Christine Beaulieu

Le rêve se poursuit pour Christine Beaulieu

TROIS-RIVIÈRES — Toute nouvelle série télévisée écrite et réalisée par Richard Blaimert (Nouvelle adresse, Les hauts et les bas de Sophie Paquin, Hubert et Fanny) suscite la curiosité. Quand la série en question est un suspense policier, se déroule dans le monde de la psychiatrie et qu’elle met en vedette Christine Beaulieu et Claude Legault, ce n’est plus de la simple curiosité mais un vif intérêt sinon, une profonde impatience.

On a dévoilé à la presse les deux premiers épisodes de Cerebrum mardi dernier et il appert que l’intérêt est justifié. S’y dessine la touche singulière du scénariste/réalisateur faite de délicatesse, de tendresse et d’une pudeur dont on arrive toujours mal à comprendre comment elle permet d’aborder aussi franchement des sujets délicats et troublants, quand ils ne sont pas carrément tabous. Le monde de la santé mentale, convenons-en, n’en manque pas.

À la lumière des deux premiers de dix épisodes de cette saison 1 – quelqu’un veut-il parier que d’autres suivront? – la série se balance entre deux pôles: une enquête policière et la pratique d’un psychiatre ayant perdu son épouse, psychologue, assassinée. Parmi les nombreux patients de l’un et de l’autre, des êtres souffrants, atypiques, imprévisibles dont les tourments intérieurs nous échappent et qui apparaissent tous comme de potentiels suspects pour ce meurtre inexplicable.

C’est à Simone Vallier que revient la responsabilité de résoudre l’énigme et à Christine Beaulieu de l’incarner. «C’est un vrai cadeau, ce rôle, indiquait-elle mardi dernier au téléphone. J’avoue que j’ai toujours souhaité avoir un rôle d’enquêteuse. C’est comme si ça dormait au fond de moi. Et Richard me l’a offert. Il a même écrit le rôle en fonction de moi. On ne peut pas demander mieux. J’ai refusé d’autres propositions pour pouvoir jouer ça et je ne regrette rien, bien au contraire.»

Malgré ses nombreuses apparitions à la télévision dans plusieurs séries au cours des dernières années, la Trifluvienne d’origine n’avait encore jamais tenu un premier rôle. «J’étais super nerveuse quand j’ai commencé le tournage. J’y ai mis beaucoup de soin et de cœur. Je voulais que Richard, qui réalise les quatre premiers épisodes, soit content. Je voulais être à la hauteur de la confiance qu’il m’a manifestée. Franchement, j’ai eu beaucoup de bonheur à jouer ça.»

Pour la première fois de sa carrière Christine Beaulieu assume un premier rôle dans une série et partage la vedette avec Claude Legault dans Cerebrum.

Avec Claude

Le bonheur a pris plusieurs aspects dans cette aventure. Un des principaux étant de partager la vedette avec un certain Claude Legault. «Quel plaisir ç’a été de travailler avec lui! En plus, on a pas mal la même approche du boulot: on travaille tous les deux très fort. Claude est excessivement organisé avec tout le scénario de la série qu’il trimballe dans des cartables avec plein de notes, de Post it, de séparateurs de différents couleurs pour identifier les scènes les plus fortes, les plus difficiles, les plus simples, etc. On a tous les deux fait énormément de travail en amont avant le début du tournage pour être prêts.»

«Ce qui est aussi intéressant dans Cerebrum, c’est que dans des rôles très différents, nos personnages se ressemblent. Alors que la série permet à de nombreux comédiens extraordinaires de jouer des rôles très colorés et excessifs de patients en psychiatrie, Claude et moi jouons dans un tout autre registre: la sobriété, la retenue. Dans mon cas, Simone est une femme forte, intelligente, plutôt bloquée côté émotionnel. À mesure que la série va avancer, on va découvrir sa vie personnelle et ce par quoi elle est passée. On va mieux comprendre le second niveau et c’est ce qui rend la rend si intéressante à interpréter. Le texte de Richard a beaucoup de nuances.»

La comédienne avait travaillé avec lui dans Hubert et Fanny et elle estime qu’une profonde connivence les unit, que leurs mondes intérieurs sont très similaires. «J’aime beaucoup proposer des choses au réalisateur et avec Richard, presque tout ce que j’amenais fonctionnait très bien. On s’est vraiment rencontrés.»

