeau!

Noémie Calderon
Noémie Calderon, 18 ans, est une perfectionniste. Du genre «chronique». La course qu’elle a engagée pour être la meilleure dans tous les domaines lui cause une anxiété constante. Débilitante au quotidien.

Cette féministe et environnementaliste multipliait les peurs : du jugement, de la fin du monde, de rater sa vie, de mourir jeune. Elle prenait soin de cacher à son entourage ses troubles alimentaires. Elle ne pensait d’ailleurs pas être capable d’en parler devant la caméra, jusqu’à ce qu’elle rencontre une autre participante, Catherine, une ex-anorexique, dont le parcours l’a interpellée, puis rassurée.

Si elle a voulu participer à l’émission, c’est pour «montrer le vrai visage des gens qui recherchent toujours la perfection». Servir d’exemple, à sa façon. «J’ai toujours parlé ouvertement des causes qui me tiennent à coeur, et là, j’étais tannée que la santé mentale soit un sujet tabou.»

Portraits positifs
«En me voyant à l’écran [une fois les émissions montées], j’ai réalisé à quel point c’était temporaire, les moments où j’allais mal. J’ai pris du recul par rapport à ce que je vivais. [En fin de compte], j’allais souvent bien», constate-t-elle, aujourd’hui rassérénée par l’expérience.

L’émission «donne un portrait très positif de nous». Surtout, elle fait tomber la pression en montrant que, globalement, «tout le monde vit des choses difficiles et cache des choses. C’est pas weird. C’est quasiment la norme».

Certains des techniciens qui travaillaient sur l’émission auraient d’ailleurs avoué aux candidats que «nous aussi, ça nous arrive, des affaires comme ça», atteste Noémie.

En s’inscrivant à Un vrai selfie, elle a eu l’impression que faire tomber le «masque» allait l’aider à «apprendre à s’aimer». Son intuition ne l’avait pas trompée. «Plus tu t’exposes en montrant de la vulnérabilité , plus tu te rends compte que tu deviens forte. Aujourd’hui, je me sens plus douce [envers] moi-même, et plus solide qu’en cachant mes faiblesses.»

Elle a parfois douté. «Au début, je ne croyais pas tant que ça à la thérapie de groupe.» Elle a angoissé. «Il y avait des moments vraiment difficiles: j’avais des bouffées de stress, j’avais super chaud. C’est ça une thérapie, ça te rend mal à l’aise». Elle a persévéré. «J’écoutais leurs histoires, et je me reconnaissais dans les autres.»

Et la voilà «changée».

«À l’issue des 10 semaines, «mes parents aussi ont vu un changement. Mon père m’avait interdit de faire l’émission; il avait peur que la série fasse un freak show avec nous. Il est content aujourd’hui. Et fier de moi. Il m’a dit : ‘Tu as bien fait de ne pas m’écouter et de suivre ton intuition’. [...] Moi aussi, je suis fière de l’avoir fait.»

«Ça prenait une bone dose «d’humilité et de courage», pour se confier ainsi, indiquera la docteure Sergerie en accueillant les participants. Même sans avoir ses diplômes, on est tenté d’abonder. C’est le courage de ces huit jeunes qu’il convient de saluer par un troisième coup de chapeau.

Produite par Trio Orange, Un vrai selfie est l’adaptation québécoise de la série norvégienne True selfie.

L’émission sera diffusée les mercredis, à 20h30, dès le 19 septembre, sur les ondes d’Unis TV.