Pour se préparer, Christine Beaulieu a côtoyé des policiers et rencontré des enquêteurs de la Sûreté du Québec pour voir des professionnels à l’œuvre. «Ce qui m’a frappé, c’est que derrière leur apparente froideur devant les cas sur lesquels ils travaillent, ils s’impliquent émotivement. Ils créent des liens avec les proches des victimes qu’ils côtoient. Plusieurs conservent dans leur bureau des photos de victimes, de proches aussi bien dans des cas résolus que d’autres qui ne le sont pas. Je me suis rendu compte qu’ils ne peuvent pas être parfaitement détachés malgré les apparences.»

«Dans la série, le personnage de psychiatre de Claude comme le mien ne peuvent pas se laisser aller à leur émotivité parce qu’ils travaillent avec des gens en détresse qui ont besoin d’être rassurés.»

Côtoyer Claude Legault a été pour elle un pur plaisir. «Je n’avais jamais joué avec lui. Dès que je l’ai rencontré, la seule chose dont j’avais envie, c’était de jouer sans souci, sans préoccupation. On dirait que tout s’effaçait autour de nous et qu’il ne restait que le pur plaisir de s’abandonner au jeu. Je ne saurais vraiment expliquer pourquoi.»

La série a exigé une cinquantaine de jours de tournage dans son ensemble et Christine Beaulieu y était pour trente étalés jusqu’en juin dernier. «On a vraiment travaillé fort. Quand on passe tellement de temps au sein d’une équipe, il se tisse des liens très forts et j’ai vraiment senti l’effort collectif. Comme j’avais un premier rôle, je me sentais une responsabilité particulière et j’ai beaucoup aimé cette expérience-là. Quand j’ai vu les épisodes terminés, j’ai ressenti une très grande fierté parce que j’ai trouvé ça vraiment bon. On a fait du beau travail.»

La série est présentement disponible sur ICI Tou.tv Extra et sera présentée à une date ultérieure dans la programmation de ICI télé. Christine Beaulieu et Claude Legault y sont entourés d’une impressionnante équipe d’interprètes qui inclut Évelyne de la Chenelière, Marianne Verville, Henri Picard, Henri Chassé, Léane Labrèche-Dor, Jacinthe René, Gabriel Sabourin, Linda Sorgini, Sonia Vachon, Ludivine Reding et plusieurs autres. C’est dire le niveau.

Doux tourbillon

Les projets exceptionnels semblent se télescoper dans la carrière de Christine Beaulieu, qui se déploie comme un parcours de fantaisie depuis quelques années. «J’aime Hydro a vraiment été un moment charnière dans ma carrière, analyse-t-elle. On dirait que les gens y ont découvert la femme que je suis vraiment et qu’une connexion s’est faite. J’ai permis au public de me rencontrer vraiment. C’est sans doute le projet qui m’a donné mes plus grandes peurs mais qui m’offre aussi les plus belles récompenses. Depuis, on m’offre des rôles qui me ressemblent dans des projets super intéressants. Je me sens gâtée: ce qu’on me présente est vraiment en adéquation avec mes rêves.»

Tenez, par exemple, au mois d’octobre prochain, elle s’en va tourner un film à Schefferville avec la réalisatrice Sarah Fortin, une amie proche. «Ça va être une aventure unique et je sais que je vais être complètement déstabilisée; c’est ça qui est merveilleux. On va tourner avec des Innus de la région dans un environnement unique. Je me prépare déjà mentalement à m’abandonner à l’inconnu, à me laisser porter. Je sais que si j’arrive à véritablement lâcher prise, ça va être une aventure fantastique.»

Entre-temps, la magie J’aime Hydro continue à opérer. Les représentations se multiplient encore et toujours, partout au Québec, avec détour par la France en mars 2020, générant partout une constante ferveur du public. «J’ai l’impression que cette pièce est arrivée au bon moment alors qu’on partageait collectivement un même besoin: celui de se parler, précisément sur ce ton-là, de préoccupations collectives, de réfléchir ensemble. Le théâtre, loin d’être en perte de vitesse, me semble n’avoir jamais été aussi vivant parce qu’il permet une véritable communion. Pendant quelques heures, loin des écrans et des téléphones intelligents, on peut se parler franchement. Moi qui ai toujours cru que le divertissement pouvait aussi être enrichissant, c’est tout à fait ce que je retrouve dans J’aime Hydro

À l’automne, on pourra aussi la voir à la télé dans la 4e saison de Lâcher prise, série qui lui vaut une nomination au prochain gala des Prix Gémeaux comme meilleure actrice pour un rôle de soutien dans une comédie. Le gala aura lieu le 15 septembre, nouvel épisode d’un rêve qui refuse obstinément de céder sa place à la morne réalité. Pourquoi le ferait-il?